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Prix de l’énergie : le lourd silence du gouvernement et des partis politiques

Prix de l’énergie : le lourd silence du gouvernement et des partis politiques

 

Depuis quelques temps, ce n’est pas l’économie du pays qui est en surchauffe ; on en rêverait. Mais c’est tout le pays qui est en surchauffe. La récente augmentation des prix des carburants a provoqué un tollé général. Le communiqué commun des trois plus importantes organisations nationales du pays, l’UTICA, l’UGTT et l’UTAP invitant fermement le gouvernement à revenir sur sa décision en est l’illustration la plus éloquente, légitimant les mouvements de contestation et les opérations de blocage de la circulation.

 

Face à ce climat de tension, le gouvernement, par la seule parole du Chef du gouvernement, Youssef Chahed, s’est contenté d’une unique réponse : « Ce n’est jamais de gaieté de cœur que l’on décide ce genre mesure ». Le contraire aurait été inqualifiable.

Mais ce qui laisse encore plus dubitatif, c’est ce silence du gouvernement sur les raisons qui l’ont poussé à prendre cette décision. Un silence qui ne pouvait qu’attiser les feux de la contestation dès lors que cette hausse n’obéissait pas au critère, habituellement invoqué, concernant la variation du cours du baril de pétrole. Le gouvernement a tenté d’expliquer cette hausse par la variation du taux de change. Visiblement, il ne l’a fait que du bout des lèvres dans la mesure où, dans ce cas, il lui serait ouvertement reproché d’avoir sous-estimé cette variation dans ses prévisions économiques et budgétaires. Le budget de l’Etat, par exemple, est élaboré sur la base de trois estimations fondamentales : la croissance économique, un cours annuel moyen du baril de Brent et… un taux de change annuel moyen du dinar par rapport aux principales monnaies d’échanges extérieurs.

 

Cependant, au silence du gouvernement résonne le communiqué de fin de mission de l’équipe du Fonds monétaire international (FMI) qui a séjourné du 27 mars au 9 avril à Hammamet dans le cadre du suivi des réformes engagées par le gouvernement et soutenues par le Fonds. La mission du FMI aurait-elle dit ce que le gouvernement a craint d’avouer : « Les hausses des prix de l’énergie ont contribué à maîtriser les subventions énergétiques qui profitent surtout aux plus aisés », ajoutant que « cela a permis au gouvernement d’augmenter l’investissement public (à 5,6% du PIB en 2018) et les dépenses sociales (à 2,5% du PIB) et précisant dans la foulée que « le programme national d’aide aux familles nécessiteuses (Pnafn) a vu sa couverture étendue (de 250 à 280 mille familles) et ses allocations augmentées ». Autrement dit, la dernière hausse des prix du carburant n’est pas susceptible d’atteindre les catégories les plus vulnérables de la population. Pour les autres, il n’y a qu’à assumer.

Silence du gouvernement. Mais aussi silence de la sphère politique et des partis politiques qui l’animent. Cette hausse qui a mis le feu aux poudres ne méritait-elle pas une prise de position ? Manifestement, nos partis politiques n’en semblent nullement persuadés, plus préoccupés par le choix de leur candidat à l’élection présidentielle que par la nécessité préalable d’élaborer un programme électoral qui reflète leurs choix et objectifs d’avenir à soumettre aux électeurs, dont notamment la problématique de la subvention à l’énergie qui grève chaque année lourdement le budget de l’Etat et plus largement les finances publiques du pays. Demain, cela pourrait concerner le prix du lait. Après demain, le prix à la production des céréales. Malheureusement, la praxis de nos partis politiques est à rebours de la logique politique la plus élémentaire : élaborer un projet puis choisir la personne la plus apte pour le mener à terme.

 

Alors que l’échéance électoral approche, aucun des partis ayant pignon sur rue n’a présenté aux tunisiens sa vision et son programme pour les 5 prochaines années. Quelles sont leurs objectifs de croissance, de création d’emploi, de réduction des inégalités, de développement de bien être à moyen terme ? Quelles sont les démarches et les moyens à mettre en œuvre pour les atteindre ? Le tunisien attend des réponses à ces lancinantes interrogations, entre autres, pour faire son choix, sinon il préférera vaquer ailleurs que de déposer un bulletin dans l’urne, traduisant du coup ses doutes sur les prédispositions des partis politiques du pays à répondre à ses attentes et au-delà à distiller chez lui l’idée que le principe selon lequel l’élection, indépendamment de son mode de scrutin, est ce qui fonde le régime démocratique et l’Etat de droit n’est qu’une illusion.

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Commentaires (2)

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Air
| 12-04-2019 12:28
La question est : comment payer tous ces fonctionnaires recrutés après 2011 ? L'etat fait feu de tout bois. C est tout.

esprit libre
| 11-04-2019 17:44
lorsqu'on parle du pétrole,il y a deux volets: attitude du gouvernement et comportements des députés. un baril de pétrole de 159 litres coûte 70$ ( 150DT). avec le transport et le raffinage ( 30% pour chaque étape) son prix devient 250 DT. un baril de pétrole brut produit: 73,8 L d'essence, 34,8 L de gasoil, 15,8 L de kérozène, 8,7 L de bitume, 7,2 L de butane, 1,9 L de lubrifiant, 1,1 L( graisse et cires), 4,9 L d'asphalte. Avec les produits obtenus vendus aux prix actuels, ils dépassent de loin le prix d'un baril, mais le problème c'est le taxe que prélève l'état (70% du prix); donc nous achetons le prix d'un litre d'essence au delà de sa valeur réelle, donc il n'y a pas de compensation, et le gouvernement triche . aussi, des contrats d'exploration pètrolière qui dorment dans les tiroirs de l'ARP est un crime envers l'état, hélas, l'article 13 de la constitution est mal interprété et appliqué.

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