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Comment la Tunisie traque l’argent du terrorisme

Comment la Tunisie traque l’argent du terrorisme

 

« L’argent est le nerf de la guerre ». Cette affirmation n’est jamais plus vraie que dans le cadre de la guerre contre le terrorisme. La Tunisie mène cette guerre principalement sur le front sécuritaire, mais sur le plan du financement, les choses sont bien plus compliquées. Même si la loi antiterroriste de 2015 a donné plusieurs outils dans cette lutte, l’application laisse à désirer. Or, l’argent est sans doute l’aspect le plus important.

 

Depuis que la Tunisie est confrontée à la menace terroriste, la question de son financement s’est imposée d’elle-même. C’est à ce moment-là que les yeux se sont tournés vers les associations dites caritatives et sur les fonds qui leur parviennent de l’étranger. Plusieurs personnes se sont donc orientées vers la Banque centrale de Tunisie pour lui demander des comptes concernant ces passages de devises dont on soupçonnait un usage suspect. Toutefois, il y a lieu de noter que les services de la BCT sont les derniers informés lors de transferts d’argent de l’étranger vers la Tunisie.

 

La loi organique n° 2015-26 du 7 août 2015, relative à la lutte contre le terrorisme et la répression du blanchiment d’argent a fourni un certain nombre d’outils permettant de contrecarrer le financement des actes terroristes. Parmi ces outils, la CTAF (commission tunisienne des analyses financières). Cette commission qui siège à la Banque centrale peut être considérée comme le service de renseignement financier de l’Etat tunisien. La CTAF est composée d’experts appartenant à plusieurs organismes comme le ministère de l’Intérieur, le conseil du marché financier ou encore l’instance chargée de la lutte contre la corruption.

 

En résumé, la CTAF travaille à cerner et identifier les sources de financement possibles du terrorisme et des moyens de blanchiment d’argent. Elle est chargée de participer à l’élaboration de politiques et de mesures pour assurer la sécurité « financière » de la Tunisie. Au niveau opérationnel, la CTAF reçoit des déclarations de soupçon en provenance de l’ensemble des opérateurs monétaires et financiers : Etablissement de crédit, de micro-finance, la Poste, intermédiaires en bourse, assurances, avocats, notaires, commerçants de bijoux etc (la liste complète est faite à l’article 107 de la loi antiterroriste). Par exemple, si une personne va déposer un million de dinars en liquide sur son compte, son banquier est dans l’obligation légale de faire une déclaration de soupçon à la CTAF. Il en est de même pour tous les opérateurs listés par la loi. Donc, une des premières limites de ce dispositif est que la déclaration de soupçon se fait sur une base « volontaire ». C’est pour cela que les services de la Banque Centrale ne sont pas au courant des transferts d’argent dont peuvent bénéficier des particuliers ou des associations. D’autant plus que la CTAF est composée d’une dizaine d’experts seulement.

 

Concernant les associations, il est établi depuis quelques années que certaines d’entre elles ont servi de paravent pour pouvoir réceptionner de l’argent en Tunisie. Mais au niveau pratique, elles continuent à exercer et il est toujours aussi facile de créer une association et de la consacrer à ce genre de pratiques. Le décret-loi n° 2011-88 du 24 septembre 2011, portant organisation des associations, dans l’article 38 dispose : « Toutes les transactions financières de recette ou de dépense de l'association, sont effectuées par virements ou chèques bancaires ou postaux si leur valeur dépasse cinq cents (500) dinars. La fragmentation des recettes ou des dépenses dans le but d'éviter le dépassement de la valeur sus-indiquée, n'est pas permise ». Or, aucune application effective de cet article n’existe en Tunisie. Il n’existe pas de contrôle effectif de l’application de cet article par les associations et elles ont toute latitude, actuellement, pour faire des transactions en liquide. Par ailleurs, il est à noter que les experts de la lutte financière contre le terrorisme ont moyennement apprécié le fait que l’ARP refuse l’article concernant l’interdiction de transactions en liquide d’un montant supérieur à 5000 dinars.

 

Par ailleurs, l’argent ne vient pas que de l’étranger. Une fois en Tunisie, l’argent doit circuler. Plusieurs options sont possibles. La première, la plus simple, est le transport de l’argent de manière physique. La deuxième est la conversion de l’argent en biens de valeur. C’est là qu’interviennent particulièrement commerçants de bijoux et de métaux précieux. Ils sont tenus de vérifier les provenances et de faire des déclarations de soupçon aux autorités dans les cas où ils soupçonneraient des transactions obscures. La troisième option pour transférer de l’argent est d’une grande évidence : les mandats-minute de la Poste tunisienne. Ces mandats ne permettent pas de transférer de grosses sommes à la fois mais le cumul fait des sommes astronomiques dans certains cas. Cette option est rendue possible par une simple non-application de la loi. Ainsi, la loi antiterroriste prévoit que l’envoyeur et l’expéditeur de sommes d’argent doivent être dûment connus par la Poste. Cette dernière doit être en mesure de fournir le nom, prénom, numéro de carte d’identité des deux protagonistes du transfert. Toutefois, ce n’est pas toujours le cas car l’agent de la Poste se contente de vérifier la conformité du code secret authentifiant la transaction. C’est ainsi que dans certaines enquêtes, les investigations s’arrêtent au niveau des transferts faits sur le sol tunisien.

