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Chroniques
Syndrome dissociatif à la tête de l’État
Par Ikhlas Latif
02/12/2022 | 16:00
4 min
Syndrome dissociatif à la tête de l’État

 

Il semblerait que le pouvoir tunisien soit atteint d’un syndrome dissociatif. La manifestation de ce trouble dissociatif se caractérise ainsi par la création de barrières amnésiques entre la tête de l’exécutif et ses subordonnés/alters.

Le fait est que le président de la République, qui s’est arrogé tous les pouvoirs (il faut le souligner et le surligner même), nous sort dans ses discours des paroles et des directives qui sont en totale contradiction avec les mesures prises par son propre gouvernement.

Depuis la promulgation du décret 117 relatif aux mesures exceptionnelles, la Tunisie n’a plus deux têtes de l’exécutif. Ainsi dans son article 8, il est clairement disposé que le pouvoir exécutif est exercé par le président de la République… assisté d’un gouvernement mené par un chef du gouvernement. Par ailleurs, l’article 19 du même décret nous dit que ce chef du gouvernement se doit de coordonner l’action gouvernementale et dispose de l’administration aux fins de l’exécution des choix et orientations définis par le président de la République.

 

Comment se fait-il donc que Kais Saïed ne rate aucune occasion pour aller à l’encontre des mesures prises par le gouvernement qu’il a installé en personne et qui, surtout, tire ses prérogatives des dispositions qu’il a lui-même promulguées ? Chose étonnante, il va jusqu’à les dénoncer publiquement en remâchant les éléments de langage qu’on lui connait de complot contre le peuple et tout le toutim.

Le diagnostic n’est pas difficile à poser. Ou l’amnésie dissociative a empiré donnant lieu à une déconnexion totale de la réalité, à une perturbation de la perception ; ou l’on assiste en temps réel à l’expérience de double langage politique la plus aboutie ; ou peut-être à une combinaison des deux à la fois…

« Le président de la République a appelé à œuvrer en permanence à faire baisser les prix parce que ceux qui les augmentent, ont des velléités contraires aux revendications légitimes du peuple tunisien en termes de travail, de liberté et de dignité nationale ». Voilà ce que dit une partie du communiqué présidentiel, quelques heures seulement après que le gouvernement a annoncé une augmentation des prix des transports, notamment les taxis de transport rural ou agricole. Les moyens que le bon peuple, appauvri par les méchants, prend au quotidien. Il y a une semaine aussi, ce gouvernement a majoré une énième fois les prix des carburants, ce qui entraine nécessairement une hausse qui touche tous les produits et services. Mais ça, le président de la République ne semble pas vouloir le comprendre et il continue, face à sa cheffe du gouvernement, à accuser les « autres » d’ourdir des plans pour que les prix s’envolent et afin de léser le peuple.

« L’État, de par son rôle dans la réalisation de la justice sociale, n’arrêterait pas la compensation des produits de base, comme on le prétend de temps à autre », nous dit encore le président. Sauf que dans les faits, son gouvernement opère une levée progressive des compensations sous la dénomination de « ajustement » des prix. L’équipe Bouden n’a eu de cesse aussi de clamer que les compensations iraient désormais aux personnes qui en ont vraiment besoin, sans spécifier les modalités d’une telle mesure.  

« Il n’est pas question de céder les établissements et les entreprises publics… Il faut compter sur soi et sur nos moyens nationaux », souligne Kais Saïed face à une Najla Bouden, obtempérante et déférente. De belles paroles qui réjouissent le peuple mystifié, alors qu’il y a eu un accord préliminaire avec le Fonds monétaire international et que plusieurs points, notamment la situation des entreprises publiques et les compensations, ont été intégrés au plan présenté par le gouvernement. Ce gouvernement qui est allé quémander au FMI et se trouve obligé de se plier à ses conditions d’austérité.

 

La directrice générale du FMI avait d’ailleurs affirmé que les accords avec la Tunisie stipulent, entre autres, que le gouvernement s’engage à réduire la participation de l’État dans l’économie et que ce gouvernement se dirigeait vers la privatisation de certaines entreprises publiques. Il ne s’agit pas de paroles en l’air.

En étant le patron du gouvernement, le président de la République est logiquement la personne par qui tout passe et bien évidemment, il lui revient de valider les démarches entreprises par ses subordonnés, donc de signer l’accord avec le FMI. Comment se fait-il que Kais Saïed ne cesse de nous gratifier de saillies aux antipodes des actions gouvernementales ? Il serait peut-être plus facile pour faire avaler la pilule au peuple d’évoluer sur deux registres. Un chef qui exprime ce que veut entendre le peuple et un sous-chef qui se coltine le mauvais rôle.

