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Le SNJT condamne avec force l’ingérence de Kaïs Saïed dans les médias publics
21/09/2023 | 20:16
5 min
Le SNJT condamne avec force l’ingérence de Kaïs Saïed dans les médias publics

 

Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), a réagi, dans un communiqué publié jeudi 21 septembre 2023, aux ingérences répétées du président de la République, Kaïs Saïed, dans la programmation de la télévision nationale et ses discours successifs contre les journalistes et les personnes qui travaillent dans le secteur des médias.

« Cette ingérence a atteint l’ordre, même, des informations relayées dans les journaux télévisés et leur contenu. On considère que le traitement de certains sujets, notamment ceux qui abordent les problèmes dont souffrent les Tunisiens, comme la pénurie des produits de base, les prix élevés ou les protestations contre les politiques gouvernementales, ne reflète pas les préoccupations des citoyens », s’est indigné le SNJT.

Le syndicat a condamné les discours incendiaires prononcés par Kaïs Saïed à l’encontre des journalistes et des médias « au lieu de s’atteler avec son gouvernement à honorer ses promesses envers les employés des établissements publics de la presse écrite, à fournir aux employés de Shems FM leurs salaires qu’ils n’ont pas perçu depuis trois mois et à imposer la loi aux médias privés ».

« Les médias publics sont appelés à jouer leur rôle premier d'établissement public au service de l'État et de la société et à exprimer les revendications et les préoccupations du peuple tunisien en fournissant une information objective. Leur rôle est en priorité d’informer, d’éduquer et de divertir et non d’être l’outil de propagande du pouvoir en place » a poursuivi le syndicat.

Le SNJT a estimé que le discours de Kaïs Saïed, prononcé devant le chef du gouvernement et certains ministres, s'inscrit dans tout un contexte de censure des médias publics, de violation du principe de pluralisme, de diversité et d'objectivité. Il considère que c’est clairement un appel explicite au pouvoir exécutif à intervenir dans les médias et une incitation contre les journalistes.

L’organisation a ainsi qualifié les propos du Président de « dangereux », soulignant qu’ils expriment « un état d’esprit qui refuse les opinions opposées et une approche qui vise à employer les médias pour servir une seule orientation, surtout à la lumière des problèmes sociaux et économiques et des crises qui ont suscité la colère et le mécontentement du rendement du pouvoir ».

Le SNJT a réitéré son appel à Kaïs Saïed afin qu’il cesse de harceler les journalistes et de les mettre en danger en ayant à leur encontre des discours haineux et incitateurs. Il a rappelé qu'une réforme globale ne peut être réalisée par des décisions unilatérales et autoritaires, mais en ouvrant plutôt les portes du dialogue avec la profession pour garantir le droit du peuple tunisien à une presse libre et pluraliste, qui garantisse aussi les droits de ses employés.

Le syndicat a, en outre, souligné que le rôle de régulation ne relève pas du pouvoir exécutif, mais des comités de rédaction au sein des institutions et de la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica). Il a enfin appelé les employés de la Télévision tunisienne, et des institutions médiatiques publiques en général, à faire face à ces pratiques et dérives dangereuses et à toute tentative de mettre le service public au pas et d’en faire un outil servant un quelconque pouvoir ou une quelconque partie.

Le membre de la Haica, Hichem Snoussi, avait également alerté, hier, sur le danger qui guette les médias publics et la presse plus largement.

Au micro d’Elyes Gharbi, sur Mosaïque FM, il a estimé que le pouvoir a mis la main sur les médias publics soulignant que les propos du président Kaïs Saïed, relatifs aux lignes éditoriales des médias, sont « dangereux » et constituent une vraie menace contre l’indépendance de la presse.

 

Lundi 18 septembre, le chef de l’État, lors d'une réunion avec le chef du gouvernement Ahmed Hachani, le ministre de l’Intérieur Kamel Feki et la ministre de la Justice Leïla Jaffel, a exprimé sa colère après la Télévision publique qui n’a pas diffusé, la veille dans son journal de 20-Heures, les images d’une campagne conjointe des forces de sécurité et de l’armée, ciblant les migrants subsahariens irréguliers à Sfax et Kerkennah.

Le président affirmait que « ces médias commencent, tous les jours, par parler de crises qui, peut-être, existent, mais qui, peut-être aussi, sont imaginaires dans l’objectif de tendre la situation à l’intérieur du pays. Le journal de 20-Heures (de la Wataniya 1, ndlr) a commencé par parler de l’inflation à l’occasion de la rentrée scolaire, puis des crèches, puis des sujets internationaux, puis de la météo, comme si les opérations réalisées par nos forces de sécurité et nos forces armées n’avaient pas lieu en Tunisie. ».

Les opérations en question ont eu lieu vendredi et samedi dernier à Sfax et Kerkennah et ont ciblé les migrants subsahariens irréguliers. Des vidéos ont été diffusées par les services de l’Intérieur et le chef de l’État s’attendait de les voir au Journal de 20-Heures.

 

Par ailleurs, lors du conseil des ministres tenu, jeudi 21 septembre 2023, Kaïs Saïed, a lancé une nouvelle pique à la chaîne nationale.

Après avoir félicité les Tunisiens pour la fête du Mouled, il n’a pas manqué d’épingler le titre adopté lors du Journal de 20-Heures : « Ils ont annoncé la tenue du festival du Mouled, or il ne s’agit pas du festival de Carthage, mais d’un festival à l’occasion du Mouled ». Kaïs Saïed semblait mécontent et avait suggéré que cette « erreur » soit rectifiée.

 

M.B.Z

 

21/09/2023 | 20:16
5 min
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Commentaires
Mourad g.
Essayed lahili behwayej tafha
a posté le 22-09-2023 à 22:06
Tandis que le pays est en train de couler. Pour la premiere fois de ma vie j'ai très peur pour moi même et pour l'avenir de mes enfants dans ce foutu pays. C'est grave.