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Chroniques
Dernier recours pour Sfax
Par Synda Tajine
30/11/2021 | 15:59
4 min
Dernier recours pour Sfax

 

Nous parlerons encore ordures aujourd’hui. Ceux qui s’attendaient à un peu de joie et de bonne humeur, passez votre chemin. Je suis désolée pour vous...Et pour nous tous.

Plus de deux mois aujourd’hui. Plus de 60 jours. On ne compte presque plus. J’ai moi-même perdu le compte. Discours, discours, slogans, slogans et, au final, Sfax est toujours ensevelie sous les ordures. Ensevelie oui, on n’exagère pas.

 

Hier, le chef de l’Etat - premier pourvoyeur national de discours pompeux, mais souvent vides de sens - reçoit la ministre de l’Environnement Leila Chikhaoui. La rencontre, nous dit Carthage, « a porté sur la situation environnementale en Tunisie et sur les efforts fournis afin d’assurer un environnement sain à tous les citoyens ». Environnement sain ? Situation environnementale ? Tous les citoyens ? De qui se fout-on ?

 

Depuis la crise sanitaire, la dernière (et unique) visite de Leila Chikhaoui dans la ville de Sfax remonte à plusieurs semaines. Elle y a prouvé qu’elle n’était pas préparée et qu’elle ne maitrisait pas son dossier. Depuis, elle a continué à l’être en essayant de résoudre le problème avec des solutions de rafistolage et de camouflage. Désodorisant pour camoufler les odeurs, chaux pour arrêter la décomposition… De qui se fout-on ?

 

Depuis la crise sanitaire, la dernière visite du chef de l’Etat dans la ville de Sfax remonte à…non, en fait, le chef de l’Etat n’a pas encore mis les pieds dans la ville pour constater de lui- même l’ampleur des dégâts. Il se contente de ce qu’on lui raconte, de ce qu’il voit sur les photos et vidéos. Ignore-t-il l’impact d’une telle visite sur l’importance accordée à la catastrophe ? Néglige-t-il son rôle de premier responsable et de « président de tous les Tunisiens » ?

Idem pour la cheffe du gouvernement. Aucune des deux têtes de l’exécutif n’a pris la peine d’accorder à la crise qui sévit dans cette ville – la deuxième du pays – l’importance qu’il fallait. Pas seulement au niveau communicationnel, mais aussi pratique. Discuter avec les habitants, constater la situation sur place peuvent paraitre secondaires devant la nécessité de trouver des solutions urgentes. En réalité, aucun des deux aspects n’a été mis à concrétisation.

 

Qu’attendent Kaïs Saïed et Najla Bouden pour partir à Sfax et sentir de près l’assommant parfum de l’échec ? S’ils ne sont, évidemment pas responsables d’années de laisser-aller qui ont fait que la situation a atteint ce point de non-retour, ils sont certes tenus d’y apporter des solutions, vite et bien. Il ne suffit pas de crier que Sfax est victime de complot, il faut le voir en face et agir en véritable homme d’Etat.  Le pouvoir n’est pas que slogans et discours.

 

Les contestataires de Agareb avaient été reçus il y a quelques semaines. Eux aussi en avaient marre des promesses non tenues et des solutions bouche-trous. Ils avaient refusé de servir de souffre-douleur à la ville de Sfax. On les avait rassurés après les avoir chassés avec du gaz. La solution aura duré quelques jours, puis retour à la case départ.

Sfax s’est vue débarrassée de ses ordures pendant quelques petits jours pendant lesquels elle a réappris à respirer. Avant de sombrer de nouveau sous des tonnes d’ordures journalières.

 

Les habitants de la ville de Sfax aiment se complaire dans de vieilles auto-flagellations datant de l’époque pré-2011 où la ville a payé le tribut d’années de marginalisations et de règlements de comptes politiques. « Sfax est marginalisée et oubliée », répètent-ils comme pour se convaincre qu’ils sont victimes d’une machination, d’un complot ourdi contre eux. Si ces discours pouvaient agacer à l’époque, la réaction du pouvoir ne fait qu’alimenter aujourd’hui ce profond sentiment d’injustice. Kaïs Saïed grand amateur de théories du complot devrait pourtant comprendre. Lui qui disait que ce qui se passe à Sfax était un complot.

 

Aujourd’hui, les habitants crient au scandale et utilisent les derniers moyens à leur disposition pour manifester leur colère. Grève générale et refus de s’acquitter des impôts sont brandis comme dernier moyen de pression face à un pouvoir qui n’entend pas, n’écoute pas et ne voit pas. Ou, plutôt, qui refuse de le faire. Sfax joue le tout pour le tout et sort sa dernière carte, celle de capitale industrielle et d’important contributeur d’impôts pour faire jouer son poids afin de se faire entendre. Y parviendra-t-elle ? Il faudra attendre le 10 décembre, date de la grève générale, pour le savoir. En attendant, il est fort à parier que les ordures ne seront pas levées de sitôt.

