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Carthage Cement, la fin d’un long bourbier ?
30/08/2020 | 15:59
8 min
Carthage Cement, la fin d’un long bourbier ?

 

Le cimentier serait-il en train de se redresser ? C’est ce qui parait au vue des indicateurs présentés vendredi 28 août 2020 lors des assemblées générales ordinaire et extraordinaire de la société. Malgré la crise du Covid-19, la société prévoit de finir cette année avec un bénéfice, après plusieurs années difficiles achevées avec des résultats déficitaires. Mieux, elle a remporté en appel une affaire judiciaire qui lui permettrait d’engranger si tout va bien au moins 30 millions d’euros. En parallèle, une dizaine d’investisseurs ont retiré le cahier des charges pour participer à l’appel d’offres de cessions de plus de 50% des parts de la société. De beaux jours se profilent pour Carthage Cement…

 

Carthage Cement est une société anonyme créée en octobre 2008 à l’initiative de Belhassen Trabelsi et Lazhar Sta. Elle est le résultat d’une scission en deux de la société «Les Grandes Carrières du Nord» : la société Carthage Cement et la société GCN Trade. Après la révolution, l’Etat a confisqué une partie de la société.

Depuis, la situation de Carthage Cement n’a pas cessé d’empirer. Son endettement envers les banques a littéralement explosé et la société est entrée dans cercle vicieux, enregistrant des pertes cumulées ayant atteint -320,69 millions de dinars (MD) au 31 décembre 2018 et impactant ses fonds propres devenus négatifs. Fin 2019, les pertes cumulées ont atteint -381,03 MD. En parallèle, la société est fortement endettée auprès du secteur bancaire tunisien : son endettement total à fin 2018 a atteint 424,38 MD.

L’Etat, avec Bina Corp S.A, a tenté via Al Karama Holding à partir de fin 2017 de céder un bloc d’actions représentant 50,52% du capital par voie d’appel d’offres international. Mais, l’appel d’offre a été infructueux, personne n’ayant soumis une offre financière, suite au retrait du cahier des charges.

 

Al Karam Holding, chargée de l’opération de cession, a tenu à connaitre les raisons et qui se regroupaient en trois problématiques majeures. La première concerne l’endettement qui a dépassé un niveau normal : les charges bancaires étaient devenues faramineuses, atteignant 58 MD en 2018. La deuxième est relative à l’effectif pléthorique, qui a dépassé les 1.200 agents, et les problèmes sociaux engendrés en cas de rééquilibrage. La troisième est liée au contrat d’exploitation et au prix de production qui est devenu exorbitant suite à la dépression du dinar par rapport à l’euro.

Plusieurs décisions ont été prises et ont débouché sur une augmentation de capital, mais aussi des accords de principe, auprès de certaines institutions financières, pour le rééchelonnement des dettes bancaires, et ceci dans le cadre de son plan de restructuration financier, outre une réduction substentielle de l’effectif.

2019 a été ainsi une année charnière. Ceci dit, même si le résultat s’améliore de 32,47%, il demeure déficitaire pour se situer à -51,31 MD contre -75,99 MD une année auparavant. Le chiffre d’affaires a augmenté de 3,31%, passant de 249,59 MD fin 2018 à 257,87 MD fin 2019.

 

Sur le marché, les produits de la cimenterie s’imposent de plus en plus, par leur qualité. Sa part de marché est aux alentours des 20% et ne cesse de s’améliorer. La société n’a pas hésité à se diriger vers l’export : passant par l’export du clinker vers l’Afrique et du ciment vers l’Union européenne (qui représente, selon son management un marché d’avenir, ndlr), et ceci après avoir des certificats de conformités aux normes européennes. Elle a démontré une souplesse pour basculer du local à l’export et vice-versa, selon la conjoncture et les prix pratiqués, l’objectif étant d’avoir la meilleure marge bénéficiaire.

Les fruits des efforts consentis commencent à tomber. Ainsi et depuis l’augmentation de capital, la dette a diminué et a en plus été restructurée : elle s’étale désormais sur 12 ans, avec 2 ans de grâce et une baisse du taux d’intérêt d’un point. En parallèle, le contrat d’exploitation est arrivé à terme et l’effectif a été réduit à 820 employés.

