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Chroniques
Une présidentielle sous le signe de la peur
Par Nizar Bahloul
08/07/2024 | 15:59
6 min
Une présidentielle sous le signe de la peur

 

Le doute était là, bien là. Jusqu’à la semaine dernière, tout le monde se posait la question, y aura-t-il oui ou non, une élection présidentielle en octobre prochain ? Le mandat de cinq ans de Kaïs Saïed arrive à échéance et, théoriquement et légalement, il devait y avoir une élection pour le reconduire ou lui désigner un successeur. Sauf que la théorie et la légalité sont des mots étrangers au lexique du président de la République qui n’a fait que tourner le dos aux lois et aux règles durant sa mandature. Il a même jeté à la poubelle la constitution qu’il a juré de respecter pour la remplacer par une autre qu’il a écrite lui-même et tout seul.

À partir de là, le doute était justifié. Rien n’empêchait Kaïs Saïed d’annuler les élections et de continuer à régner sur les Tunisiens en prétextant n’importe quel motif. Péril imminent, traitrise des candidats potentiels, état d’urgence, réchauffement climatique ou trou dans la couche d’ozone sont autant de motifs valables, à ses yeux, pour dire aux Tunisiens « j’y suis, j’y reste ». Sauf qu’il n’a pas fait ce forcing et qu’il n’a pas fait tordre les textes (comme à son habitude) et c’est tant mieux. Mardi dernier, il annonce officiellement la convocation des électeurs pour la présidentielle du 6 octobre 2024. Peu importe que ce soit à l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) d’annoncer la date et pas à lui, on n’est plus à ce niveau de formalisme en Tunisie. L’essentiel est que l’autocrate se remette aux urnes et aux Tunisiens pour le plus beau des scrutins démocratiques.

 

Sauf qu’il y a un mais. Un grand mais. C’est vrai que la date est fixée et qu’il y aura une présidentielle, mais les dés sont pipés et l’ambiance générale n’a rien de démocratique. Il y a en ce moment une réelle peur qui envahit les esprits et empêche le déroulement normal de la présidentielle.

Les membres de l’Isie sont tous nommés par le candidat sortant. Naturellement, il y a lieu de s’interroger sur leur crédibilité, leur indépendance et leur intégrité. Sauf que l’on ne peut pas formuler cette interrogation des plus légitimes, car ça tombe sous le coup de la loi. L’Isie a multiplié les plaintes judiciaires contre tous ceux qui l’ont remis en doute (dont Business News) et certains politiciens sont actuellement en prison à cause de ces plaintes. C’est le cas de Jaouhar Ben Mbarek et Abir Moussi.

Deuxièmes acteurs majeurs dans une élection, les médias. Partout dans le monde, dans n’importe quelle élection, ce sont eux qui font et défont les candidats. Leur influence n’est pas toujours déterminante, sans aucun doute (on vient de le voir en France), mais leur présence est inévitable.

À cause des pressions politiques, judicaires et économiques, les médias tunisiens ont abandonné leur rôle. Il n’y a quasiment plus d’émissions politiques dans le paysage audio-visuel et les titres politiques se comptent sur les doigts pour la presse écrite. Ne se suffisant pas du désert qu’il a imposé dans les médias privés, le régime Kaïs Saïed a mis les médias publics à sa botte pour chanter sa gloire. Pire, ses thuriféraires font preuve de zèle et vont jusqu’à censurer les articles annonçant les autres candidatures. On ne parle même pas de présenter les programmes des autres candidats et de leur offrir un temps et un espace de parole, on parle juste d’annonce de candidature !

Troisièmes acteurs incontournables d’un scrutin démocratique, les instituts de sondage. En 2011 et en 2014, il y en avait plus d’une dizaine. En 2019, ils n’étaient plus que quatre ou cinq. Pour 2022, 2023 et 2024, il n’y en a plus aucun. Absolument aucun institut de sondage ne veut prendre le risque de mesurer le poids des candidats. « J’ai une famille », a dit l’un d’entre eux présent autrefois dans tous les médias pour présenter ses chiffres et ses analyses.

 

Quatrièmes acteurs incontournables d’une élection, les candidats eux-mêmes. Il y a ceux qui ont été mis en prison depuis plusieurs mois, telle Abir Moussi, et ceux qui ont vu récemment de nouvelles affaires judiciaires leur coller à la peau ou remonter à la surface, tels Nizar Chaâri, Mondher Zenaïdi, Safi Saïd, Abdellatif Mekki ou Lotfi Mraihi.

