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Chroniques
La BCT face à l’impératif de stabilité financière
Par Houcine Ben Achour
02/02/2023 | 23:14
4 min
La BCT face à l’impératif de stabilité financière

 

De plus en plus d’observateurs de l’évolution de la situation économique et financière du pays sont enclins à l’alarmisme. Ils n’ont pas tort. Sauf que, les raisons qu’ils invoquent ne sont pas celles dont il convient particulièrement de prendre garde. La dernière dégradation de la note souveraine du pays par l’agence de rating Moody’s n’ajoute pas grand-chose à la situation qui prévalait auparavant. Le pays était et demeure dans la classe « C », celle des pays à risque très fortement spéculatif. La dégradation d’un sous-groupe à un autre, du Caa1 à Caa2 ne signifie pas que le pays est dans l’impossibilité d’emprunter mais qu’il ne pourrait emprunter qu’à un taux forcément supérieur à ce qui pouvait être envisagé auparavant.

 

L’impact de la récente dégradation de confiance, à tout le moins du crédit de l’État à honorer ses engagements n’est somme toute que relatif par comparaison à la décision de la même agence de dégrader la note de quatre établissements de crédit mastodonte, BIAT, STB, Banque de Tunisie et Amen Bank en l’occurrence. Il est probable que cette dégradation soit la conséquence directe de celle ayant touché le risque souverain de la Tunisie. Ces banques pouvant détenir un volume conséquent de créances d’État qui risque de fragiliser. Il est tout aussi probable que cette dégradation ait un « impact défavorable sur le dénouement normal des transactions de commerce extérieur initiées par les banques tunisiennes ». Le propos émane du communiqué issu de la dernière réunion du Conseil d’administration de la Banque centrale de Tunisie (BCT) tenue le 1er février 2023. Ici, on n’est plus face à un problème de finances publiques, aussi sérieux soit-il. Ici, on est face à un scénario autrement plus effrayant ; celui d’un ralentissement contraint de l’activité économique du pays parce que tout un chacun exigera d’être payé au comptant, en cash si possible. Là, il y a de quoi s’alarmer.

 

Dans son dernier communiqué, le Conseil de la BCT n’alerte plus. Il s’alarme sur le sort des finances du pays si d’aventure le FMI retarderait davantage son appui financier au pays. Car, il ne faudra pas compter plus sur l’autorité monétaire pour satisfaire davantage les besoins de financement de l’État. Durant ces deux dernières années, la BCT de tous les instruments de la politique monétaire pour mobiliser les ressources de financement du budget de l’État. Une fois par le biais de l’appel d’offre, une fois dans le cadre d’opération d’Open market, une autre fois le truchement des facilités permanente  de prêt à 24 heures, une autre fois grâce à une opération de réglage fin d’injection de liquidité. La BCT est devenue l’unique voie de recours du gouvernement quand il est financièrement aux abois. L’encours global de refinancement de l’institut d’émission est passé durant 2022 de 10,3 milliards de dinars à 14,6 milliards de dinars.

Plus encore, l’endettement de l’État vis-à-vis du système bancaire à plus que doublé en cinq ans. Il est passé d’environ 15 milliards de dinars fin 2017 à plus de 32 milliards de dinars en novembre 2022. Durant cette période, le système bancaire a soutenu plus l’État que les autres agents économiques (entreprises et ménages). Ainsi, la part des créances nettes sur l’État rapportée à l’ensemble des crédits intérieurs accordés par les banques est passé de près de 15% fin 2018 à près de 23% fin novembre 2022 (cette proportion était de 8,6% fin 2010). Tout cela n’aurait pu être réalisé sans le soutien tacite de l’autorité monétaire. Pouvait-elle faire autrement ? D’autant que cette situation n’a pas été sans incidence sur le volume de création monétaire, ce générateur potentiel sinon avéré d’inflation.

 

En tout cas, ces éléments laissent à penser que durant ces derniers temps, la priorité de la BCT n’était pas la lutte contre l’inflation mais le maintien de la stabilité financière du pays. Malheureusement, le soutien de l’institut d’émission, à tout le moins sa bienveillance vis-à-vis du faramineux recours de l’État à l’endettement intérieur pour palier ses difficultés d’emprunts extérieurs a atteint ses limites. Ce que craint l’autorité monétaire est qu’« un recours accru à l’endettement sur le marché intérieur, au cours du premier trimestre 2023, risque d’exacerber les pressions sur la liquidité et de favoriser les arbitrages entre les différents placements pouvant désarticuler l’activité des marchés bancaire, financier et des assurances ». Autrement dit, c’est le financement de l’activité économique en général qui risque de subir un sérieux frein, outre le fait qu’il peut fragiliser l’assise du système bancaire.