 

Vous en avez marre de lire sur les déboires sanitaires de Sfax ? Imaginez alors ce que ressentent les habitants de Sfax…

Par Synda Tajine
30/11/2021 | 15:59
4 min
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Commentaires
takilas
Avant le 25 juillet il n'y a eu aucune plainte à ce sujet de Agreb et Sfax.
a posté le 01-12-2021 à 05:22
Est-ce une coïncidence ou un camouflage, des bourdes et des incompétences de nahdha.
Rationnel
Municipalites de la region de Sfax doivent resoudre ce probleme
a posté le 30-11-2021 à 23:16
Le Président de la république n'a pas a s'occuper des ordures, c'est une responsabilité locale. L'état providence n'est plus possible.
La sanitation est une responsabilité de la localité, les citoyens paye la taxe de "zibla et kharrouba" pour ça.
Si la municipalité n'a pas su s'acquitter de la tache, c'est la responsabilité des citoyens qui ont élus de Nahdhaouis incompétents.
Le financement d'équipement pour incinération des ordures est a la portée des municipalités de la région.
Chaque citoyen peut fabriquer son petit incinérateur d'ordure (des centaines de vidéos sur youtube explique plusieurs techniques pour le faire avec un minimum d'équipement).
La municipalité peut transformer les ordures en énergie (voir How Gasification Turns Waste Into Energy sur Youtube).
Assumez vos responsabilités et prenez vos problèmes en mains.
zozo Zohra
Déchets
a posté le 30-11-2021 à 22:35
Les années 60 et 70 on n'avait pas ce problème. Les emballages plastiques n'étaient pas. C'était pas encore les sociétés de consommation. Je me rappelle à la campagne, on produisait nos lait, ou on allait avec notre bidon en allu chercher du lait. Les emballages c'était du papiers craft, on buvait de l'eau du puits, nos seuls déchets C'était les épluchures du fruits et légumes, leurs compostage se faisait naturellement.

A partir des années 80 commence, la vie de grande consommation. Les sacs en plastique, les emballages en plastique, le lait en briques, les yaourts de tous genres, ect.. . Et là, les problèmes commencent il y a plus 40 ans et surtout les 10 dernières années, faute d'anticipation, éducation à l'environnement, absence d'infrastructures, stockages, pas de cahier de charge, absence d'analyse de l'impact des déchets sur l'environnement, ect.... à l'instar des pays développés.

Voilà d'où vient nos problèmes de gestion de nos déchets. On ne pourra pas les résoudre par baguette magique
zozo Zohra
Gestion
a posté le à 08:53
https://www.eea.europa.eu/fr/signaux/signaux-2014/articles/les-dechets-un-probleme-ou
zozo Zohra
Que font les autres pays
a posté le à 08:49
https://www.usinenouvelle.com/article/que-font-les-autres-pays-de-leurs-dechets.N898419
Warda
Crise des déchets sur toute la Tunisie
a posté le 30-11-2021 à 21:32
Toute la Tunisie est une déchèterie à ciel ouvert.

Le peu de touristes qui sont revenus pour les vacances de novembre ont constaté après deux ans de crise covid que rien n'avait été fait en deux ans alors que les destinations touristiques concurrentes ; Grèce, Espagne avaient embelli leur rues, plages.

Hammamett, djerba, du nord au sud en passant par sfax c'est une honte totale.

Rues sales, plages remplies de déchets plastique, couches, conserves rouillées !

Qui ira se reposer après cette crise covid sur des transats de plage mis entre détritus, plastiques ?

Les français ont pu économiser beaucoup d'argent vu que tout était fermé : les livrets d'épargne sont plein mais qui ira les dépenser dans un pays qui n'a fait aucun effort sur l'hygiène !

Que faisait l'Anged en tenant un stand au salon Pollutec qui a eu lieu à Lyon il y a un mois ? Alors que sfax était déjà sous les ordures !
takilas
Non en Tunisie avec les nominations de "maires" incompétents et saboteurs
a posté le à 05:30
Tel qu'à Tunis où la maire n'a fait que reprendre l'arrosage de l'avenir Habib Bourguiba de Tunis et s'acheter chaque jour d'immenses quantités de fleurs dont leurs plantations ne dure même pas une demi-journée et les mêmes plantes sont replantées le lendemain.
Est-ce qu'il y a une connivence avec le "fleuriste" ? aucune traçabilité et un sujet de corruption à examiner.
Quant aux ordures amassées à tous les coins de rues adjacentes à cette avenue c'est une vraie catastrophe.
Un délaissement intégral.
Gg
Un chantier pour 20 ans
a posté le 30-11-2021 à 20:19
Le traitement des déchets est un monumental chantier industriel.
A la base, il y a la bonne volonté des citoyens, pour trier nos déchets chez nous: verre, emballages et plastiques, métaux, déchets alimentaires et végétaux. Sans cette bonne volonté, le reste est impossible.
Les reste, c'est le ramassage et le transport vers les sites spécialisés : incinérateurs, déchetteries pour métaux, circuit du verre, des plastiques...
C'est une énorme industrie.
A titre d'exemple, voici un article sur les deux incinérateurs de Lyon, ville comparable à Sfax.

https://zerodechetlyon.org/12-etat-des-lieux-lincineration-des-dechets-menagers-sur-la-metropole-de-lyon/

A la lecture, on voit qu'il y a du très bon et du très mauvais.
Bien sûr cela coûte cher, les investissements sont lourds.
Mais, sans mauvais esprit, juste une question: combien de mosquées coûte un incinérateur?
Il y a des choix qui auraient dû être faits...