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Chroniques
La femme du président...et toutes les autres
Par Synda Tajine
14/08/2020 | 18:00
5 min
La femme du président...et toutes les autres

 

Depuis quelques années, chaque 13 août, une grande fiesta est organisée au palais de Carthage. On y invite « la crème » de la société tunisienne féminine (entendez par là, celles qui ne sont pas personae non gratae pour l’institution de Carthage). Nous revêtons nos plus beaux habits, ajustons nos rouges à lèvres devant la glace et perfectionnons nos brushings chez le coiffeur pour y assister. Chaque année, un homme (pas toujours le même) vient, face à nous, faire un éloquent discours empreint de beaux slogans en notre faveur. Et, chaque année, nous sommes, pendues à ses lèvres, dans l’attente d’un signe, d’un message, d’un espoir.

Chaque année, on nous sert des « bonne fête mesdames », parfois on nous offre des fleurs, et souvent on nous sort des discours grandiloquents.

On appelle ça la fête de la femme. Fête qu’on célèbre chaque année dans la plus grande allégresse avant de retourner, le cœur gros, à nos préoccupations quotidiennes et au plafond de verre qui pèse sur nos têtes.

 

L’égalité successorale était une brèche, ouverte l’espace de quelques années. Comme un vortex spatio-temporel, elle tranchait avec le climat ambiant, fait de régression des valeurs, de mélange « traditio-religieux » et de patriarcat oppressant. Cette brèche a fait miroiter un avenir radieux à de très nombreuses – et nombreux - défenseuses des droits humains, pas seulement des droits des femmes. Celles et ceux qui estiment que considérer deux citoyens comme parfaitement égaux devant la loi, en droits et en devoirs, indépendamment de leur sexe, est tout simplement naturel. Ceux qui estiment que malgré leurs différences et leurs spécificités, la loi ne devrait faire aucune distinction entre les deux. Cette brèche s’est, visiblement, très vite refermée.

 

A-t-elle simplement été vraiment ouverte ? L’égalité successorale a été cet appât dont feu Béji Caïd Essebsi voulait se servir pour sortir par la grande porte et marquer son nom dans l’histoire comme son mentor Habib Bourguiba. Il a aussi été ce lourd fardeau dont les pseudo-progressistes ne savaient que faire car il risquait de les priver des voix de l’électorat conservateur et d’alliances futures et possibles. Peu nombreux ont été ceux qui se sont clairement déclarés en faveur de l’égalité dans l’héritage. Certains timorés ont préféré éluder la question, d’autres se sont contentés de dire que ce n’était pas la priorité du moment et que les urgences étaient ailleurs. Pour ceux-là, les libertés demeurent un luxe auquel on ne pourra avoir le loisir de penser que lorsque tous nos problèmes socio-économiques seraient définitivement résolus. Autrement dit, jamais.

 

Kaïs Saïed avait commencé son discours avec une note d’espoir pour toutes ces femmes qui étaient venues l’écouter. Celles auxquelles il a rendu visite ce matin, et qui l’ont accueilli vêtues de leur bleu de travail, et toutes celles qui, sur leur 31, lui ont fait face hier soir. La Première dame, dans son bleu roi éclatant, et toutes ces femmes artistes, intellectuelles, sécuritaires, politiques…qui l’écoutaient attentivement pendant qu’il broyait leurs espoirs dans un océan de références historiques et littéraires très peu de circonstance. « L’Etat n’a pas de religion… […] Comme s’il y avait une différence entre les citoyens et les citoyennes ! […] Les textes coraniques sont clairs et sans équivoque au sujet de la succession ». Que retenir de toutes ces contradictions ? Que le poids des traditions a la vie dure et qu’il est trop lourd pour être délogé. Que la religion reste un fourre-tout avec lequel on peut tout justifier, sans laisser place à la logique et à l’argumentaire. Qu’il suffit de citer Dieu pour clore le bec à son adversaire, même si on ferme les yeux sur d’autres paroles qu’on aurait attribuées à ce même Dieu. Tant que cela nous arrange…

 

A l’image de nos paradoxes, de nos contradictions et de notre si grande hypocrisie, l’égalité successorale devra attendre une société meilleure. Une société qui sera prête à l’accueillir et à lui accorder une place.

