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Chroniques
Le danger du plafonnement des prix
Par Nizar Bahloul
04/12/2023 | 16:00
5 min
Le danger du plafonnement des prix

 

Les ministères de l’Agriculture et du Commerce ont annoncé dans un communiqué conjoint paru samedi, la disponibilité de 10.500 tonnes d’huile d’olive dans des bouteilles d’un litre qui seront distribuées dans les circuits ordinaires à raison de quinze dinars le litre.

Cette décision vient en réponse aux instructions du président de la République, précise le communiqué, qui a appelé à ce que l’huile d’olive tunisienne soit disponible en quantités suffisantes et à la portée du citoyen.

Le plafonnement des prix est le dada du président de la République. Préserver le pouvoir d’achat du Tunisien est redondant chez lui. Il ne se passe quasiment pas une réunion ministérielle sans qu’il en parle.

Du simple point de vue du consommateur, cette politique de réduire ou de plafonner les prix est salutaire. Qui n’aimerait pas un président qui lui préserve son pouvoir d’achat ?

Sauf que quand on est président de la République, ministre du Commerce ou ministre des Finances, on ne peut pas et on ne doit pas aborder le problème du seul point de vue du consommateur. Il est même dangereux de l’aborder de ce seul point de vue.

Prenons l’exemple du plafonnement du prix de l’huile d’olive. En le proposant à quinze dinars le litre, l’État va pénaliser l’agriculteur, l’huilerie, le transporteur et le distributeur. Il va même se pénaliser lui-même puisqu’il y aura moins d’impôts et de taxes à collecter.

Avec l’huile d’olive, Kaïs Saïed n’est pas à son coup d’essai, loin s’en faut. Il a fait pareil avec le pain, les matériaux de construction, le lait, l’eau minérale, les bananes, les pommes, etc. Chaque fois qu’il touche un secteur, il y sème la pagaille.

Que s’est-il passé après son ingérence dans ces secteurs ? Des boulangeries ont fermé, les bananes ont disparu, les industriels d’eau minérale vendent à perte, les éleveurs ont vendu leurs vaches aux Algériens, les grandes surfaces enregistrent des déficits. Il fait gagner quelques centaines de millimes (au mieux quelques dinars) au consommateur, mais il fait perdre des dizaines de milliers de dinars (voire centaines de milliers) aux producteurs et des dizaines de millions de dinars à l’État.

Ces quelques centaines de millimes ou quelques dinars épargnés pour le consommateur ne valent pas, en aucun cas, tout ce que la chaîne a perdu. Le petit gain du consommateur est à opposer aux grosses pertes des industriels, des agriculteurs, des éleveurs, des commerçants et tout le reste.

Le parallèle ne s’arrête pas à ces pertes conjoncturelles, d’une année ou deux. Un agriculteur qui ne gagne pas bien sa vie va être acculé à changer d’activité. Idem pour un industriel ou un commerçant. On l’a déjà vu avec les éleveurs de bovins qui ne pouvaient plus rentabiliser leurs activités et ont dû être acculés à vendre leurs bêtes. On l’a vu avec les boulangeries qui ont mis la clé sous la porte et on le voit avec toutes ces entreprises qui ferment les unes après les autres. Selon l’Institut national de la Statistique, pas moins de 74 mille entreprises ont fait faillite entre 2019 et 2021.

Imaginez le nombre d’emplois perdus et le manque à gagner pour l’État et les collectivités.

Avec des prix plafonnés et des marges limitées, on décourage tout investissement nouveau et donc toute création de richesse. Pourquoi va-t-on risquer son argent si l’on sait, de prime abord, qu’on ne va pas gagner suffisamment par la suite ?

Voilà ce qui se passe quand l’État s’immisce dans le circuit de distribution et de création de richesses. Il fait gagner des peanuts au consommateur, mais il nuit à toute la filière. Paradoxalement, le gouvernement table sur une croissance de 3% pour 2024. Parions dès maintenant qu’il ne va pas pouvoir les réaliser. Comment peut-il réaliser de croissance alors qu’il pousse les producteurs à réduire leurs marges ?

Ce que fait Kaïs Saïed, par sa politique de plafonnement des prix et de protection du consommateur est à la fois populiste et hypocrite. Il se fout ouvertement de la gueule des Tunisiens et, autre paradoxe, ces derniers l’applaudissent et voient en lui leur messie. En diabolisant le capital, ils voient en lui leur protecteur.