Par Ikhlas Latif
02/12/2022 | 16:00
4 min
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Commentaires
Fares
The day democracy died
a posté le 04-12-2022 à 18:53
RIP democracy altogether with freedom of speech. A lawless state, headed by a lawless president exihibiting abuse of power day in and day out.

Don McLean, American Pie


https://tinyurl.com/44z6dpf6


GZ
Les fusibles sont faits pour sauter
a posté le 03-12-2022 à 20:38
Quand en septembre 1969, H. Bourguiba, mit brutalement fin à l'expérience collectiviste initiée par Ahmed Ben Salah, il fit mine de tomber de l'armoire. Dans une adresse à la nation, il se défaussa tout bonnement sur son premier ministre d'alors, Bèhi Ladgham.
"Alors si l'Bèhi ?"
"Fekkli l'bank", comprenez, Ben Salah m'a phagocyé, marginalisé, mis sur la touche, rapporta le président dans son discours d'autoblanchiment.
Ainsi H. Bourguiba feignant de découvrir que le socialisme était inscrit dans les statuts du parti Détour, s'en sortit avec une pirouette, s'est lavé les mains à peu de frais et offrit sur un plateau la tête de Ben Salah aux lobbies qui la réclamaient. Il récidivera plus d'une décennie plus tard après les émeutes du pain.
Il y a dans cette sorte de dyarchie actuelle qui tire à hue et à Dia comme une répartition des rôles concertée. Un qui berce, berne, le bon peuple de bonnes paroles, manière d'assurance-vie pour le cas où la situation tournerait au vinaigre, et l'autre envoyé au charbon qui se coltine le mauvais rôle et dont on n'hésitera pas à offrir la tête au peuple versatile qui, pour le coup, se montrera du bouc émissaire moins enamouré.
Il y a toujours un lampiste pour payer les pots cassés.
Djodjo
Plus médiocre que ce type, tu meures.
a posté le 03-12-2022 à 20:13
Ce type est une calamité, dictateur à la personnalité médiocre et sans aucune culture, cela ne l'empêche pas de se voir comme la raison personnifié.

Un politique de plus qui surévalue sa valeur réel, se croyant être le seul à détenir la vérité, cela ne l'empêche pas d'aller de fiasco en fiasco sans même s'en rendre compte. Bref, un de plus qui a un gros problème d'ego.
Fares
Le test de Turing
a posté le 03-12-2022 à 15:43
Kaisollah est un robot de piètre qualité, de la camelelote made in China. Un président quatrième choix.

Ce robot ne dispose que de quatre actions dans son répertoire: putch, limoger, dissoudre et palabrer (pour ne rien dire).

L'entropie de son discours avoisine le zéro absolu, l'absolu si cher à Kaisollah. Le Kaisollah manque d'originalité et ne fait que répéter les mêmes discours depuis 2019, des discours anachroniques.

Alan Turing, père fondateur de la notion de calculabilité donc de l'informatique (avec Alonzo Church) définit l'intelligence artificielle grace à un test: un examinateur pose des questions à un être humain et à un ordinateur/robot. Si l'examinateur ne parvient pas à décider qui est humain et qui est artificiel, alors l'ordinateur est intelligent.

Imaginons un test où les deux sujets sont Kaisollah et un robot conçu par des étudiants du MIT ou de Stanford. Je suis sûr que l'examinateur prendra Kaisollah pour un robot et le robot pour un humain, étant plus intelligent et créatif.

El hbal msiba.
Kamel
Abjecte
a posté le à 21:59
Commentaire abjecte, comment tu te permets de moquer les handicapés mentaux
Fares
Bending reality to one's wishes
a posté le 03-12-2022 à 15:23
Nous vivons l' ère des interprétations laxistes. Comme l'article 80, le fourbe devrait avoir sa propre définition de ce qu'est une hausse des prix ou une subvention, et peut-être même de ce qu'est un peuple. Visiblement, le peuple dont il parle depuis 2019, n'inclut pas les habitants de Zarzis, ni ceux de Sfax.

Le sage voit dans les discours de Kaisollah des contradictions à la pelle, mais ce dernier croit être cohérent. Au pays des fous, tout est permis.