 

On commencera à y croire lorsque la robe bleue étincelante de la femme du président ne sera pas LE grand événement de la journée. Lorsque cette grande Dame, magistrate, instruite et d’une grande élégance morale, sera saluée autrement que pour la beauté de ses habits et de son maquillage. Lorsqu’on ne demandera plus à cette « femme de président » rester si sage et silencieuse dans l’ombre de son mari, mais de servir d’exemple et d’inspiration à de nombreuses Tunisiennes. Il n’y a pas que l’exemple de Leila Ben Ali à citer, il y a aussi celui de nombreuses autres Premières dames dans le monde, connues pour leurs multiples engagements.

Lorsque les femmes pourront sortir dans la rue sans qu’on les regarde de travers ou qu’on les harcèle, peu importe qu’elles soient vêtues de leur hijab ou de leur micro-short.

Lorsque la femme aura le droit, sans être jugée, de choisir de s’investir dans une carrière ou dans une famille. Ou les deux à la fois.

Lorsque la parité ne sera plus considérée comme un fardeau dont on se débarrassera en ajoutant des noms de femme tout en bas des listes électorales avec la conviction qu’elles ne décrocheront aucun siège.

Lorsque les femmes siègeront elles aussi - et pas qu’en minorité – dans les conseils d’administration des entreprises, dans les grands postes de décision, dans les gouvernements et dans les hautes institutions. Où leur congé maternité et la garde de leurs enfants ne représenteront pas un frein à leur ambition.

Lorsque la femme violée ne sera pas questionnée sur sa tenue et l’épouse battue ne sera pas martyrisée car « elle l’a un peu cherché ».  

 

Oui la femme tunisienne a de nombreux acquis, oui elle a de la chance si on la compare aux pays les plus rétrogrades dans lesquels elle est lapidée pour adultère, ou emprisonnée pour avortement. Mais, elle reste une citoyenne de seconde zone encore tributaire d’un homme. Pour en sortir, la voie reste longue et semée d’embûches...

 

Par Synda Tajine
14/08/2020 | 18:00
5 min
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Commentaires
Justinia
@ Alabatros
a posté le 22-08-2020 à 18:40
" Il faut distribuer son mépris avec parcimonie,vu le nombre de nécessiteux..."
Albatros
sur l'héritage .....
a posté le 21-08-2020 à 17:04
vous prenez la France et sa pseudo laicité, comme exemple. 1 mauvais exemple.
au Liban, la question civile ( mariage, héritage ... ) n'est pas du ressort de l'Etat, mais de la communauté ( y en 18 ).
ainsi, au Liban, un musulman peut épouser légalement 4 femmes, mais un chretiens doit se contenter d'1 seule.

oubliez la France pour une fois.
Albatros
Staline, Ataturk, Bourguiba ... ont échoué.
a posté le 21-08-2020 à 16:57
@ Justinia,
le peuple est à 95 % oriental de tradition et culture et non occidental. et pour preuve: regardez le succès des artistes orientaux venus au pays : Najwa karam, Ballan, Sabah Fakhri ...
et vous, vous voulez l'occidentaliser de force. çà marchera pas.