«La société doit être viable avant d’être vendable», a martelé le directeur général de Carthage Cement Brahim Sanaa.

 

 

S’agissant de l’impact du la crise Covid-19 et du confinement, la société a dû s’arrêter la production selon la nature du produit en question entre 37 jours et 51 jours, ce qui s’est traduit par une perte de 48 MD en chiffre d’affaires et de 28,63 MD en résultat brut d'exploitation (RBE).

Malgré ceci, la société n’a pas perdu ses parts de marché, au contraire elle les a augmentés à 23,79%, le tout alors que le secteur est en baisse.

Au 31 juillet 2020, soit après cinq mois d’activité, la société a enregistré un résultat excédentaire de 4 MD et un RBE de 44,4 MD malgré un impact de la pandémie estimé à 25 MD. La cimenterie tablait sur un RBE de 100 MD sur l’ensemble de l’année et aurait pu atteindre sans la crise Covid-19, un RBE de 70 MD. Le tout, sachant que l’augmentation de capital a été opérée en avril 2020 et que la société a dû subir les frais bancaires tous au long du 1er trimestre de l’année en cours.

 

En ce qui concerne le verdict prononcé en faveur de la société, la cour d’appel a émis un jugement, en date du 15 novembre 2019, condamnant solidairement les parties : FLS Smith, Prokon, Ekon (constructeurs de la cimenterie) ainsi que les actionnaires fondateurs Lazhar STA, Belhassen Trabelsi et un intermédiaire (représentant de la société FLS Smith en Tunisie) à la restitution de la somme de 30 millions d’Euros à Carthage Cement au titre d’une affaire de surfacturation du coût de construction de la cimenterie. Carthage Cement a porté cette affaire en cassation et a réclamé, en plus du montant en principal, les pénalités de retard et les dommages subis par la société dus à cette surfacturation.

A noter que FLS Smith a admis les faits mais elle a affirmé que sa responsabilité été partielle et limitée à 2 millions d’euros, a indiqué M. Sanaa.

Par ailleurs, un différend oppose actuellement Carthage Cement à la société NLS (qui était en charge de l’exploitation et la maintenance de la cimenterie). Carthage Cement réclame la prise en charge par NLS des frais liés à la maintenance qui auraient dû être réalisés par cette dernière avant le transfert de la cimenterie et ce conformément aux termes du contrat liant les deux parties. Un cabinet d’audit international a été mandaté et a estimé le montant à restituer à 14 MD. En prenant en considération la caution de garantie d'un million d’euros, la cimenterie réclame à la société danoise 11 MD. La procédure est en cours et si la réponse n’est pas positive, la société va se diriger vers l’arbitrage, a précisé le DG.

On notera aussi que le décompte des intérêts des comptes courants actionnaires initiés en 2008 a été arrêté le 22 octobre 2019. Pour Bina Corp, le montant du compte courant a été incorporé en capital social suite à l’augmentation du capital social réalisée en 2020. Pour le groupe Lazhar Sta, la capitalisation des intérêts a été suspendue suite à la décision de la cour d’appel en lien avec l’opération de surfacturation.

 

 

Interrogé sur la capacité de production et l’export, Brahim Sanaa a signalé que parfois le marché local est plus rémunérateur que le marché de l’export. Ceci dit, il a admis que l’export permet à la société d’avoir des entrées en devises et de la prémunir des risques de change, étant obligé d’acheter certains de ses besoins (équipements et matériels) de l’étranger.

Le DG a indiqué qu’un comité stratégique allait se réunir pour arrêter la stratégie d’export et le montant pour 2021. Et de souligner que 2020 est saturée avec les commandes de l’Italie en ciment et Clinker. En outre, il a indiqué qu’une étude stratégique a été commandée pour étudier les marchés et leurs rentabilités. Il a également noté que la société était en train de réfléchir sur des «projets d’avenir», ce qu’il a appelé «une autre catégorie de projets», notamment un centre de broyage.

