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Chroniques

Le gouvernement de l’incertitude

Temps de lecture : 4 min
Le gouvernement de l’incertitude

Enfin, Elyes Fakhfakh a présenté la composition définitive de son gouvernement. Le candidat désigné par le président de la République, Kaïs Saïed, pour constituer une équipe gouvernementale apte à obtenir une majorité de confiance de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) n’en a pas fini pour autant de ferrailler grave.

 

Visiblement, un vote de confiance majoritairement favorable des députés à son gouvernement est garanti. Même si un coup de théâtre est toujours possible. On en a déjà vu d’autres ces dernières années. Le résultat du vote de confiance des députés, prévu le 26 février prochain, constituera une donnée clé sur l’avenir de son gouvernement. L’ampleur du vote déterminera sa durée. Pour l’heure, le périmètre de soutien au gouvernement d'Elyes Fakhfakh au sein de l’ARP est bien mince, pouvant même aller jusqu’à sa plus simple expression à l’occasion d’un vote sur un projet de loi quelconque. Youssef Chahed, son prédecesseur, en connait un rayon sur les désistements de dernière minute de députés acquis à sa cause lors d’un vote de projet de loi. Les députés du bloc Ennahdha à l’ARP s’en sont faits les champions. Pas plus loin qu’il y a trois semaines, sollicitant une suspension de séance « pour consultation » avant le vote d’un projet de loi, les membres du bloc du mouvement islamiste ont saisi l’occasion pour se débiner, tout simplement, afin de ne pas subir l’affront d’un rejet du projet que le mouvement a ardemment défendu. Une première dans les annales de cette nouvelle législature et même pour celle qui la précède.

 

Elyes Fakhfakh devra s’attendre à vivre de telles mésaventures. C’est cela qui rend son gouvernement si fragile. Pour une fois, les propos de Walid Jalled, député Tahya Tounes, selon lesquels « ce qu’Ennahdha n’a pas pu faire avec le gouvernement de Youssef Chahed en appliquant l’article 97 de la constitution, il prévoit de le faire dans quelques mois au gouvernement d’Elyes Fakhfakh » ne sont pas dénués de bon sens. La partie est loin d’être gagnée pour le candidat à la Primature du gouvernement et sa coalition.  

 

Cheikh Rached Ghannouchi, lui, ne semble pas avoir gagné la partie. Bien au contraire. Il n’en finit plus d’accumuler les déboires. Déboires d’avoir dédaigné désigner le candidat naturel d’Ennahdha à la présidence du gouvernement, celui qui était préparé pour, Zied Laâdhari, le plus fréquentable des leaders du mouvement islamiste. Déboires d’un exercice de présidence de l’ARP cauchemardesque. Alors qu’il en espérait asseoir toute sa puissance, il ne cesse d’y être vilipendé. Mongi Rahoui, député Front populaire le traitera de menteur, et Samia Abbou, députée Ettayar de lui lancer : « Ici, ce n’est pas Majless Choura, monsieur le Président ». Déboires de sa dernière tentative d’imposer à Elyes Fakhfakh  sa condition d’un gouvernement d’union nationale, excluant le Parti destourien libre (PDL) de Abir Moussi, irréductible adversaire – ennemie - du Cheikh.

L’échec de cette tentative, garantissant une assise parlementaire solide au gouvernement, mais « éthiquement » intenable pour Elyes Fakhfakh, ne sera pas sans conséquence. L’objectif de Rached Ghannouchi de réduire l’opposition au sein de l’ARP à son strict minimum, au seul PDL, a débouché sur un énorme revers.

 

Afek Tounes a annoncé qu’il ne votera pas la confiance au gouvernement. Qu’en sera-t-il de la position de Qalb Tounes, second plus important parti après Ennahdha au Parlement ? Mine de rien, Elyes Fakhfakh a rendu un bon service au parti de Nabil Karoui lui évitant tout risque d’implosion, à tout le moins d’une désertion massive de militants et responsables au sein de la formation politique du patron de la chaîne Nessma Tv, en cas d’alliance gouvernementale « incompatible ». L’arbitrage de Qalb Tounes au sein de l’ARP sera parfois, sinon souvent, nécessaire à ce gouvernement.

 

Pour Elyes Fakhfakh et Rached Ghannouchi, ce sera loin d’être une partie de plaisir. L’hypothèse d’une dissolution ne peut être définitivement écartée. Bien au contraire. Elle sera récurrente à toute initiative de ce gouvernement, particulièrement celle qui est susceptible de fâcher une partie de cette coalition, aussi minime soit-elle.

Rendez-vous le 26 février 2020.  

 

                                                                                                                     

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Commentaires (1)

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Jha
| 21-02-2020 08:29
La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s'attendre à un résultat différent.
Albert Einstein.

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