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Interview de Larbi Nasra : Si je ne passe pas le premier tour, je m'éclipserai !
17/10/2014 | 1
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Interview de Larbi Nasra : Si je ne passe pas le premier tour, je m'éclipserai !
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Larbi Nasra est un personnage haut en couleurs et qui n’a pas sa langue dans sa poche. Cette réputation s’est vue confirmée lors de l'entretien qu'il a accordé à Business News en tant que candidat à l’élection présidentielle. Il nous a expliqué sa vision de la fonction présidentielle et la genèse de sa candidature à la fonction suprême. Il nous a également fait certaines révélations à propos d’autres hommes politiques. Entretien.


Comment est venue l’idée d’être candidat à l’élection présidentielle ?

L’idée a commencé à germer depuis l’année 2009. A l’époque, j’étais l’un des principaux opposants au régime de Ben Ali. Les émissions sociales qui étaient transmises par Hannibal commençaient à gêner le pouvoir car elles dévoilaient la misère des Tunisiens au quotidien. On se rendait compte que plusieurs Tunisiens n’avaient pas de quoi manger ni où habiter. A partir de là, le régime s’est échiné à me porter atteinte, on m’a confisqué mon passeport, on m’a infligé des taxes imaginaires dont l’une m’a coûté 2 millions de dinars. Même le receveur des finances ne savait pas quoi en faire car la taxe était fictive !
J’ai montré que la Tunisie était faite de lobbies et de groupes d’intérêt. Je faisais tout cela sans penser aux conséquences car en tant qu’homme de médias j’étais investi d’une mission, celle de transmettre la voix du pauvre. A l’époque, il n’y avait presque pas d’opposition, elle était divisée entre ceux qui étaient en exil et ceux qui se cachaient en Tunisie. Mais moi, j’étais au cœur du système et je ne me suis jamais caché ! J’ai combattu avec les moyens que j’avais et j’ai préparé le terrain à la révolution qui est arrivée en 2014 !
En 2009, j’étais conscient qu’il fallait faire quelque chose, qu’il fallait agir. J’ai donc proposé à un politicien de mettre ma chaîne à son service afin de précipiter la chute du régime de Ben Ali. J’ai donc pensé à Mustapha Ben Jaâfar. Je l’ai rencontré à Paris en me présentant à lui sous un faux nom. Nous avons déjeuné ensemble au restaurant « L’espadon » et après le repas je l’ai emmené avec ma voiture près de Montparnasse. A l’époque je voulais devenir président ou secrétaire général du parti de Mustapha Ben Jaâfar [NDLR : le parti Ettakatol] en lui disant qu’en 2014, ce serait lui ou moi le président de la Tunisie. Cette initiative n’a pas réussi avec lui et le projet est tombé à l’eau.
 
Je n’ai pas besoin d’être président, je suis déjà président ! Si je le fais, je le fais pour les gens. Au niveau personnel, je n’ai pas à me plaindre, je peux voyager quand je veux et je vis confortablement, pourquoi j’irais prendre cette responsabilité si ce n’était pas pour les gens ?
Je suis un homme de principes et quand j’entre dans un jeu je le finis jusqu’au bout. Je suis également le conseiller de plus de 50 entreprises internationales comme Alstom, Siemens ou Mitsubishi ! Laissez-moi-vous raconter une anecdote : En juillet dernier j’avais déjà commencé à récolter des parrainages citoyens pour ma candidature. On avait atteint près de 7.000 parrainages à ce moment là. L’un de mes collaborateurs est venu me voir en me disant qu’il avait apporté près de 4.000 parrainages qui étaient destinés au départ à Slim Riahi. Je lui ai dit que je ne mangeais pas de ce pain là ! J’ai refusé ces parrainages alors qu’ils étaient suffisants pour que j’atteigne les 10.000 signatures nécessaires. Je les ai refusés car je suis un homme de principe !


Quelles seraient vos premières mesures en tant que président ?

Il y a tellement d’urgences dans ce pays ! Si vous vous préparez pour aller à un mariage vous ne pouvez pas privilégier la veste au pantalon, toute la tenue doit être prête en même temps !
Quoi qu’il en soit, je pense qu’un soin particulier doit être porté à la situation sécuritaire qui doit être renforcée. D’ailleurs, plusieurs choses doivent être changées au sein du ministère de l’Intérieur. Par la suite, il est absolument nécessaire de nettoyer le pays, de le prendre et de le plonger dans un seau d’eau et de savon ! Les municipalités doivent faire leur travail. Je ne parle pas de Carthage ou du Bardo, je parle de toute la Tunisie. Cette poubelle qui s’accumule dans tout le pays a des effets psychologiques sur les gens. Quant aux quartiers populaires, n’en parlons même pas ! Eux, ça fait longtemps qu’ils souffrent de ce problème !
D’autre part, je réunirais les hommes d’affaire du pays pour leur dire que rien ne pourra être fait sans eux. Je libérerais les transferts de devises en Tunisie en les exhortant à ramener au pays tout l’argent qu’ils cachent à Dubaï, en Allemagne ou en Suisse. Cependant, j’aurais une condition, celle d’investir dans le pays. Je leur dirais : « Faites travailler votre argent en Tunisie et faites-en profiter votre frère le Tunisien. Ça vous apportera des bienfaits à vous, à vos enfants et à vos petits-enfants et personne ne vous demandera d’où vient tout ça ! ».


