alexametrics
A la Une

Kaïs Saïed délimite son territoire

Temps de lecture : 4 min
Kaïs Saïed délimite son territoire

 

La relation entre le président de la République, Kaïs Saïed, et le président du parlement et d'Ennahdha, Rached Ghannouchi, n'a jamais été au beau fiixe. Malgrè les démentis officiels et les éléments de langage, les deux hommes ne se sont jamais réellement appréciés. Le diner de l'Iftar pendant le ramadan qui les a réunis avec Elyes Fakhfakh, chef du gouvernement, n'y a semble-t-il rien changé. Le président de la République a fait de lourdes allusions durant son allocution pour l'Aïd.

 

Elu à la tête de l’Etat tunisien en octobre dernier avec plus de 70% des voix, le président de la République a finalement décidé de rendre à Kaïs Saïed ce qu’était à Kaïs Saïed, ou du moins essayer. 

La veille de la fête de l’Aïd al-Fitr, le locataire de Carthage a pris son courage à deux mains et a prononcé un discours truffé de menaces. En ligne de mire : Rached Ghannouchi. « La Tunisie a un seul président à l’intérieur et à l’extérieur », a-t-il martelé pour ainsi réclamer son statut de président et surtout de chef de la diplomatie « confisqué » par le très controversé président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et ajouter un épisode au feuilleton d'une relation pas toujours évidente entre les deux présidents. 

Une déclaration de guerre qui a, sans doute, fait des heureux à l’opposition qui n’a cessé de dénoncer l’implication abusive du président du Parlement dans la politique étrangère et la diplomatie du pays. 

Les agissements de Rached Ghannouchi et ses relations extérieures « suspectes » seront, d’ailleurs, examinés au Parlement le 3 juin, notamment son dernier entretien avec le chef du Conseil présidentiel du gouvernement d’entente nationale libyen (GNA), Fayez al-Sarraj. Le leader d’Enndha avait pris l’initiative de féliciter le GNA pour la reconquête d’une base militaire proche de la frontière tunisienne, mais omis de faire part de cet entretien téléphonique, à son cabinet et au bureau du Parlement pour ensuite voir la nouvelle éclater dans la presse locale et internationale.

Le Parti destourien libre (PDL) n’aurait pas pu espérer mieux. Le parti s’est très vite emparé de la nouvelle pour étoffer son dossier contre son ennemi juré et dénoncer, encore une fois, les dépassements commis par le président du Parlement. Le parti de Abir Moussi a même réussi à faire plier le bureau du Parlement après que l’un de ses députés, en grève de la faim, a été transporté aux urgences. Comme quoi, humer du vent ça rapporte ! 

Cet écart de Ghannouchi n’est qu’un d’une longue liste. Le PDL a, rappelons-le, condamné, en janvier, une visite non-annoncée de Rached Ghannouchi en Turquie. Le leader d’Ennahdha s’était précipité, sans un bruit, à Istanbul pour rencontrer, à huis clos, son fidèle disciple le chef du gouvernement turc, Recep Tayyip Erdogan. 

Mais si le president du parti Ennahdha s’est permis tous ses écarts ce n’est que grâce au président de la République. 

A l’heure où Ghannouchi sculptait sa nouvelle image de leader islamiste moderne et consolidait son influence à l’international, Kaïs Saïed faisait des aller-retours entre son domicile à la Mnihla et le Palais présidentiel où il n’a fait qu’offrir des accolades, recevoir des personnalités politiques, s’entretenir – par téléphone – avec ses homologues étrangers, tantôt pour défendre la cause palestinienne, tantôt pour promettre monts et merveilles. 

A l’heure où le loup faisait des apparitions éclairs dans la bergerie en proie au chaos pour couper le micro à certains élus ou exprimer un soutien factice aux députés victimes de violences verbales, le président de la République faisait le tour du pays pour prononcer des discours stéréotypés mais enflammés par moments à coups de « le peuple veut ! » pour appeler à l’amendement de la loi électorale.   

