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Chroniques
La répression, catalyseur de chute
Par Ikhlas Latif
23/02/2024 | 16:59
5 min
La répression, catalyseur de chute

 

Pas de retour en arrière, entonnent les plus virulents soutiens du processus du 25-Juillet et de son représentant unique et suprême, le président de la République. Les plus probes parmi les probes du processus sont tous sur le pont pour défendre le décret 54 liberticide.

Promulgué durant la période des mesures exceptionnelles où le président gouvernait par décrets, le texte est aujourd’hui plus que jamais décrié sur la scène nationale. Hormis les fans fanatiques, ce décret pose un gros problème.

 

Dans cette Tunisie de l’ère des sommets stratosphériques, le climat est à la peur. C’est comme si une chape de plomb s’était abattue sur le pays poussant les gens à se terrer et à se murer dans le silence de crainte de représailles. Le tour de vis opéré a fait que toute voix qui pourrait critiquer même des faits insignifiants, se retrouve criminalisée. Plusieurs mécanismes ont été remis à jour pour installer ce climat d’appréhension notamment l’instrumentalisation de la Justice et des appareils de l’État. Cependant, l’outil star, celui qui symbolise la dérive répressive du régime, est bien le décret 54 tant il représente une épée de Damoclès brandie au-dessus de la tête de tous sans exception.

 

Quand on a à disposition un tel outil, il faut s’attendre à ce que personne ne soit épargné. C’est le cas par exemple, d’un fidèle adepte du président et de son processus qui s’est retrouvé la semaine dernière sous les verrous pour avoir critiqué un député. Le monsieur était (et gageons qu’il le reste) un fervent défenseur du décret 54 et il sortait à chaque plainte contre un journaliste, un opposant ou un citoyen ordinaire, la fameuse phrase « tapez plus fort, ils respirent encore ». Il affichait sans complexe une exécrable mauvaise-joie contre les personnalités arrêtées et il en redemandait.

Au final, il a passé quelques nuits au trou sur la base de son si cher décret pour s’être exprimé librement. Bien évidemment, ses copains du processus étaient scandalisés qu’on puisse emprisonner un probe et ont mené campagne pour le libérer. Il le sera. Bien chanceux le bougre. D’autres personnes arrêtées par biais du 54 croupissent toujours en prison. Mais ceci est une autre histoire.

Cette semaine, le décret a fait beaucoup parler de lui. Pour cause, notamment, l’incarcération du doyen des médecins vétérinaires, devenue une affaire d’opinion publique. Une arrestation qui a remis en évidence le danger que représente le décret 54 pour la liberté d’expression et de la presse. Le président de l’ordre des vétérinaires s’était exprimé sur les colonnes d’un journal sur les risques sanitaires des maladies chez le bétail et avait présenté les revendications de ses confrères. Elle était bien choquante l’arrestation du doyen et révèle, encore une fois, le danger que représente le 54 à qui on recoure pour empêcher toute critique du pouvoir et de ses représentants. Il s’agit d’un ‘précieux’ indicateur de la gravité du degré de répression dans le pays.

 

Le pouvoir exécutif a été bien leste à appliquer le décret 54 après sa promulgation en septembre 2022 en poursuivant à tour de bras journalistes et activistes de la scène politique qui refusaient d’entrer dans le moule. Maintenant, cela s’étend à toute personne qui ose exprimer un avis qui dérange le régime. On a surtout eu affaire à l’article 24 du texte qui semble être le seul élément constitutif autour duquel le décret s’articule.

Présenté comme un article qui a pour finalité de lutter contre la diffamation et les fake news sur les réseaux sociaux, il est rapidement apparu qu’il n’en était rien. La manière avec laquelle a été utilisé cet article par les représentants du pouvoir prouve une seule chose : la détermination du régime de verrouiller et de contrôler les espaces d’expression publics pour consolider son emprise.

Et c’est pour cette raison qu’on constate, ces derniers jours, un affolement chez nos ‘amis’ les plus extrémistes du processus juillettiste. C’est que des députés, ô blasphème, ont annoncé une initiative législative pour amender le décret et en particulier son article 24 (qui peut vous mener à pas moins de dix ans de prison). Rapidement, les propagandistes ont sorti l’artillerie lourde en accusant les députés de putschisme. Situation bien ironique en passant, sachant que ces élus se sont inscrits dans le processus et lui doivent tout.

Donc, les fanas s’agitent et crient sur tous les toits que cette initiative est illégale et que des députés ne peuvent pas amender un décret présidentiel. Ce qui est totalement et absolument faux (je vous invite à consulter cette analyse). Par ailleurs, ils invoquent un complot contre la marche de l’Histoire : des conspirateurs qui agiraient à travers des députés, dupés, pour s’attaquer à la légitimité et la légalité du fondement juridique et institutionnel du processus du 25-Juillet et le remettre en question. Les gus s’inquiètent aussi du fait que cela perturberait les magistrats qui traitent actuellement plein d’affaires sur la base du décret 54.

