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Les sacrifiés du processus de Kaïs Saïed
30/03/2023 | 15:07
11 min
Les sacrifiés du processus de Kaïs Saïed

Depuis l'annonce des mesures exceptionnelles du 25 juillet 2021, le président de la République, Kaïs Saïed, a multiplié des décisions plus inattendues les unes que les autres sous prétexte de sauver le pays d'un grand complot. Évidemment, ce processus a inclus une série assez longue de révocations et de limogeages.

Nous voilà à plus de 600 jours depuis l’entame de ce fameux processus politique. Le président de la République avait décidé, contre toute attente, de limoger le gouvernement de Hichem Mechichi et de geler l’activité parlementaire. M. Mechichi, rappelons-le, avait été nommé par le président en tant que successeur de Elyes Fakhfakh. Tous deux ont été sélectionnés par le président pour des raisons qui nous sont encore inconnues. Messieurs Mechichi et Fakhfakh n’ont quasiment aucun poids politique. Il s’agit de simples citoyens ayant entamé une carrière politique, mais sans véritablement percer dans le domaine. Ils se sont retrouvés, par la suite, propulsés au prestigieux poste de chef du gouvernement.

Elyes Fakhfakh avait été poussé à la sortie par le chef de l’État alors que Hichem Mechichi avait été publiquement limogé. Ce que l’on n’avait pas compris en cette période, c’était qu’il s’agissait des premiers noms d’une très longue liste. Les premiers à passer à la casse, en plus des membres du gouvernement, étaient les gouverneurs. On avait passé des semaines et des mois à suivre les nombreux communiqués annonçant le limogeage de ces derniers. On en était même arrivé à se retrouver avec neuf gouvernorats sans gouverneurs. Les premiers à y passer étaient ceux de Sfax, de Médenine, de Monastir et de Zaghouan. Plusieurs autres noms ont fait leurs petits passages au niveau de ce corps. Certains ont réussi à s’imposer comme les désormais très célèbres Kamel Fekih et Ezzeddine Chelbi, sûrement en raison de l’inconditionnel soutien au chef de l’État.

D’autres ont rapidement fait leurs cartons et quitté leurs bureaux. Nous pouvons citer à titre d’exemple Fakher Fakhfakh. Ce dernier n’avait pas ménagé ses efforts pour soutenir le projet et l’agenda politique de Kaïs Saïed. Néanmoins, il avait rapidement été sacrifié par le système qu’il vénérait tant. Fakher Fakhfakh n’avait même pas été directement informé de son limogeage. Il avait appris la nouvelle par une journaliste. Un manque de respect profond qui montre que le système du 25-juillet pourrait tourner le dos à ses éléments les plus dévoués. Il y a, également, ceux qui ont fait profil bas et qui ont été maintenus au sein de leurs postes tels que le gouverneur de Béja, Moez Melli ou celui du Kef, Mokhtar Nefzi. Le premier avait été nommé en décembre 2019. La présidence de la République avait annoncé son limogeage en août 2022. L'annonce du limogeage de M. Nefzi a eu lieu en octobre 2022. Il était à la tête du gouvernorat du Kef depuis novembre 2019.

Du 25 juillet 2021 au 30 mars 2023, les sacrifiés par le système sont tombés comme des mouches. Bien évidemment, il y a eu les innombrables limogeages et dissolutions touchant des institutions auxquelles le président était hostile. Kaïs Saïed a dissous le Conseil supérieur de la magistrature et a mis fin à la présidence de cette institution par le magistrat Youssef Bouzakher. Encore une fois, il s’agissait, selon le président, d’une requête populaire soutenue par les manifestants ayant entamé un sit-in devant le siège du conseil en février 2022. En réalité, il ne s’agissait que d’une poignée de manifestants soutenant le chef de l’État et son putsch entamé depuis le 25 juillet 2021.

Pour ce qui est de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie), Kaïs Saïed n’a pas eu besoin de prétexter des revendications populaires. Il s’est tout simplement obstiné à remettre en doute les élections précédemment tenues et à émettre des accusations au sujet de l’intégrité de l’instance et de ses membres. Il a, par la suite, en promulguant un simple décret, décidé de nommer une nouvelle instance limogeant, ainsi, son président Nabil Baffoun. Il est, actuellement, interdit de voyager en raison de la fonction mentionnée dans son passeport. Ce document indique encore qu’il est le président de cette instance. Nabil Baffoun a estimé qu’il était pris pour cible en raison de son opposition à l’annonce des mesures exceptionnelles.

