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Du pain sur la planche pour Brahim Bouderbala !
07/07/2019 | 16:07
5 min
Du pain sur la planche pour Brahim Bouderbala !

 

Les avocats de Tunisie ont élu leur nouveau bâtonnier lors de l’assemblée générale élective de l’Ordre national des avocats de Tunisie (Onat). Une course trop serrée avait opposé Brahim Bouderbala à Boubaker Ben Thabet à l’issue de laquelle, c’est Me Bouderbala qui a été désigné à la tête de l'ordre, déclenchant une multitude de spéculations concernant l’affiliation du nouveau bâtonnier.

 

L’Onat avait tenu son assemblée générale ordinaire le 5 juillet 2019 à Tunis en vue de débattre de l’optimisation de la situation des avocats. Des délibérations suite auxquelles, l’assemblée générale élective s’est tenue, le lendemain, avec la participation de centaines d’avocats. Après la lecture et l’adoption des deux rapports, moral et financier, les avocats sont passés aux urnes pour voter et désigner le 21ème bâtonnier depuis l’indépendance.

Un bâtonnier qui succède à Ameur Meherzi, élu à la tête de l’Onat depuis juillet 2016. Me. Meherzi ne pouvant pas se porter candidat et cumuler successivement deux mandats conformément aux dispositions du décret-loi du 20 août 2011 portant organisation de la profession.

7 candidats étaient en lice pour le poste de bâtonnier à savoir Amor Kilani Mkadmini, Brahim Bouderbala, Sadok Rahmouni, Boubaker Ben Thabet, Abderraouf Ayadi, Chafik Lakhdhar et Rached Berguèche.

 

L’écart entre les résultats du vote était si étroit entre Boubaker Ben Thabet, notoirement connu pour être un militant de gauche et un nationaliste arabe, et Brahim Bouderbala, qui se dit indépendant de tout engagement politique et partisan mais auquel certains prêtent un penchant en faveur des islamistes, qu’un 2ème tour s’est imposé.  Le 1er avait obtenu 1405 alors que le 2ème avait emporté 1322 lors du 1er tour.

Le vote au 2ème tour avait commencé à 21h30 du samedi et le dépouillement s'est déroulé tard le soir. Ainsi, les résultats finaux ont été annoncés très tard dans la soirée du samedi à dimanche avec 1210 voix accordées à Boubaker Ben Thabet et 1281 à Brahim Bouderbala le plaçant ainsi à la tête de l’Ordre national des avocats de Tunisie pour un mandat de 3 ans.

Les membres du Conseil de l’Onat ont également été élus. Postulant pour les 14 sièges au sein du Conseil, 55 avocats ont déposé leurs candidatures avec une candidature retirée à la dernière minute de Faouzi Chemingui.

 

A 67 ans, il s’agit de la 6ème candidature au poste de bâtonnier de l’Onat pour Me Bouderbala qui a été élu président de la section régionale de Tunis de l’Onat à deux reprises en 1995 et 1998. Il jouit par ailleurs d’une longue expérience dans les instances de la profession où il avait déjà été secrétaire général de l’Association tunisienne des jeunes avocats (ATJA) de 1981 à 1983 puis son président de 1983 à 1985. Il avait été aussi élu membre du Conseil de l’Onat en 1987 et en 1989.

En 2011, il figurait parmi les personnalités nationales ayant constitué le Conseil de l’instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique.

Si Me Bouderbala s’est toujours tenu à l’écart des engagements politiques et partisans et s’est uniquement consacré à l’action professionnelle au sein de l’Onat, Me Ben Thabet ancien secrétaire général du Conseil national sous Abderrazak Kilani et Mohamed Fadhel Mahfoudh, avait occupé le poste du secrétaire général de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) présidée à l’époque par Kamel Jendoubi.

 

Le rôle essentiel du bâtonnier est de préserver l’Onat des tiraillements politiques et de remédier aux entraves du secteur ainsi qu’aux problèmes des professionnels, notamment la limitation du champ d’exercice de la profession avec l’augmentation du nombre d’avocats inscrits au tableau de l’Onat et l’insuffisance de cabinets et d’affaires.