 

Ainsi, selon ce postulat, les députés sont manipulés dans le but de porter atteinte à tout le processus rien qu’en initiant un amendement de l’article 24 du décret 54. Ironiquement, sans s’en rendre compte, les aficionados admettent qu’un texte liberticide représente l’un des socles de leur régime, l’une de ses pierres angulaires sans laquelle l’édifice pourrait être menacé d’effondrement. C’est loin d’être faux puisque la véritable marche de l’Histoire nous l’a appris à maintes reprises. Autant un régime, qui s’appuie sur la répression et les persécutions, peut se maintenir en place pour quelques temps, autant cela constitue un élément de fragilité et précipiterait sa chute.

Par Ikhlas Latif
23/02/2024 | 16:59
5 min
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Commentaires
Le Révolté
Et vous Abidi, où étiez-vous à l'ère de Ben Ali ?
a posté le 26-02-2024 à 07:36
Au vu de votre commentaire stupide je peux facilement imaginer que vous fisiez dans votre froc à cette époque là.
Mannoubi Ettounsi
Très bonne analyse
a posté le 25-02-2024 à 22:24
Bravo Madame pour votre analyse, un très bon article bien écrit. Saied doit vraiment lire vos chroniques et suivre vos conseils. Bravo.
Abidi
Répression
a posté le 25-02-2024 à 22:00
S'il y avait la moindre répression avec un écrit pareil vous ne seriez plus la ou vous êtes et vous n'oserez jamais parler de la sorte,ou étiez vous quand la vraie répression régissait tout le pays a l'ère de Ben Ali, est ce que vous avez écrit quelques choses ou parler de quoi que ce soit
Mahjoub
Elle était où ?
a posté le à 23:08
Je dirais que l'auteure était au lycée et peut-être même à l'école primaire, banane!
Ah bon ?!!!
Foutaises
a posté le 25-02-2024 à 18:31
L'auteure ferait mieux de consacrer son énergie à denoncer la repression que fait subir le monstre colonisateur sioniste aux pauvres Palestiniens, plutôt que de taper encore et encore sur KS...c'est à croire qu'elle n'a rien d'autre à foutre.
Shrifa de Mournag
Peureux
a posté le 25-02-2024 à 17:19
Kais Saïedie a promulgué l'article 54 pour cause qu'il connaît très bien qu'il n'a pas le niveau de discuter avec les critiques sauf en les insultant en vulgaire ou bien les emprisonner.
Abir
Beau à savoir
a posté le 25-02-2024 à 14:30
Un pouvoir qui exerce ses caprices et les caprices de 1/11 , seulement un citoyen sur 11 qui décide pour les 10 autres, où ça se trouve cette formule !? Rabi fi eloujoud ! Celui qui aime et respecte ce pays, quand il sait qu'il est incompétent , il doit le reconnaitre et ne pas chercher à museler tout un peuple pour y rester! L'heure est grave et le pays dépend de son peuple et aussi de sa justice quand le pouvoir dépasse ses limites
A4
Oui mais ...
a posté le à 15:33
Il faut un minimum de "compétence" pour comprendre que l'on est "incompétent" !!!

LIMITE
Ecrit par A4 - Tunis, le 01 Septembre 2018

Il ne faut pas prendre la barre
Et tenter avec sa barquette
De traverser la grande mare
Quand la brise est à la tempête

Il faut savoir rester à terre
Garder ses bottes et sa cagoule
Et ne jamais prendre la mer
Quand la vague est devenue houle

Mais allez raconter tout ça
A ces cervelles désertiques
Qui hélas sont bien en deçà
De la limite fatidique

Car il faut bien un minimum
Un minimum de rien du tout
Pour s'arrêter à l'optimum
Et ne jamais aller au bout

Il faut un soupçon de jugeote
Avec presque rien de bon sens
Pour savoir arrêter la note
A sa limite d'incompétence

Allez le dire à ces débiles
Qui doivent bien se la fermer
Que leurs paroles sont stériles
Qu'ils feraient mieux de s'enfermer

Allons-nous trouver la manière
Ou devons-nous un jour sévir
Pour museler, pour faire taire
Tous ces clowns qui n'ont rien à dire ?
Fares
La peur de l'adversité
a posté le 24-02-2024 à 20:51
Il n'y a que les incompétents et les personnes qui ont des choses à se reprocher qui ont peur d'être mis au défi(j'ajouterais les paresseux et les petits à cette liste). Les grands hommes et autres seigneurs de ce monde voient en les critiques constructives une manière pour s'améliorer. Kallou echa3b yourid, comment reconcilier cette arnaque avec l'article 54?

