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Tunisie – Présidentielle 2019 : Pourquoi Kaïs Saïed a gagné

Tunisie – Présidentielle 2019 : Pourquoi Kaïs Saïed a gagné

 

Les dés sont jetés et les jeux sont faits pour ce premier tour de l’élection présidentielle. Et si une grande partie des Tunisiens s’attendaient à la victoire de Nabil Karoui, beaucoup ont été surpris par la montée de Kais Saïed. Un résultat qui mérite d’être observé de près pour comprendre comment Kais Saïed a pu remporter ce premier tour.

 

Sans partis politiques le soutenant officiellement, sans machine électorale apparente, Kaïs Saïed a créé la surprise. Ce candidat à la présidentielle avare en apparitions médiatiques, qui a refusé d’être présent sur plusieurs plateaux, a réussi à passer le premier tour haut la main, dépassant tous les autres candidats qui ont déboursé des millions de dinars pour leurs campagnes électorales et qui ont fait le show sur les plateaux de la majorité des chaînes de télévision.

 

Mais qui est Kaïs Saïed ? Pour ceux qui se posent encore la question, Kais Saïed est un universitaire et un juriste tunisien spécialiste en droit constitutionnel. Il n’est affilié à aucune formation politique et s’est présenté en tant qu’indépendant après les résultats des sondages d’opinion qui lui étaient favorables depuis plusieurs mois.

D’ailleurs, il a, déjà, annoncé qu’il se présente à la présidentielle depuis le 24 octobre 2018. Il était motivé pour atteindre cet objectif, en dépit de l’absence totale d’une machine partisane derrière lui.

 

Avec une quasi absence de campagne médiatique et sans grands moyens financiers Kais Saïed a réussi à dépasser tous ses adversaires. Kaïs Saïed n’est pas un phénomène médiatique, mais un phénomène de société. Et s’il a réussi à gagner la confiance des Tunisiens c’est tout simplement parce que la majorité d’entre eux ont en eu assez de la classe politique. Certains estiment que Kais Saïed est capable de protéger les institutions de l’Etat. D’autres ont beaucoup apprécié l’opposition de Kais Saïed dans l’affaire de l’égalité dans l’héritage et les travaux de la Colibe.

 

Fort de l’appui de plusieurs jeunes parmi ses étudiants, son entourage et ses fans, Kaïs Saïed a déclaré qu’il n’y a absolument aucune motivation personnelle derrière cette candidature. Il est plutôt mu par le devoir envers son pays. Il estime que la classe politique actuelle a totalement échoué dans sa mission et qu’elle « ne peut pas faire l’Histoire avec ses petites histoires ».

M. Saïed est convaincu que plusieurs parmi les Tunisiens ne comprennent pas ce sens du devoir le poussant à entreprendre des responsabilités publiques, comme cette candidature à la présidentielle, mais il insiste et répète qu’il ne s’agit aucunement d’ambition personnelle et que toute son entreprise est mue par le devoir envers la patrie.

 

Connu pour son discours en langage littéraire à l’intonation saccadée, Kais Saïed a pu se faire une image d’académicien, spécialiste en droit constitutionnel, image qui reste tout aussi controversée puisqu’il ne détient pas le statut de professeur. Un statut qui lui a valu le soutien d’une partie des universitaires et des étudiants.

Kaïs Saïed a, également, pu gagner la sympathie de plusieurs conservateurs qui ont été séduits par ses positions fermes par rapport aux questions relatives aux libertés individuelles, notamment, en ce qui concerne l’égalité dans l’héritage, la dépénalisation de l’homosexualité ou encore l’abolition de la peine de mort. Ainsi, il a pu bénéficier d’une partie du réservoir électoral du parti Ennahdha, notamment, de la partie connue pour être l’aile dure du mouvement islamiste, celle qui se positionne contre la direction actuelle du parti.

 

Mais au-delà de cet aspect, Kaïs Saïed se présente comme le candidat antisystème. C’est dire qu’il a annoncé qu’il est pour un changement total du système de gouvernance actuel, à commencer par l’élimination des élections législatives. Il est pour l’élection de représentants locaux qui élisent à leur tour un représentant régional pour le parlement. Le parlement serait donc composé de 265 députés (au lieu des 217 actuels) avec des élections sur listes ouvertes pour les Tunisiens résidant à l’étranger.

 

En tout état de cause, Kaïs Saïed a créé la surprise pour une grande partie des Tunisiens bien qu’il soit présent aux premiers rangs dans les derniers sondages d’opinion, certains n’arrivaient pas à admettre sa position avancée d’autant plus qu’il n’était pas réellement présent sur la scène politico-médiatique. Le vainqueur de ce premier tour vient confronter la classe politique à une frange de société dont elle ignore l’existence. Une frange qui a voté pour un homme qui donne l’impression de rigueur, de fermeté, de conservatisme, le tout enveloppé par la stature d’un enseignant universitaire, expert en droit constitutionnel. Cette même frange a voté d’une manière démocratique pour un candidat qui, dans son programme, envisage d’éliminer tout le système qui va le conduire, vraisemblablement, au pouvoir.

