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Chroniques
Coup d'Etat certes, mais lequel ?
Par Karim Guellaty
31/07/2021 | 14:32
6 min
Coup d'Etat certes, mais lequel ?

 

Chronique, éditorial, quel que soit le nom des lignes écrites, la responsabilité dans la rédaction d’un texte d’opinion est lourde. Et bienheureux celui qui, en dehors des réseaux sociaux et des stratégies politiciennes, arrive à une opinion tranchée et définitive sur les soubresauts que traverse la Tunisie.

 

Coup d’Etat, coup de force, coup de pied, coup de bluff ou coup pour rien, tous s’accordent sur le fait qu’il s’agit d’un coup. Porté par une épée qui, à l’instar de celle de Damoclès, tient au fil ténu de la démocratie pour ne pas s’abattre de façon autoritaire sur les espoirs d’un peuple. Porté contre qui, pour quoi, les deux questions sont là.

Les faits en Tunisie sont que la gouvernance est inefficace depuis trop d’années. Certains en posent le point de départ à janvier 2011, la révolution tunisienne, oubliant par là même que c’est une gouvernance inefficiente qui a poussé au soulèvement populaire de ce qu’on a appelé le printemps arabe. En démarrant une moisson en plein mois de janvier, il ne fallait pas s’étonner que la récolte soit mauvaise. L’Histoire se fait écrire par les historiens, la presse la commente, et les politiques la réécrivent. Contentons-nous donc des faits.

 

Brisons la glace. Ennahdha. Le parti islamiste qui, même s’il n’a pas été systématiquement au pouvoir depuis 2011, en tire les ficelles depuis cette date. Personne n’est dupe, à commencer par le peuple. C’est ainsi qu’au fil des élections successives, ce parti est passé de 37% des suffrages en 2011, à 19% en 2019.

Comment les 81% qui n’ont pas voté pour eux, peuvent-ils ne pas être frustrés de les voir sur la photo de la gouvernance après un scrutin où ils pensaient l’avoir cantonné à l’opposition. La faute à la constitution, diront les observateurs, et au mode de scrutin avanceront les analystes.  Le balancier démocratique nécessaire après tant d’années de despotisme a amené nos constituants à rédiger un texte qui dilue le pouvoir, et donc les responsabilités.

Sous couvert de démocratie, les islamistes ont poussé à un système du plus jamais ça. Avec le pari gagnant qu’ils seront les seuls à aller aux élections, disciplinés, comme un seul homme. Et sans être majoritaire, ils seront en tout état de cause premier, donc à la manœuvre.

Nous avons donc un système institutionnalisé en Tunisie, qui a instauré une dictature d’une minorité organisée, contre une majorité disloquée. Peut-être convient-il de se demander si le premier coup d’Etat n’est pas là. Car qu’est-ce qu’autre qu’un coup d’Etat le fait de gouverner quand on ne représente que 19% des électeurs. L’essence de la démocratie est que la majorité décide, de façon plus ou moins seule en fonction des régimes politiques, mais la majorité décide.

 

Le second fait est que l’exécutif a le pouvoir exécutif et que le législatif a le pouvoir législatif, en plus d’une autorité judiciaire qui doit être indépendante. La séparation entre ces trois composantes de la gouvernance garantie que chacun est responsable devant l’autre. Or depuis 2014, force est de constater que le pouvoir a glissé pour se concentrer quasi exclusivement sur le Parlement qui fait la pluie et le beau temps sur l’exécutif bicéphale. La première tête, le président de la République, sans pouvoir ou à peine, possède la légitimé de son élection au suffrage universel. Dans l’équilibre des pouvoirs, elle ne lui sert pas à grand-chose, faute de pouvoirs.

La seconde tête est le gouvernement et son chef. Leur légitimité vient de la confiance accordée par l’assemblée. Le chef du gouvernement a des pouvoirs réels, mais il doit sa vie et sa survie au pouvoir législatif. En termes d’équilibre des forces et de séparation des pouvoirs, ça se pose là. L’exécutif est donc soit sous perfusion vitale du Parlement, soit sans pouvoir.

 

Quant au pouvoir judiciaire, même si dans sa grande majorité il est intègre et indépendant, quelques brebis égarées, galeuses diront les plus durs, ont réussi à neutraliser toute la machine à dire le droit qui, par ailleurs, manque si cruellement de moyens qu’elle en est devenue sinon inopérante, en tout cas fortement entravée dans son fonctionnement. L’expérience de Bhiri à la tête du ministère de la Justice de 2011 à 2013 a fini de sceller le sort de son indépendance.

