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Covid-19, une opportunité pour les banques tunisiennes ?

Temps de lecture : 6 min
Covid-19, une opportunité pour les banques tunisiennes ?

 

Depuis le début de la pandémie,  l'attention s'est portée sur l’impact de la crise sanitaire sur les entreprises et sur les postes d’emploi. A tel point, qu'on a presque oublié un pilier important de l’économie, le secteur bancaire. Quel est l’impact de la crise sur ce secteur ? Les banques tunisiennes sont-elles assez solides pour résister au tsunami du Covid-19 ? Et si cette pandémie se présentait au final comme une opportunité ?

 

L’agence de notation Standard & Poor's répond à ces interrogations dans un rapport intitulé "Le Covid-19 déclenchera-t-il la consolidation tant attendue du système bancaire tunisien ?".

Il faut dire que malgré les performances affichées, les fondamentaux des banques et des établissements financiers étaient menacés (prenant de plus en plus de risques depuis la révolution, ndlr), mais sont très vite rentrés dans le droit chemin grâce à l’intervention musclée de la Banque centrale de Tunisie fin de 2018/début de 2019 via une batterie de mesures.

Le Covid-19 est une nouvelle onde de choc que le système bancaire devra absorber s’il ne veut pas sombrer, car il subira comme tous les autres secteurs les effets de la crise.

 

S&P Global Ratings estime donc que «les banques tunisiennes enregistreront un effet négatif significatif sur leurs profits financiers en 2020 alors que le pays est confronté à une récession liée à la pandémie de Covid-19 et aux mesures de confinement gouvernementales.

Le Fonds monétaire international (FMI) estime que l’économie tunisienne se contractera de 4,3% en 2020, suivie d’une légère reprise en 2021. Cela pourrait aggraver les problèmes de qualité des actifs des banques et accentuera la pression sur leur capitalisation déjà faible»

 

Selon l’étude de 8 pages publiée le 6 mai 2020, l’agence de notation considère qu’en l’absence de mesures fortes de la part du gouvernement, certaines banques tunisiennes risquent de subir des pertes importantes en 2020, à cause de leur faible capitalisation.

«Si les banques décident d’anticiper les risques et provisionnent intégralement les créances douteuses existantes et supplémentaires, cela pourrait impacter sensiblement leurs fonds propres, ce qui équivaudrait à une rentabilité de 3 à 5 ans sur la base du résultat opérationnel avant provision 2019 des 10 premières banques tunisiennes», déclare-t-elle.

 

Intervenant au micro de Wassim Ben Larbi dans l'émission Expresso sur Express FM, Mohamed Damak, responsable notation des banques au Moyen Orient et Afrique chez Standard & Poor's, a expliqué que l’année 2020 sera difficile et que la crise du Covid-19 induira un choc macroéconomique d’une ampleur très importante, 2 fois plus important que le choc de 2011. La crise touchera principalement le tourisme et les secteurs liés, les industries exportatrices à cause d'une récession de 7,3% en Europe et de 5,2% aux Etats Unis, le secteur du commerce hors alimentaire et l’immobilier. Elle entrainera également une augmentation du chômage.

Certes, le gouvernement a mis en place des mesures mais qui ne permettront pas de remplacer la totalité des performances perdues, outre le risque de crédit qui va demeurer dans le bilan des banques avec une détérioration significative des actifs, a-t-il précisé.

M. Damak souligne, dans ce cadre, que le coût du risque va augmenter passant de 1,2% 2019 à 3,5% en 2022, le ratio des créances douteuses évoluera de 14% en 2019 à 19%/20% à l’horizon 2021-2022, ce qui va entrainer des besoins en provision supplémentaire se concrétisant par des pertes pour certaines banques. Or, plus de provision signifie plus de besoin en fonds propres ce qui sera problématique, l’Etat n’ayant pas les moyens de soutenir massivement les banques et les actionnaires de référence étrangers ayant manifesté leur désir de quitter la Tunisie.

