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Mémorandum Tunisie – UE : ce qu’en pense la presse européenne
18/07/2023 | 13:41
7 min
Mémorandum Tunisie – UE : ce qu’en pense la presse européenne


Deux visites en un mois ont suffi au trio Meloni, Von der Leyen et Rutte pour convaincre le président de la République, Kaïs Saïed, de signer un mémorandum d’entente. L’objectif de ce  mémorandum est, d’un côté, de résoudre la crise migratoire qui pèse sur l’Europe et, de l’autre, de redresser les finances publiques tunisiennes essoufflées par une crise économique sans précédent en l’absence d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI). 


Le trio a choisi le jour du Seigneur pour débarquer à Carthage où il a scellé un deal dont les contours restent flous. Seules les grandes lignes ont été communiquées par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Le mémorandum porte, selon ses dires, sur sur la stabilité macroéconomique de la Tunisie, le commerce et l’investissement, la transition énergétique verte, le rapprochement entre les peuples, et la migration et la mobilité. Il devrait être mis en œuvre dans le cadre des différents volets de la coopération entre l'Union européenne et la Tunisie, conformément aux règlements et procédures applicables en la matière. 

La copie diffusée par le ministère tunisien des Affaires étrangères n’en dit pas plus. Aucun détail sur l’argent que l’Europe devrait verser à la Tunisie en contrepartie de ses efforts pour stopper les migrants n’a été mentionné, et encore moins sur ce qui incombe exactement à la Tunisie en vertu de cet accord. 

Ce flou a nourri des positions mitigées. Tant en Tunisie qu’en Europe, le mémorandum ne semble pas faire l’unanimité bien que présenté par ses porteurs – Meloni, von der Leyen et Rutte – comme un partenariat stratégique dont le Vieux Continent va tirer plusieurs avantages ; la réduction du flux migratoire notamment. 


En Tunisie, les préoccupations tournent justement autour de ce que Kaïs Saïed aurait promis à l’Europe en échange de son argent. Certains estiment que ce mémorandum « truffé de pièges » ne sert que l’intérêt de la partie européenne et fera de la Tunisie, un énième chien de garde pour l’Europe, tout comme la Turquie ou encore la Hongrie.  D’autres voient en cet accord une belle réussite pour le chef de l’État qui a su tirer profit de la situation et a transformé la crise migratoire en une opportunité.  

En Europe, certains semblent loin d’être convaincus de l’utilité de ce mémorandum et de son impact sur le flux migratoire. Les Néerlandais n’y croient pas.  « Malgré l'accord conclu avec la Tunisie, davantage de demandeurs d'asile risquent d'arriver aux Pays-Bas dans les semaines à venir », titre le quotidien neerlandais Algemeen Dagblad. « Cet accord aurait-il des conséquences importantes sur les Pays-Bas ? Ou bien n'y aurait-il pas bientôt plus de 12 demandeurs d'asile ivoiriens de moins par an ? », ajoute le journal.  

Nederlandsbagblad estime, lui, que l’accord profite plus à l’Italie qu’aux Pays-Bas – où les litiges internes sur la crise migratoire ont fait tomber le Premier ministre Mark Rutte – sous ce titre : « L'accord UE-Tunisie sur les migrations porte la marque de l'extrême droite de Giorgia Meloni ». Il explique : « le Premier ministre sortant Mark Rutte était l'une des figures clés de ce ‘pacte stratégique’ (…) Mais il s'agit d'un accord qui va dans le sens de Meloni. Et son objectif est plus grand. Deux jours avant l'accord, elle s'est exprimée par vidéo lors d'une réunion du parti espagnol d'extrême droite Vox. L'heure à une ‘alternative patriotique’ en Europe a sonné, a déclaré Mme Meloni. Cela passe par une politique migratoire stricte et le rapatriement des migrants économiques. L'accord avec la Tunisie en fait partie ». 

 

Reprenant les positions de plusieurs organisations locales et internationales, RTL Nieuws a choisi d’évoquer des « critiques sévères de l'accord sur les migrations conclu avec la Tunisie ». « VluchtelingenWerk Nederland, Stichting Vluchteling et Amnesty International critiquent vivement l'accord sur la migration signé entre l'Union européenne et la Tunisie. Ils craignent que les droits de l'Homme des réfugiés et des migrants ne soient pas respectés par le pays nord-africain. ‘Il s'agit d'une évolution historique, et non d'une évolution positive. Les livres d'Histoire le diront. Il est tout à fait improbable que les droits de l'Homme des réfugiés et des migrants soient respectés en Tunisie, quelle que soit la somme d'argent en jeu’, rapporte le Refugee Council. ‘Conclure ce type d'accord sur les migrations revient à démolir le principe de la protection internationale des réfugiés’ », ajoute le média. 