Pour intimider M. Chaâri, les comptes des réseaux sociaux proches du régime sont allés jusqu’à citer sa fille mineure dans l’une des multiples affaires le concernant.

Pour faire peur à Mondher Zenaïdi, on lui colle une affaire liée à une histoire de privatisation remontant à 2010À l'époque, il n'était même pas ministre en charge du dossier.

M. Saïd est condamné par contumace à de la prison ferme. Il serait également condamné dans d’autres affaires qui seraient liées à la question des parrainages pour sa candidature à la présidentielle de 2019.

M. Mekki est cité dans l’affaire de la mort de Jilani Daboussi, bien que le décès ait eu lieu alors qu’il n’était plus ministre depuis longtemps.

Parce qu’il possèderait un compte à l’étranger, M. Mraihi a fait l’objet d’un mandat de dépôt et croupit en prison depuis la semaine dernière. Un second mandat de dépôt a été émis à son encontre pour la question des parrainages pour sa candidature à la présidentielle de 2019.

Parenthèse en passant, le président de la République Kaïs Saïed a lui-même (comme beaucoup d’autres) été épinglé par la cour des comptes, pour la question des parrainages de la présidentielle de 2019, mais il n’a pas été inquiété.

Cinquième acteur incontournable d’une élection, la justice. Celle-ci est depuis 2022 en mort clinique. Les sanctions ne cessent de pleuvoir sur les magistrats qui émettent des décisions contraires aux desiderata du régime. Clairement, on ne peut pas compter sur elle pour trancher sur les différends liés à la présidentielle.

Sixième et dernier acteur incontournable d’une élection, les électeurs. C’est-à-dire les citoyens. Dans un scrutin normal, par leur bulletin, ce sont eux qui décident du sort des candidats. Préalablement, ils se renseignent sur les uns et les autres et débattent dans les cafés, les salons et les réseaux sociaux.

À cause du décret 54 liberticide, ces citoyens réfléchissent désormais à deux fois avant de parler politique. Jusqu’à la semaine dernière, un citoyen a été condamné à deux ans de prison juste pour avoir critiqué le régime sur sa page Facebook. Il y a tellement de dégoût de la chose politique que le taux de participation a battu tous les records négatifs aux dernières élections avec un maigre 11%. 

 

« Il est plus sûr d’être craint que d’être aimé » disait Machiavel en 1532 dans « Le Prince ». 

Pour cette présidentielle 2024, le constat est là et ne souffre d’aucun doute, il y a une peur générale qui règne.  Le régime de Kaïs Saïed a mis en place les règles du jeu, a désigné les arbitres, a cassé les caméras braquées sur lui, a écarté les joueurs qu’il estime (à tort ou à raison) performants et éliminé les spectateurs bruyants qui le dérangent.

Kaïs Saïed a décidé de la date du match, on le remercie, c’est déjà ça de gagné. Mais il a plombé tout l’esprit de compétition avec cette ambiance de peur qu’il a créée et qu’il impose à tous les acteurs.

