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Qu'en est-il de la vie politique en Tunisie aujourd’hui ?
11/10/2022 | 11:13
4 min
Qu'en est-il de la vie politique en Tunisie aujourd’hui ?

 

Par Ahlem Hachicha Chaker*

*Activiste et analyste politique

 

 

Quels choix s'offrent aux acteurs politiques, aux partis ?

Se présenter aux élections de décembre ? Préparer les présidentielles (éventuelles) ? Faire du terrain ? Se taire et attendre ?

 

Les partis politiques ont été pris dans un tourbillon fou depuis janvier 2011. Des élections multiples, des crises internes, des crises nationales, des problématiques sur lesquelles il fallait se prononcer, des choix à faire, des gouvernements qui se faisaient et se défaisaient, la violence politique, le terrorisme, les enjeux internationaux, etc…. De quoi épuiser le plus solide des partis.

 

Ajoutons à cela que les partis étaient souvent fragiles, sans fondements, éphémères et unipersonnels. L'absence de financement public a mis les partis à la merci (même si souvent ils étaient assez complaisants dès le départ) de l'argent, argent sale, argent douteux, argent conditionné, argent de l'étranger.

 

Et ce qui aurait pu être une chance a finalement été un fardeau : l'attention internationale. L'opinion publique internationale a été séduite par l'idée d'une démocratie naissante, de pouvoir la former à sa guise, de contribuer à "changer le cours de l'histoire". Chaque gouvernement, chaque organisation, chaque institution, chaque (pseudo) leader, ils s'y sont tous mis avec leurs recettes miracles, leurs projets, leurs idées, leurs objectifs. Les financements, les intérêts contradictoires, l'excès d'attention, la surexposition, la pression de l'obligation de résultat, tout cela a été lourd à gérer et à subir.

 

Est-ce que les partis sont des victimes dans cette situation ? Non. Coupables. Et toutes les preuves y sont. Certains plus et certains moins. Mais tous coupables. Ils ont joué le jeu de l'argent, ils ont choisi la facilité, ils ont toléré la corruption, ils ont nourri la médiocrité, ils ont eu peur de défendre les bonnes causes, ils ont cédé à l'attrait du pouvoir. Et n'ont pas fait leurs devoirs.

 

En effet, un parti politique a des devoirs à faire, comme un élève. Il y a un processus d'apprentissage nécessaire pour tout parti politique, apprentissage externe et interne. L'apprentissage de la structuration, de l'organisation, de la réflexion, du contenu politique, de la construction idéologique, du travail de terrain, du positionnement, de l'interaction avec les acteurs et parties prenantes au niveau local, régional, national et international. L'apprentissage des dossiers techniques, des notions de politiques publiques, du développement d'une élite interne, de l'arbitrage, de l'établissement d'une identité politique.

 

Ce travail n'a pas été fait.

 

Nous nous sommes retrouvé.e.s avec un géant aux pieds d'argile. Une scène politique où les partis se contentaient par centaines mais sans une véritable offre concrète, durable.

 

Au premier coup de vent, toute cette belle collection de maisons de paille est partie en poussière. L'absence même de ce travail politique a fait que ces partis ne savaient pas sur quel pied danser le 25 juillet 2021. Fallait-il dénoncer ? Fallait-il se réjouir de voir un adversaire politique, qu'on n'arrivait pas à vaincre aux urnes, écrasé par la force ? Fallait-il se taire et attendre une meilleure opportunité ? Fallait-il prêter allégeance au nouveau pouvoir ? Le vent a généré du vent. Du rien du tout.

 

Et la voie était libre.

 

Que faire aujourd’hui ? Se contenter de se lamenter ? Se cacher ? Aller au bout des choses ? Jouer le jeu ? Se reconvertir en joueur de cornemuse ?

 

Et si on prenait enfin le temps ? Le temps de se poser, de réfléchir, de construire, de travailler, d'écouter, d'écrire, de changer de répertoire, de mettre sur pied une équipe ? Et surtout faire le ménage, dans les idées, dans les entourages, dans les dirigeants.

 

La Tunisie a besoin d'un avenir. L'avenir ne se construit pas avec les idées du début du 20ème siècle. On retient notre histoire, on en tire des leçons, on reconnait le travail de celles et ceux qui le méritent, on a le courage de reconnaitre les erreurs, et on va de l'avant. Des idées du 21ème siècle, pour les gens du 21ème siècle.

 

Et cela ne peut pas se faire avec les mêmes qui ont pourri notre vie au sein des partis, dans les postes de responsabilité publique, dans les médias, dans les cabinets, dans les ONG. Un coup de propre. Un rafraichissement. Parfois, on peut être une personne bien et devoir tout de même partir. Une personne qui tient le même poste dans un parti politique pendant dix ans, ce sont deux générations qu'on écrase, qu'on met à l'étroit et qu'on finit par perdre. Faites place.

