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Chroniques
Un président ne devrait pas dire ça
Par Marouen Achouri
29/11/2023 | 16:00
4 min
Un président ne devrait pas dire ça

 

« Nos missiles sont toujours prêts pour le lancement pour les atteindre au plus profond d’eux, il suffit que nous lancions le signal ! », c’est en ces termes que le président de la République, Kaïs Saïed, plus cérémonieux que jamais, s’est adressé aux obscures forces qui empêchent le pays d’avancer et qui l’empêchent de faire son travail.

Le présidentissime Kaïs Saïed semble avoir encore du mal à intégrer le fait qu’il est le président de tous les Tunisiens, y compris les fraudeurs, les corrompus et les crapules. Le chef de l’État semble se considérer comme le guide des vertueux menant une sainte lutte contre les corrompus, les lobbies et les forces obscures. Il faut avouer que la posture est tentante pour tout président, surtout lorsqu’on est en face d’un peuple qui gobe sans rouspéter tout ce que le pouvoir lui inculque. Il n’y a pas de raison pour que Kaïs Saïed se prive de porter le costume du justicier quand une grande partie du peuple met tous ses soucis sur le dos des « forces du mal ». A l’image du peuple tunisien, Kaïs Saïed n’a aucun mal à se délester de ses responsabilités et à justifier son échec en invoquant les « autres » qui complotent dans les chambres noires. Une thèse d’une exceptionnelle popularité chez une partie des Tunisiens qui voient leur pouvoir d’achat dégringoler et leurs conditions de vie se détériorer.

 

Kaïs Saïed s’est érigé, depuis des mois, en chantre de la division. Il est du côté du peuple, contre les élites, dont il fait partie. Il est du côté des patriotes contre les traitres, les vertueux contre les corrompus, les justes contre les comploteurs. Pour garder et entretenir cette image, tout est bon à prendre. Par exemple, s’en prendre aux riches et les faire cracher en les mettant en prison est susceptible d’attirer la sympathie du plus grand nombre. Même ce grand projet d’assainissement de l’administration publique, qui est né tout récemment, s’inscrit dans cette vague supposée de combat contre la corruption. C’est le même argument et la même démarche qui ont été invoqués lorsque le président de la République avait rendu visite au dépôt des bus de Beb Saadoun. Pour lui, tous les problèmes de la Transtu viennent de la corruption. Evidemment, cette explication est bien trop facile pour expliquer les problèmes structurels de cette entreprise publique qui souffre d’un déficit endémique. Mais au diable les explications compliquées ! C’est la corruption qui est à l’origine de cette situation et la corruption est partout. Par conséquent, tout le monde est suspect jusqu’à nouvel ordre.

On a également vu le président de la République, Kaïs Saîed, surfer sur la vague qui prend pour cible la Banque centrale de Tunisie, dernier bastion véritable de l’État. En parlant avec ses ministres, il a élevé le ton pour rappeler que « la Banque centrale et ceux qui sont à sa tête ne doivent pas oublier que c’est une institution publique et qu’elle n’est pas indépendante de l’État ». Le chef de l’État semble ignorer le fonctionnement de cette institution, la réalité de son rôle et de ses objectifs et préfère verser dans un populisme primaire qui suppose des complicités partout. Kaïs Saïed semble également ignorer la manière dont la commission tunisienne des analyses financières fonctionne puisque le même Président l’appelle « commission de l’arnaque » dans un jeu de mots qu’il imagine plein d’esprit. Un chef de l’État peut, en catimini et avec parcimonie, critiquer le rendement ou le travail de certains responsables. Mais en aucun cas il ne peut s’attaquer aussi ouvertement à des institutions entières et profiter de l’ignorance populaire pour saper ce que des générations entières ont fait des sacrifices pour construire.

