
Étrangement, par désespoir, par peur de l’inconnu, par vengeance primaire ou par pure naïveté, beaucoup de Tunisiens croient encore dur comme fer en ce régime. Aveuglés ou feignant la cécité, tous continuent bon gré mal gré à soutenir un pouvoir et sa tête dans une sorte de fanatisme poussé à l’extrême.
Pourtant depuis plus de deux ans que ce pouvoir a installé ses tentacules, tout part en sucette. Aucune amélioration en vue. Les promesses suivent les promesses et rien n’est honoré. Les grandes annonces sont faites, les beaux mots sont prononcés sans qu’il n’y ait de suite. Pourtant, beaucoup continuent à se voiler la face pensant que tout s’arrangerait.
Le postulat est simple, voire simpliste. Les soucis d’aujourd’hui ne sont pas du fait de ce régime. Ce n’est que le legs nauséabond et piégé de la décennie dite noire. Aucune responsabilité ne peut donc être imputée à ce pouvoir, qui s’est retrouvé empêtré dans la crise héritée, en plus des bâtons dans les roues que lui mettent les vilains comploteurs et traîtres. Le cerveau populaire baigne dans une puissante combinaison chimique, imparable : haine, craintes, complotisme… Une combinaison alimentée sans cesse par la démagogie populiste servie à tous les plats. Les cerveaux sont confinés dans un schéma qui exclut toute possibilité à l’esprit critique et à la lucidité. Il est donc logique que ces gens-là pensent que tous les maux actuels de la Tunisie sont provoqués par une obscure conspiration, que ce n’est pas dû à l’échec cuisant de ce pouvoir.
Mais il y a aussi la caste des opportunistes. Ceux qui se voient pousser des ailes sous les régimes monolithiques. Ceux qui veulent tirer profit pour se trouver ou retrouver une situation. Ceux-là, ce sont les pires d’entre tous. Ils sont conscients de la folie qui s’est emparée du pays, mais ils la cautionnent et participent même à l’entretenir. Les nostalgiques du pouvoir unique, les fanas du culte de la personnalité y trouvent leur compte. « Le chaos est une échelle (ref. GoT) », et ils la gravissent cette échelle bien adroitement. On gagerait que la majorité ne croit pas réellement en le processus, mais qu’elle l’utilise pour atteindre ses objectifs.
Pour une partie de cette caste, il s’agit d’une occasion rêvée de saper ce vent de liberté et de contestation qui a soufflé et menacé les fondements d’un système bien établi. C’est le moment de détruire l’embryon de ce qui aurait pu être une démocratie. Une société civile aux aguets, du journalisme qui renait, des partis qui s’organisent, une conscience politique et sociale qui prend forme ? Il fallait sévir et mettre fin à cette effervescence. Il fallait que l’ordre et l’autorité (autoritarisme plutôt) reprennent. Que toutes ses bouches qui ont osé se l’ouvrir retombent dans le silence. Et quoi de mieux qu’une telle configuration pour y arriver ?
Rien à faire donc que l’incompétence règne en maître, que l’échec ravage le pays, que la crise s’accentue ou même que la famine guette. L’important c’est la mainmise et ce régime n’est qu’un instrument, nécessaire (vu sa relative légitimité populaire) et qui prépare le terrain pour un autre plus fort et plus futé.
Il existe aussi une autre caste qui se veut plus nuancée. Ça nous parle de soutien critique. Ça nous dit qu’il n’y a pas d’autre alternative et que ce qui s’est passé le 25 est un miracle. Quoi, vous voulez qu’Ennahdha et ses acolytes reviennent au pouvoir ? s’exclament-ils en réponse à tout argument qui démontre l’échec du processus. Aucune nuance, en réalité. Les intentions sont bonnes nous disent-ils et de ce fait rien de mal n’en résulterait en fin de course. Vraiment ?
« L'homme politique doit être jugé sur les résultats et non sur les intentions, fussent-elles bonnes », déclamait un certain Habib Bourguiba, un certain 25 juillet 1967.



Hélas !
Le réveil risque d'être terrible.
La situation me rappelle le film "la haine ", jusqu'ici tout va, pour se rassurer mais le plus important n'est pas la chute mais c'est l'atterrissage. La réalité des résultats se chargera d'arrêter cette fuite en avant et cette chute morale.
Albert Einstein disait :"Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire".
Ceux qui applaudissent le régime actuel sont déjà satisfaits des résultats: le GOUROU de la secte est en prison... l'article 72 du code pénal l'attend!
Bourguiba l'avait exigé ROBOCOP saura le concrétiser...
Soyons fairplay tout de même.
L'ouverture d'esprit n'a jamais été une fracture du crâne.