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Le choix d’Elyes

Temps de lecture : 5 min
Le choix d’Elyes


Tel un choix de Sophie, coincée entre deux possibilités insoutenables, Elyes Fakhfakh devra trancher. Ou plutôt Elyes, comme aime désormais l’appeler « le patriarche » Rached Ghannouchi après la fameuse réunion tripartite. Comme pour lui rappeler qui commande et qui doit obéir. Entre perdre la face ou perdre le soutien du – encore puissant – parti islamiste, Elyes Fakhfakh pourrait bien sortir de son chapeau un plan B…

 

« Le patriarche ». Voilà comme Yadh Elloumi a qualifié Rached Ghannouchi. Le dirigeant et député Qalb Tounes a affirmé, hier soir jeudi 6 février 2020, lors de son passage chez Myriam Belkadhi sur El Hiwar Ettounsi que Rached Ghannouchi, président du parti islamiste Ennahdha, a joué le rôle de l’homme sage en réunissant, Elyes Fakhfakh et Nabil Karoui. Il l’a même comparé au défunt président de la République Béji Caïd Essebsi puisque ce premier voulait, lui aussi, « faire primer l’intérêt de la Tunisie ».

 

Des propos similaires ont été tenus par Rached Ghannouchi, il y a deux jours, sur Hannibal Tv où il a comparé la réunion tripartite tenue ce jour-là, jeudi 6 février, dans son domicile, à la fameuse réunion de Paris qui l’avait réuni en 2013 à Béji Caïd Essebsi, à l’époque leader de Nidaa Tounes.  

Lors de cette interview, Rached Ghannouchi avait affirmé que « Elyes Fakhfakh avait encore le temps de se rattraper ».

Le chef du gouvernement désigné par Kaïs Saïed en a-t-il seulement l’intention ?

 

Ouvertement et sans détour, Ennahdha a appelé Elyes Fakhfakh à « changer de démarche en s’ouvrant aux différentes composantes de la scène nationale ». Ce matin-même, Elyes Fakhfakh décide de s’entretenir avec le président de Qalb Tounes Nabil Karoui. Une deuxième réunion entre les deux hommes, et la première sans intermédiaire, que Karoui juge « positive ».

A l’issue de cette rencontre, Nabil Karoui a souligné l’attachement de son parti à « ne briguer aucun ministère ». Il a également affirmé qu’il « est normal que le deuxième parti au pays fasse partie des concertations. Nous avons pris connaissance du programme et des orientations d'Elyes Fakhfakh et nous voyons que ce qui est proposé aujourd'hui ne diffère pas de ce qui l'était au gouvernement de Habib Jamli. Nous lui avons signifié que s'il continuait sur cette voie, son gouvernement ne pourra aboutir ».

 

Une manière de dire que si le gouvernement d’Elyes Fakhfakh « continue sur la même lancée, à savoir  sa politique d’exclusion », il est très probable qu’il connaisse le sort du défunt gouvernement de Habib Jamli.

Le 10 janvier dernier, le gouvernement formé par Habib Jamli n’avait pas réussi à obtenir la confiance des 209 députés présents. Il avait seulement obtenu 72 voix pour, contre 134 voix contre et 3 abstentions. Habib Jamli qui avait déclaré qu’il ne consultera plus personne et avait proposé un gouvernement « formé de compétences apolitiques » devant les députés, il s’était fermement fait taper sur les mains.

 

Pour que son équipe passe et pour éviter le fâcheux scénario des nouvelles élections, Elyes Fakhfakh devra mettre de l’eau dans son vin. Beaucoup d’eau.

« Dans chaque démocratie, il existe une opposition. J’ai choisi les critères de choix pour les partis politiques avec lesquels je souhaite me concerter, à savoir, la symbolique du deuxième tour de l’élection présidentielle et la volonté exprimée massivement par le peuple » a dit Elyes Fakhfakh lors de la conférence de presse du 24 janvier. Il ajoute en citant nommément Qalb Tounes : « il faut restaurer la confiance dans le climat des affaires et dans le monde politique ».

 

Pourra-t-il après cela tenir un discours contradictoire en annonçant que le parti de Nabil Karoui ne sera, désormais, plus persona non grata ? Pas si sûr qu’Elyes Fakhfakh doive aller jusque-là pour s’octroyer le soutien du parti islamiste qui tient à réaffirmer sa position sur l’échiquier politique. Fakhfakh pourra se contenter de faire entrer Qalb Tounes par la porte de derrière, autrement dit, en nommant des proches et des personnalités proposées par Nabil Karoui dans des postes pas forcément de premier plan. Ceci reste une éventualité de contenter tout le monde.

