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Faillite de Thomas Cook : quelle incidence pour la Tunisie ?

Temps de lecture : 5 min
Faillite de Thomas Cook : quelle incidence pour la Tunisie ?

 

La faillite de l'un des plus vieux voyagistes au monde Thomas Cook a été perçue par beaucoup d’experts en tourisme comme un désastre. Cette faillite a forcé les autorités de différents pays du monde à rapatrier les vacanciers et à essayer de trouver des solutions rapides et efficaces afin de payer des factures auprès des établissements hôteliers. C’est d’ailleurs le cas de la Tunisie qui, depuis cette annonce, essaie de négocier et de chercher des solutions dans les plus brefs délais.

 

La Tunisie, qui rappelons-le a connu trois attentats terroristes (Bardo, Sousse et avenue Mohamed V de Tunis) en 2015, essaie par tous les moyens de regagner la confiance des opérateurs de voyage, notamment Thomas Cook. Après quelques années de désert touristique, le ministre du Tourisme et de l’Artisanat, René Trabelsi, avait fièrement annoncé il y a quelques mois que le tourisme allait reprendre de plus belle et que près de 9 millions de vacanciers viendront passer leurs vacances en Tunisie. Cette annonce avait bien évidemment enthousiasmé les experts en tourisme et particulièrement les directeurs des hôtels qui chôment depuis un bon bout de temps.

Le retour du tourisme tunisien avait fait la Une des médias nationaux et particulièrement des journaux étrangers qui n’avaient pas manqué de saluer le travail de René Trabelsi. Durant la période estivale, les hôtels étaient complets par les touristes britanniques, français, belges, italiens ou russes. Le ministre s’était même montré optimiste en déclarant en août dernier que les revenus du secteur du tourisme pourraient atteindre 4 milliards de dinars tunisiens (MDT). Or, il semblerait que les estimations devraient être revues à la baisse pour le moment, après l’annonce de la faillite de Thomas Cook ayant provoqué un séisme tant en Tunisie qu’à l’étranger.

 

Petit retour en arrière : Au premier semestre 2019, l'entreprise avait déclaré une perte de 1,5 milliards de livres. Dans la semaine du 16 au 22 septembre, des créanciers avaient demandé à cette entreprise britannique de trouver 200 millions de livres de financements supplémentaires pour qu'un plan de sauvetage puisse se mettre en place. Des négociations avaient été menées durant le weekend dernier. Cependant, l’entreprise déclare sa faillite étant donné qu’elle n’a pas réussi à trouver les 200 millions demandés. Ainsi, le gouvernement britannique a dû intervenir en lançant une grande opération de rapatriement, mais a tout de même refusé de payer les factures non-payées de Thomas Cook. Ce qui a donc mis cette entreprise dans l’embarras…

 

Réagissant à cette nouvelle, le ministre du Tourisme a assuré que le retour des vacanciers britanniques sera assuré par le gouvernement de Boris Johnson étant donné que les avions du voyagiste n’ont désormais plus le droit de voler.

« Cette faillite n’a heureusement pas une grande incidence sur la Tunisie. Au 10 septembre courant,  seulement 103.000 touristes britanniques sont venus à travers Thomas Cook et ceux qui l’avaient prévu, iront chez la concurrence donc il y aura report faisant que cette crise n’impacte pas la Tunisie. Nous n'avons pas signé d'accord ou de contrat avec Thomas Cook puisqu’il s'agissait d'un programme pour une stratégie de formation  et nous n'avons rien signé et rien déboursé », avait alors assuré René Trabelsi, lors de son passage le lundi 23 septembre courant, sur la chaîne Al Watania 1.

Multipliant des déclarations auprès des médias tunisiens et étrangers, le ministre avait indiqué qu’il avait sollicité l’ambassadrice du Royaume-Uni en Tunisie, Louise de Sousa, afin de fixer des délais de paiement pour les hôtels tunisiens touchés par la faillite du voyagiste Thomas Cook vu leur situation financière délicate.  

« Les arriérés des factures des touristes britanniques qui sont rentrés chez eux sont de l’ordre de 190 MDT. Le gouvernement britannique a désigné deux administrateurs judiciaires chargés de la liquidation de Thomas Cook. Ils vont déterminer les modalités de paiement des hôtels tunisiens concernés », avait-il aussi indiqué.

 

Reste maintenant à savoir si cette faillite aura un impact sur l’économie nationale qui peine à se redresser et si les hôtels vont fermer définitivement leurs portes.

Et pour répondre à ses interrogations, Hédi Hamdi, expert en tourisme a indiqué dans une tribune publiée aujourd’hui, jeudi 26 septembre, sur Business News qu’il y aura un manque à gagner pour les caisses de l’Etat et que les entreprises touristiques auront des difficultés à honorer leurs engagements auprès de leurs fournisseurs et de leurs banques.

En ce qui concerne des établissements hôteliers, Hédi Hamdi avait estimé que 6% du parc hôtelier tunisien collaborent avec Thomas Cook. « Les montants des factures en instance ne sont pas les mêmes selon les hôtels car le nombre de clients était différent d’un établissement à un autre. Cela augure de difficultés financières à venir pour les entreprises hôtelières mais celles-ci ont vu pire par le passé », avait-il ajouté.

 

Pour faire face à cette situation, René Trabelsi a reçu ce matin dans son bureau au ministère du Tourisme et de l’Artisanat l’ambassadeur d’Allemagne en Tunisie, Andreas Reinicke, pour examiner ensemble la situation du voyagiste britannique. A cette occasion, le ministre avait appelé à trouver des solutions urgentes et dans les plus brefs délais concernant le paiement des frais d’hébergement des touristes allemands qui sont arrivés en Tunisie par l’intermédiaire du voyagiste britannique Thomas Cook et à fournir des avions pour rapatrier les touristes allemands.  

De son côté, Andreas Reinicke a assuré que l’Allemagne prendra en charge les factures de ses concitoyens ayant passé leurs séjours dans des hôtels tunisiens et a affirmé que cet incident n’affectera pas l’arrivée des touristes allemands en Tunisie. 

 

En tout état de cause, l’affaire de Thomas Cook risque de faire parler d’elle encore longtemps surtout que des milliers de vacanciers ayant choisi différentes destinations dans le monde sont à l’heure actuelle bloqués dans leurs hôtels et n’ont pas encore été rapatriés chez eux. La Tunisie quant à elle devra encore serrer la ceinture en espérant que cette faillite n’impactera pas trop l’économie nationale.

 

 

Emna Ben Abdallah

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Commentaires (2)

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1/raisonnable
| 27-09-2019 14:55
Qui c'est qui avait conjuré le mauvais sort pour la Tunisie ? De pire en pis, mon pauvre pays toujours aux aguets, pour contrôler ses agresseurs de tout bord, pour remédier ses plais répétées, mais le mauvais sort lui est destiné : de la corruption jusqu'au terrorisme. Et encore on n'est pas encore sorti de l'auberge, Dès lors, celui qui vient tapper à la porte pour Carthage, n'est autre qu'un salafiste formé par Mejles echoura, pour la simple raison d'encadrer la confrérie islamiste et régner en tout impunité.

Fehri
| 27-09-2019 14:13
Dans une faillite il y un ordre à suivre:
1. La cour doit payer les banques
2. Les actionnaires
3. Les salariés
4. S'il en reste de l'argent les fournisseurs (hotel&companies aériennes.
5. Les consommateurs

C'est comme cela que ça marche. Le gouvernement britannique ne peut pas rembourser les hôtels tunisiens

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