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Monoprix : résister malgré les caprices de l'État
08/06/2023 | 16:35
8 min
Monoprix : résister malgré les caprices de l'État

 

Le géant tunisien de la distribution SNMVT (Communément connu sous le nom : Monoprix) soufflera, le 18 août 2023, sa 90e bougie. Un long parcours d’une enseigne qui a accompagné les Tunisiens dans différentes phases. Monoprix a su s’imposer durant ces années et démontrer sa capacité à répondre aux besoins des citoyens. Néanmoins, l’entreprise subit depuis quelques années les conséquences désastreuses de la politique de l’État et des choix mal calculés.


Monoprix a tenu, à la date du 8 juin 2023, son Assemblée générale ordinaire (AGO) afin de présenter les chiffres relatifs à l’exercice de l’activité 2022. S’exprimant durant cet événement, le président du Conseil d'administration de Monoprix, Nabil Chettaoui, est revenu sur le déficit du résultat net de 585 mille dinars enregistré par l’entreprise en 2022. Critiqué par une partie des actionnaires à ce sujet, Nabil Chettaoui a assuré que Monoprix est sur la bonne voie malgré tout. Il a affirmé que les membres du Conseil d’administration et la famille Monoprix étaient tous ulcérés par la situation de l’entreprise.

« Nous sommes tous embarqués… Aucun dirigeant de cette entreprise ne dort heureux face aux pertes d’argent… Il y a des erreurs stratégiques… Il y a un contexte difficile que tous les Tunisiens subissent… Malheureusement, la remontée nécessitera un peu de temps… Nous ne sommes pas contents… Nous ne sommes pas satisfaits… Le contexte est très compliqué… Aucune société, sauf une, de la grande distribution en Tunisie ne gagne de l’argent », a-t-il ajouté.

Nabil Chettaoui a indiqué que le secteur de la grande distribution était attaqué de partout. Monoprix est victime de l’économie parallèle et du chaos. Il a évoqué l’exemple du magasin Monoprix se trouvant au niveau de la rue Charles de Gaulle à Tunis. « Les vendeurs ambulants accrochent les vêtements qu'ils vendent sur la porte de Monoprix… On ne peut rien y faire… Même la police ne peut pas agir », a-t-il déploré.

 

Le président du Conseil d’administration de l’entreprise a, également, évoqué l’exposition dans certains magasins concurrents de produits théoriquement interdits à la vente. Il a laissé sous-entendre qu’il s’agissait de marchandises de contrebande. « En Tunisie, respecter la loi, travailler honnêtement et d’une manière transparente est devenu très difficile ! Malheureusement, et je n’ai pas peur de le dire, le manque d'ingéniosité de l’administration tunisienne fait que c’est le secteur organisé qui paie », s’est-il exclamé.

Nabil Chettaoui a indiqué que les commerces standards tels que les épiceries n’étaient pas taxées de la même sorte que les supermarchés qui paient 15% et les hypermarchés qui paient 35% des revenus. Il a estimé que les commerces devaient faire face au même taux. D’ailleurs, la question de la révision du système fiscal ne cesse d’être évoquée en Tunisie. Depuis 2011, près de 850 mesures fiscales ont été adoptées, dont pas plus de 20% concernant l’incitation à l’investissement. Le reste est, dans la plupart des cas, une augmentation de taxes et de frais. Le gouvernement a évoqué, dans le cadre du programme de réformes faisant l’objet d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI), la question de l’égalité fiscale et de la révision du système en place. Néanmoins, le sort de ces mesures nous est toujours inconnu puisque le chef de l’État s’est opposé à l’accord en question.