Un Etat où une minorité gouverne, Ennahdha avec ses 19%, où l’exécutif est sous l’autorité du pouvoir législatif qui le met et démet à volonté et le tient sous sa coupe en tout état de cause, un pouvoir judiciaire qui aimerait bien faire, mais est entravé par un petit nombre, une minorité, elle-même inféodée à cette minorité qui gouverne, voilà l’État dont on parle pour savoir si Kaïs Saïed lui a porté un coup.

François Mitterrand avait écrit : « Le Coup d’Etat permanent » pour dénoncer l’exercice très personnel du pouvoir par le général de Gaulle et que permettait les institutions. Nos institutions tunisiennes, issues de la constitution de 2014 permettent le même coup d’Etat avec la même permanence, par l’exercice du pouvoir d’un Parlement, coordonné par une minorité disciplinée, contre une majorité aussi inefficace que vociférante.

 

En gelant le Parlement, en limogeant le chef du gouvernement et certains de ses ministres, et voulant prendre la direction du parquet, Kaïs Saïed n’a fait que transférer officiellement entre ses mains, ce qu’une minorité exerçait officieusement depuis quelques années. On peut s’en émouvoir, mais on ne peut pas prétendre que c’est la fin de quelque chose, quand ce quelque chose, passe d’une main à une autre. Et non de plusieurs mains à une seule main.  

Ce n’est pas Ennahdha qui a réussi à grignoter les pouvoirs les uns après les autres, ce n’est pas Kaïs Saïed qui a réussi à prendre ce qu’Ennahdha voulait confisquer, c’est cette grande majorité politique qui a échoué à protéger nos institutions, à porter la voix des 80% d’électeurs, à coordonner ses actions pour faire valoir un projet sociétal inclusif et solidaire.

Ils ont passé le plus clair de leur temps à courir après la part minuscule que leur a octroyé Ennahdha d’un gâteau dont il a gardé les meilleurs et les plus gros morceaux.  Et cette majorité, gourmande et assoiffée de sucre, s’est précipitée sur ces miettes, comme des chiens se jettent sur un os, prêts à s’entretuer pour en avoir le plus gros bout, pendant que celui qui l’a jeté déguste avec délice pas moins qu’un gigot.

 

Kaïs Saïed a fait un coup contre ce coup d’Etat que Mitterrand aurait appelé permanent. Il a officialisé entre ses mains ce qu’Ennahdha possédait sans efficacité ni résultat entre les siennes grâce à sa mainmise sur le Parlement.

Pour en faire quoi, telle est la vraie question. L’Histoire nous le dira, pour le moment, il convient d’espérer, et d’être vigilant, pour éviter que cette fois-ci encore, ça ne serve qu’à un petit nombre, dévoué à des intérêts particuliers.

 

C’est la fin de la semaine, c’est la fin de ce trip, vous pouvez éteindre vos smartphones, que dis-je, les jeter, pour paraphraser une cardiologue célèbre.

Par Karim Guellaty
31/07/2021 | 14:32
6 min
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Commentaires
Oscar
Légitime défense
a posté le 03-08-2021 à 03:38
La Tunisie a un pied dans le gouffre , ce qu' a fait le.président Kaïs Saïd est un acte de légitime défense ,il n'avait pas d'autres solutions.
La situation en Tunisie est identique á ce qu'a connu l'Egypte sous l'ère morsi ,heureusement qu'El sissi a sauvé l'Egypte de ces crapules des "frères musulmans".
Et la Tunisie y arrivera.
nazou de la chameliere
Et ceux
a posté le 02-08-2021 à 11:58
Qui ont leurs intérêts bien particuliers .
Risquent fort d'éliminer celui qu'ils ont fait elire .
Il n'a pas été choisi pour sa maîtrise de la géopolitique.
Mais plutôt pour sa nullité en tout !!
Finalement ... pauvre de lui .
Tahar
La légalité
a posté le 01-08-2021 à 21:53
Mr Guelleti si coup d'etat il y a comme vous le supposait de la part de la majorité parlemnt il se faisait dans l'égalité et sans violation des institutions.
J'ai bien aimé votre dernier livre
GIROUETTE creuse
VOX POPULI
a posté le 01-08-2021 à 09:43
La réalité c'est que mr Guellaty et consort, cad ceux qui se gargarisent de démocratie et de droits des personnes, en regardant vers la tour Eiffel, se sont lourdement trompés, une certaine année 2011 .Le discourt de ces intello d'entre sois. entre petits fours et références bibliques, pardon hexagonales, tenait en peu de mots: Nous, les tunisiens géniaux nous allons donner une leçons au monde car nous lui démontrerons que nous rendrons l'islamisme soluble dans la démocratie grâce a la meilleure constitution du monde. Devant tant de bêtise et d'outrecuidance, faut il rire ou pleurer!. En tout état de cause, ces gens, dont la seule qualité et de savoir tourner quelques belles phrase dans la langue de Molière (et encore) sont disqualifies et sont refuses sur la marche du train qui passe.
mizaa
'?tre dictateur et éliminer la gang de Ghanouchi, sont deux choses incompatibles.
a posté le 31-07-2021 à 22:41
Il est impossible à tout dictateur de mettre fin à la grande imposture de Ghanouchi et de son groupe. Mettre hors d'état de nuire ce groupe constitue en lui-même la première grande victoire du pays.

