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Hichem Ajbouni : Kaïs Saïed n'a pas attendu l'enquête et a prononcé son jugement !
16/05/2024 | 08:37
4 min
Hichem Ajbouni : Kaïs Saïed n'a pas attendu l'enquête et a prononcé son jugement !

Le dirigeant au sein du parti Attayar, Hichem Ajbouni, a estimé que ce qui a été communiqué par la présidence de la République tard dans la nuit d'hier constitue une ingérence flagrante dans le système judiciaire. Hichem Ajbouni a déclaré que le président de la République Kaïs Saïed s'est installé lui-même en tant que juge et a prononcé des jugements sur ceux qui ont « déshonoré » leur pays et « agressé violemment » un officier de sécurité.

Dans une publication partagée sur sa page Facebook, jeudi 16 mai 2024, Hichem Ajbouni a dénoncé le fait que : « Le président n'a pas attendu l'enquête, le procès et la délivrance des jugements de première instance, d'appel et de cassation, et a jugé lui-même les actes », ainsi il s’est demandé :  « Alors, quel juge 'fonctionnaire' osera les acquitter par la suite ? »

 

Il a également rappelé une interview du président avec la chaîne France 24 dans laquelle il avait évoqué négativement la situation dans le pays : « Lors d'une visite en France, dans une interview accordée à France 24, et en réponse à une question sur le climat des affaires en Tunisie, le président a donné une image très négative du pays, alors que le rôle de tous les chefs d'État dans le monde est de promouvoir positivement leur pays pour attirer les investissements ! Alors, qu'est-ce qui a le plus nui au pays ? La déclaration de Sonia Dahmani ou celle de Kaïs Saïed  ».

Le président de la République, Kaïs Saïed a reçu, mercredi 15 mai 2024, la ministre de la Justice, Leila Jaffel. Dans un communiqué publié vers 1 heure, le président est revenu sur les dernières arrestations et l’assaut contre la Maison de l’avocat. Il a commencé par dire que nul n’est au-dessus de la loi, tout en soulignant qu’il n’y a absolument aucune confrontation avec les avocats. Il a ainsi affirmé que le droit à la défense était garanti comme le dispose l’article 123 de la constitution.

 

Kaïs Saïed a indiqué que l’avocat n’est pas au-dessus de la loi, rappelant que l’Ordre national des avocats a souvent traduit un nombre d’avocats en conseil de discipline et émis des sanctions contre ceux qui ont porté atteinte à l’honneur de la profession.

 

Le chef de l’Etat a de ce fait expliqué que « ce qui s’est passé ces derniers jours n’avait aucun lien avec la profession d’avocat, mais plutôt avec ceux qui ont osé porter atteinte à leur pays et l’ont même insulté, et ceux qui ont violemment agressé un agent de sécurité ». Kaïs Saïed fait ici clairement référence aux avocats Sonia Dahmani et Mehdi Zagrouba.

 

Il a renchéri en assurant que celui qui insulte son pays ou commet le crime d’agresser un agent dans l’exercice de ses fonctions ne peut rester impuni. « Nous n’acceptons pas que notre pays et ses symboles soient lésés de l’extérieur, de ce fait nous n’acceptons pas qu’on puisse lui porter atteinte de l’intérieur ».

 

Kaïs Saïed a par la suite tenu à rappeler que l’Etat tunisien est tenu, comme le dispose l’article 36 de la constitution, d'assurer à tout détenu le droit à un traitement humain qui préserve sa dignité.

 

Par ailleurs, il a indiqué que « ceux qui portent atteinte à leur patrie de l’intérieur, trouveront des parties pour les protéger dans les cercles officiels et officieux étrangers ». Le chef de l’État a aussi relevé que « l’accent est mis sur une ou deux personnes, alors qu’avant-hier, un avocat a été arrêté pour terrorisme et blanchiment d’argent. Pourquoi n’y a-t-il aucune controverse à son sujet ? La profession d’avocat est d’autant plus honorable qu’elle ne peut compter dans ses rangs ceux qui injurient leur pays et agressent des agents de sécurité ». 

 

Kaïs Saïed a enfin précisé que la Maison de l’avocat se trouve sur le sol tunisien et n’est soumise à aucune règle territoriale « pour qu’on puisse s’y réfugier et qu’on dise qu’elle a été prise d’assaut », et de conclure que « ce qui s’est passé s’est déroulé dans le cadre du respect de la loi tunisienne garantissant l’égalité et le droit à un procès équitable ».

 

Le chef de l’État assume donc clairement et explicitement les événements survenus depuis le week-end à la Maison de l’avocat et les arrestations musclées de Sonia Dahmani et Mehdi Zagrouba. Ce dernier a été, rappelons-le, hospitalisé au cours de la soirée des suites d’actes de torture subis au centre de détention, selon ses avocats. La défense a d’ailleurs annoncé déposer une plainte pour torture, alors que l’Ordre des avocats a décrété une grève générale nationale pour le lendemain.

 

R.A.

16/05/2024 | 08:37
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