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Il était une fois, Nidaa Tounes

Il était une fois, Nidaa Tounes

 

Nidaa Tounes, qui avait rassemblé, une fois, un bon nombre de Tunisiens autour d’un projet moderniste se disant défendre l’Etat de droit et les libertés individuelles est aujourd’hui plus vulnérable que jamais.  Déjà fragilisé par les crises internes successives, le congrès de Nidaa Tounes semblait constituer la dernière chance pour se ressaisir et regagner sa place sur la scène politique. Ce qui s’est passé par la suite était, pour le moins, décevant…

 

« Congrès de la Réforme et de l’Engagement », tel était le thème du congrès électif de Nidaa Tounes tenu le 6 avril courant à Monastir, une date ainsi qu’une ville symboliques renvoyant au référentiel bourguibiste du parti fondé par le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi.

Avec la présence de 10 mille adhérents, 1800 élus des bureaux locaux relevant du parti, le congrès a été marqué par l’absence de représentants d’autres partis politiques. Etaient invités uniquement les dirigeants de Nidaa, des représentants des organisations nationales ainsi qu’un nombre d’ambassadeurs et de diplomates.

 

Tout avait l’air ordinaire, voire prometteur d’un congrès tant attendu qui représentait un nouvel espoir pour tous les nidaïstes et ceux qui ont cru en ce projet, d’autant plus que le discours du président Béji Caïd Essebsi appelait à des réformes profondes au sein de Nidaa et à unir les rangs. Cependant, dès le début des travaux, les frictions et les divisions ont ressurgi.

Certaines listes ont également été rejetées lors de l’élection des membres du comité central du parti à l’instar de celle de l’élue Fatma Mseddi ou encore celle de Sameh Dammak où des accusations ont été lancées, dans ce sens, à l’encontre du dirigeant Nidaa, Raouf Khammassi attisant ainsi les divergences au sein du parti.

 

Ainsi, les élections du comité politique ont été reportées car les candidatures ne pouvaient pas se faire qu’après la détermination définitive des membres du comité central bloquée par plusieurs recours déposés. Problème résolu, la liste des nouveaux membres du bureau politique a été dévoilée le lendemain. Une liste composée de 32 nidaïstes notamment Hafedh Caïd Essebsi, Sofiène Toubel, Ons Hattab, Abdelaziz Kotti, Faouzi Elloumi, Néji Jalloul, Salma Elloumi, Raouf Khammassi, Hatem Ferjani et Radhouane Ayara.

Cette même liste a été l’objet de désaccords et de contestations. En effet, de nombreuses critiques ont été adressées aux nouveaux membres du bureau politique notamment de la part de la commission juridique de Nidaa Tounes ayant relevé des infractions dans la démarche légale du processus électoral. Certains nidaïstes ont aussi déposé des recours en vue d’invalider les résultats de l’élection des 32 membres du bureau politique qui ont été, selon eux, désignés et non élus.

 

Encore une fois, Hafedh Caïd Essebsi a été blâmé pour les différends qui ont émergé au sein du parti. Hafedh Caïd Essebsi n’a pas uniquement fait l’objet de plusieurs reproches. Il a, de surcroît, été écarté de toute fonction à responsabilité à Nidaa Tounes. La députée et membre fraîchement élue du bureau politique, Ons Hattab a en effet indiqué que HCE n’occupera aucun poste clé au sein du parti selon la tendance générale de la direction.

Elle a, par ailleurs, relevé que le congrès électif a été tenu en vue de réformer en interne le parti et que HCE était une source de blocage en prenant des décisions unilatérales qui s’opposent à l’essence du parti ainsi qu’aux directives de son fondateur Béji Caïd Essebsi.

 

Par la suite, le vice-président du bureau du congrès, Aissa Hidoussi a annoncé l’annulation des résultats de l’élection du bureau politique, en dépit  de son maintien par la présidente du bureau, Samira Belkadhi. Une procédure qui a été démentie par le dirigeant Nidaa, Abdelaziz kotti qui a accusé Hafedh Caïd Essebsi d’exercer des pressions sur Hidoussi de sorte de semer la discorde et la zizanie et faire échouer le congrès, étant donné qu’il avait compris qu’il ne pourra plus figurer dans les premiers rangs du parti.

Le bureau du congrès avait, ensuite, émis un communiqué annonçant la candidature de Hafedh Caïd Essebsi et de Sofiène Toubel au poste de président du comité politique. D’après le communiqué, les élections se dérouleront à Hammamet et seule la présidente du congrès électif, Samira Belkadhi est habilitée à parler au nom du congrès jusqu’à l’achèvement de ses travaux.

Un deuxième communiqué a, néanmoins, été rendu public de la part du vice-président, Aissa Hidoussi qui a émis une convocation pour la même élection, à la même date et à la même heure à Monastir engendrant ainsi la tenue de deux congrès parallèles dans deux différents gouvernorats.

 

Deux clans se disputent, de ce fait, l’élection du comité central. Alors que le clan présidé par Samira Belkadhi qui s’est rangé du côté de Sofiène Toubel s’est dit le seul détenteur de décision puisqu’il possédait le quorum, le clan présidé par Hidoussi soutenant HCE a revendiqué la légitimité exhortant le chef de l’Etat à intervenir pour mettre fin à une « mascarade ».