La presse belge est, également, revenue sur le sujet s’interrogeant sur l’impact réel de ce mémorandum UE-Tunisie. « L'accord migratoire entre l'UE et la Tunisie met-il réellement un terme au trafic de migrants ? Réponses à cinq questions », titre De Morgen.  


Sur le site HLN, la question est vite fait tranchée. Cet accord profitera aux passeurs. « L'UE conclut un accord sur l'immigration avec la Tunisie, mais fait déjà face à des critiques : Les passeurs, en particulier, en profiteront », titre le média. Citant Amnesty International, le journal ajoute : « Tant qu'il n'y aura pas de voies de migration légales, les réfugiés et les migrants continueront de dépendre des passeurs. De plus, il reste à voir comment l'UE et la Tunisie vont s'attaquer au trafic de migrants ». 


Côté allemand, les critiques ne manquent pas. Le MoU est jugé « hautement problématique ». « Tobias Bacherle (Verts), membre de la commission des affaires étrangères, a qualifié l'accord de ‘très problématique’. Julian Pahlke, membre des Verts chargé des affaires intérieures, a exprimé une opinion similaire. Le député du Bundestag a mis en garde : Si une route de fuite est fermée, les gens se tourneront vers des routes encore plus dangereuses », lit-on sur le site de ZDF. 

 

L’argent que l’Europe devra verser à la Tunisie dans le cadre de cet accord est aussi au cœur du débat. Euractiv avance un montant bien loin du milliard d’euros promis. « L’UE versera 675 millions d’euros à la Tunisie en 2023 dans le cadre d’un accord migratoire », titre le journal. Il explique, également : « Les fonds proviendront du budget de l’UE au titre du Fonds européen pour le développement durable et comprendront 150 millions d’euros d’appui budgétaire direct. Sur les 675 millions d’euros, environ 105 millions seront alloués à la gestion des migrations, y compris la lutte contre les ‘départs irréguliers’, les retours des étrangers en Tunisie dans leur pays d’origine, les retours des Tunisiens sans titre de séjour actuellement dans l’UE, et le soutien aux garde-côtes tunisiens avec de nouveaux équipements pour les activités de recherche et sauvetage ». 

 

L’Italie aussi s’interroge sur ce que déboursera l’Europe. Le journal d’investigation Italien linkiesta revient sur la question estimant que « l'argent promis par l'UE est toutefois réparti de manière inégale entre les cinq piliers du mémorandum. La plus grosse part revient à la coopération énergétique : 307,6 millions pour le projet Elmed (…) Pas de chiffres pour la partie consacrée aux ‘échanges et contacts entre populations’ ». 


Le pessimisme et l’inanité de l’accord sont de mise aussi. Les détracteurs de la présidente du Conseil italien n’ont pas hésité à exprimer leur opposition à ce MoU. Stranieri in italia reprend une déclaration d’Elly Schlein, membre du Parti démocrate. « Selon Mme Schlein, cet accord, comme ceux conclus par le passé avec la Turquie et la Libye, vise à ‘externaliser les frontières’ de l'UE, une approche que les politiciens italiens ne peuvent pas partager. Mme Schlein a critiqué l'approche sécuritaire de l'accord qui se concentre exclusivement sur la gestion et le contrôle des flux migratoires et néglige les principes démocratiques et les droits fondamentaux des personnes concernées. Elle a souligné que la Tunisie est confrontée à de graves bouleversements démocratiques, économiques et sociaux, et qu'un accord qui ne tient pas compte de ces facteurs ne peut être accepté », lit-on dans le journal. 


Focus On Africa prône, lui, dans un édito, que le mémorandum UE-Tunisie est « tout sauf un modèle vertueux de coopération en matière d'immigration ».  « Même s'il a été obtenu au prix d'efforts diplomatiques considérables, (il s’agit) simplement d'un accord qui légitime les actions que le chef de l'État tunisien juge appropriées pour contenir les flux migratoires », note le journal. 


Les critiques continueront sans doute à jaillir en attendant que davantage de détails sur les tenants et les aboutissants de ce MoU soient communiqués clairement et publiquement des deux parties à l’accord, surtout que celui-ci devra être approuvé par l’ensemble les États-membres de l’Union européenne ; ce qui n’est point facile.  


