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Carthage Cement, nouvel épisode d'un feuilleton à la sauce tunisienne

Temps de lecture : 5 min
Carthage Cement, nouvel épisode d'un feuilleton à la sauce tunisienne

 

Le feuilleton Carthage Cement se poursuit avec de nouveaux rebondissements. Au menu, arrestation de l’ancien directeur général Lazhar Sta et un jugement en faveur de la société sur une surfacturation de quelques dizaines de millions d’euros. Des faits qui ont permis à la société de clôturer la séance boursière de ce jeudi 21 novembre 2019 au vert, suite à la reprise de la cotation. Depuis la révolution, les déboires de la société n’en finissent pas avec des pertes cumulées et une vente ratée.

 

Carthage Cement est une société anonyme créée en octobre 2008 à l’initiative de Belhassen Trabelsi et Lazhar Sta. Elle est le résultat d’une scission en deux de la société «Les Grandes Carrières du Nord» : la société Carthage Cement et la société GCN Trade.

Après la révolution, l’Etat a confisqué une partie de la société et avec Bina Corp S.A, il a tenté via Al Karama Holding à partir de fin 2017 de céder un bloc d’actions représentant 50,52% du capital par voie d’appel d’offres international. Mais, l’appel d’offre a été infructueux.

Il faut dire que depuis la révolution, la situation financière du cimentier ne cesse d'empirer. D’ailleurs, l’assemblée générale ordinaire de la société pour l’exercice 2018 ne s’est pas encore tenue. Elle est prévue pour le 6 décembre prochain. La société enregistre une perte de 75,99 MD au titre de l’année précitée. Ses fonds propres au 31 décembre 2018 sont devenus négatifs, et ce en raison des pertes cumulées ayant atteint -320,69 MD à cette date. Le total des capitaux propres de -37,86 MD avant affectation du résultat. C’est dans ce cadre, que la société va réaliser une augmentation du capital social en numéraire pour un montant de 223.774.733 dinars, approuvée par l’assemblée générale extraordinaire en date du 11 octobre 2019. Elle aurait également obtenu, selon le management de la société, des accords de principe, auprès de certaines institutions financières, pour le rééchelonnement des dettes bancaires et ce, dans le cadre de son plan de restructuration financier.

 

L’endettement bancaire total du cimentier à fin 2018 a atteint 424,38 MD. Il faut rappeler dans ce cadre que le résultat de plusieurs banques de la place qui ont participé au financement de Cartahge Cement a été impacté par l’effort de provisionnement supplémentaire qu’elles ont dû faire. La BCT leur ayant demandé de provisionner à hauteur de 25% des engagements, après la vente ratée.

A cause des provisions pour Carthage Cement, juste à titre d’exemple les créances classées de la Banque de Tunisie ont augmenté de 36,61%. Son taux de créances classées est ainsi impacté, passant à 8,7% alors que le taux de couverture passe de 73,7% à 60,60%.

Lors de l’assemblée générale ordinaire, Mohamed Habib Ben Saâd avait indiqué qu’un plan d’assainissement a été accepté par les pouvoirs publics qui prévoit une augmentation de capital via le compte courant associés et en numéraire. Il sera présenté prochainement. Suite à quoi, la cimenterie sera remise en vente en juin prochain.

Or selon les états financiers arrêtés au 31 décembre 2018, le solde des comptes courants actionnaires, qui correspondent à des avances de fonds, s’élève à la clôture de l’exercice 2018 à 115,23 MD, dont 48,54 MD au profit de Lazhar Sta (principal et intérêt). Carthage Cement a signé en 2008 deux conventions avec Bina Holding et le Groupe Sta, portant sur un montant de 66,32 MD provenant de la réduction du capital décidée par l’assemblée générale extraordinaire réunie le 10 novembre 2008. Aux termes de ces conventions, ces comptes courants sont remboursables sur une durée de douze ans et productifs d’intérêts au taux du marché monétaire majoré de 3 points sans que ce taux ne puisse être inférieur à 8% l’an. Ils sont calculés par périodes de 3 mois. Les intérêts trimestriels ainsi calculés sont capitalisés et produiront eux-mêmes des intérêts.

