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La croissance africaine, remède à la Tunisie
22/06/2014 | 1
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La croissance africaine, remède à la Tunisie
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La Tunisie souffre depuis la révolution de plusieurs difficultés économiques qui se sont aggravées par une inflation en hausse, un manque d’avoirs en devise et la hausse des prix des hydrocarbures ainsi que des denrées alimentaires. Mais que faire quand 80% des échanges du pays se font avec l’Europe, ce partenaire qui fait autour de 1% en moyenne par an de croissance et que la Tunisie doit réaliser 6 à 7% de croissance pour pouvoir régler ses problèmes et rattraper son retard ? La réponse est simple : se tourner vers l’Afrique !

En effet, la Banque mondiale prévoit, dans son dernier rapport Africa’s Pulse publié en avril dernier, que la croissance économique en Afrique subsaharienne devrait continuer d’augmenter, passant de 4,7% en 2013 à 5,2% en 2014. Six pays africains font partie du TOP 10 des croissances économiques les plus importantes dans le monde, d’où l’intérêt de fixer une nouvelle orientation stratégique pour le pays.

C'est dans ce cadre que le président de la République, Moncef Marzouki, a entamé du vendredi 20 juin au mercredi 25 juin courant, une tournée africaine. Accompagné d’une délégation d'hommes d'affaires et de représentants de structures professionnelles et d'entreprises économiques publiques et privées, il se rendra dans le cadre de visites d'amitié et de travail dans quatre pays africains : le Mali, le Niger, le Tchad et le Gabon.
Par ailleurs, l’IACE a consacré la deuxième édition de son Tunis Forum, le 5 juin dernier, au thème "La Tunisie et l’Afrique Subsaharienne : Pour une stratégie d’intégration durable", en présence d'officiels tunisiens et de décideurs politiques africains. L’institut avait préparé dans ce contexte une étude "Stratégie Tunisie-Afrique Renouvelée (Star)", proposant une stratégie ciblée pour asseoir un partenariat optimal et porteur avec ces pays, avec des orientations claires et concrètes pouvant constituer, dans le futur, une feuille de route aussi bien pour les acteurs politiques qu’économiques.

Les études menées montrent qu’entre 2008 et 2020, le PIB et la consommation du continent vont doubler, alors que le nombre d’abonnés mobile va se multiplier par 3,5 en 2040. D’où l’intérêt de ce marché en grande mutation. Ainsi, Tunis Forum a été une occasion pour présenter les compétences et produits tunisiens aux décideurs africains et de faire connaitre ce grand marché aux investisseurs tunisiens pour qu’ils puissent y saisir les opportunités naissantes.
A cette occasion, plusieurs recommandations ont été faites. Tout d’abord, il est important de ne pas se contenter de considérer ces pays comme de simples marchés à conquérir mais plutôt comme des pays ayant de grandes potentialités de développement et avec lesquels la Tunisie doit établir un partenariat durable et multisectoriel qui touche aussi bien le politique, l’économique, le culturel que le secteur scientifique.

Toutefois, les investisseurs évoquent plusieurs problèmes liés au financement, à la logistique, à la fiscalité, … . Ils indiquent aussi que la Banque centrale de Tunisie n’encourage pas à aller investir ailleurs, ne leur accordant pas son accord.
D’autres difficultés ont été répertoriées dans le rapport Star, notamment l'inexistence de réseau bancaire tunisien en Afrique subsaharienne au moment où le Maroc marque une présence bancaire forte sur le continent. Certains chiffres illustrent cette situation : Seulement 8 accords bilatéraux concernent les pays d’Afrique subsaharienne sur les 49 conclus entre la Tunisie et le reste du monde, seulement 4 conventions de non double imposition avec les pays d’Afrique subsaharienne sur les 34 signées par la Tunisie et aucun accord commercial préférentiel avec les pays et les gouvernements régionaux d’Afrique subsaharienne outre la faiblesse au niveau des liaisons aériennes vers l’Afrique subsaharienne (retard de Tunisair par rapport à des concurrents tels la Royal Air Maroc ou Egyptair) et l’absence totale de lignes maritimes directes vers les ports d’Afrique subsaharienne de l’est et de l’ouest (délais d’acheminement des marchandises trop longs).