 

«En conséquence, le gouvernement tunisien met en œuvre des mesures contracycliques dans le but de préserver la capacité de production et l’emploi. Cependant, étant donné ses capacités budgétaires limitées, nous pensons que ces mesures n’atténueront pas complétement l'impact sur l'économie, conduisant finalement à une augmentation du chômage et un secteur immobilier plus faible», lit-on dans le rapport de S&P.

Le même document spécifie que les banques tunisiennes étaient déjà aux prises avec un important problème d'actifs : «A la fin de l'année 2019, nous estimons que les créances douteuses représentaient en moyenne 14% du total des prêts avec des provisions ne couvrant à peine que 55% d’entre elles».

 

S’agissant des mesures introduites par la Banque centrale de Tunisie pour aider les banques à gérer les effets de la crise, l’agence estime que ces mesures ne suppriment pas le risque des crédits sur les bilans des banques mais retarderont à terme la reconnaissance des actifs problématiques.

Ainsi, elle ne s’attend pas à un risque de défaut de paiement significatif au cours des 12 prochains mois, l’autorité monétaire tunisienne ayant clairement indiqué qu'elle injecterait des liquidités supplémentaires dans le système bancaire, si nécessaire, et a déjà injecté près de 1 milliard de dinars depuis le début de la crise.

Ceci dit, elle considère que le système bancaire aurait besoin d'une augmentation significative de la capitalisation au cours des 12 à 24 prochains mois, mais croit que le gouvernement et les actionnaires étrangers ne souhaitent pas injecter des capitaux supplémentaires.

 

Pour Mohamed Damak, la zone de turbulence par laquelle devra passer le système bancaire tunisien en 2020 et 2021 pourrait se transformer en une opportunité pour gérer les problèmes existants et les nouveaux liés au Covid-19.

Selon S&P Global Ratings, deux scénarios se présentent. Le premier est la gestion progressive des flux des créances douteuses supplémentaires. M. Damak explique qu’il s’agit d’une gestion des problèmes dans la durée : demander aux banques de provisionner de manière étalée dans le temps, notamment en fermant les yeux sur certaines règles prudentielles.

«Cette situation va permettre de garder la structure telle qu'elle est aujourd’hui, mais les banques resteront fragiles et, au moindre choc, retour à la case départ ! », a-t-il soutenu.

Le second met en œuvre un ambitieux programme de réforme similaire dans les pays voisins. Le plan de réforme comprendra, par exemple, la création d’une Bad-banque, une sorte d’Asset Management Company qui gérera le stock des créances classées des banques), précise l’analyste. Entre temps, il faudra consolider des banques et diminuer leurs nombres.

«Un tel programme pourrait inclure la création d'une Bad-banque pour gérer les problèmes hérités de la qualité des actifs du système et un mouvement de consolidation des banques existantes avec l’augmentation significative des exigences minimales de fonds propres et une fusion des banques du secteur public», précise le document.

Comment financer le coût de la réforme?, l’agence indique que la Tunisie pourrait se financer auprès des multilatérales à crédit à taux préférentiel.

 

La crise Covid est un séisme qui a secoué le monde entier et impacté l'économie mondiale. Ses répercussions ont été néfastes pour divers secteurs. Mais, les experts y voient une opportunité pour engager les réformes douloureuses. C’est ce que pense Standard & Poor's en ce qui concerne le système bancaire tunisien, qui considère que la situation actuelle pousse à la consolidation des banques avec l’objectif ultime d'avoir des banques moins nombreuses mais plus solides. «Pour y parvenir, les autorités tunisiennes pourraient pousser au regroupement et obtenir le soutien de donateurs étrangers, comme dans les pays voisins». Car même si les banques tunisiennes parviendraient à passer l’orage du Covid-19, elles resteront «très vulnérables». A méditer.

 

Imen NOUIRA

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Commentaires (1)

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Farouk
| 11-05-2020 19:08
ce rapport ? J'en doute fort qu'un membre de ce gouvernement ou un des conseillers à pu lire et soumettre les recommandations nécessaire aux ministres et au CDG.
Je me rappelle du temps sous le feu Président Ben Ali , de tels rapports seraient livrés au premier ministre et aux gens concernés avant publications et avec explications svp !
Allah yarhmak y'a rajel omi louel..Chehia taiba

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