Hélas Staline, Ataturk, Bourguiba ... ont tous échoué à déislamiser .
il n'y a pas d'islam des lumières, de France, d'Allemagne ... il y a islam tout court. take it or leave it.
Bourguiba n'a pas libéré la femme. il l'a empèché de pratiquer sa religion. c'est grave !!!
Ombrax
Ah cette religion alibi!!!
a posté le 20-08-2020 à 13:33
Ne jamais baisser les bras femmes de Tunisie. Les pensées rétrogrades ont le vent en poupe ces dernières années, mais viendra le jour oú vous vaincrez.
Habib
Femme
a posté le 18-08-2020 à 07:59
Le 13 aout ,ce discours ou les références à la religion,furent nombreuses est un échec de plus et un retour en arrière.
Ce n'est pas avec ce président que la femme tunisienne gagnera sa place à part égale dans la société tunisienne.
Justinia
@ Obscurantiste,le vrai.
a posté le 17-08-2020 à 13:01
Parler aux gens le langage qu'ils comprennent.Et c'est ce que je vais faire avec vous:
De quel islam parlez vous?l'islam radical?l'islam des assassinats,des viols et de certains Jihads?L'islam des femmes impures comme les chiens qui le sont en islam? Depuis que vos amis sont aux affaires le pays a atteint 2 millions d'analphabètes.Les maladies infectieuses,le chômage,la pauvreté s'installent de façon permanente et inquiétante.Les gens affamés n'intéressent pas votre Khrigi, c'est demain...Dieu y pourvoira.
Je vois que vous êtes complexé vis à vis des occidentaux,il y a de quoi,vous ne leur arrivez pas aux chevilles.Ils vous écrasent avec leur science,leur savoir leur grand respect pour leurs femmes.Vous êtes aussi jaloux des Tunisiens cultivés qui n'ont pour vous que du mépris.
Norey ben Mahmoud
Comment
a posté le 16-08-2020 à 23:06
L'avenir de la Femme Tunisienne ne peut être qu'entre ses mains.
MH
@Maryem ben Achour, bonjour
a posté le 16-08-2020 à 16:10
Vous m'avez conseillé un psy sur un autre poste. Je n'ai rien compris. En lisant votre commentaire sur le présent article, je pense comprendre un petit peu, mais j'avoue je reste sur ma faim.
Maryem Ben Achour
Je suis une Femme ,et toi c est quoi ton super pouvoir
a posté le 16-08-2020 à 13:07
Oh les filles, pourquoi vouloir être l'égal de l'homme, on regresserait, ça fait bien longtemps que nous sommes supérieures à eux ...voyez les statistiques qui le confirment..
Dal brh
Les points sur les "i"
a posté le 16-08-2020 à 08:10
C est un bon article il a traité le sujet profondément, a mon avis il faut traiter le statut de la femme tunisienne et remédier a des solutions signifiantes.
Je suis une femme et je déclare que je n ai pas besoin d' un jour de fête decoratif
TAW TCHOUFOU
LA VOIE EST DROITE MAIS LA PENTE EST FORTE !
a posté le 15-08-2020 à 19:22
Une bonne chronique de Mme Tajine , merci à elle pour cette lecture !
Concernant l'épouse du président , qui est une personne instruite et élégante , je ne comprends pas pourquoi elle n'est pas à ses côtés lors des cérémonies officielles !
Qu'il le veuille ou pas , son épouse est devenue de facto " la première dame " , dont les Tunisiens doivent être fiers , quand elle reçoit avec lui , au palais , les invités des cérémonies officielles ou les dignitaires étrangers .
Il s'agit d'une question de protocole lié à la fonction et donc elle se devait non pas d'être une simple spectatrice parmi d'autres , mais visible à ses côtés , pour l' épauler , d'autant plus qu'il s'agissait de " la journée de la femme " !
Un autre oubli sans doute !
" Derrière chaque chaque grand homme se cache une femme " ( Fabien S. Granfils ).
observator
L'égalité successorale et gouvernement des indépendants
a posté le 15-08-2020 à 18:15
Pourquoi le débat sur cette question d'héritage
qu'on croyait clos est revenu sur la surface dans le discours du président de la république en ce jour du 13 août 2020?
Sachant que cette question a été soulevé par le système corrompu pour diviser les tunisiens et les détourner de leurs vrais problèmes.

Aujourdhui, cette histoire refait surface et son timing pose une question :
Le niet du président à la révision de cette loi du Coran est elle le prélude à nous faire avaler le gouvernement des indépendants de Mechichi.

