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Mais où est passé le centre ?
13/04/2022 | 12:12
7 min
Mais où est passé le centre ?

 

La Tunisie post-révolutionnaire a connu une éruption brutale du nombre de partis, coalitions et autres structures politiques militant pour un Etat juste et respectant ses citoyens. A l’exception de quelques fanatiques et extrémistes, ce sont plus de 250 partis qui ont été légalement fondés depuis le 14 janvier 2022.

 

Parmi les nouveaux arrivants sur la scène politique, en ce temps-là, nous pouvons citer le parti Al Wifak (fondé par Mustapha Saheb Ettabaâ), le mouvement Destourien (fondé par Hamed Karoui), le Mouvement de l'unité populaire (fondé par Ahmed Ben Salah) et le parti Al Majd (fondé par Abdelwahab El Hani). Ces structures centristes n’ont pas pu s’imposer et obtenir des sièges au sein de l’Assemblée nationale constituante ou celle des représentants du peuple.

D’autres partis se disant centristes ont eu - un peu ou beaucoup - plus de succès, notamment, Nidaa Tounes (fondé par Béji Caïd Essebsi), Al Moubadara de Kamel Morjane, Al Massar (fondé par Ahmed Brahim) ou encore Machroû Tounes de Mohsen Marzouk. Ils ont réussi, bien que la plupart d’entre eux aient complètement disparu du paysage actuel, à faire parler d’eux même et à s’offrir une petite place dans l’histoire politique du pays.

Le fait est que les partis centristes n’ont pas cessé, la plupart du temps, de revoir leurs positions et suivre le rythme d’une scène politique mouvementée et dynamique. Les assassinats politiques, et même les résultats des élections législatives de 2014 et de 2019 ont suffi à balayer plus de la moitié des 280 partis politiques existants. Le reste s’est tout simplement dissipé suite à une série de mauvais choix ou d’ententes ne servant que les intérêts de leurs leaders. Ces derniers n’ont pas hésité à contrarier leurs militants, à les écarter ou à sacrifier d’autres leaders afin de conserver le statut de président et candidat du parti ou tout simplement pour séduire et se rapprocher de la coalition gouvernementale. Une atmosphère digne de Game of Thrones : trahisons et coups de poignard dans le dos, tout est permis !

 

Nous pouvons citer à titre d’exemple le sort du parti Ettakatol dont le fondateur et ancien secrétaire général, Mustapha Ben Jaâfar, avait occupé la fonction de président de l’Assemblée nationale constituante. Ettakatol avait choisi de s’allier à Ennahdha principalement à cause des ambitions personnelles de son secrétaire général. Il était faiblement représenté au sein du gouvernement formé par la Troïka. Il n’obtiendra que trois des trente ministres sous la présidence de Hamadi Jebali. Le parti n’a pas pu survivre à cette alliance. Le même sort avait été réservé au parti de l’ancien président de la République, Moncef Marzouki : le Congrès pour la République.

 

Autre exemple, les partis de la coalition soutenant le gouvernement de Youssef Chahed : tous, à l’exception du mouvement Ennahdha, ont grandement souffert de cette entente. Le meilleur des exemples reste celui d’Al Jomhouri qui n’a aujourd’hui presque aucun poids politique. Les conflits ont même conduit à des scissions au sein de Nidaa Tounes enfonçant le pays encore plus dans le tourbillon de l’instabilité politique. On notera que ces conflits ont tourné autour de la gouvernance et de la direction du parti et ont même été assimilés aux guerres de succession en Europe. Tout le monde cherche à être le leader suprême du parti et à devenir le prochain souverain du pays.

 

Les quelques rescapés de la période de 2011-2019 se sont retrouvés face à un nouveau dilemme : l’annonce des mesures exceptionnelles par le président de la République, Kaïs Saïed, à la date du 25 juillet 2021. Hormis les membres de la coalition gouvernementale (Ennahdha, Qalb Tounes et la Coalition Al Karama), la majorité des partis politiques n’a pas eu conscience du véritable impact de la décision du chef de l’Etat. Il n’y a pas eu de refus ou d’acceptation des mesures. Au lieu de cela, nous avons eu droit à de l’hésitation et à de l’incertitude, à des déclarations contradictoires et au fameux : « On dira non lorsque l’on constatera une atteinte aux droits et aux libertés ! ».

 

Après la publication de quelques communiqués, nous avons eu droit à un silence radio de la part d’une grande partie des élus et des acteurs politiques. Nous nous étions même interrogés sur les raisons de ce silence et sur sa durée. En contrepartie, les membres de la campagne explicative avaient refait surface. Ils se sont déployés sur l’ensemble du territoire pour encourager les gens à participer à la consultation nationale, débattre de la situation du pays et expliquer le projet politique.