 

Dans ces conditions, l’unique alternative qui resterait à l’État est de céder quelques biens. De privatiser et ne plus s’endetter pour mobiliser des ressources dans l’attente d’un appui du FMI et partant d’autres bailleurs de fonds.

Par Houcine Ben Achour
02/02/2023 | 23:14
4 min
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Commentaires
Klabi najib
Solution
a posté le 04-02-2023 à 15:39
Vue globale exige açcelerer une solution Radicale: chrènaux :masse salariale, dèpense exploi tation ,importation, èchèances locale, .. faudrait un vrai '?TAT.
Nino
cause d'effondrement des monnaies arabes
a posté le 03-02-2023 à 14:19
dans plusieurs pays arabes, la monnaie s'effondre, sauf le DT !!
ex: au Liban, elle passe de 1500/$ à 50 000 au marché noir.
cette question discutée sur Ittijah Moakiss:
https://www.youtube.com/watch?v=Gu7fX2KioIs
Rationnel
L'option InstaDeep
a posté le 03-02-2023 à 12:11
Pourquoi aucun article détaillé dans la presse tunisienne (ou BN) sur InstaDeep?
Ce type de société est le futur du pays.
BioNTech a acquis Instadeep pour 682 millions de dollars.
Les réserves de la banque centrale sont de 6800 millions de dollars, donc InstaDeep représente 10% des réserves de la BCT. Impressionnant pour une société de 7 ans.
La technologie d'InstaDeep est devenue le moteur de l'innovation technologique au monde. Google est très inquiet sur son futur et a déclaré un état d'alerte maximale (code red), chatGPT risque de rendre le 'Search' une relique du passe, chatGPT (base sur les algorithmes LLM) a acquis plus de 100 millions d'utilisateurs en l'espace de deux mois.
InstaDeep est une société d'intelligence artificielle qui a adapte les algorithmes de LLM (large language models, en français: grands modèles de langage).
La Tunisie est un pays en panne sabotée par son élite et en premier lieu l'UGTT, en deuxième lieu le gouvernement, l'administration et la BCT.
Un pays qui tourne le dos au développement et le progrès.
On doit se demander pourquoi est ce les fondateurs d' InstaDeep étaient contraints de demenager a Londres pour réussir et quel est le rôle de la BCT dans le sabotage de leurs efforts.
Une société comme InstaDeep avec 240 spécialistes a besoin de recruter des centaines de travailleurs partout dans le monde pour enseigner/entraîner (train en anglais) le système sur les détails de la biologie, imaginez essayer de faire ça en Tunisie et les complications a recruter des Indiens en Inde ou des chinois enchine, et les payer avec paypal.
OpenAI la société qui a crée chatGPT recrute au Kenya et emploi des milliers d'entraîneurs d'intelligence artificielle. La presse américaine critique openAI parce que le salaire des entraîneurs est seulement 2 dollars par heurs, soit 1228 dinars / mois. Beaucoup de jeunes tunisiens aimeraient ce type de salaire qui n'exige que la maîtrise de l'anglais.
Si on refuse de progresser on va régresser.
Nino
d'abord soigner le cancer de la francophonie , qui date de 1881
a posté le à 14:01
...." qui n'exige que la maîtrise de l'anglais.".
that's the problem.
peuple éternellement colonisé depuis 1881, qui de plus accueille le sommet de la ... francophonie !!
Lol
Don Quichotte s'en fou
a posté le 03-02-2023 à 09:46
La "populace" des ignorants en économie s'en fou des indicateurs.
Ils rêvent de plus d'instabilité et de bordel politique pour en finir avec leur moulins à vent
Judili58
L UNIQUE ALTERNATIVE !!!!!!
a posté le 03-02-2023 à 07:50
Et la réduction des dépenses publiques ce n'est pas une alternative ? Et les IDE pour améliorer les termes de la balance des paiements ainsi que la promotion par tous les moyens des exportations ce ne sont pas des alternatives ?