 

Bien que placée à la tête des priorités de plusieurs gouvernements, la lutte contre le terrorisme souffre d’un cadre législatif parfois incomplet et d’une simple non-application des dispositions légales. Outre le lien viscéral entre terrorisme et contrebande, il est devenu relativement facile de blanchir de l’argent sale et de le « noircir » en finançant des activités terroristes. La stratégie nationale de lutte contre l’extrémisme et le terrorisme, entérinée par le conseil de sécurité nationale, devra apporter des solutions à ce problème.

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Commentaires (8)

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YAEL STEIN
| 17-01-2017 10:37
Shalom,

trois choses à faire pour assainir le bassin tunisien de l'argent du terrorisme, et qui sont :
1/ mettre aux arrêts administratifs et sur le plan pénal, ***
2/ INTERDIRE DRASTIQUEMENT TOUTES FORMES DE HAWWALAS ET IL FAUT IMPOSER DES RE9US ET JUSTIFICATIFS POUR TOUTES TRANSACTIONS D4ARGENT DE QUELQUE SOMME QUE CE SOIT.
3/ INTERDIRE(ET CE JUSQU'AU NETTOYAGE DU PAYS DEFINITIVMENT AU NIVEAU DU TERRORISME), DE TOUTES PERSONNES DES PAYS SUIVANTS : QATAR, KUWAIT, L'ARABIE, ET LE BAHREIN.
ET ENFIN DONNER FEU VERT AUX SECURITAIRES DU SERVICE 17 POUR NETTOYER LE PAYS AVEC UN PATRIOT ACT ET L'ADHESION DE TOUS LES TUNISIENS D'UNE MANIERE ABSOLUMENT TOTALE.

GOD BLESS TUNISIA, GOD BLESS TUNISIANS AND MY FAMILY : LEHI TRAUT

lone star
| 15-01-2017 07:05
Monsieur Achouri
Vous soulevez encore un point essentiel du fonctionnement du terrorisme
je voudrais juste vous préciser que la traque devrait normalement etre faite par toute personne travaillant dans un organisme financier.
en France tout agent travaillant dans un organisme financier y compris la Poste est tenu de signaler toute transaction douteuse ,ou repetetive
un client deposant régulièrement de l'argent meme par petites sommes est automatiquement signalé et une alerte s'affiche
tout blanchiment est signalé à priori mais pour y arriver des formations sont données au personnel et un suivi du chef d'agence est régulier
toute transaction financière au dessus de 3000 euros en liquide est interdite et régulièrement la question est posée sur la provenance de l'argent
des organismes suivent tout ça de prés et un travail énorme en amont est fourni
En Tunisie ,pour verser une somme de 1700 dinars ,j'ai fourni mon reçu de change et la declaration à la douane Tunisienne au banquier tunisien
est ce que toutes les banques demandent un justificatif de la provenance de la somme qu'on veut déposer?

Encore une fois il faut changer les mentalités d'une part et instaurer une grande discipline pour arriver à traquer ces financements occultes
Pour les transferts d'argent ,une cooperation internationale est de mise ,je sais qu'elle existe pour western union mais western union est à la base Américain les moyens de trac sont important et une meme personne ne peut pas depasser un plafond par semaine
autrement le systeme bloque
pour les mandats minute dans le systeme français on décrit la piéce d'identite sur l'Ordinateur obligatoirement
l'ordinateur fait le tri ....
beaucoup de travail ,beaucoup de volonté ,du sérieux et de la rigueur

il faudra tout cela pour y arriver ;
est ce que les Tunisiens ont cette volonté cette rigueur ?

GOD BLESS TUNISIA
GOD BLESS TUNISIANS

l'idiot du bled
| 14-01-2017 19:52
trAque l'argent du terrorisme.
Comment EN Tunisie on trOqué l'argent du terrorisme.

L oeil du diable
| 14-01-2017 13:17
Cet organisme intergouvernemental combat la finance des terroristes depuis 1989 date de sa creation,malheureusement en Tunisie il n y a pas de volonte politique elle est totalement absente,comme pour lutter contre la corruption et la contrebande.Le pouvoir actuel semble s accomoder avec tous ces monstres qui gerent notre quotidien,pour plus de precisions veuillez suivre ce lien en choisissant la langue Frensh:

http://www.fatf-gafi.org/fr/

Fehri
| 13-01-2017 22:51
Ces cartes ne portent même pas de nom. Je peux y mettre autant que je veut sans que les autorités le sachent et une fois en Tunisie je l'utiliserais sans attirer l'attention de personne. En outre je peux envoyer de l'argent (somme inferieure a 500 dinars) a plusieurs personnes a la fois via Western union. En Tunisie le controle financier est presque non-existant. En Amérique du Nord les banques sont obliger d'informer le Fisc si le dépôt est de $10000 ou plus. En plus le nom du destinataire est vérifié contre la listes des terroristes par exemple: si le nom ressemble a quelqu'un comme Khaled ou Oussama le transfert est immédiatement interrompu. Pour satisfaire "the Compliance Team" il faut produire l'extrait de naissance du destinataire et une copie de sa carte d'identité.

