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Une croissance sans investissement, ni épargne, mais grâce à l’endettement

Temps de lecture : 4 min
Une croissance sans investissement, ni épargne, mais grâce à l’endettement

 

Selon la Constitution, jeudi 15 octobre 2020 constitue la date limite accordée au gouvernement pour le dépôt du projet de loi de finances et de budget pour l’exercice 2021. Ce projet de loi a été examiné et adopté lors d’un conseil des ministres tenu il y a deux semaines. Ce même conseil des ministres qui a également examiné et adopté le projet de loi de finances complémentaire et le projet de loi clôturant le budget 2018. On sait que ce dernier document est parvenu à la commission des Finances de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). Quant aux deux autres, des sources affirment qu’ils ont été déposés hier.

Ici même, on avait signalé que, dans la foulée de leur adoption par le gouvernement, ces projets méritaient d’être présentés à l’opinion publique pour la simple et non des moindres raisons qu’ils traduisent et matérialisent les intentions du gouvernement, son programme d’action durant l’année prochaine ainsi que les résultats et les objectifs quantitatifs qui en découlent. De tout cela, les Tunisiens ont été laissés dans l’ignorance.

 

Quel bilan économique affichera le pays en 2020 ? Quels sont les objectifs pour 2021 et au-delà ? Le gouvernement n’en dit mot. Il faudra chercher ailleurs les réponses à ses interrogations. Auprès du Fonds monétaire international (FMI), par exemple, qui, à l’occasion de son assemblée générale d’automne, tenue conjointement avec celle de la Banque mondiale, vient de publier ses « Perspectives économiques mondiales 2021 ».

L’institution multilatérale de financement y dévoile les résultats économiques prévus pour la Tunisie. Comme tous les autres pays de ce village planétaire, ils ne sont pas bons. Cependant, le pays semble avoir limité la casse.

 

 

Un recul de 7% du PIB réel n’est, somme toute, pas si catastrophique comparé aux craintes affichées par nos experts. C’est le même résultat qu’affiche le Maroc (-7%) ou le Koweït (-8%) et à semblable degré que l’Algérie (-5,5%) ou la Jordanie (-5%). Ne parlons pas du Liban dont l’économie s’est carrément effondrée (-25% de recul de PIB réel). Parmi les pays de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), seule l’Egypte aurait tiré son épingle du jeu. L’économie égyptienne devrait enregistrer un taux de croissance réel de +3,5% en 2020. Même les perspectives de croissance de moyen terme ne semblent poser un sérieux problème. A l’instar de la plupart des pays de la zone MENA, l’économie tunisienne devrait reprendre le rythme de croissance qui est le sien, d’environ 3% par an durant la période 2022-2025. En tout cas, il faudra se garder de sauter sur les toits si le rythme de croissance du pays affiche 4%, comme le prévoit le FMI. Ce ne sera là qu’un « rebond technique » qui corrige l’impact de la pandémie du Covid-19 sur l’activité économique.

 

Ce n’est pas l’inflation qui causera des soucis. Les prévisions du Fonds sont relativement rassurantes sur le moyen terme, prévoyant un ralentissement progressif du rythme de l’inflation qui afficherait seulement 4% en 2025 contre 5,4% en 2020 et 4,9% en 2021. Ce n’est pas le déficit budgétaire qui suscitera des inquiétudes. Certes, cette année le déficit budgétaire équivaudra à 6,1% du PIB, estime l’institution de Bretton Woods. Mais ce déficit devrait se réduire progressivement pour dégager pour la première fois depuis des décennies un excédent à partir de 2014 et qui atteindrait 1,5% du PIB en 2025. Ce n’est pas non plus le déficit du solde des paiements extérieurs qui éveillera des appréhensions, en dépit de son poids sur les réserves de change.

C’est la dette qui constitue le principal défi. En effet, selon les données du FMI, les besoins nets d’emprunt de l’Etat devraient enregistrer des records ces prochaines années. Cette année, ce sont 9 Mds de dinars qui viendraient s’ajouter à l’encours de la dette, 6,1 Mds de dinars supplémentaires en 2021 et 4,7 milliards de dinars de plus en 2022. Ce qui fera bondir l’encours de la dette publique à un record historique de 88,2% du PIB.

 

En fait, durant ces dernières années, la croissance économique du pays n’a été possible qu’au prix d’un endettement public de plus en plus lourd. Ce n’est ni le taux d’investissement, ni le taux d’épargne du pays qui en sont le moteur. En 2020, le taux d’investissement affichera 10,3% du PIB, un plancher historique. Ce taux serait de 37,5% en Algérie, de plus de 28% au Maroc, de 19% en Egypte, de 20% en Jordanie. Le FMI estime que le pays ne pourrait pas atteindre de tels niveaux avant 2025. Il en est de même, sinon pire, du taux d’épargne. Selon l’institution financière internationale, la Tunisie devrait enregistrer un taux d’épargne équivalent à … 2% du PIB. Un record digne du Guinness Book. Chez nos partenaires et néanmoins concurrents de la zone MENA, ce taux serait de 21% au Maroc, 27% en Algérie, 16% en Egypte et 13% en Jordanie.

 

Quels sont les choix économiques du gouvernement Mechichi ? On n’en sait encore pas grand-chose, à part la priorité donnée à la maîtrise de la masse salariale dans le budget. Peu, trop peu.     

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Commentaires (3)

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Albatros
| 18-10-2020 17:18
@ Rationnel,
..."La Tunisie peut attirer des milliards d'investissements dans les énergies renouvelables, les véhicules électriques"

trop optimiste.
vous adorez la France dirigée, controlée par les sionisrtes; elle vous déteste, votre langue et religion.
son islamphobie, arabophobie est patente.
il est temps d'oublier cette p... de France et sa francophonie.

Colonisée par le Japon, la Corée utilise sa langue, pas le japonais. ne rève pas d'y émigrer. n'envoie pas ses jumelles se former au Japon.
la Corée a fixé pour objectif: battre le Japon.
le coréen Samsung et plus fort que le japonais Sony.
WAKE UP !!!

DHEJ
| 16-10-2020 21:11
La réalité révèle d'autres croissances !

Rationnel
| 16-10-2020 12:03
L'investissement ne peut pas être résumé en un seul taux d'investissement. L'investissement c'est aussi le choix judicieux des projets. L'Algérie a taux d'investissement plus élevé que la Tunisie, mais ou vont ces investissements, ils sont destines aux hydrocarbures, cette industrie va probablement disparaître dans dix ans, donc le taux de profits sur ces investissement sera nul.
Le seul choix pour le gouvernement est d'éliminer les obstacles devant les investisseurs prives. La Tunisie peut attirer des milliards d'investissements dans les énergies renouvelables, les véhicules électriques et d'autres domaines dont le futur est prometteur.

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