Le président de la République, Kaïs Saïed, a rapidement fait le ménage du côté des institutions et a, surtout, veillé à dégager tout opposant à ses décisions des postes clés et des hautes fonctions de l’État. Ce phénomène avait ciblé en grande partie les personnes qui n’étaient pas d’accord avec la politique de ce dernier. Par la suite, les limogeages se sont transformés en une véritable épidémie nationale ! Le chef de l’État n’a fait preuve d’aucune clémence ou pitié, quitte à s’attaquer à son propre entourage. Conseiller, président de commission ou ministres pouvait en une fraction de seconde se trouver éjectés de leurs sièges. Kaïs Saïed a démontré qu’il ne faisait pas de quartier.

C’est ce que nous ont montré les récentes révocations de membres du gouvernement. La première à amorcer les « festivités », était la ministre du Commerce, Fadhila Rabhi. Celle-ci avait, depuis sa nomination, repris les tristes récits évoquant une crise alimentaire résultant de la spéculation et non de la crise économique et de l’instabilité des finances publiques. Néanmoins, ceci ne lui a pas permis de sauver sa peau et le président s’est contenté de la limoger par un simple décret sans en expliquer les raisons. Par la suite, ce sont Mahmoud Elyes Hamza, ministre de l’Agriculture, Fethi Sellaouti, ministre de l’Éducation, Nasreddine Nsibi, ministre de l’Emploi et porte-parole du gouvernement et Othman Jerandi, ministre des Affaires étrangères qui ont été successivement limogés de leurs postes. D’ailleurs et pour l’anecdote, il n’y a toujours pas de successeur à M. Nsibi. Ce dernier a été limogé le 22 février 2022. Depuis, il n’y a ni ministre de l’Emploi ni porte-parole du gouvernement et la chose ne semble gêner personne.

La liste des ministres limogés compte également le nom du ministre de l’Intérieur, Taoufik Charfeddine. Fait surprenant concernant le départ de ce dernier : M. Charfeddine avait annoncé, contre toute attente, sa démission lors d’une simple déclaration médiatique le 17 mars 2023. Même le responsable de la communication au sein du ministère, Fakher Bouzghaya, présent à ses côtés lors de l’annonce semblait être déstabilisé. Or, il ne s’agissait pas d’une démission puisque la présidence de la République s’est empressée de publier, à la même date, un communiqué précisant qu’on avait mis fin aux fonctions de ce dernier. L’événement était choquant pour certains puisque Taoufik Charfeddine était connu pour être l’un des ministres les plus proches de Kaïs Saïed. Il avait assisté le pouvoir en place dans le ciblage et le harcèlement d’opposants politiques notamment dans le cadre de l’affaire de complot contre la sécurité contre l’État.

Ces événements nous rappellent ceux relatifs au départ, encore une fois surprenant, de Nadia Akechaancienne chef du cabinet au sein de la présidence de la République. Elle, aussi, avait annoncé sa démission contre toute attente. Et là encore, un communiqué de la présidence de la République a évoqué une décision de mettre fin aux fonctions de cette dernière. Du côté de Kaïs Saïed, le message est assez clair : On ne me quitte pas, je vous quitte !

Notons que les limogeages de ministres et les nominations de nouveaux ministres n’ont suscité aucune réaction de celle qui est théoriquement cheffe du gouvernement, Najla Bouden. Celle-ci, rappelons-le, n’a toujours pas accordé d’interview aux médias tunisiens depuis sa prise de fonction en octobre 2022, soit plus d’un an et cinq mois. Un véritable record.

Mme Bouden a maintenu sa politique du silence et n’a pas expliqué les limogeages ou encore le départ de la secrétaire d’État aux Affaires étrangères chargée de la Coopération internationale, Aïda Hamdi. Elle avait démissionné et quitté la Tunisie quelques semaines après la nomination du gouvernement. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Othman Jerandi, aurait, selon certains récits, refusé sa nomination. La secrétaire d’État avait pour bureau un petit coin au sein de la présidence du gouvernement et non du ministère. Une information qui ne peut que nous amener à conclure que M. Jerandi n’était pas prêt à collaborer avec Mme. Hamdi. Elle a tout laissé tomber et a décidé de reprendre son job d’enseignante à l’étranger.