 

 

Hier, un nouveau rebondissement a eu lieu dans le dossier de Carthage Cement. On apprend d’abord qu’un mandat de dépôt a été émis à l’encontre de Lazhar Sta, lundi 18 novembre dans l’affaire de corruption et d’abus de biens publics concernant la société. Des sources ont affirmé à Business News que c’est son beau-frère qui aurait porté plainte contre lui : il lui aurait dérobé sa part dans la société «Les Grandes Carrières du Nord» dont la scission a permis la création de Carthage Cement.

En outre et à travers un communiqué boursier, on apprend qu’en date du 15 novembre 2019 la cour d’appel du Pôle judiciaire et financier a rendu un arrêté d’appel en faveur du cimentier et à l’encontre de tous les inculpés, et ceci dans le cadre de la surfacturation de 30 millions d’euros pour la construction et la fourniture des équipements de la cimenterie.

«Le jugement étant passible d’opposition ou de cassation pour certains, la société Carthage Cement continue à défendre les intérêts de ses actionnaires, jusqu’à l’épuisement de toutes les étapes de ce dossier», lit-on dans ce même document. Selon nos sources, Belhassen Trabelsi et Lazhar Sta seraient impliqués.

 

Ces faits ont valu la suspension mercredi 20 novembre 2019 du titre Carthage Cement à la demande du Conseil du marché financier. Aujourd’hui et suite à la reprise de la cotation, l’action de la société est repartie à la hausse augmentant de 2,34% à la clôture de la séance pour se situer à 1,310 dinar. Donc, au final, les nouvelles ont impacté positivement la société.

 

Ce jugement en faveur de la société est un élément positif dans l’affaire de ce cimentier saisi par l’Etat. Dans l’attente d’un nouvel acquéreur, le processus d’assainissement se poursuit, mais ce n’est que le commencement. Beaucoup reste à faire.

 

Imen Nouira

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Commentaires (2)

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Nephentes
| 22-11-2019 17:25
Des affaires de cette envergure il en existe des dizaines je dis bien des dizaines

Sta fait partie d'un lobby ultra puissant reliquat de l'appareil sécuritaire benaliste qui est le véritable commanditaire de l'assassinat de Chokri Belaid et Haj Brahmi

J'espère que cet aspect particulièrement obscur de l'oligarchie mafieuse tunisienne et surtout sahélienne sera dévoilé un jour

observator
| 22-11-2019 12:34
Il y a des règles très strictes sur les conventions réglementées notamment celles passées entre la sociétés et ses dirigeants associés.
Les taux d'intérêts des rémunérations sont à priori très excessifs et déjà des limites de déductibilité dont prévues fiscalement.

Concernant les dettes bancaires de 424 kdinars, dont une grande partie concerne les banques publiques.
Malheureusement, le contribuable tunisien va encore payer pour ces corrompus, et les prochaines lois de finances vont être encore plus salées pour nous. Les pertes cumulées sont deja de 327 md et l actif net est négatif. Autant dire que la situation est catastrophique.

Et ce n est que la partie visible de l'iceberg dans ce pays.

Il faut comprendre pourquoi notre pays est dans un tel état de merde.
La corruption, la corruption à grande échelle dans l impunité la plus totale.
Des bandits comme ce Sta qui non seulement pillent les banques publiques mais en plus utilise une petite partie de cet argent pour semer le chaos dans le pays selon les dire d un de des hommes de main Chouchou.
Ce qui est caché est encore énorme.

Les créances bancaires au près des entreprises est encore un dossier colossale qu il faudra traiter avec fermeté.
Mr Majoul demande aux politiques de ne pas interférer dans l'économique.
Mais veut que l'?tat et donc le contribuable paye la corruption du privé.

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