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Gouvernement Chahed version 2.0 : Faire du neuf avec de l'ancien
06/09/2017 | 19:59
6 min
Gouvernement Chahed version 2.0 : Faire du neuf avec de l'ancien

 

C’est officiel. Après une longue attente et des mois de suspens, Youssef Chahed a enfin annoncé la composition de sa nouvelle équipe. Un remaniement qui n’a pas touché aux seuls portefeuilles vacants. Plus élargi, ce remaniement a vu le départ de ministres de la première heure, certains qui ont été mutés à la tête d’autres départements et plusieurs nouveaux qui débarquent.

 

 

« Le gouvernement d’union nationale sera, durant la période à venir, un gouvernement de guerre. Il continuera de mener les combats qu’il s’est fixé : la guerre contre le terrorisme, la guerre contre la corruption et la guerre pour le développement et contre le chômage et les disparités régionales », telle a été la déclaration du chef du gouvernement à l’issue de son entrevue avec le président de la République.

Youssef Chahed confirme ainsi sa volonté à perpétuer le modèle d’union nationale et les recommandations de l’Accord de Carthage. Un gouvernement qui, en somme, n’est pas très différent sur la forme avec celui qui le précède. Plusieurs acteurs de la scène politique avaient, pourtant, appelé à un gouvernement restreint et de compétences et surtout qui ne serait pas basé sur les quotas partisans.

Premier à réagir, l’ancien chef du gouvernement Mehdi Jomâa, qui a choisi d’exprimer sa désapprobation via une citation d’Albert Einstein : « La définition de la folie, c'est de refaire toujours la même chose, et d'attendre des résultats différents ». Le message est on ne peut plus clair.

 

Pour former sa nouvelle équipe, Chahed a dû composer avec les tiraillements politiques en place et contenter de ce fait partis, société civile, et bien évidemment la présidence de la République.

Le chef du gouvernement n’est pas sorti des sentiers battus et certains observateurs relèvent le fait qu’il nous sert du réchauffé. Jouer à l’équilibriste et créer l’illusion de faire du neuf avec du vieux, c’est le style choisi par un Youssef Chahed qui s’est tout de même attelé à une tâche des plus ardues, qui aurait rebiffé, disons-le, le politicien le plus rompu à l’exercice politique.

 

En tout état de cause, le chef du gouvernement a trouvé un terrain d’entente avec les signataires de l’Accord de Carthage, en particulier Ennahdha, Nidaa et la puissante centrale syndicale l’UGTT. Les deux partis vainqueurs des dernières élections qui avaient haussé le ton, l’un réclamant plus de portefeuilles, l’autre qu’on ne touche pas à ses ministres, ont pu maintenir voir renforcer leur position au sein de la nouvelle équipe.

Ennahdha, qui mettait en garde contre une possible éviction de ses ministres et s’opposait à un remaniement élargi, les voit reconduits dans des ministères économiques clés. Zied Laâdheri à la Coopération internationale, Imed Hammami à l’Industrie et les grandes réformes chez l’ancien conseiller du parti islamiste, Taoufik Rajhi. Par ailleurs, le ministre des TICS reste en poste.

Quant à Nidaa, à défaut de rafler la mise, il maintient en place certains de ses ministres, notamment Selma Elloumi au Tourisme, Khemaies Jhinaoui aux Affaires étrangères et Majdouline Cherni, à la Jeunesse et au Sport et remporte des secrétariats d’Etat, à l’instar de celui de l'immigration et des Tunisiens à l'étranger.

 

Durant les jours à venir, on ne finira pas de débattre et de passer au crible les parcours des ministres fraîchement nommés. Derrière certaines nominations, le chef du gouvernement a voulu passer un message politique fort.  

La Tunisie a deux nouveaux noms à la tête des ministères régaliens : la Défense et l’Intérieur. Abdelkarim Zebidi reprend les rênes  de la Grande muette et l’actuel commandant en chef de la Garde nationale, le colonel-major Lotfi Brahem, les commandes à l’Intérieur. Des nominations qui ne feraient pas que des heureux, quand on connait le clash par médias interposés entre l’ex président provisoire, Moncef Marzouki et M. Zebidi. Pour ce qui est de la nomination de Lotfi Brahem, qui a participé aux récentes arrestations de gros barons suspectés de corruption et d’atteinte à la sûreté contre l’Etat, elle a déjà fait réagir le dirigeant Irada, Imed Daimi. Depuis quelque temps, le député mène une campagne hostile contre lui et a même déposé plainte à son encontre. Daimi n’est pas content et s’insurge aujourd’hui contre le fait que son « ennemi » soit désormais à la tête de l’Intérieur.