A l’heure où le Grand maître des islamistes courait à droite et à gauche pour conclure et, en urgence, des accords avec la Turquie et le Qatar et soi-disant permettre à ces derniers de contribuer au sauvetage de l’économie tunisienne, le constitutionnaliste sillonnait les régions démunies pour distribuer des aides ou encore chercher un citoyen « distributeur d’œufs ». 

Oui ! Si Rached Ghannouchi s’est permis ses écarts et sans égards, aucun, c’est grâce à Kaïs Saïed. Le président du Parlement ne se serait pas laissé tenter si le président de la République s’était appliqué dans l’exercice de son devoir de chef d’Etat protecteur de la Nation et de la Constitution. 

Kaïs Saïed ne peut pas en vouloir à Rached Ghannouchi. Après tout c’est de bonne guerre ! Le leader nahdhaoui n’a fait que récupérer une prérogative « délaissée » par le chef de l’Etat. N’a-t-il pas refusé de se rendre en Allemagne pour assister à la conférence de Berlin sur la crise libyenne prétextant une invitation tardive pour ensuite se précipiter à Muscat pour présenter ses condoléances suite au décès du sultan Qabous ? 

Certes, la politique extérieure est, constitutionnellement, une prérogative exclusivement présidentielle,  mais comme dit le dicton, qui va à la chasse perd sa place ! 

Nadya Jennene 

Votre commentaire

(*) champs obligatoires

Conditions d'utilisation

Les commentaires sont envoyés par les lecteurs de Business News et ne reflètent pas l'opinion de la rédaction. La publication des commentaires se fait 7j/7 entre 8h et 22h. Les commentaires postés après 22h sont publiés le lendemain.

Aucun commentaire jugé contraire aux lois tunisiennes ou contraire aux règles de modération de Business News ne sera publié.

Business News se réserve le droit de retirer tout commentaire après publication, sans aviser le rédacteur dudit commentaire

Commentaires (15)

Commenter

ourwa
| 26-05-2020 18:37
" Kaïs Saïed délimite son territoire"; ce titre m'a fait écrouler de rire...et a fait défiler dans ma mémoire les images de canins très sérieux, tant en ville, qu'à la campagne, calinant un arbre ou un mur, pour le gratifier d'essence canine, des canins qui délimitent leurs territoires. C'est beau, l'instinct animal !...Le plus drôle, c'est que la journaliste clôt son papier par cette phrase :" ...comme dit le dicton, qui va à la chasse perd sa place ! " , dicton qui ne se réfère certainement pas aux chiens de berger...mais plutôt aux chiens de chasse. Sacrés cabots !

cesarios
| 26-05-2020 13:04
Au royaume des affamés, des démunis, des fauchés, les plus aisés et les plus arrogants enrichis se sont positionnés et devenus des rois, vraiment c'est impensable? ! comment un peuple voudrait sortir de son chambardement total d'un régime politique autoritaire, commandé par une junte familliale, déchu par une immixtion des forces étrangéres ( on le veut ou on le veut pas), de ses lourds marasmes, de ses innombrables et durables fléaux , en optant un régime politique basé sur la suprématie des partis soifs de pouvoir, d'égoistes de priviléges et d'exploitation du maximum d'ignobles avantages supportés sur le dos de la majorité d'un peuple qui n'a connu durant cette toute derniére décennie que les pires des miséres et des souffrances, et par une déguisée transition démocratique , basée sur un un scrutin électoral magouillé, mal pensé et escroqué et qui n' est ne sera jamais bénéfique et productif pour le bien étre et pour la dignité du TUNISIEN ou de la TUNISIENNE........ On est actuellement en présence d'une gouvernance de notre chére TUNISIE représentée par un président dépourvu d' une réelle expérience de la gestion des affaires de l'ETAT, ses prérogatives sont confuses , floues et improductives, une ARP mal gérée, mal constituée, trop détestée, et déshonorée,, un gouvernement mal choisi , qui se trouve déchiré , mal aisé, et loin d'une compétence pour traiter et remédier méme progressivement, à nos désastreuses situations dans tous les domaines et les secteurs sans aucune exception .....Actuellement , le temps presse et la banqueroute est à nos portes, , on s'est trouvé inéluctablement devant le moment ou jamais de faire participer le citoyen et la citoyenne à des référendums bien conçus et bien réfléchis et selon de nouvelles dispositions électorales transparentes et bien controlés en vue de gagner leur confiance et leur faire supporter une certaine responsabilité de la liberté de leurs choix , multiplier les rencontres et se renseigner auprés de nos organisations nationales et les composantes de la société civile, recourir , écouter et analyser ce qui est en train de se dégager de tous les différents médias audiovisuels et écrits