A cet effet, l’IACE a émis dans son étude "Stratégie Tunisie-Afrique Renouvelée" une série de recommandations. Ainsi, pour l’institut, pour pouvoir bénéficier de la croissance africaine, où les Tunisiens et leur expertise sont attendus. Selon la déclaration des différents participants au Tunis Forum, le gouvernement tunisien et les différentes parties prenantes doivent s’atteler à plusieurs chantiers de haute importance pour la réussite de cette initiative.
Ainsi, sur le court terme, il faut inciter les banques, via la BCT, à conclure des accords de partenariat avec les réseaux bancaires français ou marocains jusqu’à la mise en place d’un réseau bancaire tunisien d’ici 2020. Le rapport recommande aussi la facilitation de l’ouverture de comptes en Franc CFA (franc des Communautés Financières d'Afrique) pour les opérateurs travaillant sur les pays d’Afrique de l’ouest et centrale.
Autre point, il faut engager un processus de négociation d’accords de protection des investissements, de non double imposition et d’accords commerciaux préférentiels avec les pays africains. Il est aussi important de conclure au moins un accord de libre échange avec un groupement régional : l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA composé du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire, de la Guinée-Bissau, du Mali, du Niger, du Sénégal et du Togo) et la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC composé du Cameroun, de la République Centrafricaine, de la République du Congo, du Gabon, de la Guinée équatoriale et du Tchad).

Concernant le transport, l’institut pense que les 20 nouvelles lignes que compte lancer Tunisair sur l’Afrique Subsaharienne d’ici 2018, devraient desservir des villes où la Tunisie n’a pas de présence consulaire afin de faciliter les procédures de visa ou la conclusion d’accords de partenariat avec l’une des compagnies RAM, Egyptair ou Alitalia afin d’accroître les liaisons avec les villes de Casablanca, le Caire ou Rome qui serviront de Hubs.
Pour le transport maritime, il faut exploiter les lignes maritimes existantes et conclure des partenariats stratégiques entre les armateurs internationaux et les sociétés d’exploitation des ports d’une part et la CTN d’autre part ainsi que de créer des antennes de facilitation locales dans les hubs retenus en coordination avec les transitaires.

En dépit du retard qu’elle traine en matière d’infrastructures, d’équipements informatiques et de formation, l’Afrique subsaharienne est en train de connaitre un vrai éveil technologique, fait qui laisse entrevoir des perspectives de croissance à court terme. Ainsi, la Tunisie doit, dans le cadre de sa stratégie de développement du secteur des TIC, soutenir les SSII capables de se déployer en Afrique et doubler en cinq ans les exportations de biens qui sont actuellement de l’ordre de 700 millions de dinars.
Les champions nationaux (entreprises structurées et reconnues) comme Afrique Travaux, Steg international, Comete engineering, SBF, qui ont la capacité de conquérir de nouveaux marchés en Afrique et dans le monde, devraient participer à cet effort national. Des chambres de commerce Tunisie-Afrique de l’Ouest et Tunisie-Afrique centrale devront être renforcées en pensant à associer ces entreprises dans la prise de décision et lors des voyages officiels.

On notera surtout que la majorité des experts en Afrique ont souligné l’importance de se décider maintenant car dans à peine 36 mois ce sera une occasion de plus de ratée, selon leur estimation. En effet, l’Afrique subsaharienne est en train d’évoluer de manière exponentielle.
Autre point, Mousse Seck, président de la PanAAC (Kenya) a expliqué que l’arme alimentaire est l'une des plus redoutables. Pour lui, on doit investir dans ce secteur : la Tunisie pourrait apporter à l’Afrique son know-how en matière d’irrigation. Ainsi, au lieu de permettre à des pays comme l’Arabie Saoudite et la Chine d’acheter des terrains et de produire leur propre moisson, les Tunisiens et les Africains pourraient s’associer dans des projets dans l’industrie agroalimentaire à très haute valeur ajoutée pour produire et conserver les denrées alimentaires et les vendre eux même sur le marché mondial, bénéficiant des marges engendrées.

L’Afrique représente une vraie opportunité de croissance pour la Tunisie qui ne doit pas être gâchée. Dans cette phase transitoire de notre pays, saisir cette opportunité peut être très avantagex pour la Tunisie, avoir des retombées importantes dans les prochaines années et changer notre avenir.

Imen Nouira
22/06/2014 | 1
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