Les limogeages sont devenus tellement fréquents que les acteurs de la scène politique et les Tunisiens en général s’amusent à prédire les noms de prochaines victimes des caprices du président de la République. On avait cité à un certain moment le nom de Farouk Bouasker, actuel président de l’Isie en raison des faibles taux de participation aux élections législatives. Les regards se sont, par la suite, dirigés vers Makrem Ben Mna. Ce dernier a été nommé président de la commission nationale de la conciliation pénale. Celle-ci devait, selon le chef de l’État, restituer les biens spoliés par des corrompus. Il s’agirait d’un patrimoine de 13,5 milliards de dinars ! Mécontent de l’absence d’avancement à ce niveau, la présidence de la République a publié une vidéo montrant Kaïs Saïed effectuant une visite au siège de cette commission. Il s’est entretenu avec une partie de ses membres et leur a reproché la lenteur de prise de décision. M. Ben Mna n’était pas de la partie. Beaucoup ont conclu que son absence signifiait son départ. Une hypothèse rapidement confirmée par la publication de la décision de limogeage au Journal officiel de la République tunisienne cinq jours après cette visite.

Après ce bref rappel non exhaustif des victimes du 25 juillets 2021, nous pouvons affirmer que Kaïs Saïed a fait des ravages du côté des hauts responsables et fonctions clé de l’État. Il ne s’agit là que de ministres, de gouverneurs et de présidents d’instances. On pourrait ajouter à cet article des dizaines de noms de dirigeants d’entreprises et d’installations étatiques. On pourrait, ainsi, évoquer le nom du PDG du groupe Snipe-La Presse, Nabil Gargabou. Ce dernier a été limogé par Kaïs Saïed en novembre 2022. Cette longue liste ne peut que nous pousser vers une seule conclusion : le système du 25 juillet 2021 est une véritable spirale infernale de décisions inattendues, aléatoires et n’épargnant personne. La seule directive de ce système n’est autre que la mise en échec d’un énorme complot visant le président. Un complot qui ne semble toujours pas exister pour de vrai. 

 

 

Sofiene Ghoubantini

30/03/2023 | 15:07
11 min
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Commentaires
Gardons un minimum d'honnêteté!
Une très bonne nouvelle d'après le Web!
a posté le 31-03-2023 à 09:27
Une très bonne nouvelle d'après le Web:
à partir de ce dimanche, il va y avoir de la pluie en Tunisie avec une probabilité de 90% et durant plusieurs jours
Fares
Trump accusé au criminel
a posté le 30-03-2023 à 23:04
C'est pour cela que les '?tats-Unis sont une démocratie alors que nous baignons encore dans le haftérichisme. Le jour où commencera à juger les anciens présidents pour leurs crimes, on deviendra une démocratie.
Frej
La Tunisie est malade, gravement malade
a posté le 30-03-2023 à 19:26
A mon avis, il faut appeler les compétences des années 90 pour sauver l'économie du pays, à titre d'exemple Afif Chelbi, Jouini, Ben Mosbah, Ben Mustapha, Férid Tounsi, l'ancien ministre du commerce et ministre de la santé, ....certaines compétences jeunes technocrates pour former un nouveau gouvernement. Nous n'avons pas le choix, il faut arrêter les limogeages non justifiés mais ceux qui ne sont pas honnêtes et fainéants n'ont pas de place.

EL OUAFI
.Une rétrospective des déboires des islamistes.
a posté le 30-03-2023 à 19:10
Une rétrospective, des événements post-prise de pouvoir par le président Kais Saied, vu que ceux qui ont accaparé du pouvoir (les islamistes) étaient occupés à structurer leurs projets mercantiles.
Vous nous retracez une liste exhaustive de quelques personnes, écartées, de la gouvernance, par le manque d'adhésion aux dérivés du président.Une rétrospective des déboires .
kane
Où est-il passé ?
a posté le 30-03-2023 à 17:46
Il parait que le président a disparu depuis une semaine. Si vous avez des nouvelles....
Nephentes
De Kaes Boudourou a Kaes Boubala
a posté le 30-03-2023 à 17:42
On avait cru, Nahdha compris, au mieux a un psychorigide limité mais intègre, au pire a un inoffensif hurluberlu.

on s'aperçoit beaucoup trop tardivement qu'on a affaire a un psychopathe sournois

Kaes Saed est pourtant représentatif d'une certaine Tunisie : un grand corps malade
DHEJ
Bien sur que oui...
a posté le 30-03-2023 à 16:21
Ce sont les obligations de l'article 80 de la constitution de 2014 à savoir remettre les pouvoirs publics à travailler régulièrement.


Pour ROBOCOP changer les responsables des articulations des pouvoirs publics est un must.


Mais hélas l'output est l'effondrement de l'Etat!

Un Etat à ses derniers jours...