En plus de cela, l’équipe gouvernementale communique très peu voire jamais au sujet de ces réformes. On évoque une justice sociale, mais sans en indiquer les mécanismes. Concrètement, les entreprises qu’elle soit minuscule ou aussi grande que Monoprix subissent les frais d’une injustice à ce niveau. Pire ! Les lois de finances promulguées durant les dernières années ont tendance à féliciter les fraudeurs et à les récompenser tout en pénalisant les personnes dont la situation est en règle. Monoprix, à titre d’exemple, subit les augmentations continues de l’impôt sur les sociétés ou encore la fameuse taxe de 100 millimes par ticket de caisse. Sur les douze mois de 2022, cette nouvelle taxe aurait rapporté environ trente millions de dinars aux recettes de l’État. De l’autre côté, les contrebandiers et personnes ayant des revenus inexpliqués sont graciés et soutenus par ce même État qui se dit favorable à une justice fiscale. La loi de finances 2022, par exemple, permet à toute personne détenant une somme d’argent non déclarée d’en jouir légalement contre un prélèvement libératoire de seulement 10% contre un impôt de 35% pour Monoprix.

En plus de cette injustice, l’État semble impuissant et dans l’incapacité de lutter contre la contrebande et l’expansion continue de l’économie informelle. Le DG de Monoprix, Seifeddine Ben Jemia, n’a d’ailleurs pas manqué d’évoquer l’impact de cet élément sur la situation de l’entreprise. L’économie informelle représente, selon lui, une part significative de l’économie nationale. Il a évoqué la question des étals et des stands anarchiques, notamment de fruits et de légumes déployés et présents sur l’intégralité du territoire. Certains sont présents devant les magasins vendant les mêmes produits et en bloquent parfois l’accès.

« A la rue Charles de Gaules, on doit s’excuser auprès du propriétaire de stand anarchique afin d’accéder au magasin. On subit des contrôles dans ce magasin, mais personne ne s’adresse à ces vendeurs. Lors de la rentrée des classes, les tabliers d’écoles ont enregistré un record de mévente historique. On vend clandestinement le même produit devant le magasin. Des camionnettes ambulantes vendent des fruits et des légumes… On ne peut pas vendre de viandes sans passer par un vétérinaire qui reçoit les carcasses. On procède à des vérifications bactériologiques… Nous sommes sérieux en ce qui concerne la discipline et l'hygiène… Chaque deux ou trois mois, on procède à des études bactériologiques. Le boucher du quartier place la carcasse en pleine rue et n’applique pas les mêmes règles », a-t-il indiqué.

 

Lors de la présentation du rapport d’activité de l’année 2022, Seifeddine Ben Jemia est revenu sur les pressions inflationnistes et la dégradation du pouvoir d’achat. La Tunisie et son tissu économique souffrent encore des conséquences de la propagation du Coronavirus. La reprise économique, selon M. Ben Jemia, reste modeste. Le PIB a progressé de seulement 2,2% en 2022. Rappelons qu’à la même année, l’inflation enregistrée est de 8,3%. Depuis, les prix continuent de grimper alors que le gouvernement tunisien parle d’une maîtrise de la masse salariale de la fonction publique et que les augmentations salariales négociées entre l’UGTT et l’UTICA ne dépassent pas les 6,5% en 2022 et les 6,75% en 2023.

En plus de la dégradation du pouvoir d’achat des Tunisiens et de la pression fiscale qu’elle subit, l’entreprise a dû faire face à une série de pénuries consécutives. Plusieurs produits ont complètement disparu des rayons du géant de la distribution le rendant incapable d’exercer ses activités et de répondre aux besoins des Tunisiens. L’approvisionnement en riz, café ou sucre et semoules a témoigné de plusieurs périodes de perturbation à un point ou on ne cherche plus à en acheter auprès de cette enseigne ou de ses concurrents. Ceci a considérablement nui à l’image des grandes surfaces en plus de l’impact économique et des pertes en découlant. Malheureusement, Monoprix ne peut rien y faire puisque l’acquisition de ces produits est exclusivement réservée à l’État. Ce dernier n’est plus dans la capacité d’assurer ses achats pour diverses raisons dont on citera principalement le manque de moyens et la baisse de la notation de souveraineté synonyme d’un risque de défaut de paiement. Ceci décourage les fournisseurs et les pousse à exiger plus de garanties ou à être payés en avance.