 

Allez, je vous donne un devoir à la maison pour démarrer. Choisissez un dossier d'ordre national, sans enjeux immédiats. Mettez vos équipes dessus. Comprenez le problème, lisez, écoutez, comparez, identifiez des solutions. Est-ce que ces solutions sont concrètes, applicables en Tunisie ? Est-ce qu'elles vont améliorer la vie des Tunisien.e.s ? Sinon, recommencez. Parce que c'est ça le but, améliorer la vie des gens. Ce n'est pas de prouver que vous avez raison, de réinventer la roue, de défendre une doctrine.

 

En cours de route, vous allez découvrir la qualité de l'équipe autour de vous, vous allez découvrir des compétences qui enrichiront vos partis, vous allez construire votre identité/idéologie étape par étape, vous allez mettre en place un processus de travail interne, vous allez découvrir la réalité qu'affrontent beaucoup de nos concitoyen.ne.s, vous allez avoir des choses concrètes à proposer, des choses qui toucheront les électeurs et électrices et retiendront leur attention.

 

Recommencez avec un autre dossier. Et reproduisez ce processus au niveau des régions.

 

Fixez-vous une période de jachère électorale. Il n'y a rien à gagner dans l'immédiat. Soyez le parti qui pourra survivre, évoluer, se renforcer sur cinq ans, dix ans et vingt ans.

 

Laissez la vague passer. Restez fidèles aux vraies valeurs et n'hésitez jamais à l'exprimer. Et travaillez, travaillez. 

11/10/2022 | 11:13
4 min
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Commentaires
momo
Se poser et réfléchir
a posté le 11-10-2022 à 22:48
Se poser et réfléchir, c'est une belle phrase, mais ne fait pas avancer les choses, que tout le monde a fauté c'est une évidence, que notre classe politique est médiocre c'est aussi une évidence, mais le summum de la médiocrité se trouve à la tète du pays, il est à notre image.
Or dans ce tableau « macabre », il y a des hommes et des femmes capables de présider, de gouverner et de gérer, des compétences reconnues par leurs paires ,et par ceux qui ont un minimum de savoir et d'intelligence ,ceux la on ne les voit pas car le peuple n'a pas l'aptitude nécessaire pour réfléchir ,analyser et agir, quand un peuple vote pour ceux craignent dieu, ou pour celui qui soit propre ,sans se soucier de la valeur ,de la compétence, de la rigueur de ces personnes ,on ne peut pas dire que ce peuple est mature.
SAHLI
Un très bon article chère Mme Ahlem Hachicha Chaker!
a posté le 11-10-2022 à 17:25
-
Agatacriztiz
Réfléchir est un luxe en ce moment
a posté le 11-10-2022 à 16:55
Vous savez quoi, chère madame ? Je viens de lire votre article avec attention et une comparaison m'est venue à l'esprit, vous êtes comme les pompiers de la protection civile de notre pays, qui faute souvent de moyens, arrivent trop tard pour éviter les dégâts, mais toujours assez tôt pour les constater...
Gardons un minimum d'honnêteté!
@adame Hachicha Chaker
a posté le 11-10-2022 à 15:58
@adame Hachicha Chaker

a) Il y a un manque de continuité dans vos idées / votre article.
-->
vous écrivez d'abord "[...] Et cela ne peut pas se faire avec les mêmes qui ont pourri notre vie au sein des partis, dans les postes de responsabilité publique, dans les médias, dans les cabinets, dans les ONG [...]"

Puis vous vous adressez à ces "mêmes qui ont pourri notre vie" en écrivant : "Allez, je vous donne un devoir à la maison pour [re]démarrer."
-->
mais enfin Madame Hachicha Chaker, Il y a quelque chose qui ne colle pas dans votre texte.


b) vous écrivez "[...] vous allez découvrir la réalité qu'affrontent beaucoup de nos concitoyen.ne.s, vous allez avoir des choses concrètes à proposer, des choses qui toucheront les électeurs et électrices et retiendront leur attention."
-->
Oui, Madame Hachicha Chaker, c'est ce qu'a fait Mr. Kais Said: Il a découvert "la réalité [socio-politique] qu'affrontaient beaucoup de nos concitoyen.ne.s," et il a décidé d'agir courageusement afin de mettre fin à une certaine médiocrité que vous avez bien décrite dans votre article ci-dessus.