 

Pour sa part, Adel Grar, président du Conseil d’administration de la société et PDG d'Al Karama Holding, a souligné la reprise des procédures de cession des parts de l’Etat et Bina Corp S.A, actionnaires majoritaires de Carthage Cement. Ainsi les intéressés peuvent retirer le cahier des charges et ceci jusqu’au 25 septembre prochain, date de clôture. Il n’a pas écarté la possibilité de prolonger les délais pour permettre aux investisseurs de visiter le site, chose qui s’avère assez délicate actuellement avec la crise Covid-19 et les obligations d’effectuer les quatorzaines, de part et d’autre.

Interrogé sur le dividende, le DG a précisé que selon le business plan 2020-2024, une distribution de bénéfices est prévue pour 2023, le temps d’absorber les pertes cumulées. Selon ce même document, la société table sur un chiffre d’affaires qui passerait de 376,56 MD en 2021 à 445,55 MD en 2024. Le RBE évoluera de 144,18 MD en 2021 à 184,06 MD en 2024. Le résultat net grimpera pour cette même période de 57,58 MD à 111,59 MD.

 

Un vent de changement a soufflé sur Carthage Cement et augure un revirement de situation. Après plusieurs années de difficultés, le cimentier renoue avec une situation bénéficiaire, jusqu’à cette heure, et ceci malgré la crise Covid-19 et son impact néfaste sur l’économie tunisienne. Le management est assez optimiste, l’avenir le prouvera.

 

Imen NOUIRA

 

30/08/2020 | 15:59
8 min
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Commentaires
James Bond
Carthage Cement l'arnaque du siècle
a posté le 31-08-2020 à 15:37
Dès sa constitution, Carthage Cement a commencé par des actes frauduleux.
-L'ex-président avait favorisé le projet de Belhassen Trabelsi au détriment d'un autre projet de cimenterie à Gafsa, en donnant un ordre écrit pour mettre en veilleuse ce dernier.
-A peine quelques jours après sa création, Bina Holding (copropriété de Belhassen Trabelsi et de Lazhar Sta) avait acquis 58,62 % de la GCN avant même l'évaluation de ses fonds. Ceci avait permis à Belhassen Trabelsi de réaliser une plus-value sur la valeur réelle de la GCN.
-Le transfert des dettes de la GCN à Carthage Cement pour un montant de 35,7 millions de dinars, dont 5,6 millions en impots. La STB, banque publique, avait préféré annuler une partie importante des dettes de Lazhar Sta sans raison valable, d'autant plus que ses sociétés n'étaient ni en difficulté financière ni sous le coup de poursuites judiciaires.
-Les parcelles de la carrière de Jebel Rassas ont été comptablement évaluées à 138,3 millions de dinars alors qu'elles valaient réellement que 8 millions de dinars.
-Rien qu'avec un projet sur papier, avec 0 millimes en fonds proplres, la société a réussi à s'introduire en bourse et à mobiliser plusieurs centaines de millions de dinars sous forme de prêts bancaires. Les dettes de la société sont tout simplement collossales
-Lazhar Sta pourrit en prison. Belhassen Trabelsi est en fuite à l'étranger.
-Cette société est un boulet financier pour tout le secteur financier en Tunisie. Aucun repreneur sérieux n'acceptera de racheter les parts mises en vente.
Agatacriztiz
Vendez au plus vite avant qu'elle devienne un tas de ferraille
a posté le 31-08-2020 à 07:39
Mentionnez également que Lazhar Sta à été condamné à cinq ans de prison pour ce détournement de 30 millions d'euros et que Belhassen Trabelsi a échappé de peu à l'extradition de France vers la Tunisie (?) et que Carthage Cement peut toujours courir pour récupérer cette somme détournée (contre valeur d'environ 100 milliards de nos millimes) .
Quant aux chiffres de "relance", ils sont exagérément optimistes, et dans la crise mondiale qui se profile, ce même optimisme relève du délire. Je ne souhaite qu'une seule chose à notre pays, qu'un repreneur sérieux rachète les parts mises en vente, gere cette entreprise d'une façon saine, avant que cette dernière ne devienne un autre "boulet" financier pour la nation, tout comme Tunis Air, SNCFT, etc. ou avant que cette affaire ne prenne la tournure du scandale de la banque franco tunisienne.
Raouf Yaich
Redressement de Carthage Cement
a posté le 30-08-2020 à 19:23
Bravo.