C’est dans la même logique que l’hyperprésident de la République s’est attaqué aux associations en pointant particulièrement leur financement extérieur. Kaïs Saïed, dans sa quête de sympathie populaire et pour entretenir son image, fait le surpris devant l’ampleur du financement étranger des associations. C’est d’ailleurs en parlant de ça qu’il a évoqué le rôle de la Ctaf, démontrant encore une fois son ignorance du fonctionnement de cette commission. Dans son argumentation populiste, le chef de l’État ne voit que les quelques associations qui s’intéressent encore à la chose politique en Tunisie. Il a même parlé d’une association tunisienne à l’étranger qui distribuerait de l’argent aux partis politiques par millions. Mais il omet que l’écrasante majorité des associations en Tunisie ne s’intéressent pas à la chose politique et agissent plutôt dans le social. Il semble oublier que la plus grande partie du financement étranger de la société civile est dirigée vers les jeunes porteurs de projets, vers les femmes victimes de violences, vers les actions environnementales et autres. En gros, vers tout ce que l’État ne fait pas, ou ne fait pas suffisamment. Inutile non plus d’évoquer l’importance de l’existence d’une société civile active dans toute démocratie qui se respecte car il est devenu clair, depuis un bon moment, que le chemin de la construction démocratique s’est arrêté depuis un moment.

 

Rien n’est trop cher pour ne pas être sacrifié sur l’autel du populisme. Tout devient légitime pour continuer à gâter les foules et pour s’attirer la sympathie du peuple. La fin de l’expérience démocratique, le démantèlement de la justice, de la société civile, de l’État lui-même sont les tributs présentés par Kaïs Saïed au peuple. Mais la mauvaise joie ressentie instantanément, ne saurait cacher le vague de fond qui pointe à l’horizon.

Par Marouen Achouri
29/11/2023 | 16:00
4 min
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Commentaires
A4
Président ?
a posté le 04-12-2023 à 15:45
Vous en êtes sûr ?
Hammadi
Un pays sans boussole
a posté le 02-12-2023 à 21:55
Tout ce que KS dit sur la corruption est vraie et meme il ya pire dans certains cas.
Mais le dire ouvertement dans les medias ca ne va pas l aider pour surmonter les problèmes du pays,car ce message fait peur aux investisseurs étrangers et aussi aux investisseurs tunisiens honnêtes.
De plus dire que la corruption est partout et ne pas prendre des actions concrètes pour remédier a ce problème envoie un message aux corrompues qu ils sont plus forts que l etat et qu ils sont intouchables et provque un sentiment d insecurite et de désespoir chez les citoyens.
Hassine
Ma foi à ton besoin
a posté le 01-12-2023 à 16:03
Reelement de la BCT
Et la CTAF
En faite qu'est ce qu'ils migeotent à part tourner les doigts.....!?!?!?
Hassine
Ezaket oblige
a posté le 01-12-2023 à 15:58
On devrait exporter le 1/10 ou 2/10 de ses missiles selon la chariaa aux Palestiniens comme soutien logistique
mehdi
parfaitement d'accord
a posté le 30-11-2023 à 15:55
voilà, tout est dit!!!!!!
malheureusement on paye le prix cher du populisme à deux balles.
Fares
Une rationalisation de l'échec
a posté le 30-11-2023 à 00:39
Après cinq ans, on peut affirmer avec confiance que le profil de M. Saïed est loin d'être celui d'un winner. Il nous donne l'impression qu'il n'a strictement rien appris depuis l'accident électoral de 2019.

Saïed a accaparé tous les pouvoirs par la ruse et essaie de conserver ces pouvoirs par la force et les menaces. Un bon dirigeant se doit humble, il n'y a que les nullards qui essaient de se maintenir par la force.

Bienvenue sur la route du banditisme, Monsieur Kaisoun, ya "nadhif". Le bossu ne voit jamais sa bosse, dit-on.
DHEJ
La guerre et la paix, tiennent à sa bouche
a posté le 29-11-2023 à 18:51
Art. 98 de la constitution tunisienne:

' Le Président de la République déclare la guerre et conclut la paix avec l'approbation de la majorité absolue des membres de l'Assemblée des représentants du peuple.