Nadya Jennene 

18/07/2023 | 13:41
7 min
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Commentaires
takilas
C'est honteux !
a posté le 20-07-2023 à 11:02
Pourquoi mettre la Tunisie devant le fait accompli ?
C'est parce que ses moyens inanciers sont réduits actuellement?
Mais ! Il ne faut pas oublier que c'est à cause de nahdha que ce pays a été affaibli financièrement vu les arnaques, les escroqueries et les manigances subies par nahdha.
Donc il est plus raisonnable de récupérer les sommes colossales d'argent spoliées par nahdha durant dix ans et ce à compter de l'année 2011, l'année de tous les massacres perpétrés intentionnellement contre la Tunisie.
Nephentes
Il faut lever quelques malentendus
a posté le 20-07-2023 à 08:09
Le cadre réel de l'accord entre les autorités tunisiennes et l'UE n'est pas compris ; Et pour cause.
Le cynisme qui caractérise ce compromis est difficilement concevable.
Un cas d'(école, a enseigner.

Les Européens savent parfaitement que certains "responsables publics" tunisiens sont impliqués jusqu'au cou dans le trafic de migrants. Ils savent aussi que le régime de Mr Saed a fait alliance avec ces "responsables" pour consolider son emprise autoritaire. Et que le concours de ces responsables est une question de survie pour ce régime

Les Européens ont probablement aussi une idée précise des capacités mentales de Mr Saed, en particulier de sa capacité d'accès et d'analyse de l'information critique;

ils ont tout simplement profité des défaillances existantes pour imposer cet accord et se garantir un début d'endiguement des flux de migration clandestine via un cadre de "coopération" asymétrique et portant incontestablement atteinte a la souveraineté de la Tunisie;

Mais comme ils ont affaire à des bougnouls - et ils savent à qui ils ont affaire, eux, contrairement a nous- ils profitent de cette occasion inespérée en d'autres circonstances ; impossible par exemple d'appliquer un tel accord avec l'Algérie, qui pourtant a des cadres sécuritaires impliqués directement dans le trafic de migrants.
Juan
faire le travail de UE
a posté le 19-07-2023 à 12:59
...."les retours des étrangers en Tunisie dans leur pays d'origine,"

donc TN doit s'occuper d'intercepter les sub sahs dans ses eaux, puis les rapatrier vers leurs pays d'origine. !!
et si TN n 'y arrive pas ? ces sub shas vont rester libres en TN. de nouveaux "sfax" vont éclater.
tout çà pour .... 600 m !!!
The Mirror
Taisez-vous Madame, vous ne savez pas de quoi vous parlez
a posté le 19-07-2023 à 00:01
Voici une autre outsider qui parle de lUE, sans savoir comment fonctionne cette Union.

Chère Madame, je sais que vous êtes payée pour écrire tout et n'importe quoi, pourvu que cela discrédite le Président et le Gouvernement tunisien.
C'est raté d'avance car, en parcourant votre papier, même un non averti en politique arrêterait la lecture au bout de quelques lignes, tellement c'est vide et merdique.

Pour écrire sur un quelconque sujet, il faut d'abord avoir vocation à le faire, et puis, le faire en professionnel et non outsider, en quête de quelques dollars de plus.
Another Mirror
Taisez-vous Monsieur, vous ne savez pas de quoi vous parlez
a posté le à 12:19
Voici un autre outsider qui parle de lUE, sans savoir comment fonctionne cette Union.

Cher Monsieur, je sais que vous êtes payé pour écrire tout et n'importe quoi, pourvu que cela supporte le Président et le Gouvernement (quel gouvernement ?) tunisien.

C'est raté d'avance car, en parcourant votre commentaire, même un non averti en politique arrêterait la lecture au bout de quelques mots, tellement c'est vide et merdique.

Pour écrire sur un quelconque sujet, il faut d'abord avoir vocation à le faire, et puis, le faire en professionnel et non outsider, en quête de quelques dollars de plus.
GZ
L'opportuniste
a posté le à 11:45
La revue de presse n'est guère flatteuse pour votre idole du jour. On comprend bien votre dépit. Cela ne devrait pas vous empêcher d'être poli.
Pour un mercenaire de la plume vous vous posez là. Après avoir soutenu la secte sans retenue, maintenant qu'elle mordu la poussière, vous avez opportunément changé votre fusil d'épaule. Toujours du côté du dernier qui parle.
Vous avez beau retourner votre veste, vous finirez par en prendre une.
Vous n'êtes pas plus crédible aujourd'hui que vous ne l'avez été hier.
Faites vous oublier. Cessez de courir derrière votre honneur définitivement perdu.
On peut se refaire un hymen, on ne se rachète pas une conscience.
'Gardons un minimum d'honnêteté!
Je réécris le fazit
a posté le 18-07-2023 à 22:12
Fazit: La culture légumière en plein sol n'est plus possible à cause du réchauffement/Changement climatique. D'où la nécessité de culture agricole en hors sol et les Pays Bas pourraient nous aider un coup de pouce en ce domaine.