Madame Hachicha Chaker, Vous vous adressez de nouveau à ces "mêmes qui ont pourri notre vie" en écrivant : "[...] Est-ce que [vos] solutions sont concrètes, applicables en Tunisie ? Est-ce qu'elles vont améliorer la vie des Tunisien.e.s ? Sinon, recommencez."
-->
Non, Madame Hachicha Chaker, c'est le peuple qui devrait améliorer sa propre situation socio-économique par lui même en lui injectant certaines compétences. Je donne des exemples:
- Les compétences d'agriculture hors sol pour les Tunisiens sans Terre agricole afin de nous garantir l'autosuffisance alimentaire
- Les compétences du domaine des télécommunications sur le web
- Les compétences de fabrication de chaussures, de vélos et de tout ce qui manque en Tunisie
- etc., etc., etc.
-->
@Madame Hachicha Chaker, l'intelligence ne s'apprend pas, par contre les compétences sont faciles à maîtriser.

Puis, les compétences ne manquent pas en Tunisie, il faut seulement savoir d'abord les généraliser et les commercialiser par la suite sous forme de services en Afrique et ailleurs:
- Commerce, transports, hébergement et restauration ;
- Information et communication à l'image de Mattel / Tunisie Telecom
https://www.businessnews.com.tn/signature-dun-accord-de-partenariat-entre-mattel-et-huawei,520,123397,3
- Activités financières et d'assurance
- Activités immobilières
- Activités scientifiques et techniques ; services administratifs et de soutien
- entreprise de services médicaux
. etc., etc., etc.

Et c'est ça l'idée géniale de Mr. Kais Said: "le peuple tunisien devrait choisir et construire son propre avenir [en lui injectant les compétences opérationnelles / professionnelles indispensables et ceci dans un contexte de valeurs sociales]" --> et comme je l'ai dit ci-dessus: contrairement à l'intelligence, les compétences sont faciles à maîtriser, à généraliser et à commercialiser partout en Afrique et ailleurs

Oui, Mr Kais Said a eu cette idée géniale de faire participer le peuple afin qu'il construise son propre avenir. Maintenant, il faut savoir faire réussir cette idée, entre autre par les entreprises citoyennes et la généralisation des compétences utiles/indispensables pour la Tunisie et tous les Tunisiens.

Bonne journée

PS: d'ailleurs la grande faute de l'enseignement secondaire (collège) et primaire en Tunisie, c'est que l'on veut apprendre à nos enfants à être intelligent, alors qu'en Allemagne on prend aux enfants à être compétents.
ridha
réponse
a posté le à 10:51
Génial, laissons donc le peuple s'occuper de lui-même et de son sort et tout ira bien.
J'ai honte de ne pas avoir pensé à ça depuis 74 ans de vie, études, travail etc.
Merci cher monsieur et que Dieu guide notre président dans sa tâche de Surveillant Général avec un sifflet autour du cou. Hamdoullah !
Gardons un minimum d'honnêteté!
Errata
a posté le à 18:10
je corrige seulement la faute qui me dérange le plus:
d'ailleurs la grande faute de l'enseignement secondaire (collège) et primaire en Tunisie, c'est que l'on veut apprendre à nos enfants à être intelligent, alors qu'en Allemagne on apprend aux enfants à être compétent.
Epidemio
Espoir
a posté le 11-10-2022 à 12:43
Quel article !! Merci Madame
Borzeguéne
Mirage
a posté le 11-10-2022 à 12:42
Chère Ahlem, vous vivez en Tunisie ou en Suisse ?
Jendoubi Mehdi
Tout commence par des idees et des reves
a posté le à 14:24
Ne pas vivre en Suisse, ne nous interdit pas de vouloir le meilleur pour notre pays. Tout commence par des idees et des reves, le reste suivra.
Mme Ahlem Chaker brosse une analyse equilibree et pertinente avec des propositions concretes, certes un peu idealiste et ambitieuse, mais en rien impossible.
Borezguéne
Je parle du peuple, des habitants, des gens
a posté le à 18:07
Le pays, ce pays, si on le met aux enchères, tous le monde en voudra. Les Français y reviendront volontiers. Les Américains nous envie. Les russes se bâteront pour cette terre. Même Hanibal se ressuscitera. 300 jours de soleil, des plages a perte de vue, de la verdure par rapport a nos voisins ... Mais le peuple, ce peuple pourri, insolidaire, qui se vend et vend la patrie pour des millimes.
Jean Neymar
En un mot.....
a posté le 11-10-2022 à 12:41
La vie politique aujourd'hui en Tunisie?
Mais c'est très simple:
Elle se résume en l'exécution du serment qu'avait fait secrètement dans son for intérieur
Mèwlènè el emir KS le jour où il fut investi dans ses fonctions à l'ARP en jurant sur le Coran de respecter la Constitution de 2014:
"Yè Twènssè,méch nèssikom fi hajè ésmhè siyèssè"......