La crise que traverse Monoprix démontre la gravité de la situation économique du pays. Les différents épisodes conjoncturels par lesquels la Tunisie est passée ont perturbé l’activité des PME, mais aussi des structures qu’on pensait résiliente, voire invulnérable. De plus, l’instabilité politique du pays et la période transitoire ont considérablement changé la donne. Les sites et endroits considérés dans le passé comme stratégiques sont devenus désavantageux ou synonymes de pertes d’argent. Beaucoup de choses ont changé au fil des dernières années. Malheureusement, la politique de l’État au sujet du tissu économique en fait partie. Nous avons migré d’une politique cherchant à soutenir coûte que coûte les entreprises à une autre voulant les exploiter par tous les moyens afin de couvrir ses dépenses. Ce qui est encore plus pénible et affligeant reste l’attitude totalement contraire de l’État face à la contrebande et à l’économie parallèle qui ne cesse de croître et d’envahir nos étagères. Un triste constat que pourront tirer les dirigeants de Monoprix alors que l'entreprise soufflera sa 90e bougie, 90 ans à répondre aux besoins des Tunisiens et à se conformer aux caprices de l'État. 


Sofiene Ghoubantini

08/06/2023 | 16:35
8 min
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Commentaires
Majdi Grira
Il faut agir vite pour rectifier la trajectoire
a posté le 10-06-2023 à 16:45
Le DG met toute la responsabilité de ses mauvais résultats sur l'Etat et sur les nassabat !! C'est la faute de l'autre !!

Il faut admettre qu'une partie de sa PDM a été
arrachée par Aziza.
Quand le CA baisse il faut ajuster les coûts fixes en conséquence.
La fermeture de magasins, la réduction des effectifs sont un mal nécessaire pour assurer la survie de l'entreprise.

Quand on est chef d'entreprise il faut être
Proactif. Il faut anticiper les pb et trouver des solutions très rapidement.

Une réflexion stratégique est à entreprendre sur les prix, les promotions, les investissement de rénovation à entreprendre, l'aménagement de certains magasins, le transfert de certains magasins...
Agatacriztiz
On devrait s'inspirer de ce que l'on fait ailleurs
a posté le 09-06-2023 à 09:36
Il suffit qu'une autre enseigne débarque à l'échelle nationale en pratiquant des "prix cassés" périodiquement sur tel ou tel produit et en mettant sur pied des "magasins provisoires" ici et là sur tout le territoire, pour que la chaîne Monoprix (et les autres) commence à vaciller.
Il y a des exemples de ce genre partout dans le monde, il suffit, pour le bien des tunisiens, lassés de faire les frais de ces monopoles, que les lois changent un peu...
Il faudrait s'en inspirer de ce qui se passe ailleurs pour instaurer des marchés hebdomadaires ou temporaires ou ne seraient traitées que les promotions commerciales et les ventes exceptionnelles "à bas prix".
Lol
La concurrence est mieux dirigée
a posté le 09-06-2023 à 09:27
Ils essaieront toujours de dire que ce n'est pas de leur faute. Mais la concurrence étrangère a su s'adapter à un marché différent de son marché local et fait des bénéfices.
Continuez a rejeter la faute sur les autres alors que vous n'avez rien fait pour vous en sortir
Bbaya
Leurs politique d'achat
a posté le 09-06-2023 à 07:03
Connaissant beaucoup de producteurs locaux, la grande majorité refusent de coopérer avec monoprix et certains d'autres grandes surfaces pour leurs exigences et leurs politiques d'achat!
En effet, ils exigent des remises qui ne laissent pas des marges pour les producteurs, du coup ceux qui acceptent de coopérer avec eux sont obligés de gonfler leurs prix pourqu'ils puissent offrir leurs remise exigées de 25% ou même 30%. Aussi ils exigent des actions marketing sur les fournisseurs, des frais pour l'exposition dans les rayons, ils exigent les livraisons dans des palets mais sans jamais les rendre, des commandes de gouttes à gouttes, les livreurs passent une toute journée en faisant l'accueil,... puis arrive le combat des règlements! Payements sur 4 et 6 mois! ... bref le pauvre producteur vers la fin d'année en faisant les comptes il ne gagne absolument rien! Voir même une vente à perte s'il compte le temps perdu, les frais chauffeurs, pallets non rendus, les retours de marchandises,...
Tout un producteur qui se respecte refuse ces exigences humiliantes et ne va même pas exposer ses produits à Monoprix et se contente de vendre ses produits aux petits magasins avec des coopérations humaines et respectueux!
Du coup beaucoup de produits de très bonne qualité on ne les trouve pas chez monoprix, ou on les trouve à des prix beaucoup plus cher!
Ils se croient encore en monopole grâce à la famille ben ali... ils doivent changer leurs vieux managers et améliorent leurs services d'achat et clients! Ce conseil d'administration doit évoluer correctement leurs directeur général!
Mon.
Comment
a posté le 08-06-2023 à 22:20
Commencez par diminuer les prix pour augmenter votre clientèle, Monoprix est le plus cher de tous les supermarchés!
Citoyen
Chattaoui une erreur stratégique
a posté le 08-06-2023 à 18:20
Les Mabrouk doivent assumer le choix des dirigeants.

