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Chroniques
Le succès a une seule nationalité, la vôtre !
23/01/2018 | 15:56
3 min

Hédi Slimane vient d’être nommé directeur artistique de la maison Céline. Je sais que nombre d’entre vous ignorent qui est au juste Céline, marque de prêt-à-porter très en vogue dans le monde mais très peu connue dans nos contrées.

Si elle est à la limite du « non-événement » en Tunisie, cette nomination a été un « électrochoc » dans le milieu international de la mode, comme l’a décrite le journal français Le Monde. Journal, qui comme l’ensemble de la presse française, jubile et titre qu’un « Français » vient de prendre la tête de cette maison très prestigieuse. La presse tunisienne lui emboite le pas et fait pareil en faisant valoir la nationalité tunisienne du jeune prodige.

Mauvaise foi journalistique oblige, tant qu’une information n’est pas fausse, elle peut être arrangée à la sauce de celui qui l’écrit. Raison pour laquelle les terroristes et autres agitateurs binationaux, voient une de leurs nationalités brouillées afin qu’une autre soit mise en avant. Raison pour laquelle la nationalité de celui qui réussit est aussi la même que celui qui rédige l’article, nationalisme oblige. C’est de bonne guerre. De toute évidence, il faut avoir l’honnêteté d’avouer que le succès de Hédi Slimane n’a rien de tunisien. C’est malheureusement le cas de nombreux autres succès.

 

Si les Tunisiens sont aussi friands de petites histoires de succès c’est que le pays en a plus que jamais, désespérément, et urgemment, besoin aujourd’hui. La « fuite des cerveaux » est en passe de devenir la nouvelle mode et ceux qui sont susceptibles de réussir dans leur domaine choisissent de partir et de le faire ailleurs. C’est pour cela que chaque succès compte, ne serait-ce que pour pousser ceux qui sont encore là, non pas à partir, mais à réussir avant tout.

«La Tunisie a l’obligation, aujourd’hui, de devenir une start-up nation ! C’est même la seule solution !  ». J’emprunte ces mots à Mehdi Merai, jeune entrepreneur tunisien dont le succès lui a valu un article dans la rubrique Success Story de Business News. Mehdi Merai a, lui aussi, choisi d’expérimenter son succès sous de meilleurs cieux. Le Canada. Mais qui peut le lui reprocher ?

 

Qu’ils décident de créer leur start-up ou de réussir dans leur domaine, ceux qui brillent aujourd’hui ce sont, en majorité, ceux qui empruntent les chemins les plus sinueux. Alors que le pays est en crise, que les opportunités d’affaires donnent des cauchemars la nuit aux entrepreneurs les plus téméraires, et qu’il est « un peu fou » de se décider à se lancer dans les affaires aujourd’hui, ce coup de poker s’avère être le seul gagnant. L’un des seuls en tout cas.

Entrepreneurs, jeunes créateurs, mais aussi médecins, architectes, ingénieurs et autres métiers réputés encore « prestigieux » aujourd’hui, se heurtent à un Etat qui ne leur veut pas que du bien. On demande à nos jeunes de réussir et de le faire, ici, chez eux. On les martyrise et on remet en cause leur patriotisme s’ils décident de faire bénéficier d’autres pays de leurs compétences, mais on leur donne, en même temps, toutes les raisons de partir le faire ailleurs. Labyrinthes administratifs, lois caduques, cursus de la torture et, bientôt, service militaire obligatoire, il est vrai qu’il faut être « un peu fou » pour résister.

 

Dans certains secteurs « sensibles », le départ de ceux qui réussissent est la norme. Ceci est le cas dans le domaine des technologies, mais aussi médical et autres, dont le pays en a plus que jamais besoin aujourd’hui.

Les chefs d’entreprises et les jeunes actifs tentent, à cor et à cri, de créer les mécanismes nécessaires pour que les compétences tunisiennes réussissent d’abord et restent ensuite. Peu importe dans quel ordre d’ailleurs. Dans les faits, c’est un véritable parcours du combattant qui leur est réservé. Triste constat pour ceux qui veulent que le succès soit la nouvelle norme, la nouvelle mode à porter cette année…

 

 

 

23/01/2018 | 15:56
3 min
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Commentaires (8)

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Abdel2.
| 24-01-2018 07:22
Ce qui attend le jeune entrepreneur tunisien :
1. des banques qui ne prêtent pas
2. des employés qui ne travaillent pas
3. des clients qui ne payent pas
4. des fonctionnaires qui n'attendent que leur bakchich pour la moindre autorisation.
À part ces quatre détails insignifiants, je ne vois vraiment pas ce qui pousse ces jeunes entrepreneurs à se sauver à l'autre bout du monde. . .

Fares
| 23-01-2018 20:49
Si ces cerveaux sont restés en Tunisie leurs neurones seraient morts et toute leur créativité étouffée par la bureaucratie et la médiocrité ambiante.

Zohra
| 23-01-2018 18:53
La maison chez Céline était très connue et très apprécié par bourgeoisie française les années 70 début 80 surtout par ces chaussures très élégants aujourd'hui beaucoup moins qu'avant.

déja-vu
| 23-01-2018 17:43
Messieurs Hédi Slimane et Mehdi Merai ont bénéficié surtout et avant tout des structures et législations de peuples intelligents qui ont compris que la tolérance n'est pas seulement une beauté de l'âme mais aussi l'unique façon de libérer la créativité et créer les mondes de demain.

Nouvelles technologies et haute couture réussissent à ceux qui osent, qui ont une vision originale, qui sortent des chemins battus pour surprendre et émerveiller.

C'est beau et surtout utile. Ça se vend, ça crée des emplois, ça a changé la destinée de bien des nations non arabes. Musulmanes aussi. Mais non bédouines.

Le bédouin hait tous ceux qui s'écartent des us et coutumes ancestrales. Un fossile qui pétrifie tout ce qu'il touche. Aucune nation dominée par des bedouins n'a réussi à percer. Mêmes infiniment plus "riches". Ce n'est pas un hasard. C'est une fatalité.

Ces jeunes gens ont fait le bon choix. En Tunisie, ils auraient presque certainement abandonné au bout de quelques tentatives décevantes.

Bonne chance à eux et tous leurs semblables. Tunisiens ou Martiens.

Zohra
| 23-01-2018 16:56
Les conséquences sont dramatiques pour ces pays.

DHEJ
| 23-01-2018 16:50
Martelait mon ami Mike!


Mais comment réussir en Tunisie?


Si un citoyen lambda nayant pas d'appartenance à UN GROUPE FAMILIAL et sans relation avec le pouvoir alors reste la corruption....

Je suis adepte de la philosophie japonaise à défaut d'être le meilleur il faut être différent!


jilani
| 23-01-2018 16:28
Comment voulez vous garder les compétences dans un système basé sur le copinage, les proches et les dogmes religieux. Steve jobs créateur d'Apple a dit que pour créer il faut se libérer de tout dogme. La Tunisie doit ouvrir ses marchés de travail à des étrangers asiatiques et autres afin de créer la compétition, améliorer la qualité et s'ouvrir vers d'autres cultures. C'est comme ça que l'Amérique et l'Europe se sont développés.

Zohra
| 23-01-2018 16:17
exode des cerveaux ou fuite du capital humain, désigne de façon populaire les flux migratoires de scientifiques, de chercheurs ou plus généralement de personnes à haut niveau de qualification qui s'installent à l'étranger. brain drain touche le monde entier et surtout les pays sous développés, la conséquence sont dramatique pour ces pays.