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Chroniques
Un grand homme, deux femmes et un agent de la santé publique…tous morts !
Par Marouen Achouri
19/06/2024 | 15:59
4 min
Un grand homme, deux femmes et un agent de la santé publique…tous morts !

 

La nouvelle est tombée comme une bombe et nous a tous frappé d’effroi et de tristesse. Un grand homme s’en est allé hier, 18 juin, en la personne du journaliste, auteur et critique Khémais Khayati. Un jeune homme de soixante-dix ans est passé à la postérité laissant derrière lui beaucoup de chagrin et des milliers de témoignages émus sur sa gentillesse, son érudition et sa disponibilité. Khémais Khayati a fait aimer le cinéma et le journalisme à des centaines de personnes, il était d’une générosité sans égal et ses connaissances encyclopédiques n’avaient d’égal que sa courtoisie et sa simplicité. C’est un grand monsieur du cinéma, du journalisme et de la vie qui nous a brutalement quittés. Il faut croire que Dieu avait envie de parler cinéma…

 

Il faut dire que la faucheuse n’a pas chômé ces derniers jours. Près de 35 pèlerins sont morts à la Mecque en cette campagne 2024 marquée par des températures record et par l’avènement d’un phénomène inconnu : le hajj parallèle. Des personnes profitent de visas touristiques pour aller faire le pèlerinage religieux en dehors de ce qu’on appelle la délégation officielle.

Il aura fallu plus de 48 heures de polémique avant que les autorités tunisiennes ne fournissent une information à peu près complète sur le nombre et les identités des personnes décédées. Sinon, on pourra toujours se délecter, du côté du ministère des Affaires religieuses, des centaines de photos postées pour illustrer le pèlerinage du ministre.

 

La mort a également ravi une jeune femme dans la fleur de l’âge, en la personne de l’influenceuse Farah El Kadhi des suites d’un arrêt cardiaque. Comme trop souvent malheureusement, ce décès a été l’occasion de redécouvrir à quel point l’être humain peut être mauvais, pétri de haine et de ressentiment. Même dans la mort, certains s’affranchissent de la plus élémentaire des corrections et s’arrogent le droit de donner des leçons, malgré l’éclatante insignifiance de leurs propres vies.

 

En parlant de vie, une autre a été prise de la plus abjecte des manières. C’est une autre femme mais de celles dont on ne parle pas, de celles qui ne gagnent un peu d’attention que quand tout est fini. Le drame est arrivé à Kairouan le 17 juin, deuxième jour de l’Aïd. Un monstre a décidé de tabasser et de poignarder sa femme en pleine rue. Voyant qu’elle bougeait encore, il l’a achevée en l’égorgeant…toujours en pleine rue. Un simple différend conjugal serait à l’origine de ce meurtre atroce, commis par un monstre et dont la victime est une femme, encore.

Et dire qu’il existe encore des personnes qui mettent en doute l’appellation féminicide et qui ne voient pas la question de genre dans ce type d’actes. Combien faudra-t-il de victimes ? Quel niveau d’horreur doit-il être atteint pour que ce problème soit pris au sérieux ? La victime était mère de deux enfants, de quoi sera fait leur avenir ? Y a-t-il plus horrible que d’être égorgée en pleine rue ? Le meurtrier a été rapidement arrêté et sera, très probablement, condamné à une lourde peine, en attendant le prochain drame.

 

En ce même lundi 17 juin, Jilani Hanachi est mort des suites d’une crise cardiaque. Jilani Hanachi était attaché de direction à l’hôpital local d’Ettadhamen en périphérie de la capitale. Des intrus se sont introduits dans l’établissement et ont eu une altercation avec un autre agent de l’hôpital. Jilani a tenté de s’interposer et de protéger son collègue des violences qu’il était en train de subir. Mais cette intervention lui coûtera la vie puisque son cœur n’a pas supporté. Il aura eu beau être dans un hôpital, cela ne lui sauvera pas la vie puisque selon le secrétaire général de la Fédération générale de la santé, Hassan Mezni, l’équipement nécessaire pour sauver leur collègue n’était pas disponible… Il a fallu attendre l’arrivée des pompiers mais il était déjà trop tard.

Quelle macabre ironie que celle d’un hôpital ne disposant même pas du matériel nécessaire au sauvetage de l’un de ses propres agents des suites d’un arrêt cardiaque. Quel niveau de nonchalance faut-il pour tolérer un énième décès et un énième épisode de violences au sein d’un établissement hospitalier, sans que rien ne soit fait. Sécuriser les établissements hospitaliers est une vieille revendication des syndicats de la santé, quitte à y placer des unités fixes. Toutefois, presque rien n’a été fait.

Certains ont ensuite le culot de se demander pourquoi les médecins quittent le pays par dizaines. Certains élus les accusent même de trahison puisque c’est la Tunisie qui a fait d’eux des médecins, et qu’ils ne veulent pas rendre la pareille en acceptant de travailler dans les régions. Il est évident que la question est bien plus compliquée que cela et puis, un médecin mort ne peut soigner personne…

 

« La mort rend égales toutes les choses » disait Claudien. Elle nous impose d’être humbles et nous rappelle la vacuité de nos préoccupations quotidiennes. Paix aux âmes de tous ceux qui sont partis bien trop tôt.

Par Marouen Achouri
19/06/2024 | 15:59
4 min
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Commentaires
Welles
Heidegger
a posté le 21-06-2024 à 10:45
Si vous voulez comprendre l'idée de la mort il faut ce donner le courage et la force de lire ce livre difficile d'accès de Heidegger intitulé "Etre et Temps" où le philosophe considère que la pensée de la mort est consubstantielle au "Dasein"(être - là) à l'homme , elle nous ramène par le biais de l'angoisse à notre être authentique; et donc tout bavardage, tout divertissement bref tout affairement relève d'une vie inauthentique.