Tunisien
| 26-05-2020 10:42
Dans ce Jennene on trouve de tout. On tape sur Ghannouchj en entrée et on casse du SK en dessert. Sauf que, à force de mâcher du réchauffé ont finit par ce coller une étiquette qui sent le roussi...

Gg
| 26-05-2020 10:19
Les djihadistes de Libye et de Syrie rentrent par grappes de 100, 200, 300...quasiment chaque jour. Ils doivent des milliers sur le sol tunisien!

https://www.tunisienumerique.com/tunisie-rapatriement-de-200-ressortissants-bloques-en-libye/?fbclid=IwAR1YCZc0_sSz_O0WpA_tjCuR5Q9Y2bWCItltSKAzhp9f3AT2TJ6TtjWti7U

Attendez vous à des jours bien sombres.

Mansour Lahyani
| 26-05-2020 09:29
"courait à droite et à gauche pour conclure et, en urgence, des accords avec la Turquie et le Qatar" ? Vous n'y êtes pas du tout, selon moi : il a juste pris le temps de recevoir ces documents, comme de précieuses instructions imparties par ses frères très très musulmans, des instructions fermes qu'on ne doit pas discuter ! Donc, le "grand maître des islamistes" ne courait même pas le risque de se fouler la cheville : il ne faut surtout pas oublier qu'il est LE grand maître de cette secte internationale et suprêmement malfaisante !

watani horr
| 26-05-2020 09:19
La position de KS est très bien appréciée par la majorité des tunisiens, bien qu'elle soit en retard de phase. KS aurait du agir dès l'atterrissage de l'avion turc et le forcing d'Erdogan laissant KS sur le fait accompli. Cette man'?uvre a été préparé soigneusement par Ghannouchi, le traitre et le vendeur de la Tunisie. KS n'aurait pas dû recevoir Erdogan à Carthage car ce dernier a bafoué les principes de la diplomatie internationale et a forcé la main au président, c'est une action de gang. Je rappelle la position du Zaim Bourguiba quand il a reçu l'ambassadeur des USA suite au bombardement d'Israel sur les palestiniens à Chat Mariam, Bourguiba n'a pas autorisé l'ambassadeur à s'assoir, il lui a dit "je vais vous dire 2 mots, si votre gouvernement s'oppose à la requête de la Tunisie devant les Nations Unies en utilisant son veto, nous coupons nos relations diplomatiques". Les USA n'a pas levé son veto et a condamné l'agression d'Israel. C'est ça, le courage d'un Président, Bourguiba ne recule pas devant l'intérêt du pays. C'est la raison pour laquelle les destouriens et le peuple tunisiens admirent le courage de leur Président historique. Bourguiba n'a pas aussi reculé devant Gaddafi au discours du Palmarium de Tunis, il lui a donné une leçon sans précédent. C'est ça le role d'un Président courageux et compétent pour défendre les intérêts de son peuple.
Monsieur le Président, nous attendons des actes le plus vite possible et ne as lasser la situation pourrir. Nous sommes avec vous, BON COURAGE.