N Chattaoui a l'évidence na rien a faire dans la grande distribution. Intelligent? oui , bon gestionnaire ? La situation catastrophique donne la réponse.....à bon entendeur salut.
Tunisien
Haine infinie
a posté le à 00:13
Soyez juste, la gestion de l'entreprise n'est pas du ressort du Président du Conseil, et si vous avez une dent contre le PCA ce n'est pas une raison de le l'accabler pour ce qui n'est pas de sa propre responsabilité.
NC était un haut commis de l'état qui a dirigé la première EPIC du pays.
Un ami a Nabil Chettaoui
Pour infos
a posté le à 21:34
Pour votre information, Chettaoui est président du conseil et n'est pas Directeur Général. Il n'est pas responsable des résultats de la société.
Comme il a été mon patron en plus qu'il soit un ami, je peux témoigner de sa grande intelligence et ses grandes qualités de gestionnaire. C'est vrai je ne suis pas objectif.
Mais, est ce que ses patrons (Ben Ali, Hamdi Meddeb et aujourd'hui les frères Mabrouk ) sont connus pour ne pas bien choisir leurs collaborateurs ?
La réponse est dans la question
ABC
Il n'y a pas que ça !!!
a posté le 08-06-2023 à 17:55
Il y a surtout une très mauvaise gestion ...
1) Monoprix elle-même ne respecte pas la réglementation. Elle exige la saisie au niveau de son système d'encaissement le N° de la CIN (entier) pour tout paiement pat cheque. Personnellement, bien qu'à deux pas, je n'y vais qu'en cas d'extreme urgence. L'instance de protection des données personnelles devrait y jeter un coup d'oeil.
2) chez Monoprix les prix sont chers, plus chers qu'ailleurs. Aucune confiance à leur faire.
3) Plus spécifiquement, au niveau du lac 1, en quittant le mini parking réservé aux clients, on est face à un sens unique qui vous oblige à aller au lac 2 pour revenir ensuite au lac 1. C'est ridicule (la fréquentation dudit magasin à nettement baissée).
Je m'abstiens de faire de conclusions ...
ABC
Un autre point important qui aurait dû être abordé !!
a posté le à 20:12
Pourquoi le Président de conseil n'a-t-il pas abordé le sujet de l'OPA lancée par la maison mère (elle-même) pour acquérir les quelques % qui sont en bourse ? Si pour le elle, la situation était aussi catastrophique, pourquoi cette acquisition ?
Aussi, quelles sont les raisons du retrait de cette OPA ?
No comment !
amira
corruption
a posté le 08-06-2023 à 17:35
la police ne peut rien faire ? Non elle ne veut rien faire . Tout le centre ville est gangréné par les nassabas. Il y a certainement de la corruption , l'ex gouverneur qui a lutté contre cette mafia a été éjecté