Bonne soirée

'Gardons un minimum d'honnêteté!
Quelles mesures pourraient être mises en place pour instaurer de l'entraide constructive et productive pour notre pays et pour L'UE?
a posté le 18-07-2023 à 22:04
Les Européens et les Tunisiens voudraient bien s'entre-aider , ceci d'après l'accord récemment signé entre la Tunisie (TN) et L'Union européenne (UE) --> La question "primordiale" et "vitale" qui s'impose désormais aux deux parties TN ET UE est évidente: Quelles mesures pourraient être mises en place pour instaurer de l'entraide constructive et productive pour notre pays et pour L'UE. --> il ne faudrait surtout pas refaire les fautes /conneries socio-économiques de la dernière décennie: Il faut éviter cette idée absurde de construction d'une voiture tunisienne (à la
Mr. Youssef Chehed), ou la conquête socio-économique de l'Afrique Subsaharienne en exportant
notre argent de l'endettement, ou de construction de satellite et de drone à la Telnet et son patron.

-->
oui, la Tunisien a besoin plutôt d'une révolution agraire qui servirait de modèle / prototype pour le reste de l'humanité. Je donne d'abord des faits:
- les Hollandais produisent 400 tonnes de tomates par hectare alors que la Tunisie ne dépasse pas les 20 tonnes par hectare tout en gaspillant 1000 fois plus d'eau d'arrosage --> un facteur multiplicatif égale à 20 (ce facteur est pratiquement valablepour toutes les cultures légumières)
- Avec des température au-dessus de 40°C toute culture légumière en sol est impossible.
-->
Fazit: l'aide la plus utile que pourrait donner l'Europe à la Tunisie consiste à nous aider à tripler (du moins) notre production agricole par les cultures en hors sol. --> Et ceci à travers le génie agricole des Pays-Bas.





L'humanité a besoin plutôt d'une révolution agrico-architecturale:
Une habitation/maison moderne devrait avoir aussi un abri vitré où l'on cultive ses fruits et ses légumes. Chaque Appartement devrait avoir une terrasse vitré pour une autosuffisance légumière. Ce que je propose est une nouvelle vision architecturale urbanistique et une nouvelle forme de culture agricole. Oui, il est temps d'intégrer à sa maison ou à son appartement un abri vitré où l'on cultive ses légumes et ses fruits même au prix de renoncer à la salle de séjour ou à la salle à manger. Une terrasse abritée de 20 m2 d'agriculture urbaine pourrait produire autant de tomates, de piments, de salades, etc. afin de nourrir une ou même plusieurs familles. --> La Tunisie est aussi victime de son architecture des années 70, mais ceci est un autre sujet.

Fazit: La culture légumière en plein sol n'est plus possible à cause du réchauffement/Changement climatique. d'où la nécessité de culture agricole en hors sol et les Pays Bas pourrait nous aider un coup de pouce

Bonne soirée

Gardons un minimum d'honnêteté!
Errata
a posté le à 10:45
La culture légumière en plein sol n'est plus possible à cause du réchauffement/Changement climatique (des températures qui dépassent les 40°C)--> d'où la nécessité de culture agricole en hors sol et les Pays Bas pourraient nous donner un coup de pouce en ce domaine (ils sont tout simplement très forts en culture légumière en hors sol avec une extrême et incomparable productivité)
Agatacriztiz
Vous avez dit Europe ?
a posté le 18-07-2023 à 19:08
Mais de quelle Europe parlons nous ?
Déjà, par Ursula von der Leyen qui s'avère de plus en plus atlantiste et plus pro-américaine que Joe Biden lui-même, l'union européenne vient de prouver son aplatissement total à Washington en nommant une américaine pur jus comme cheffe de la Commission de la concurrence.
La prochaine fois qu'on devra négocier sur quoi que ce soit, faudrait mieux aller directement aux '?tats-Unis, au moins, ça évitera les allées et venues, ça sera plus direct et on sera fixé sur place ...
ali
@Agatacriztiz
a posté le à 23:19
Il y a une guerre économique féroce entre l'UE et l'Amérique!Les Etats Unis n'ont aucun poids sur les élections européennes.Déjà le poids américain en Tunisie et plus généralement en Afrique du Nord est négligeable par rapport à celui de l'UE.Vous oubliez qu'économiquement l'Europe est de la taille de l'Amérique!
Juan
go back to school.
a posté le à 13:05
non. US pas comparable à UE. US demeure première puissance éco.
go back to school.
ali
@Juan
a posté le à 17:41
US pas comparable économiquement à l'UE?Vous pensez dons que US vaut deux ou trois fois l'UE économiquement,ce qui est faux.En fait économiquement US=1,2xUE.Si la Grande Bretagne n'avait pas quitté l'UE il y aurait égalité!!!!!!