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Chroniques
Sihem Ben Sedrine peut continuer à sourire
27/03/2018 | 15:59
4 min

Par Synda Tajine

 

On ne s’en rend pas compte tout de suite, on le réalisera sans doute dans plusieurs années lorsque l’on repensera aux dernières séances plénières qui se sont déroulées sous la coupole du Bardo.

Les députés, élus du peuple, ont délaissé leur langue de bois si chère pour laisser libre cours à leur violence pour certains, vulgarité pour d’autres, et ressentiment pour plusieurs autres encore.

 

A l’image de notre société, la haine et la rancœur que les élus éprouvent les uns envers les autres a explosé au grand jour. Filmée en direct par la télévision nationale, passée en live sur internet,  regardée et écoutée par les masses, dans leurs foyers, sur leurs lieux de travail, derrière leur petit écran ou leur poste de radio.

La haine, la violence et le ressentiment que nombre d’entre nous éprouve, chaque jour, depuis ces dernières années a donné le superbe spectacle auquel nous avons assisté à l’hémicycle.  Superbe ou plutôt superbement triste. Ce spectacle, d’un cirque en folie, de députés déchaînés se hurlant dessus, en venant presque aux mains et tentant, chacun à sa manière, d’enfreindre les lois et de trouver des entourloupes pour arriver à leurs fins, n’est que le triste reflet de notre société.

Le kamikaze Mabrouk Hrizi qui veut se faire exploser au milieu de ses collègues ; le puéril Ammar Amroussia qui apporte des sucettes pour infantiliser gouvernement et parlement ; la virile Monia Brahim qui se dit plus intègre et plus honorable que les autres ; le vulgaire Hassan Amri qui traite Samia Abbou de femme non respectable en menaçant de révéler ses « mœurs légères », et les autres… Malgré tout ce qu’on peut dire sur Samia Abbou, malgré ses positions parfois saugrenues, c’est une femme de poigne, une députée engagée et une politique redoutable. Jamais de tels propos n’auraient visé un parlementaire…s’il était un homme.

Violence, infantilisation, vulgarité et sexisme. Telle est l’image qu’a donné le parlement aux Tunisiens ces derniers jours. Telle est l’image que les Tunisiens ont donné à leur parlement en votant pour ceux qui doivent les représenter et défendre leurs intérêts. Au lieu d’élire des gens qui nous hissent vers le haut, nous avons élu des personnes qui nous ressemblent ou plutôt qui ressemblent à nos plus vils instincts. L’envie de tout détruire, l’envie de faire du mal aux autres, l’envie de fuir alors que sa responsabilité est en jeu, l’envie de parler même lorsque l’on n’a pas grand-chose à dire.

 

Sihem Ben Sedrine a été éjectée à l’issue de la plénière d’hier. Deux jours de débats qui ont donné lieu à quelques minutes de vote pour dire non à l’instance de la justice transitionnelle quant à sa requête de rester sur le marché. Si ce vote est une victoire pour tous ceux qui vomissent cette instance et sa présidente, il n’est pas moins une victoire au goût amer. Une victoire honteuse qui n’en est pas vraiment une.

Des députés qui assistent à la plénière mais refusent d’être marqués présents, d’autres qui participent aux débats pendant deux jours mais se retirent quelques minutes avant le vote et une présidente, trop ennuyée par le spectacle qui s’offre à elle, pour prendre la parole ou rester jusqu’au bout. Voilà de quoi a été faite la plénière.

Mais dans ce capharnaüm, le zoo de l’ARP aura au moins eu le mérite de mettre à nu les véritables opinions des députés et de connaitre ce que chacun d’eux pensait vraiment, loin du fragile consensus politique et de la discipline partisane.  Chacun était enfin libéré des alliances ridicules et des accords factices. La députée d’Ennahdha, Monia Brahim pouvait ouvertement dénigrer le président du Parlement, Mohamed Ennaceur et la députée Nidaa, Héla Omrane pouvait tirer à boulets rouges sur ses adversaires au pouvoir.