 

De l’autre côté, dans le camp des partis centristes, aucun rassemblement ou événement majeur n’a eu lieu. Un manque d’organisation et de cohésion en a été le premier responsable chez les uns, une volonté de ne pas se faire remarquer jusqu’à ce que les choses se tassent, pour d’autres.

Bien-évidemment, il existe des exceptions telles qu’Afek Tounes (fondé par Yassine Brahim et actuellement sous la direction de Fadhel Abdelkefi), qui a organisé des rencontres régionales. Malheureusement, Fadhel Abdelkefi n’a toujours pas réussi à se défaire de cette image de parti élitiste et libéral. Il aura beau proposer des réformes et expliquer son projet, l’image d’un parti politique de droite formé de techniciens libéraux fera à jamais partie de l’identité politique de cette entité.



Il y a, également, eu les rencontres et sit-in du Parti destourien libre (PDL) de Abir Moussi. Néanmoins, il est impossible de qualifier le PDL de parti centriste. D’ailleurs, il est impossible de le qualifier selon cette classification. Il ne s’agit ni d’un parti de droite ni d’un de gauche, car nous n’avions jamais eu droit à un programme économique de la part de Abir Moussi. La députée et présidente du parti n’a jamais déposé de propositions de loi touchant à une question d’ordre économique. La présidente du PDL n’est pas revenue, durant ses passages médiatiques, sur la question des finances publiques, le dégagement de l’Etat de certains secteurs, la privatisation des entreprises publiques ou le gel des salaires.



Nous avons, aussi, pu observer durant le dernier mois la création du parti de la Troisième République présidé par l’ancienne PDG de la Tunisair, Olfa Hamdi. Cette dernière a affirmé que son parti était centriste. Néanmoins, elle adopte une définition assez atypique, pour ne pas dire loufoque, du terme partie centriste. Selon elle, il s’agit d’un parti reprenant des éléments de la pensée de droite et de la pensée de gauche, oscillant selon l’humeur de ses leaders ou encore l’envie des électeurs !

Alors que le pays traverse une phase historique et que l’incertitude et le flou règnent sur la situation, notre classe politique, qui avait tant appelé à la mise en place d’un Etat social et préservant ses citoyens, se contente de surfer sur la vague par souci de cote de popularité. Les politiques tunisiens ne s’étaient rendu compte de la dangerosité de ces mesures qu’après avoir accepté, sans le savoir, d’être placés en second lieu.
C’est ainsi que les partis et autres structures politiques se sont piégés eux-mêmes. Ils ont laissé le champ libre au chef de l’Etat. Ceux qui ont soutenu les mesures du 25 juillet 2021 lui ont apporté un semblant de légitimité. Ceci a renforcé la confiance du président en lui et l’a encouragé à pousser le bouchon encore plus loin.

 


Les partis politiques se sont mis à suivre la tendance au lieu de présenter une alternative ou un projet. Les Tunisiens se sont retrouvés face à des pseudo-leaders optant pour leur confort politique au lieu de dénoncer la dangerosité d’un projet prenant principalement pour cible la scène politique dans son ensemble.
Actuellement, les partis centristes se sont retrouvés dans une autre réalité encore plus attristante. Le chef de l’Etat aurait décidé d’entamer un dialogue national sans leur prêter attention ou se soucier de leur avis. Même le mouvement Echaâb, connu pour son soutien à Kaïs Saïed, a été mis à l’écart. En guise de réactions, les partis centristes ont opté pour le déni et ont affirmé que le dialogue national n’avait pas encore été entamé. 

Encore une solution priorisant le confort politique et qui mettra dans quelques semaines ces structures devant le fait accompli.

 

Sofiene Ghoubantini

 

13/04/2022 | 12:12
7 min
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Commentaires
veritas
Le cancer rase tout ce qu'il trouve devant lui '?'
a posté le 13-04-2022 à 19:43
Le cancer islamistes et ses criminels ont tout anéantis les partis politiques de gauche de droite ou du centre ne font pas exception et ont subis le même sort que tout les tunisiens ainsi que tout le pays '?'..il est temps pour les médias tunisiens (pour ne pas dire les merdias )d'arrêter d'utiliser le terme révolution et post révolution vous ne voulez pas comprendre que s'était une fausse alerte et que s'était un complot qui a commencé en Iraq pour détruire les pays et les régimes qui ont arrêté de prêter allégeance aux Mc do et leur sbires '?'vous adorez l'adoption des conneries jamais les vérités .
why_GZ
Les partis politiques
a posté le 13-04-2022 à 19:04
Il y a du vrai dans cette analyse du centre. Mais cette analyse s'applique aussi à tous les autres partis.
Mais, il y a un point important qui a été négligé. A part quelques exceptions concernant les grands partis, tous les petits partis ont souffert de 2 problématiques:
1- La problématique financière et son corollaire à savoir l'inégalité des chances: la grande majorité des partis n'a pas de ressources financières stables et n'a pas de financement étranger. Or, tout le monde sait qui était derrière Ennahdha et Nidaa entre autres.
2- Les partis n'ont jamais réussi à présenter de véritables projets qui soient déconnectés de la personnalité du chef ou représentant du parti. Ainsi, pour la plupart des partis, il suffit d'avoir: 1- beaucoup d'argent, et 2- une personnalité centrale pour que ça ait du sens. Rappelez-vous que quelqu'un comme Slim Riahi avait eu un poids non négligeable grâce à sa fortune et à sa présidence du CA. Et qu'en 2019, Nabil Karoui a été qualifié au deuxième tour après avoir utilisé son association pour promouvoir son image.
3- Après le 25 juillet, on a un rétrécissement de l'espace public puisque c'est le président KS Ier qui accapare tous les discours. Par ignorance, aucun parti n'a été capable de trouver la bonne parade pour contrer ce discours présidentiel.