Parce que on aurait pu éviter d'évoquer cette question en ce moment.
Surtout que son issue a été déjà tranchée et les initiateurs de son projet de réforme l' ont déjà abandonné .
On peut poser cette question ?
Zeinnou wisdom
Commentaire sur le présent article !
a posté le 15-08-2020 à 13:47
Tout d'abord , je ne citerai pas le nom de Leila Trabelsi, à côté de celui d'Ichraf Ch'bil , l'actuelle première Dame Tunisienne ! ...
D'autre part, je reviendrai pour la neieme fois , qu'il y a lieu de revoir le grand sujet sur " les Droits de la Femme ( en Tunisie et ailleurs ds le monde ) , et de " Reposer" ce Sujet , à travers un autre type de débats d'idées , avec d'autres Prémisses !
- Des prémisses qui inviteraient la Femme , à se " positionner " dans le Social , non pas à partir de décisions et de lois , venant de l'extérieur d'elle- même( ce qui la cantonne à ce qq récipient que l'on veut bien remplir , en tant que cadeau à lui apporter !
Le nouveau Débat à envisager , c'est celui susceptible de l'amener à un " Niveau de Conscience " qui la connecte , naturellement , à son " Potentiel Infini " de Femme ! A cette " Conscience '?clairée " qui la révèle à elle- même, qu'elle est en essence, cette autre " Puissance de Vie " sans laquelle l'univers n'est pas !
Ce jour - là , très probablement , lorsque la Femme aura pour Intention de briguer les plus hautes fonctions de l'Etat , le niveau de Conscience que requiert ce haut Statut , ne sera que le même que celui auquel elle s'identifie !
Et non pas le beau diamant offert par " l'Homme " reconnaissan!
GZ
@obscurantiste
a posté le 15-08-2020 à 11:40
Bonjour.
Je ne sache pas que la monogamie soit une invention exclusivement musulmane ; que le divorce prononcé par voie judiciaire , le planning familial etc ...non plus .
Sans ce sacré Bourguiba nous serions entrain de nous ébrouer dans nos harems , entourés d'une marmaille à n'en plus savoir le nom , à répudier à tour de bras pour renouveler le cheptel . La vie serait si belle .
Bourguiba , qu'avez-vous donc fait là ?
Lol
Vous méritez mieux mais vous vous laissez faire
a posté le 15-08-2020 à 11:06
Trop peu de femmes sont sensibles à la défense de leur cause et trop peu d'entre donnent leur voix à celles et ceux qui militent pour cette cause.
Pendant la dictature c'était facile de laisser le patriarche décider des prochaines évolutions sociétales mais aujourd'hui dans cette pseudo démocratie populiste, les droits s'arrachent.
Vous êtes assez nombreuses et assez cultivées. Vous attendez quoi?
Berbère
Héritage
a posté le 15-08-2020 à 09:55
Bravo pour cet article ST.
L'inégalité successorale est une VIOLENCE faite aux femmes!
Arrêtez d'opprimer la tunisienne!
Berbère
Héritage
a posté le 15-08-2020 à 09:45
L'inégalité successorale est une VIOLENCE faite aux femmes.
Arrêtez d'opprimer les femmes tunisiennes!
Obscurantiste
Un minorite...
a posté le 15-08-2020 à 08:43
Qualifiez de retrogrades, d obscurantistes, de reactionnaires etc.. ceux qui ne veulent pas se voir imposer par
un minorite isolee et infeodee mentalement a l Occident, l arsenal de valeurs islamophobes et neo coloniales occidentales, dites "universelles" (sic!)
mais faites un effort et vivez en Tunisie, car le peuple tunisien s attache a son identite arabo-musulmane et rejette les tentatives de sa deislamisation a long terme. Si l imposition forcee du modele
d occidental de l heritage n a pas eu de succes, malgre le matraquage massif des puissants lobbys des bourgoisies francisees de la dictature,
c est simplement parceque le peuple tunisien n en veut pas, parceque anti islamique.
GZ
" La femme est l'avenir de l'homme " ,
a posté le 15-08-2020 à 07:13
chantait , trop optimiste Louis Aragon .
L' homme , le garçon arabe ou arabisé ignore où se trouve son avenir , s'accommode sans rougir d'un système patriarcal qui tient sa moitié pour la cinquième roue d'un carrosse bancal , continue , toute honte bue , d'asservir , spolier ,voler mère ,s'?urs et filles parfois ,sinon souvent plus méritantes au nom de règles désuètes d'un autre âge . Plus je connais les hommes ...
Mesdames , il ne faut rien attendre des hommes .
Royaliste
la solution ne viendra pas d'en haut
a posté le 14-08-2020 à 20:34
je me demande si on faisait un referendum sur la question de l'héritage qui gagnera, les 50% ou le status quo?