Reste la question économique à tous les stades pour rendre la vie digne pour la population. Et là c'est une affaire qui concerne toute l'élite du pays et particulièrement celle économique. Cette élite économique doit trouver ou présenter son programme qui met le pays à sa place historique.

Un programme qui nous éloigne de tous les instruments de coercition du système dans sa forme la plus féroce, la dite néo-libérale.

On peut respecter tout le monde mais on ne peut en aucun cas accepter et d'aucune manière les dictats ou ce qu'ils appellent les sanctions aux pays et peuples « désobéissants ».

Non seulement on doit prendre en considération la géographie régionale mais la géographie mondiale et avoir de fortes relations de solidarité avec les peuples proches ou lointains. Des relations de solidarité dans tous les secteurs de la vie, l'économique, le culturel, le politique et tous les autres.

On ne peut en aucun cas être du côté de ceux armés jusqu'aux dents et décidés à continuer de piller, de gré ou de force, bien que la plupart du temps de force, les richesses des peuples. On sait de qui on parle'?'
EL OUAFI
Le Paradoxe !
a posté le 31-07-2021 à 22:30
Bonjour Mr K.Guellaty. Franchement je peux vous l'affirmer que vous êtes au au-dessus du lot, vos collègues au paravent nous ont plongés dans un pessimisme inouïe, apeuré désorienté, la main sur le c'?ur, se posant la question ultime, est-ce bien un coup d'?tat vraiment ? Nous sommes dans le désarroi insistant et du coup relisant ce fameux Article "80" et se reposant la même question est-ce que le président Kais est en droit d'activer cette épée Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes depuis 2014.
Un article parmi d'autres flou,aux multiples facettes qui prête à la confusion et à différents interprétations; différe dans son contenu dans quel sens nous permet-il nous laisser l'aborder.
Des experts,de tous bords, chevronnés en la matière et lois constitutionnelles, les avis différent,ce qui nous plonge de plus en plus dans l'expectative !
Aller un effort relisons une fois encore cet article méticuleuseme-nt et surtout attentivement en s'arrêtant sur chaque terme !
Ouf,découverte intéressante ! "péril urgent " l'espoir et le soulagement renaissent.
Mr Guellaty :autres fois 2014
L'assemblée constituante de l'époque malgré une longue et difficile gestation de trois longues années, nous annonça fièrement un
nouveau né tout beau,la meilleure
constitution au monde suivant leurs dires, leurs sous-entendus ! ! ! La montagne accoucha d'une souris !
Votre chronique nous démontre qu'à peine 20% gouverne et fait et défait les gouvernements, et une majorité fracturée divisée vocifèrente incapable,de proposer quoi que se soit, du surplace,aucune inertie,pour être plus clair.
Entre temps le pays s'enfonce dans ce sable mouvant, un naufrage annoncé, la colère gronde le citoyen lambda n'en peut plus dans l'hexeng, étouffé par, et le phénomène va en s'amplifiant.
Le chef de l'état bridé par des prérogatives limitées, observe sans pouvoir agir ni intervenir que faire ?
Sous la coupole de l'hémicycle, un président fort de sa légitimité 19% et quelques supplétifs recrutés sous un arrangement peu orthodoxe ! Là Passible laisse faire, le désordre règne, indifférent toujours,
'? Carthage le Président ronge ses freins il n'en peut plus, exaspéré, impatient,attendant le moment propice, et ce fût ce jour tant espéré,attendu,ce miracle arriva, fort par une spontanéité de la rue et son ampleur à travers tout le pays où on fêtait la République cette République sensée nous protéger du P'?RIL éminent, et ce fût ce jour du 25/07/2021 Qui changea le cours de cette épopée, tragique qui nous a laissé sur nôtre faim.
Cet après 25/07/2021 l'Aube d'une nouvelle ère pointa à l'horizon de notre Tunisie nouvelle, nullement un coup d'?tat, le tout simplement une remise des pendules à l'heure, le PR'?SIDENT osa.
Mr Guellaty vous étiez plus perspicace que vos collègues, Synda, et Marwen,ne pas oublier Mr Nizar complice au deux premiers.(Manai)
Lilia
Les 19%
a posté le 31-07-2021 à 20:02
Merci M. Guellaty pour vos réflexions pertinentes sur les décisions salvatrices du Président Kaïs Saïd prises cet inoubliable 25 juillet 2021. Seulement, permettez-moi de souligner que j'ai un sacré doute sur les 19% que vous citez dans ce paragraphe:

'Peut-être convient-il de se demander si le premier coup d'Etat n'est pas là. Car qu'est-ce qu'autre qu'un coup d'Etat le fait de gouverner quand on ne représente que 19% des électeurs'?'.