Il est indéniable que ces des personnalités connues pour leur compétences devront etre un atout de taille dans le nouveau gouvernement Chahed.

 

Succédant à Fadhel Abdelkefi au ministère des Finances, Ridha Chalghoum n’est pas un néophyte. Il a déjà dirigé le département et occupé des postes importants au sein du ministère. Il quitte ainsi son dernier poste en date de conseiller à la présidence du gouvernement, pour s’atteler aux lourds dossiers économiques qui l’attendent, en premier, la loi de finances 2018. Un poste qui requiert de la compétence et des nerfs solides. Au vu de ce qui attend  M. Chalghoum, ça ne sera pas de tout repos.

En outre, Slim Khalbous se voit déchargé de l’intérim du département de l’Education nationale, au profit de Hatem Ben Salem, actuel président de l’Institut des études stratégique. Nomination décriée par l’opposition de gauche, qui rappelle le passé politique de M. Ben Salem.

 

Autre « revenant », Slim Chaker, qui remplace la ministre Afek, Samira Merai, au bilan peu reluisant, à la Santé. Il revient au gouvernement après un passage par Carthage comme conseiller économique, la présidence place ainsi l’un de ses hommes au gouvernement et Nidaa gagne un portefeuille.

Départ fortement attendu du gouvernement, celui du ministre du Transport, Anis Ghedira. Il quitte le navire, alors qu’il était pressenti à la tête d’un autre ministère : son bilan, jugé très médiocre par plusieurs observateurs, aurait desservi sa cause. Il ne rempilera pas et le secteur du transport s’en trouvera mieux.

 

La fumée blanche est finalement sortie du palais de Carthage, après des mois de pressions, de spéculations, de menaces et de coups bas politiques et médiatiques. Reste maintenant le passage devant l’Assemblée des représentants du peuple, pour le vote de confiance. Un passage entendu à l’avance puisque les partis majoritaires ont été confortés dans leur position.

Cet énième remaniement ne donne pas l’impression qu’un grand changement ait été opéré : on a gardé presque le même nombre de ministres et de secrétaires d’Etat et on a cédé aux manouvres partisanes.

Le gouvernement Chahed 2.0, saura-t-il surmonter les crises et les échéances à venir ou devrait-on s’attendre encore une fois, à un autre remaniement pour colmater les brèches et faire taire les plus bruyants, dans une sorte d’éternel et fatiguant recommencement.

06/09/2017 | 19:59
6 min
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Commentaires (5)

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takilas
| 07-09-2017 15:27
C'est que leur popularité n'a cessé de se dégrader depuis le 23/10/2011 à ce jour.
Donc, nahdha (les médiocres et incompétents) supposent à chacune de leurs entrevues et interviews qu'ils sont toujours à ladite date.
Depuis lors à ce jour, il n'y a que quelques sudistes qui ont obtenu des faveurs personnelles qui peut-être qui continuent à espérer un os ronger de la part de nahdha ; autrement le peuple n'en veut plus de cette nahdha dont plusieurs sudistes qui ont voté pour ce faux parti.

6 mois ou 1 an ???
| 07-09-2017 13:34
Des ministres pour les beaux yeux de Hafedh qui veut une majorité de Nidaa avec les intouchables de Nahdha et des anciens Rcdistes mais pour combien ? 6 mois voir un an au max ? et rebelote un nouveau remaniement et une nouvelle liste s'imposera à Chahed. Ces nouveaux apporteront t-il le changement ?? A mon avis non car ils sont là pour l'intérêt des partis non pour la Tunisie.

A4
| 07-09-2017 08:37
Peut-être que l'aspirine finira par soigner le cancer...

takilas
| 07-09-2017 08:15
C'est vrai par contre que les traîtres et régionalistes (tous des ***) députés de nahdha et d'autres comme Samia Abbou, Amroussia et autres qui se reconnaitront, et qui sont tous des pro-nahdha avant même qu'ils ne viennent en intrus colonisateurs à partir de leur refuge de luxe à Londres, que là auraient refusés par banditisme et caprices avalisés par l'étonnant Président de la République qui a prohibé toute forme de démocratie et ce au profit des choix subjectifs et de parti pris.
Dommage ! que la Tunisie tombe si bas.
Maadech tkomilha kaima.

takilas
| 06-09-2017 21:20
Et ses vagabonds, incultes, régionalistes et affamés membres, osent se comparer à Farhat Hached, Ahmed Tlili et autres illustres patriotes.
"Kib saad el aar".