Par Nizar Bahloul
08/07/2024 | 15:59
6 min
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Commentaires
Gg
Ce qui se passe est terrible
a posté le 11-07-2024 à 09:22
Un a un, une à une, les prétendants à la magistrature suprême sont mis hors jeu.
Harcèlement administratif et judiciaire, documents rendus indisponibles, prison sans jugement sérieux... c'est toute une classe politique qui est empêchée.
Comment allez vous sortir de cette nasse ? Et que va devenir le pays?
TRE
Vous voulez dire..
a posté le 09-07-2024 à 12:47
Une présidentielle sous le signe de la terreur ?
Charlatanbuster
Vivons cachés, vivons heureux
a posté le 09-07-2024 à 11:22
9irs intikhabi, mais cette année ça sera 9irs bisskat. Heureusement qu'il y a les élections américaines cette année pour nous distraire, est-ce que Joe Biden va maintenir sa candidature ou pas? Voilà de vraies élections. Pauvre Tunisie, wihom rjalik ya tounis?
EL OUAFI
Soyons sérieux
a posté le 09-07-2024 à 10:16
Voici quelques années que je suis en compagnie de votre (notre) journal, avec attention et minutie que je parcourais vos chroniques sur de multiples sujets sur le déroulement des événements de la politique exercée ddans notre pays.
(Sauf que la théorie et la légalité sont des mots étrangers au lexique du président de la République)
'?tonné, par (égalité, théorie)
Une constitution faite sur mesure pour servir les intérêts de ceux qui l'ont rédigée (trois longues années)
Théorie et l'égalité étrangers au lexique du président Kais Saïed, soyons objective ce président qui se bat nuits et jours pour donner vie à ses concitoyens, vous le taxé d'illégitime du putschiste, un putschiste (yes) contre ceux qui ont mis le pays à genoux certes.
Occultant tous les déboires et compromissions subit la partie, un gâchis décennal un peuple mis à la vindicte des nations par l'envoie des jeunes vers les foyers de conflits,
Avec regret que je parcourais mettre des bémols à vote chronique ne reflétant pas l'esprit de la réalité poussant Kais Saïed à sortir du contexte de la légalité, et l'action de la démocratie, s'il n'y avait pas quelques uns de nos concitoyens dont la loyauté déroge.
Par l'opportunisme et le déni de l'objectivité.
Un pays gangrené par la multitude des dossiers de corruption, la magouille,la triche etc . . .
Mr NIZAR les responsables des différentes sociétés nationales une quasi majorité ne répondent pas aux exigences des services demandés, un pays poussé vers la paresse et l'inefficacité, l'approximation des traitements des sujets, un rendement presque nul.
Le sursaut attendu de la part de nos compatriotes n'est toujours pas visible, des dérives inquiétantes qui nécessitent obligation à la prise en main avec sévérité des brebis galeuses qui entrave la bonne marche des services que tout nos compatriotes attendent de l'état.
Et particulier les médias pour épauler les dirigeants consciencieux à relever le défi.
Bonne journée à vous. Mr N B
A4
Au prochain dictateur ...
a posté le 09-07-2024 à 10:16
DROLE DE REVE
Ecrit par A4 - Tunis, le 11 Mars 2024

Cette nuit, j'ai fait un drôle de rêve:
J'étais le roi de la république
Un vrai roi qui a trouvé la fève
Dans un grand gâteau au basilic

J'étais là, dominant et très fier
D'avoir battu l'ancien roitelet
Malgré ses man'?uvres meurtrières
Et ses coups bas jamais égalés

Il faut vous dire que pour le battre
J'ai dû opter pour la bonne tactique
Tous mes discours étaient verdâtres
Tous mes propos étaient archaïques

Toute ma campagne explicative
Promettait un retour en arrière
Au temps bénit des coopératives
Contre les affreux hommes d'affaires

J'ai promis de fermer les usines
Qui nous exploitent en toutes saisons
D'arrêter les magouilles et combines
Et bâtir de nouvelles prisons

J'ai promis et répété sans cesse
Dans mes discours et allocutions
D'insérer le droit à la paresse
Dans ma future constitution

Une nouvelle taillée sur mesure
Suivant mes désirs et ambitions
Une nouvelle qui rend la vie dure
A ces traîtres de l'opposition

Rien qu'avec mon article premier
J'enverrai en taule tous ces fêlés
Toutes ces ordures, tous ces fumiers
Et à leur tête l'ancien roitelet

C'est ainsi que je serai fidèle
A toutes nos coutumes et traditions
Je vous le dis même si c'est cruel:
Nous n'aimons que la démolition

Mais malheur, c'est la déconfiture
Mon vieux réveil a soudain sonné
Pour me priver de ma dictature
Où toutes les bouches seraient bâillonnées !
Optim
Bravo
a posté le à 14:04
Brillantissime. Merci cher poète.
'Gardons un minimum d'honnêteté!
@Mr. Bahloul
a posté le 09-07-2024 à 08:03
Business News TN écrit dans son article du 03/07/2024 | 12:05
"Au vu des éléments disponibles et en dépit des apparences, l'affaire de Abdellatif Mekki ne serait pas montée de toutes pièces, comme les autres. "

Par contre dans l'Article ci-dessus vous écrivez: "M. Mekki est cité dans l'affaire de la mort de Jilani Daboussi, bien que le décès ait eu lieu alors qu'il n'était plus ministre depuis longtemps."