 

Sarra HLAOUI

 

 

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Commentaires (21)

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BRUTUS
| 20-09-2019 14:06
le mot : "islamiste", a été inventé par les médias belliqueux de l'Occident, pour éviter le blasphème. ne soyez pas la boite à résonance de ces médias. il n'y a pas d'islamistes. il y a des musulmans.
Bourguiba et son prof Ataturk , ont voulu rayer l'islam. les 2 ont échoué misérablement.
kesk on peut pas lire: "l'islamisation du pays par Ennahdha" ... ah bon le pays n'a jamais été musulman
ne copiez pas la France et ses médias belliqueux. on peut pas interdire le voile pour faire plaisir à la France. si la France est allergique à l'islam, c'est son problème.
savez vous qu'au RU, il y a des "Bobby" ( policières) voilées impossible en France.

rz
| 18-09-2019 16:44
En sommes il a un beau programme politique et particulièrement qui à trait à sa spécialité et rien sur l'économie qui nourrit et habille les tunisiens, fait marcher le commerce..... Où est ce que ce KS veut amener le pays? Un nouveau Pol pot tunisien qui est en train de monter les marches du pouvoir.

BRUTUS
| 18-09-2019 15:13
parce qu'il parle correctement arabe sans béquilles francophoniques.
çà m'attriste de voir d'autres candidats et journalistes mélanger l'arabe et le français, très désagréable à l'oreille. il faut choisir l'une ou l'autre langue. Ok, on peut accpeter 1 ou 2 mots techniques à la limite ...
et que dire de ces handicapés qui utlilisent des béquilles francophoniques cassées. ex:
ibartajiou = partager
nattakiou = attaquer ...

Nephentes
| 16-09-2019 19:38
Vous n'avez pas insisté sur la thématique de l'autonomie locale grand classique du populisme.

partout où il a été soit les 24 gouvernorats SAIED a insisté sur la nécessité d'accorder le pouvoir de décision aux locaux;

et ca, c'est dans l'air du temps. '?à fait vendre:

"Les parasites arrogants de Tunis" - Hé les gars, Tunis n'existe plus soi dit en passant- "spolient les richesses et le potentiel des régions défavorisées et bloquent leur développement en détournant toute opportunité de création de richesse vers les régions côtières" - Sousse et Sfax en première ligne-

"On nous traite de nouzouh alors que l'on n'a pas compris notre génie et notre apport" - si moi en tant que Tunisois je m'en suis aperçu-

De ce ressentiment obsessionnel naît un éventail de rejet vis-à -vis du pouvoir central et de revendications à l'autonomie locale, très habilement exploité par Kais Saied;

Lekkteur
| 16-09-2019 17:22
Les Frères Musulmans ont indirectement gagné cette présidentielle peut-être pas le parti Al Nahdha mais le mouvement mondial en général qui va s'adapter pour avoir un allié au Palais de Carthage.

Le Bourguisime est mort c'est la génération de Bourguiba qui a voté aujourd'hui et elle a choisi un candidat qui incarne l'article 1 de la constitution. Le reste des électeurs ont voté pour un bon plat de spaghetti.

Les musulmans modérés veulent maintenir l'article 1 et en même temps il veulent un Etat pseudo-laïc. Le résultat du vote les met face à leur hypocrisie. Il veulent vraiment avoir le beurre et l'argent du beurre.

L'élection d'un islamiste (sans parti) suit la même lignée de vos Emirs, vos Beys, vos Deys, vos Pachas et vos Sultans tous sans exception ont gouverné à travers l'Islam à l'exemple du Prophète Muhammad qui était le premier homme d'Etat au nom de l'Islam, puis succédés par ses Compagnons. Toutes ces personnes différent seulement dans l'intensité de l'application du Saint Coran.

Je suis ravi de la défaite des gauchistes opportunistes, ravi aussi de la défaite de l'ancien système de Zine Al Abidine Ben Ali et surtout celui du Bourgibisme. Contrairement à Ataturk, Habib Bourguiba a constitutionnellement laissé la porte ouverte à la religion de s'immiscer dans la politique.

Voici quelques conclusions
- A cause du consensus et le manque de fermeté à l'égard de son fils, Béji Qaïd al Sebbssi a poussé Nidaa al Tounes et les forces centristes hors jeu. Seulement son âge lui aurait donné une certaine immunité (father figure)
- Le ministre de la Défense paie cher son opportunisme, a divisé le vote et a porté un coup dur au Bourguibisme.
- Le premier ministre paie cher sa mollesse face au crime organisé.
- Abir Mussi paie cher son implacable soutient quasi aveugle à l'ancien régime dictatorial dont seulement 5% des 45% lui accordent leur soutient.
- Al Nahdha paie le prix du consensus que le peuple a clairement rejeté.