Donc oui, les partis sont faibles et inaudibles. Et c'est un peu de leur faute.
Tunisino
Le centre
a posté le 13-04-2022 à 16:27
Le centre a été chassé du pouvoir en 2011, lui et sa république. Les miettes du centre qui ont resté ou qui sont apparues ont été trop opportunistes ou trop théoriques, contre tout intérêt des tunisiens.
Houcine
Du Centrisme.
a posté le 13-04-2022 à 14:31
Le centre est un espace dont la définition est toute théorique et l'existence erratique.
Les faits, en revanche, peuvent nous instruire et orienter notre réflexion.
Ainsi, nous pouvons noter qu'à chaque fois qu'un parti s'avise de se situer de la sorte dans le champ politique, il rapporte des idées et se situe plutôt à droite du spectre.
C'est, entre autres motifs, ce qui expliquerait comment et en vue de quoi souvent les tenants d'une telle mouvance ont opiné en faveur d'une alliance ouverte ou feinte avec l'islamisme.
Car, il est manifeste qu'ils ont en partage les choix économiques et les objectifs politiques.
Quel est le parti centriste qui aurait proposé un programme progressiste, qui prend en compte les besoins de la majorité de la population ?
Tous se gausse t de parler d'économie, d'investissements, et tous courent et concourent à séduire les possédants leur offrant garanties et rentes.
Pourtant, et malgré cela, le succès tarde à venir.
Ce qu'on observe, c'est la rentabilité des banques, le rendement de l'argent.
Pour ceux qui en ont et qui le placent. Les autres le paient très cher en agios, intérêts....
Plus de deux cents partis ou ce qui y ressemble, n'ont rien produit de positif, sinon leur propre succès, enrichissement de leurs leaders, prébendes et rentes de situation, voilà l'un des résultats tangibles.
On pourrait les nommer officines, lobby, groupes et groupements, mais sans doute pas partis politiques.
Le règne des partis n'a jamais produit que des puissances partisanes où la vie, la survie du parti devient première contre sa vocation affichée de représenter et/ou défense de l'intérêt du pays.
Et, l'on sait aussi, que c'est dans les circonstances difficiles que se révèlent les motivations, et que deviennent plus visibles les actes.
Le Centre a toujours viré à droite.
ourwa
Le centre politique est comme le foot; après l'échec d'un camp ou de l'autre, on remet la balle au centre...et on recommence le même jeu?
a posté le 13-04-2022 à 14:02
Comme énorme rocher balancé dans le marigot infect du champ politique tunisien, il serait difficile de faire mieux... Comme métaphore, j'oserais celle-ci : " Serait-il logique et raisonnable de faire encore confiance en son chien après que celui-ci ait mangé dans la gamelle lui ayant été présentée par une meute de loups ou une autre ?" Peut être marzouki, son CPR, devenu tayar, Med abbou, minstre de la Troïka, abdelkéfi, BCE et hafidh C-E, marzouk, ex-nidâa, auj patron de machrou tounes, mahdi, 1er sinistre d'ennhdha, fakhfakh, minitre ettakattol durant la Troïka, chahed, ex nidâa tounes, ministre sous la coupe d'ennhdha entre 2016 et 2020, passé ensuite à tahya tounes, une sorte de nidâa tounes bis crée par BCE, jâafar, patron de joumhouri, lequel joumhouri avait 3 ministres sous la Troïka, ces grands hommes dont seule la Tunisie serait capable d'engendrer, pouraient-ils répondre à ma métaphore exrimée par une question?
ibn KHALDOUN
Ils sont à Paris
a posté le 13-04-2022 à 13:14
La plus part de vos centristes ont plié bagages...Ils sont à Paris...? Ils avaient tous des titres de séjour et des petites affaires et des appartements...?