En effet, pas sûr que les partis membres de la coalition gouvernementale voient d’un bon œil l’entrée de Qalb Tounes au gouvernement. Des partis, comme Al Karama et Attayar, qui ont vu dans l’exclusion de Qalb Tounes « un choix tout à fait logique ».

 

Mais, Nabil Karoui n’était pas le seul invité ce matin par Elyes Fakhfakh à s’entretenir avant le début des réunions « officielles » avec les partis de la coalition gouvernementale. La présidente du parti destourien libre (PDL), l’insaisissable Abir Moussi, a également été invitée. Aussitôt cette invitation annoncée qu’elle se dépêche de la décliner, ne voulant « rien avoir à faire avec le gouvernement Fakhfakh ». Prévisible ! Jamais Abir Moussi n’aurait accepté une telle invitation émanant du chef du gouvernement désigné par le président, elle qui avait jusqu’à présent refusé de serrer la main au chef de l’Etat Kaïs Saïed.  

L’invitation de Abir Moussi ne serait donc, de l’avis de nombreux observateurs, qu’un leurre visant à faire passer le message selon lequel Elyes Fakhfakh serait ouvert à tous les partis, alors qu’en réalité, ce n’est que Qalb Tounes qui l’intéresse.

 

Malgré ces manœuvres pour sauver la face, Elyes Fakhfakh risquerait de perdre toute crédibilité en consentant à laisser Qalb Tounes faire partie de son gouvernement. Celui qui avait, dans une sortie tonitruante, affirmé qu’il se basera sur des considérations « révolutionnaires » et « électorales », en refusant d’intégrer ceux qu’il nomme à demi-mots comme étant « les corrompus » à son équipe, aura du mal à justifier son revirement. L’argument de « l’intérêt national », rabâché et usé par tous, lui servira sans doute à lui aussi.

« Ce gouvernement marquera le début d’une ère nouvelle », avait déclaré Elyes Fakhfakh lors de sa toute première conférence de presse. Pas si sûr…

 

 

 Synda Tajine

 

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Commentaires (9)

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Microbio
| 09-02-2020 16:57
Le vendeur, la secrétaire et le gérant vont déjeuner et ont trouvé une lampe ancienne. Ils l´a frotté et un génie en émerge. Il dit: "Je ferai un souhait pour chacun de vous." "Je suis le premier, je suis le premier!", cria la secrétaire. "Je veux être aux Bahamas maintenant, être sur un magnifique yacht et passer de bonnes vacances." Pshsh! elle disparaît. "Maintenant c´est moi, c´est moi", reclame le vendeur. "Je veux être à Hawaï, me détendre sur la plage, profiter d'un massage, avoir une quantité infinie de Pina Colada et rencontrer l'amour de ma vie." Pshsh! Il disparaît "Maintenant c'est ton tour", dit Bottle Spirit au manager. "Je veux qu'ils retournent au bureau après le déjeuner."

La morale de l'histoire M. E. Fakhfakh: vous être condamné de laissez toujours votre patron parler et decider en premier.

Le rest vient automatiquement
| 09-02-2020 15:14
La digitalisation de l'administration en Tunisie et du circuit consulaire, et la modernisation du system de transfert de l'argent entre la Tunisie et son élite en étranger sont des petits projets avec un grand succès monétaire et de citoyenneté au niveau de la Tunisie et du Tunisien. En plus, ce sont les premières portes économiques pour devenir un pays attractif. Tant que le Tunisien en étranger ne croit pas en une Tunisie moderne avec une future moderne ses collègues, ses voisins et ses écocitoyens européens ne vont jamais le croire.
La digitalisation réduit automatiquement la corruption et la consommation de papiers. La digitalisation augmente la souveraineté d'une entité administrative, réduit le temps consommé pour pouvoir prendre une décision, et donne une belle carte visitée d'un pays. Le citoyen se sent respecté et serait prêt à aider.

Mouna
| 09-02-2020 14:26
la majorité de nos politiciens sont des nuls, le vrai capital humain tunisien (nos meilleurs ressources humaines) refuse de participer à ce cirque d'incompétents et de manipulateurs...