@Mr. Bahloul, votre journal ne devrait pas écrire une chose et son contraire...


voir le lien web de Business News TN:
https://www.businessnews.com.tn/abdellatif-mekki-
et-jilani-daboussi-affaire-montee-de-toutes-pieces-
ou-justice-qui-fait-son-travail,519,139092,3

bonne journée

PS: Mémoire et intelligence ne font-elles qu'un? Je cite: "L'intelligence regroupe le raisonnement et la culture, correspondant à diverses aptitudes cognitives'?' qui reposent presque toutes sur la mémoire. Et si l'intelligence n'était que de la mémoire?"
Voir le lien web:
https://www.cerveauetpsycho.fr/sd/cognition/
l-essentiel-cerveau-et-psycho-n9-613.php

-->
Certains de nos politiciens et de nos experts socio-économiques refont ou incitent à refaire les mêmes conneries socio-économiques de la dernière décennie car leur mémoire ne retient que très peu d'information à long terme...
Abidi
'?lections
a posté le 08-07-2024 à 23:29
Mr comment étaient les élections avec Ben Ali et ou étiez vous en ce temps là pour commenter ou écrire des articles
Ghawar Ettouchi
Un exploit Saiedien
a posté le 08-07-2024 à 19:07
Bravo bravo Said Kais d'avoir instauré la première République bannière à l'extérieur de l'océan pacifique. La nouvelle République dont parlait le souverain Saied et ses collabos est bel est bien là. L'histoire se rapellera de cet exploit.
Larry
Je le dis et je le redis sans honte....
a posté le 08-07-2024 à 18:26
Les dés sont pipés !..

Ce sera une mascarade avec L'ISIE aux bottes de KS....
Des élections à la mode Poutinienne à venir....
Salah
A vomir
a posté le 08-07-2024 à 18:21
Toutes les LIMITES de la descence ont été franchies par ks, le juriste intègre et PATRIOTE. Le comble est de le voir dans une mosquée, une image surréaliste surtout avec son gilet pare balles. Je ne crois que ces élections soient légales, les experts en droit constitutionnel, les vrais experts pas les..., ont certainement un avis sur la légalité de ce qui se passe en Tunisie. Pour moi, en tant que citoyen lambda musulman, la situation est à vomir. Bien sûr, je n'irai pas voter en octobre.
MH
Vive les élections
a posté le 08-07-2024 à 18:04
Sans élections la dictature ne peut perdurer. Les élections sont là pour renforcer une dictature existante. Au fur et à mesure que les élections défilent le pouvoir se durcit. '?a a toujours fonctionné comme ça.
Abir
Il faut mieur une personne qu'on respecte qu'ne personne qu' on a peur de lui
a posté le 08-07-2024 à 17:26
Ce qui fait mal à qui a une conscience clin , ce que ces conduites viennent d'une personne de droit et d'une personne dite Nadhif !
Chelbi
Laissez le rever debout
a posté le 08-07-2024 à 17:01
'?tant convaincu que le des est pipé et qu'il n'y aura aucun scénario ou il cédera le pouvoir pacifiquement, c'est une perte de temps et d'énergie de parler des ces « élections présidentielles » encore et encore.
Tout comme le brouillon appelé constitution qui fut boycotté ainsi que les consultations populaires et les deux malédictions législatives, il faut faire pareil cet octobre. Croyez moi, le boycott est assez assourdissant et les mettra en hors jeu tout le temps. Laissez-le rêver debout qu'il est trop populaire et trop aimé avec ses 11% bien sur. Les autres 89% sont en standby pour le jour J.
Seb
Vous méritez pire
a posté le 08-07-2024 à 16:53
Vous méritez pire. Qui a élu ce président sans programme? '?a ne sert à rien de pleurnicher maintenant. Un peuple qui a peur d'un retraité inconnu. La tyrannie de votre président se multipliera par 1000 après sa réélection programmée en octobre. Votre problème au tiers monde est que vous ne faites que se plaindre.
Justice justice
1 seule date
a posté le 08-07-2024 à 16:40
C'est tellement ubuesque qu'on ne nous a donné qu'une seule date. On ne s'attend même pas à un éventuel 2nd tour. La partie est déclarée jouée et gagnée d'avance. Sans vergogne.
juan
pas de second tour .... haha ...
a posté le à 18:10
c'est que pas de second tour prévu. le despote sera réélu dès le premier t.
au besoin il fera voter les morts ...