Cependant, de nombreuses difficultés plombent le secteur nécessitant des réformes législatives, financières et administratives en profondeur et le renforcement du rôle du Conseil de l’Ordre afin de protéger les intérêts des avocats loin des tractations politiques.

 

C’est dans cette optique que le nouveau bâtonnier s’est inscrit, luttant contre l’enjeu de taille auquel la profession fait face qui est la politisation de cette instance en dépit des voix qui se sont élevées l’accusant d’être soutenu par Ennahdha. Une allégation qu’il avait démentie à maintes reprises. 

En effet, depuis son adhésion à l’Ordre en 1977, Me Bouderbala a toujours été un ardent défenseur des avocats, mettant en garde contre les conflits partisans qui gangrènent la profession et qui priment, des fois, son intégrité.

Prônant la séparation totale entre la profession et l’activité partisane, Me Bouderbala a toujours exhorté les avocats à distinguer son devoir professionnel de son engagement partisan, les appelant à « être la voix de la profession au sein de leurs partis et non pas la voix de leurs partis au sein de leur profession ».

Une équation qui, selon Brahim Bouderbala, doit être concrétisée au service de « la profession, de la justice et de la patrie » dans l’objectif de garantir la liberté et l’indépendance de la profession et de l’éloigner du péril de l’argent politique suspect.

 

Dans sa première déclaration médiatique après son élection à la tête de l’Onat, Me Bouderbala, a précisé qu’il n’a pas remporté les élections grâce au soutien des islamistes insistant, encore une fois, sur la nécessité de ne pas impliquer les avocats dans les différends partisans et affirmant que « des avocats de gauche, des islamistes, des destouriens, des nationalistes arabes, de différents partis politiques mais aussi des indépendants, ont voté en sa faveur ».

Pour ce qui est des priorités du nouveau bâtonnier, Me. Bouderbala a indiqué que sa priorité principale était la Loi de finances qui pourrait éventuellement nuire à la profession y compris l’article 34 portant sur la levée du secret professionnel pour les avocats. Une mesure fortement contestée par les professionnels du secteur. Me Bouderbala a ainsi souligné qu’une feuille de route sera mise en place, s’engageant à l’appliquer « à la lettre ».

 

Pour certains, l’élection de Brahim Bouderbala à la tête de l’Ordre national des avocats pourrait entamer une nouvelle ère pour la profession. En dépit des réactions mitigées et la crainte d’un rapprochement dissimulé des islamistes compromettant la neutralité de Me Bouderbala, au regard des positions de ce dernier depuis son adhésion à l’Onat aussi bien que de son rejet catégorique d’allier la profession à la politique ne peuvent qu’être de bon augure, du moins pour le moment...

 

Boutheïna Laâtar

07/07/2019 | 16:07
5 min
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Commentaires (2)

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Houcine
| 08-07-2019 10:46
Avocat est un métier dont le rôle est essentiel dans l'établissement de la justice. Son rôle est de représenter le justiciable, le défendre et veiller au respect du droit des gens. On peut le considérer comme l'instrument qui limite le pouvoir de l'Etat, rétablit l'équité de traitements entre les parties en conflit, et met un frein à l'hégémonie des puissants au nom de la loi.
Tous ces enjeux méritent mieux que l'exhibition des batailles pour un strapontin. Les tiraillements nous donnent à voir un spectacle minable bien étranger aux objectifs du métier.
En la circonstance, et par delà les circonvolutions de langage, l'homme installé à la tête d'une institution corporatiste semble bien pâle et pourrait bien être motivé par des visées étrangères à sa vocation.

HatemC
| 07-07-2019 16:54
Faut arrêter de bourrer le moue avec vos "penchant"... Les avocats de la tribu des béni hillel a voté pour sa candidature....
En tous cas un islamiste ou à un panarabe qu'es ce que ça change... Haj Moussa Moussa Haj.. Les 2 tendances sont étrangères à la Tunisie.... L'une islamiste des frères muz égyptien et l'autre un nasserien... Même pas tunisien pour tout vous dire... Ils sont tous tourné le dos à la Tunisie..... HC