Quels sont vos adversaires les plus sérieux à l’élection présidentielle ?

D’abord, je pense que la loi électorale ou plutôt les conditions de candidature à la présidentielle sont trop permissives. Ça explique le nombre de candidats et surtout le fait qu’il y ait autant de candidats fantaisistes !
Franchement, je ne me vois pas d’adversaires. Imaginez un tableau où il y aurait une cinquantaine d’ombres et avec un seul visage dont les traits sont clairs. Je serais le seul candidat qui a les traits clairs et tous les autres seraient les ombres ! Je ne me vois pas d’adversaires. Vous me direz Béji Caïd Essebsi ? Je vous répondrais que c’est d’abord un ami que j’ai rencontré plusieurs fois. Mais franchement, il aurait dû garder une fonction de chef spirituel au sein de son parti et donner la présidence à Taïeb Baccouche et puis c’est tout. Pourquoi candidater à la présidence à bientôt 88 ans ? Croyez-moi je l’aime beaucoup mais il faut dire la vérité.
Prenez le cas de Mustapha Kamel Nabli par exemple. C’est un grand financier et l’économie est son domaine, il n’y a pas de doute là-dessus. Toutefois, c’est tout ce qu’il a ! Si j’avais été à sa place lors du plateau de Samir El Wafi j’aurais immédiatement quitté le plateau ! [NDLR : Larbi Nasra parle de l’épisode pendant lequel Nasreddine Ben Hdid avait proclamé son amitié avec Abou Iyadh]. Un président de la République doit être un homme à poigne, un homme dont les décisions sont exécutées ! 
Et le cas Moncef Marzouki ? Un homme qui a fait honte à son pays partout où il est allé. Il est responsable de l’état dans lequel se trouve le pays aujourd’hui. Si les Tunisiens votent pour lui alors j’arrête. Ce sera une énorme déception pour moi de la part du peuple tunisien si jamais il redonnait sa confiance à Moncef Marzouki. C’est simple, si Moncef Marzouki est élu à la présidence de la République je quitterais le pays et si je ne passe pas le premier tour, je m’éclipserai de la scène.


Qu’est ce qui vous différencie des autres candidats ? 
Ce qui fait la différence avec les autres candidats c’est que moi, j’ai côtoyé les pauvres de très prés. Je connais exactement leurs préoccupations car je me suis mis dans leur peau et que je me suis toujours mis à leur place. Depuis que j’avais l’âge de vingt ans j’ai pris en charge des personnes âgées que j’aide chaque année. Les émissions qui ont été transmises sur Hannibal TV ont toutes servi à montrer la vérité. Un jour on avait fait une émission sur une femme qui a deux enfants handicapés et qui a passé près d’une semaine sans pouvoir manger ! Ce jour là j’ai pleuré plus que le jour de la mort de mon père.
Vous savez, avant les élections de 2011 j’ai reçu tous les politiciens, de Rached Ghannouchi à Hamma Hammami ! Je les ai tous reçus et c’est moi qui ai réussi à imposer mes idées. A moi, ils ne pouvaient pas parler d’idéologies et me sortir leurs discours habituels. C’est moi qui ai monopolisé les conversations à hauteur de 80% !
Je suis né à Beb El Fella au milieu d’un quartier populaire. J’ai fait partie d’une famille qui était relativement aisée par rapport au voisinage. Les jours de fête, la porte de la maison était grande ouverte et mon grand-père recevait tout le monde pour les aider. Moi j’ai vécu à l’époque où la maman trempait un bout de pain italien dans une cuve de sauce [Marka] et la donnait à l’enfant qui venait de rentrer de l’école. Tout ça pour dire que je connais très bien les préoccupations et les problèmes des pauvres et des défavorisés.
Evidemment, après j’ai accédé à la richesse, à l’éducation, à la culture, à la belle voiture et à la belle maison, mais tout ça n’est qu’accessoire. C’est exactement comme les vêtements qu’on enlève avant de dormir ! En fin de compte, ce qui reste c’est l’original, le vrai. 

En une phrase, pourquoi on voterait pour vous ?
En une phrase ça va être difficile. Mais je pense avoir la compétence, l’expérience et les idées nécessaires pour être président de la République. J’ai aussi d’excellentes relations et je suis capable de ramener des capitaux en Tunisie pour stimuler l’économie du pays. Il y a certainement d’autres candidats capables aussi de le faire mais moi je le ferais d’une manière plus rapide et plus efficace.
Je conseille au peuple tunisien de ne pas se laisser tromper par les apparences et par l’argent et de ne pas se vendre pour une poignée de billets. Je lui demande de penser à l’avenir et d’être conscient que le choix qu’il fera pour les cinq ans à venir aura des répercussions sur les vingt prochaines années. Ne choisissez que celui dont vous êtes sûr à 100% car l’erreur n’est plus tolérée. Pensez aux trois ans qu’on vient de traverser, à la saleté du pays, aux maladies, à l’économie qui a plongé et ne faites pas la même erreur !

 

Entretien mené par Marouen Achouri

 

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