Si Kaïs Saïed cherchait réellement à protéger le pouvoir d’achat du consommateur, qu’il réduise la TVA de 19%. En ramenant cette dernière à 9%, il réduira de 10% tous les prix avec une simple signature. Qu’il réduise les taxes de consommation excessives et usurières sur divers produits.

Il demande aux agriculteurs, industriels, commerçants et distributeurs de payer de leur poche, sans rien mettre de la sienne. Il leur demande de réduire leurs marges, alors que les budgets de ses ministères, à commencer par son département de la présidence, sont tous (ou presque) en hausse.

Kaïs Saïed est en train de léser l’économie et pousse tous les créateurs de richesses à serrer leur ceinture sans serrer la sienne et réduire l’énorme train de vie de l’État.

Le pire, c’est que malgré tous ses colmatages protectionnistes, il n’a pas réussi à réduire l’inflation.

 

Quelle est la solution ? Comment protéger le pouvoir d’achat du consommateur ? De prime abord, le consommateur n’est pas à un dinar près. Il peut s’offrir une baguette à 500 millimes au lieu de 190 et un litre d’huile d’olive à trente dinars au lieu de vingt. S’il ne peut pas, eh ben tant pis, il n’a qu’à prendre l’huile végétale. Et s’il tient vraiment à acheter l’huile d’olive, il n’a qu’à travailler plus pour gagner plus. Tout le monde ne peut pas être logé à la même enseigne.

Pour résoudre le problème économique, l’État n’a qu’à copier les solutions déjà entreprises et expérimentées ailleurs avec succès. Seuls une économie ouverte et un marché libre, avec une saine concurrence (bien surveillée par un État sévère) sont capables de créer de la richesse et de protéger à la fois le producteur et le consommateur. C’est prouvé. Dernier paradoxe, le Conseil tunisien de la Concurrence est sans président depuis bientôt deux ans. 

Par Nizar Bahloul
04/12/2023 | 16:00
5 min
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Commentaires
NAIF
Tout peut arriver....
a posté le 05-12-2023 à 19:14
Non....C'est tout faux....
L'huile d'olive, la farine et d'autres, sont des produits de base pour la consommation de subsistance des citoyens....
Les plafonner, '?loigne les spéculateurs qui s'?vissent depuis quelques ann'?es dans l'impunit'? totale.....
L'agriculteur trouve son compte d'une façon ou d'une autre....
Les spéculateurs out!
Mongi
15 DT pour un litre d'huile d'olive
a posté le 05-12-2023 à 09:25
Dire que 15DT ne suffisent pas pour l'agriculteur est une farce. C'est plutôt un coup dur pour les intervenants. Ce sont les courtiers qui ont pour cause la hausse des prix des produits agricoles.
Lambda
Et pourtant
a posté le à 14:39
Les prix sont fixés par les cours internationaux.
Je ne comprends pas les tunisiens, d'un côté ils pleurnichent la pauvreté des agriculteurs, et les conditions des cueilleuses transportées comme du bétail dans les camions et de l'autre on veut acheter à bas prix et on prétend que 15 dinars sont suffisants. Sur la base de quoi vous dites que c'est suffisant ? Allez voir les agriculteurs et leurs problèmes avant de dire n'importe quoi
Tounsi Tounsi
Le prix de la paix civile
a posté le 05-12-2023 à 08:25
On a la pire classe dirigeante au monde. Nombriliste, adepte de la reproduction sociale et du népotisme, incapable de penser aux intérêts de tout le monde dans le cadre d'un partenariat gagnant-gagnant, prête à tout pour conserver sa place en usant des pires vices et s'appuyant sur des laquais dans tous les secteurs économiques, politiques et administratifs.

Maintenant que le constat est posé, cette caste corruptrice, méprisante et surtout méprisable a deux choix : soit la fuite en avant pour maintenir ses privilèges quitte à menacer la paix civile en utilisant ses relais médiatiques, politiques, administratifs, économiques pour discréditer l'action de notre Président. Ils se moquent de colère du peuple et des éventuels troubles vu qu'ils disposent de fonds à l'étranger et de capacités de repli pour démarrer une nouvelle vie ailleurs. C'est le propre de cette caste qui hait le peuple et la Tunisie : exploiter le pays et le peuple jusqu'au dernier millime, et après eux, le déluge.