Gabès-la-polluée
| 13-01-2017 21:31
3

septembre

2014

à 17:31

Nabil-Al-Awady-Banniere

Le prédicateur wahhabite Nabil Al-Awadi, accueilli en grande pompe par le Palais de Carthage, en janvier 2013, est l'un des «argentiers» de l'Etat islamique (Daâch).

Par Zohra Abid

C'est le journal britannique ''Daily Mail'' qui a fait cette révélation, il y a 2 jours.

Le prédicateur était jusqu'à février 2014 directeur d'une école coranique privée à Birmingham, au Royaume-Uni, appelée Al-Birr, fondée 7 ans plus tôt.

La même source ajoute qu'il a donné des dizaines de millions de dollars à l'Etat islamique et financé plusieurs groupes djihadistes dans la région, notamment en Irak et en Syrie.

nabil-al-awadi zarzis 2 3-

Nabil Al-Awadi était venu pour voiler les petites filles tunisiennes, mais aussi pour appeler les jeunes tunisiens au jihad en Syrie, avec la complicité du gouvernement Ennahdha et du président Marzouki.

Nabil Al-Awadi vivait, jusqu'à l'an dernier, à Brixton, au sud de Londres, et avait des liens avec plusieurs associations caritatives liées aux réseaux terroristes.

En août dernier, le Koweït a déchu ce «bailleur de fonds» du terrorisme islamiste de la nationalité koweitienne, pour «des raisons de sécurité de l'Etat», expliquait le communiqué officiel de l'émirat. En fait, Nabil Al-Awadi, qui a contribué au financement et à l'armement des rebelles islamistes en Syrie, était devenu gênant pour les autorités koweitiennes, qui lui ont interdit de conduire des sermons dans les mosquées, indique le site ''L'Observatoire du Qatar''.

Depuis 2011, le prédicateur se rendait régulièrement au Qatar pour donner des prêches à la mosquée Omar Ibn Al-Khattab de Doha. Et il s'est beaucoup rapproché du régime en place dans l'émirat et s'est même vu octroyer la nationalité qatarie.

En janvier 2013, le prédicateur wahhabite tunisien Béchir Ben Hassen s'est excusé, au nom de tous les Tunisiens, auprès du prédicateur Nabil Al-Awadi, parce qu'il a été très critiqué par les médias tunisiens lors de sa visite dans notre pays. Il a déclaré : «Si j'en avais le pouvoir, je lui aurais accordé la nationalité tunisienne».

Cheikh Abdelfattah Mourou, vice-président d'Ennahdha, lui a emboîté le pas au cours d'une émission de la chaine EttounsiaTV, mais, en bon musulman malékite tunisien, il n'a pas omis d'y mettre un bémol. «Nous ne sommes pas des gens à humilier nos hôtes quand ils respectent les lois de notre pays. Mais je récuse, personnellement, les idées de Nabil Al-Awadi sur l'imposition du hijab aux petites filles».

La tournée de Nabil Al-Awadi en Tunisie (Sousse, Sfax, quartier Kabaria à Tunis, Zarzis...) a été célébrée comme un grand événement par les dirigeants d'Ennahdha, notamment les députés Habib Ellouze et Sadok Chourou, ses deux plus grands fans dans notre pays, ainsi que par les médias proches du parti islamiste. La chaine ZitounaTV, appartenant à Oussama Ben Salem, membre du Conseil de la Choura d'Ennahdha et fils Moncef Ben Salem, le ministre de l'Enseignement supérieur de l'époque, a assuré une couverture spéciale de cette visite. Pour immortaliser l'événement...

Imed-Daimi-Nabil-Al-Awadi

La présidence de la république tunisienne (ici représentée par Imed Daimi) réserve un accueil officiel au financier des terroristes de Daâch.

Pour ne pas demeurer en reste, le président du Congrès pour la république (CpR), Imed Daïmi, à l'époque chef du cabinet du président provisoire de la république Moncef Marzouki, a réservé un accueil officiel au prédicateur Al-Awadi et lui a déroulé le tapis rouge au Salon d'honneur de l'aéroport de Tunis-Carthage.

A l'époque aussi, souvenons-nous, le gouvernement islamiste appelait ouvertement les Tunisiens à partir au jihad en Syrie. Ghannouchi, Marzouki et Al-Awadi étaient sur la même longueur d'onde... Ont-ils cessé de l'être aujourd'hui? Qu'on nous permette d'avoir des doutes à ce sujet.
http://www.kapitalis.com/politique/24431-le-financier-de-daach-accueilli-en-grande-pompe-en-tunisie.html

monastir
| 13-01-2017 20:20
Il y a t il traque du coté de Montplaisir ?

DHEJ
| 13-01-2017 20:14
Ben pour le traquer il faut veiller ... et c'est l'utilité du gamin CHAHED insensible aux impulsions juridiques ...


Il a pris du poids!

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