Près de 500 milles (7%) d'un total de 7 millions d'électeurs ont choisi quelqu'un qui veut que l'Islam joue un role primordial dans les lois du pays tel que le stipule le premier article de la constitution. Le 7% va gouverner les 93%.

Félicitations au vainqueur préliminaire. Lui et sa troupe doivent sauter de joie.
Félicitations à la démocratie Tunisienne même si le vote ne plait pas à une majorité.
Mes condoléances pour les laïcs républicains de droite.
Aucune sympathie pour les modérés, progressistes, gauchistes et opportunistes tous à la poubelle.

A__Zut !
| 16-09-2019 16:20
Surprenant cliché fixant un moment de griserie historique de "l'imperturbable" "expert en droit constitutionnel", après l'annonce de son classement au premier tour de la présidentielle !

Le cri de la victoire venant des entrailles mais figé-étouffé par l'objectif est gravement soutenu par un mouvement de bras d'expression , disons, ambigüe qui a pris de vitesse l'obturateur du photographe !

Abel Chater
| 16-09-2019 16:20
Moi-même je n'ai pas voté pour Kaïs Saïed. J'ai voté avec toute ma famille pour ma Selma Elloumi. Cette merveilleuse Dame, qui a été trahie par les autres femmes tunisiennes et surtout par l'amateurisme jusqu'au ridicule, de sa campagne électorale.
Toutefois, la Tunisie a un vrai Dieu, notre Créateur et Créateur de tout l'univers, Allah le Tout Puissant, qui la protège.
Kaïs Saïed dont personne de la classe politique tunisienne ne prenait au sérieux, s'est avéré le coeur battant de la population tunisienne.
Ni la Kalibe de Bochra Belhaj Hamida, ni l'homosexualité et le hachich du défunt président Béji Caïd Essebsi. La Tunisie revit, là où elle a été trahie par les dirigeants d'Ennahdha.
Maintenant, le peuple tunisien ne veut plus de partis politiques du bluff et des fausses promesses. Il veut de politiciens honnêtes, de parole et de principe.
Que les macaronis de l'escroc Nabil Karoui, soient distribués jusqu'aux grottes des oueds, cela ne l'aidera plus à rien. Le peuple tunisien ne se constitue pas de mendiants et d'affamés. Il ne va pas se laisser gouverner par un escroc, contre un kilogramme de spaghetti.
Kaïs Saïed nous est un don de Dieu, en ces moments où les Mafieux régionalistes de l'ancien régime, commencent à s'emparer de notre démocratie.
Mille BRAVOS à l'ISIE, à Nabil Baffoun et à la vigilance des Tunisiens.
Vive la démocratie tunisienne.

DHEJ
| 16-09-2019 13:35
Des questions posées par un EXPRIMENTE je présume totalement sans réponses par les élus!

C'est la clochardisation du poste de PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE qui achèvera la TUNISIE!!!

Le vote n'a pas puni seulement la classe politique mais LA TUNISIE!!!

Dommage

lechef
| 16-09-2019 12:53
Ce qui est honnêtement étonnant, C'est le fait de se bousculer pour accéder à la magistrature suprême.
Sans que les prérogatives d'un Président de la République soient diversifiées , nombreuses et importantes, est-ce que Kais Saied ou bien Karoui sont capables d'améliorer la situation actuelle difficile ?
Est-ce qu'ils ont les moyens et est-ce qu'ils sont compétents résoudre au moins quelques problèmes ?
Est-ce qu'ils ont au moins une petite expérience pour démarrer convenablement leurs activités ?
Est-ce qu'ils ont des idées claires de leurs missions ?
La situation est extrêmement difficile et les responsabilités sont importantes., et la mission. est très délicates, est-ce que Saied- un professeur en droit sans aucune expérience de gestion- même du personnel et d'un groupe de salarié- est en mesure par des interventions diverses, d'améliorer la situation des citoyens ?
Est-ce que Karoui , avec sa petite expérience de gestion de son entreprise est en mesure de continuer à aider une partie du peuple - les moins infortunés- mais par d'autres moyens plus solides ?
Bref, s'ils se bousculent pour assumer leurs responsabilités envers 11 millions d'habitants, seront-ils à la hauteur ?
Plusieurs questions se posent en fonction de plusieurs données sur ces deux candidats, mais est-ce qu'ils sont déjà préparés pour être opérationnels dans un minimum de temps.
Objectivement , C'est très difficile !!

antireligion
| 16-09-2019 12:17
je pense que la réussite de ces deux hommes est une logique psychologique, au moment ou tous les autres candidats l'ont joué une campagne à l'occidentale à grand coup publicitaire, une propagande pompeuse à l'infini, pour ne pas dire le bling-bling à tire à larigot, pour les deux autres le premier c'était la simplicité, une très grande humilité en face de la majorité des tunisiens hommes et femmes simples, pour le deuxième la charité le grand c'?ur et l'aide aux autres, et dans les deux cas se sont des éléments que préfèrent la majorité des êtres humains

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