Ces élections étaient sûrement truquées.  En 2019, Ennahdha aurait eu tout au plus 6% compte tenu de la grogne populaire et des électeurs délibérément affamés par ce régime maléfique durant toute une décennie et dont les votes ont été achetés à coup de menaces.

Nephentes
Mr GUELLATY tente de retrouver ses repères giratoires
a posté le 31-07-2021 à 19:50
Alors BN finalement ca y est ce coup d'Etat dont vous avez entendu parler il ya trois mois de source demineralisee

on avait bien note chez Mr Bahloul un acces soudain de fievre pro-Saed mais on avait mis cela sur le compte du Covid Long

Je ne saurais vous recommander de changer de pignon pour votre girouette en choisissant le systeme "mat" robuste attenuant les vitesses giratoires et elegant en meme temps

Vous aurez le choix a votre convenance d'installer le support 'mât' sur une cheminée, un pignon ou un poteau dans un jardin

Commencer par la patte du haut, la placer le plus haut possible sur votre mur. Visser la patte avec des tire-fond ou vis de préférence en inox (non fournis).

Fixer de la même façon la deuxième patte. La placer à l'aplomb de la première à une distance minimum de 20 cm.

Insérer le mat dans les étriers. La base du mat doit dépasser de seulement 1 à 2 cm maximum de l'étrier de la patte du bas. Serrer les étriers.
Placer la table d'orientation le 'N' vers le nord et le 'E' vers l'est.

Pour plus de detaisl merci de consulter le lien suivant

https://www.girouette.fr/content/7-pose-sur-cheminee-ou-pignon


Bonne chance
Lectrice
Coup d'etat permanent
a posté le 31-07-2021 à 19:03
Vous avez su mettre les mots sur la situation de la "democratie" en Tunisie meme si vous avez menage Ennahdha. Ce qui me vient a l'esprit pour decrire la situation c'est un hold-up institutionnel insupportable et inacceptable depuis maintenant 10 ans. Une Tunisie violee.
Ajoula
Un journaliste bien au dessus au du lot
a posté le 31-07-2021 à 18:21
Bravo monsieur, une superbe analyse.
Lilia
Coup d'éclat!
a posté le 31-07-2021 à 17:51
Coup d'éclat, voilà ce que c'est pour les millions des patriotes qui ont souffert sous le règne impitoyable de la mafia islamiste.
nazou de la chameliere
Démocratie démocratie...
a posté le 31-07-2021 à 17:27
Morte de rire..
J'imagine mal les modernistes vivre dans une démocratie sans les islamistes !!!
La seule raison d'exister pour les modernistes , ce sont les islamistes !!
Sur qui vont-ils se déchaîner ?!!!
Wallah morte de rire !!
GZ
@ Vite dit
a posté le à 04:50
Morte, oui mais de rage.
A la chute du mur de Berlin et après l'effondrement du bloc de l'Est, certains observateurs inspirés ont prétendu sans rire que le mur, la guerre froide, le communisme etc...allaient manquer à l' Occident pour continuer de se poser en " père la vertu ". Comme si l'on n'existait qu'en opposition à quelque chose ou quelqu'un. On sait ce qu'il en fut.
Vos amis sinistres ne manqueront à personne.
MH
On le saura très vite
a posté le 31-07-2021 à 17:11
Le dernier paragraphe est le plus intéressant de votre chronique. Bien malin celui qui qui devinera les vrais intentions du président et prédira la fin de l'histoire.
Gg
Que de précautions!
a posté le 31-07-2021 à 15:21
La période n'est pas facile pour les chroniqueurs et les journalistes, c'est certain!
Mais bon, vous avez du grain pour une centaine de chroniques, et vous vous en sortez bien!
A plus tard, M'sieur :)
Didon
Tous Avec KAIS SAIED
a posté le 31-07-2021 à 15:16
Stop aux 2 poids 2 mesures je préfère tirer par les cheveux l article 89 que de laisser ces pourritures ces criminels qui ont vide les caisses de l '?tat et ont profité du système jusqu à son ecroulement, continuer à massacrer notre pays
Alya
Oui l histoire nous le dira
a posté le 31-07-2021 à 14:52
Mais j aime bien le début de cette histoire