YC, NK, KS et tous les autres sont incapables de faire sortir la Tunisie de l'impasse socio-économique... Nous sommes tombés trop bas afin de remonter...

rz
| 09-02-2020 12:03
Le pays fait le sur place depuis 9 ans maintenant. En neuf années des milliers de jeunes diplômes sont arrivés sur le marché de l'emploi et les divers gouvernements depuis 2011 n'ont aucune pensée pour eux et se sont occupés plutôt à eplumer chaque année un peu plus le contribuable déjà en difficulté pour couvrir leurs dépenses de fonctionnement en plus des divers crédits et dons dont personne ne sait ou sont passes. Les jeunes n'ont aucun espoir dans tous ces gouvernements de l'égoïsme.

Mansour Lahyani
| 09-02-2020 10:23
"Le patriarche", comme aime à l'appeler le très vague Yadh Elloumi, qui tient absolument à faire acte d'allégeance envers celui qui est censé être son ultime adversaire ! D'autres, plus calés que moi en psychanalyse, qualifieront mieux que je ne saurais le faire cette surprenante propension à appeler "cheikh", ou désormais "patriarche" ! le gourou le plus détestable d'une secte détestable entre toutes... mais il n'en reste pas moins que c'est donner des verges à ses adversaires pour mieux se faire battre, dans une société qui continuent à vouer un trop solide respect à la sempiternelle figure du père, bien qu'il soit fouettard, et si peu respectable (l'affaire de "l'appareil secret" le démontrera abondamment bientôt) !!
Ils pourront, sans doute, poursuivre dans cette posture auto-avilissante, mais qu'ils ne comptent pas sur nous pour marcher dans leurs pas !

Bourguibovic
| 09-02-2020 09:16
Merci Mme Tajine pour cette analyse. Notre Elyes, désigné par KS et massé dans le sens du poil par le Gourou RG, saura mettre de l'eau dans son vin avec la bénidiction de ce dernier et la Bourguibie aura enfin un gouvernement. Mais, ce gouvernement appliquera quelle politique ?

BRAVO
| 08-02-2020 19:47
Ce système ne peut pas être réformé car c'est un état des vautours qui n'a rien à voir avec la démocratie et la liberté. Le complexe politique et médiatique est dominé par des fileurs, qui développent des fantasmes d'expropriation de plus en plus fous dans une phase de création maximale d'argent et de dépenses publiques excessives, et ont ainsi gâché l'avenir économique de ce pays. La crise à venir montrera que l'empereur est nu, puis ce sera inconfortable. Le Président K. Saiid n'a besoin d'aucune nouvelle tactique et d'aucune riposte agressive. Il n'a qu'à faire des demandes qui sont dans l'intérêt des citoyens, comme la préservation des emplois. Il peut rester à l'écart du Poker pour le pouvoir des flûtes à bec et préparer son parti politique pour les élections parlementaires anticipées.

Maxula
| 08-02-2020 19:15
"Pour que son équipe passe et pour éviter le fâcheux scénario des nouvelles élections, Elyes Fakhfakh devra mettre de l'eau dans son vin. Beaucoup d'eau."

Certains pseudo analystes politiques ne veulent pas comprendre à demi-mot. . .ce qui est pourtant simple à capter. . .

- Fakhfakh constitue son gouvernement "sans kelb-tounes" et passe sans encombre.
-Fakhfakh constitue son gouvernement "sans kelb-tounes" mais il est censuré.
-Fakhfakh renonce à constituer son gouvernement et jette l'éponge.
-Fakhfakh ne peut pas constituer son gouvernement pour cause de maladie grave et soudaine, ce que je ne lui souhaite pas !
Et dans tous les cas, Fakhfakh ne peut qu'exclure "kelb-tounes" de son gouvernement, ne serait-ce que pour ne pas perdre la face. . .si lui-même considère qu'il a encore un avenir dans la politique !

La question est, Fakhfakh va-t-il courir le risque mortel de perdre la face ?
Maxula.

veritas
| 07-02-2020 20:51
Fakhf...doit rendre un énorme service a lui même ...il doit se retirer avant qu'il ne soit trop tard si non il va se retrouver dans un pétrin inimaginable a cause de la secte du gourou il n'aura aucune manOeuvre il sera l'otage du gourou et de ses sbires .

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