Deuxième option : faire des concessions pour travailler à l'établissement d'un avenir meilleur pour notre pays et notre peuple.

Le Président cherche à préserver la paix civile, et il n'y a rien de pire que de faire face à une foule qui a faim et déterminée à en découdre. Vous voulez vraiment vivre ce genre de scénario ? Bien sûr que non. Donc cessez de saper les efforts et apportez votre contribution pour amener la Tunisie vers de meilleurs lendemains POUR TOUS !
Un tunisien qui connait l'huile d'olive.
.......
a posté le 04-12-2023 à 19:57
M.Nizar,
Le prix de l'huile d'olive n'a pas été fixé par l'agriculteur tunisien ou par un quelconque établissement tunisien. Mais par le marché international.
Ce que je peux vous dire et en connaissance de cause, le prix de 15 dinars est excellent pour l'agriculteur tunisien.
Lambda
Vérification facile
a posté le à 21:27
Certes les prix de l'huile sont fixés par le cour international, mais les agriculteurs n'entrent pas dans leurs frais avec 15 dinars. La vérification est des plus faciles, contactez les gens du milieu et ils vous le diront.
Tounsi Tounsi
@Lambda : rien ne va jamais pour les commerçants.
a posté le à 11:24
Sérieusement, avez-vous déjà vu un commerçant heureux et vous dire que tout va bien dans les affaires ? Non. Même installés au plus haut sommet du paradis, ils seraient capables de vous dire qu'ils y vivent un enfer.

Les commerçants voraces et autres intermédiaires bidons doivent cesser de se plaindre le ventre plein et la bouche encore sale du repas qu'ils viennent tout juste d'ingurgiter.
Crow85
Oui mais..
a posté le 04-12-2023 à 18:55
Il est clair que le plafonnement des prix n'est pas une bonne mesure. On l'a vu avec les bananes et les pommes. Cependant, l'article, contient des erreurs ou des aberrations.
1) La baisse de la TVA n'engendrera pas forcément une baisse des prix. En l'absence d'organisme de contrôle des prix et d'une vraie répression contre les commerçants frauduleux (prison, amende de centaines de milliers de dinars) la baisse de la TVA sera empochée par les commerçants. Ni baisse ni wallou pour le consommateur. Par contre, l'Etat perdra des recettes fiscales.
2) Je lis aussi "il n'a qu'à travailler plus pour gagner plus". Avec un taux de chômage de 20%, une inflation à 10%, où ce que vous le trouvez le travail? même les élites avec leurs postes stables ,leurs villas et leurs bmw son entrain de quitter le pays...
Justice justice
Qui voudra comprendre
a posté le 04-12-2023 à 18:45
Et le pire sera le développement encore plus important du commerce informel contre lequel, bizarrement, l'état ne fait rien. Il n'y a quoi voir les étals au bord des routes de bananes et autres au vu et au su de tous. Mais le peuple qui veut applaudi à 2 mains.... pauvre misère intellectuelle.

Tounsi Tounsi
@Justice Justice
a posté le à 11:31
Le commerce informel est propre à toute société. En revanche son ampleur varie en fonction de la stabilité politique et de la santé économique et financière d'un pays.

On peut pas exiger la fin de l'économie informelle et ne pas réformer les mentalités et tout le pays. Nous ne sommes ni la Suisse, ni les Emirats Arabes Unis et encore moins le Luxembourg. Commençons par le commencement avant d'exiger.

Les richesses sont captées par des voraces, on a une caste dominante préoccupée par sa reproduction sociale et le fait d'assurer un avenir brillant à ses rejetons majoritairement médiocres. On a des dirigeants économiques incompétents qui ne savent pas se projeter à moyen terme ni se soucier des intérêts du pays et du peuple.

Au bout d'un moment faut arrêter de faire l'autruche.
DHEJ
Combien de litres par an
a posté le 04-12-2023 à 18:18
L'industriel est aussi consommateur de pain et d'huile...
Tounsi Tounsi
@DHEJ
a posté le à 11:33
L'industriel travaille et créé de la valeur. Effectivement il doit lui aussi faire partie de l'équation pour maintenir l'équilibre entre les intérêts vitaux de chacun. Mais vu que l'industriel exporte, il pourra se rattraper sur les prix à l'extérieur et faire rentrer des devises. Donc il n'est pas vraiment menacé.