 

Si Sihem Ben Sedrine a pu assoir sa popularité et rester la présidente controversée d’une instance controversée, c’est bien en profitant de ce cafouillage législatif, parlementaire et politique que lui offrent députés et politiques. Un contorsionnisme des lois qui a donné une plénière sans doute illégale et un vote qui l'est tout autant et qui permettra ainsi de justifier ses propres dépassements.

Sihem Ben Sedrine a regardé, sourire narquois aux lèvres, le triste et honteux spectacle de ceux qui se prétendaient aptes à la juger. Elle a préféré quitter, sans doute estimant qu’assister à de tels débats est une perte de temps. Il va sans dire qu’elle a dû afficher le même sourire en voyant le vote qui a conduit hier à sa destitution prochaine. Un vote auquel elle aura toutes les raisons de ne pas se conformer…

27/03/2018 | 15:59
4 min
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Commentaires (5)

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A4
| 28-03-2018 09:07
Chacun tend vers son niveau d'incompétence et une fois atteint c'est la catastrophe assurée !!
sihem ben sedrine, monia brahim, ammar amroussia, mabrouk hrizi et bien d'autres, beaucoup d'autres l'ont atteint et dépassé.
Note particulière pour ammar amroussia à qui on doit mettre une muselière comme on en met pour les chiens ou les ânes !!!

Hanni2
| 28-03-2018 08:11
...c'est la satisfaction de constater que la déstruction du pays est désormais effective et que l'on peut à nouveau se considérer comme un peuple sous-développé! En même pas une décennie! Du vrai travail d'artiste! Du bon boulot de la part de SBS! Du bon boulot de la part de la secte et tout ses affidés!

Maintenant pas besoin d'être grand clerc pour comprendre que seule une reprise en main ultra-autoritaire pourra sortir la Tunisie de l'ornière...et cela que l'on soit partisant ou non de la manière forte! Parce que pour ce qui est du sens civique et du sens de la résponsabilité de nos députés, je pense que même les doux rêveurs et les plus naifs désormais n'arriveront plus à se bercer d'illusion sur notre "démocratie"...contraints qu'ils sont chaque jour de constater l'indigence abyssale de notre nouvelle "élite"...et bien entendu il ne faudra surtout pas compter avec une hypothétique prise de conscience de nos "députés" qui tout à coup seraient frappé d'alturisme et quitterait leur poste à responsabilité pour le bien du pays...ce genre de comportement n'existe pas chez nous les zarabs...plus sûrement si ils devaient êtres contraints de renoncer à leur butin de guerre mal acquis, ils préfereraient à tout les coups faire couler le bateau Tunisie et tout le population avec...cela ne fait aucune doute!

Qui vivra verra!

Hannibal

Hichem
| 27-03-2018 18:11
Au lieu de faire le vote sur la prolongation ou non on aurait du faire le vote sur la destitution de la présidente et comme ça on aurait éviter tout ce cirque et cette bassesse de niveau intellectuel et mème de politesse

james joe
| 27-03-2018 17:18
65 voix pour enterrer l'IVD est une honte pour tout ceux et celles qui ont votés hier soir et ils sont tellement des lâches qu'ils n"ont pas osés entonnés l'hymne nationale dans l"hémicycle !!!
Que puis je dire de plus sur la Tunisie ? RIEN

Abir
| 27-03-2018 16:49
Non madame, Samia Abou,n'est pas une femme courageuse ou équilibrée comme vous le pensait, elle n'est jamais juste dans ses avis,et vous dites si elle était un homme ,on aurait pas lui parler pareil,ce n'est pas vrai,1 une femme Nahdaoui a pu insulter un homme comme monsieur Naceur,2 le paire de Cpr ont aussi insulté un homme qui est le président de l'ARP,donc Abou a mérité ce quelle a eu !!!!