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Chroniques
Le livre de Marzouki est la preuve qu'il ne fait rien
01/04/2013 | 1
min
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Par Nizar BAHLOUL

C’est une phrase qu'on attribuerait à François Léotard, ancien ministre français de la Défense, sous François Mitterrand, lors de la cohabitation avec Edouard Balladur. Léotard a publié, à l’époque, un ouvrage et un journaliste l’a interrogé sur l’opinion de Mitterrand à propos de ce livre. François Léotard aurait alors répliqué, « le fait qu’il ait eu le temps de le lire est la preuve qu’il ne fait rien ».
Le parallèle avec le président tunisien Moncef Marzouki s’impose de lui-même. Le pays est en pleine crise politique, la tension est élevée, la conjoncture économique est morose et le président tunisien trouve quand même le temps pour rédiger un livre, publier de longues tribunes d’opinion, voyager, boire un thé avec des princesses, présider des conférences littéraires…

La semaine dernière, Marzouki était à Doha. Il en a profité pour se faire inviter par Sheikha Moza, épouse de l’Emir du Qatar.
La semaine prochaine, il sera à Paris pour présenter son nouvel ouvrage lors d’une conférence à l’Institut du Monde Arabe.
Entre ses deux voyages, il a adressé un texte au conseil national du CPR dans lequel il a notamment parlé de la nécessité de changer ses idées comme on change de sous-vêtements.
Sans réelles prérogatives, Moncef Marzouki n’a rien à faire de ses journées, il s’occupe donc comme il peut et il tient à le faire savoir au monde entier.

Connu pour avoir été un fervent défenseur des droits de l’Homme, Moncef Marzouki a oublié tous les principes qui ont façonné son image.
C’est bien Marzouki qui critiquait Ben Ali et sa dictature ? Pourtant, depuis qu’il est au Palais de Carthage, il ne cesse de chanter les louanges de l’Emir du Qatar qui n’est pas spécialement connu pour être un défenseur de la démocratie ou un homme respectueux des droits de l’Homme.
C’est bien Marzouki qui critiquait Ben Ali et ses atteintes à la liberté d’expression ? C’est pourtant dans les prisons qataries que croupit le poète Mohammed Al-Ajami, alias Ibn al-Dhib, condamné en première instance à la perpétuité (peine réduite à 15 ans en appel) pour un poème saluant l'avènement des révolutions du "Printemps arabe".
C’est bien Marzouki qui donne des leçons de démocratie du matin au soir ? Si l’on a bonne mémoire, c’est pourtant au Qatar qu’un émir a renversé son père pour prendre sa place et y rester jusqu’à ce jour.
C’est bien Marzouki qui dénigrait Leïla Ben Ali pour avoir profité des deniers de l’Etat ? Sheikha Moza n’en diffère pas trop, semble-t-il.
C’est bien Marzouki qui parle d’encourager la culture locale et les emplois dans son pays ? Pourtant, il a choisi de publier son ouvrage chez un éditeur français !

Moncef Marzouki sera l’invité de Jack Lang la semaine prochaine et donnera une conférence durant laquelle il parlera, une énième fois, des droits de l’Homme, de la démocratie, de la justice et de la liberté d’expression.
Les Français chanteront ses louanges et l’applaudiront. Ils boiront ses paroles et le croiront. Et à ceux qui le critiquent, comme ici, ils nous diront « nul n’est prophète dans son pays et vous n’avez aucune idée de l’étendue du savoir, des connaissances, de la culture et de l’humanisme de Moncef Marzouki ».
On aimerait bien les croire, sauf que voilà, c’est impossible, car les faits concrets disent le contraire.

C’est le parti de Moncef Marzouki qui est derrière le projet de loi cherchant l’exclusion de certains adversaires politiques des prochaines élections.
C’est Moncef Marzouki qui ne rate pas une occasion pour dénigrer ses opposants, notamment lorsqu’il est à l’étranger. Ce « droit-de-l’hommiste » ose même menacer les laïcs par l’échafaud.
C’est le parti de Moncef Marzouki qui défend les assassins présumés de Lotfi Nagdh, piétiné par les milices de la LPR, fortement soutenus par ce même parti.
Ce sont les lieutenants de Moncef Marzouki qui ont fait chanter la veuve du martyr Chokri Belaïd pour lui proposer une escorte en contrepartie de son acceptation des condoléances du président.
Même sous Moncef Marzouki, les prisons tunisiennes continuent à abriter des dizaines de détenus politiques, emprisonnés en toute illégalité.
Même sous Moncef Marzouki, on continue à torturer et à utiliser des armes interdites pour affronter les manifestants.

Concrètement, Moncef Marzouki n’a rien fait ou pas grand-chose depuis qu’il est au Palais de Carthage.
Avant d’y être, il vendait des paroles. Il n’a pas beaucoup changé depuis qu’il a accédé à la magistrature suprême, il continue à vendre des paroles.
Avant, ses paroles lui rapportaient des pacotilles.
Après, ses paroles lui rapportent des dizaines de milliers de dinars et, dans quelques jours, ses paroles vont lui rapporter des dizaines de milliers d’euros.
Moncef Marzouki se moque des Tunisiens, se moque des Qataris, se moque des Français et se moque du monde entier.
Les militants sincères, et non intéressés, qui ont été dans son premier cercle l’ont dit et ils ont fini par le quitter un à un : Om Zied, Abderraouf Ayadi, Mohamed Abbou…
Les Tunisiens sincères qui, à un moment, ont cru en lui (et j’en fais partie), l’ont vu à l’œuvre et ils sont très déçus par ses actes, à mille lieues de ses paroles.
Même ses partenaires islamistes ont fini par s’apercevoir de son vrai visage.

Jack Lang va le recevoir la semaine prochaine et participera ainsi à l’entretien de cette fausse image de Moncef Marzouki. Cette image de démocrate qu’il n’est pas, de défenseur des justices qu’il n’est pas et de droit-de-l’hommiste qu’il n’est plus.
Quand on est militant, des tribunes sur Al Jazeera et des livres en France pourraient, éventuellement, servir la cause. Mais quand on est président, ce sont des actes et de l’efficacité qu’on attend de vous.
Or, au meilleur des cas, Marzouki continue encore à agir comme militant et, au pire, il se rêve en Robespierre. Tout le risque, pour lui, mais aussi pour nous est qu’il finisse comme Robespierre.

N.B. : Pensée à Sami Fehri et Nabil Chettaoui, sous les verrous depuis des mois, en attente de leurs procès.
01/04/2013 | 1
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