Le 13 avril, chaque clan a procédé à ses propres élections. Le président du bloc parlementaire de Nidaa Tounes, Sofiène Toubel a été élu à la tête du comité central du parti avec 115 voix lors des élections du comité à Hammamet contre une seule et unique voix accordée à Hafedh Caïd Essebsi. Les postes de direction ont été notamment accordés à Adel Jarboui, Anis Riahi, Abdelaziz Kotti, Ons Hattab et Mohamed Ben Souf.

Toutefois et à Monastir, les congressistes ont élu HCE à 83 voix avec Kacem Makhlouf, Marouen Bouida, Radhouane Ayara, Hatem Ferjani, Khaled Chouket, Raouf Khammassi Ainsi que Mongi Harbaoui aux postes de direction. Nidaa Tounes a désormais deux présidents du comité central, une première qui a suscité beaucoup de confusion chez les nidaïstes surpris par la dispersion parmi les rangs de leur parti.

 

Cependant, Sofiène Toubel, à présent président du comité central selon les résultats du congrès de Hammamet, a annoncé que le dossier légal du parti a été déposé aujourd’hui et que l’affaire est désormais réglée vu que le clan HCE n’en dispose pas.

Il a, par ailleurs, réitéré son appel à Hafedh Caïd Essebsi de se retirer du parti afin de faire primer l’intérêt de Nidaa Tounes et du pays l’accusant d’exclure le reste des dirigeants et l’appelant à respecter la démocratie et de cesser d’utiliser le nom du président de la République dans des batailles perdues d’avance.

Sofiène Toubel a, ainsi, réitéré son engagement à suivre les recommandations du chef de l’Etat en vue de rassembler la famille centriste et reconstituer le Nidaa historique composé de l’actuel Nidaa Tounes et de Tahya Tounes pour unir la famille centriste et former un front pour les prochaines échéances électorales.

Une directive qui a été énoncée par le chef de l’Etat qui avait, lors de son discours à l’ouverture des travaux du congrès de Nidaa à Monastir, appelé à lever le gel d’adhésion du chef du gouvernement, Youssef Chahed. Malgré cet appel, Selim Azzabi, coordinateur général de Tahya Tounes a nié le retour de Youssef Chahed à Nidaa Tounes. Les alliances qu’établira Tahya Tounes concerneront, par contre, Machrouû Tounes, Al Moubadara ainsi que le parti Al Badil Ettounsi.

 

Tous les indicateurs montrent que la crise secouant Nidaa Tounes est loin d’être débloquée. La saga continue toujours avec divers rebondissements qui émergent aussi rapidement qu’imprévisiblement. Dernier développement, le chef de l’Etat a adressé une liste afin de compléter le comité à Monastir, selon Mongi Harbaoui du clan de Hafedh Caïd Essebsi. Parmi les 12 désignés, Lazhar Karoui Chebbi, Aissa Hidoussi, Majdouline Cherni, Noureddine Ben Ticha, Sameh Dammak et Fatma Mseddi prouvant, encore une fois, que Béji Caïd Essebsi s’est positionné du côté de son fils…

 

Boutheïna Laâtar

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Commentaires (3)

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stourajerbia
| 17-04-2019 14:48
Tous les partis qui prétendent être démocratiques et civils sont formés de membres dominants qui sont dépourvus des qualités qui favorisent la dynamique du groupe dans son unité. En effet faute de morale commune, faute de programme élaboré progressivement en commun comme une poterie potelée, faute d'honnêteté, faute d'humilité, fauté de hiérarchie solide établie et consentie collégialement sans contraintes ni apparentes ni occultes, l'action en commun finit par s'essouffler et voler en éclat tôt ou tard... Et la structure finit par être accaparée par les plus fourbes, les plus délinquants, les plus arrogants, par une poignée d'imposteurs...

Citoyen de Tunisie
| 16-04-2019 09:41
No comment

TATA
| 15-04-2019 20:12
Il faut comprendre que BCE a de très bonnes/généreuses relations en Tunisie et à l'étranger pour investir quelques centaines de millions de dinars dans une compagne électorale, et afin que nidaa tounes fasse un résultat honorable aux élections législatives en 2019.

Mais seulement BCE, il n'est pas prêt à financer une compagne électorale où son fils n'est pas le meneur de jeux! Et c'est compréhensible!

Par contre Toubel n'a de bonnes/généreuses relations ni en Tunisie et ni à l'étranger! Il serait absurde d'imaginer le roi d'Arabie saoudite offrir 500 millions de dinars à l'intention de Mr. Toubel! Impossible, le roi d'Arabie saoudite n'a même jamais entendu parler de Toubel!

J'insiste que je n'ai pas l'intention de prendre la défense de HCE, je le trouve trop borné afin que je prenne sa défense! Par contre si j'étais Mr. Toubel, j'aurais cédé la première position dans la hiérarchie à HCE et j'aurais accepté la deuxième position derrière HCE. Pourquoi? Oui et comme je l'ai dit ci-dessus: HCE pourrait profiter des généreuses relations de son père en Tunisie et à l'étranger afin de financer une compagne électorale qui pourrait être gagnante.

Certes, le financement d'une compagne électorale est une condition nécessaire même si elle n'est pas suffisante! Et tout le monde sait que si la condition nécessaire et non satisfaite, pas besoin de vérifier la condition suffisante!

Que faire maintenant? On ne peut pas avoir deux nidaas! Il faut que Toubel ou HCE crée un nouveau parti politique.

J'insiste que Toubel vient de faire une très grande connerie, avec quoi pourrait-il financer sa compagne électorale?

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