Tout ce que l'histoire retiendra du passage de Saïed à Carthage, c'est article 54. Quel beau lègue!
Vladimir Guez
Vous prenez vos désirs pour des realites.
a posté le 24-02-2024 à 20:11
Les régimes repressifs durent et plus ils sont répressifs plus ils durent. Plus ils sont allé loin dans la répression plus il seront jusqueboutiste parce que leur chute entraîne leur mort . C'est comme la bicyclette, c'est quand ils arrêtent de réprimer qu'ils tombent .
L'archipel du Goulag diseque au plus profond comment ce type de regimes tissent une industrie pénitentiaire et judiciaire pour broyer toutes contestation. Et l'apathie des citoyens n'est pas de la résignation mais de la complicité.
Le régime soviétique a duré des décennies temps qu'il faisait peur. La dictature chinoise perdure encore aujourd'hui parce qu'elle fait peur à l'individu seul et isolé.
Ben Ali est tombé rapidement non pas par sa répression mais parce qu'il ne faisait plus peur. Ce sera pareil pour ce régime .
Fares
La pluralité est passée par là
a posté le à 20:44
Les tunisiens ont goûté à la démocratie bien qu'imparfaite voire même trébuchante. Toute une génération n'a connu qu'une Tunisie pluraliste. Lorsque qu'un vieux de 70 ans décide de son propre chef de ramener le pays au huitième siècle, alors la majorité du peuple ne marchera pas. Mais le moment où Saied arrêtera de pédaler, alors il tombera, il aura des explications à donner.
A4
Parlons d'autre chose SVP ...
a posté le à 23:23
LE CLOU
Ecrit par A4 - Tunis, le 03 Février 2023

Ce n'était rien qu'une belle planche
Qui avait besoin d'un coup de rabot
Avait des taches brunes et blanches
Des petites bavures et des copeaux

Elle n'était pas en bois d'ébène
Ni dans un bois tendre de poirier
Elle a été, mais non sans peine
Découpée dans un tronc d'olivier

Elle sentait bien la terre fraîche
Reflétait un ciel bas, nuageux
N'était pas lisse mais plutôt rêche
Avec un caractère orageux

Mais je ne sais pourquoi ni comment
Un vieux clou entièrement rouillé
Vint soudain s'y planter bêtement
Avec son air de poule mouillée

Il était complètement tordu
Avec une tête bosselée
Venait du rayon des invendus
Mais ne sachant hélas où aller

Il tenait bon et il s'accrochait
Ne sachant où et comment partir
Comme un rescapé sur un rocher
Il ne voulait jamais déguerpir

Il s'arc-boutait, l'air très menaçant
Pointant vers le haut sa sale tête
Il sortait des cris assourdissants
Et se tortillait comme une mauviette

Il voulait prendre toute la place
Chassant les boulons et les rondelles
C'est certain qu'avec son coeur de glace
Il n'avait que la haine pour modèle

Devant toute cette stupidité
Moi je suis certain que pour bientôt
Une grosse main pleine d'agilité
L'assommera à coups de marteau

Il aura la tête au fond du trou
Plus jamais de paroles hystériques
Quitte à ensuite camoufler le tout
D'une bonne couche de mastic !
Kalila Demna
Quincaillerie
a posté le à 16:12
Si ce clou rouillé n'est pas arraché manu militari par un bon kollab le peuple tunisien risque d'attraper le tétanos et en périr.
Houda
La chute libre
a posté le 24-02-2024 à 16:58
De la tunisie à déjà commencé avec l arrivé des extras terrestre du 25 juillet 2021
Ben Hassen Mondher
L'évidence
a posté le 23-02-2024 à 21:14
L'évidence..... rien que L'évidence...... la logique, rien que la logique...... Merci
Chelbi
Et je rajoute
a posté le 23-02-2024 à 18:00
Les arguments solides et bien fondés se défendent par eux mêmes et n'auront nullement besoin d'outils répressifs pour tenir debout. Votre article est un bon exemple: idées bien argumentées respectant le minimum d'intelligence humaine et qui n'est pas succédé par autre texte qui menace toute tentative d'attaquer l'article et/ou son auteur.

Mais pourquoi ils ont promulgué le scandaleux décret 54 alors? Parce qu'ils savent bien qu'ils perdront le match s'ils laissent le champ libre à l'autre version des faits entourant le putsch du 25/7 et les événements qu'ils l'ont suivi. Parce qu'ils savent bien que les justificatifs derrière le 25/7 sont infondées - chose confirmée jour après jour d'ailleurs - et que c'était purement un braquage armé du pouvoir pour satisfaire les désirs incontrôlables d'un novice injecté par coïncidence au sommet. Parce qu'ils veulent fracasser le miroir pour ne pas voir leur vrai visage et les faits tels qu'ils sont. Parce qu'ils ont fondé leur pouvoir sur des mensonges, des délires, des démagogies, des diffamations, des injures, des injustices, des contré-vérités, des raccourcis, des extrapolations, des extrêmes, etc. Bien sûr ils auront besoin du 54, 55, 56 etc'?'etc'?'

Celui qui s'auto-proclame porteur de la voix du peuple devrait être le premier à l'entendre surtout celle qui ne lui plaît pas.