Welles
| 26-05-2020 09:03
Quand on a comme programme un simple slogan populiste « le peuple veut » il n'y a rien à attendre de cet homme complètement hors sol pour ne pas dire autre chose; le peuple veut mais de quel peuple parle-t-il ? Même le grand Marx expert en la matière n'a jamais utilisé ce terme flou et préfère utiliser le concept de classe par exemple.Le président parle-t-il du peuple racaille et des gardiens de la révolution ou des petits magouilleurs dans tous les coins de rue ou encore du peuple qui va à la mosquée pour se faire voir, des islamistes obscurantistes qui réclament leur part du gâteau etc... Non le peuple veut et qu'est-ce qu'il veut? Mystère et boule de gomme Rien ,Nada.
Que dire encore de ses discours imprégnés de la fibre religieuse; l'autre fois aux v'?ux de l'Aid j'ai cru entendre le mufti de la république plutôt que le président , mais bordel ne sommes nous pas dans une république laïque ! Et pour le reste des mots creux et des menaces sans lendemain car impossible de le prendre au sérieux et ça le vieux cheikh l'a bien compris et puisque la nature a horreur du vide ,le gourou s'est subrepticement engouffré dans la brèche et même crier haut et fort que c'est lui qui mène la danse du ventre devant le turc et le qatari.
Défendre ce président ici c'est être de mauvaise foi, et ne pas rendre service à la Tunisie qu'on aime. C'est un président complètement déconnecté de la réalité qui n'a qu'une hobby la calligraphie écrite et verbale comme ses défenseurs ici et ils se reconnaîtront.
Oui pour moi le président est un salafiste d'un certain genre Et sa vision des choses est imprégnée de la doctrine de cette secte; bien sûr, je ne parle pas de la secte violente mais d'un salafisme mystique aussi obscur et dangereux que toute forme de séparatisme.
Nous voilà donc avec un homme aveuglé par une doctrine totalement dépassée et qui ne parle que d'une manière redondante et impulsive, bref un président à côté de la plaque ou plus familièrement chez nous en Tunisie un Tartour nouvelle version.

Hatem
| 25-05-2020 23:08
Il a aussi et surtout clairement dit qu'il n'y aura plus un retour en arrière :)

Rcdistes, destourien, gauche et stanilisme, culte de la personnalité, corruption, copinage et tout ce qui est laid. Bye bye old school!

Maxula
| 25-05-2020 21:25
"les deux hommes ne se sont jamais réellement appréciés."

Et dire que certains surdoués avaient toujours prétendu que Kaïs Saïed était sinon "islamiste" du moins l'homme des islamistes. . . parce que ceux-ci étaient honnis par le distributeur de pâtes sans sauce !
Je suis même sûr qu'ils ne voudront jamais reconnaître leur erreur tellement ils restent encalminés dans leur déception de voir KS à Carthage alors qu'ils avaient espéré et rêvé d'y voir le nullard futur repris de justice !
Que certains n'acceptent pas le verdict des urnes et refusent de reconnaître une quelconque légitimité au Président de la République, passe encore. . . mais qu'ils oublient qu'ils ont affaire à un homme digne de considération ne serait-ce que parce qu'il est simplement un homme. . . et lui manquent gratuitement de respect et l'affublent de sobriquets, pensent-ils dégradants, ne peut que les situer à leur niveau pas très reluisant d'êtres bassement revanchards et bêtement rancuniers !
Maxula.

DHEJ
| 25-05-2020 20:11
Il est le gagnant de ce duel.


ROBOCOP est un bleu ne connaissant pas les articulations de l'état, ne sait pas comment GOUVERNER pour cadrer le GOUROU.

ROBOCOP oublie que l'ambassadeur de Tunisie dépend de la présidence de la république et que celui de la Turquie est sous l'autorité du ministre des affaires étrangères donc de la présidence de la république..

A lire aussi

les zones rurales, où se crée la richesse du pays, sont les plus touchées par la

23/09/2020 19:59
2

Et pourquoi pas un Tunisien à la tête de la Confédération africaine de football (CAF) ?

22/09/2020 21:00
4

une lutte sérieuse et efficace contre le fléau de la

21/09/2020 19:59
5

les réseaux sociaux sont devenus des catalyseurs de toute sorte de

20/09/2020 20:45
3