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Clôture de l'enquête sur le meurtre de Chokri Belaïd : révélations et questionnements en cascade
30/03/2014 | 1
min
Clôture de l'enquête sur le meurtre de Chokri Belaïd : révélations et questionnements en cascade
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La clôture de l'enquête dans l'affaire du meurtre de Chokri Belaïd représente un séisme sur la scène politique et judiciaire tunisienne. Le rapport regorge de révélations et de vérités troublantes. On y apprend par exemple que Ansar Chariâa est une organisation bien plus dangereuse qu'on ne le pensait. Les événements douloureux du mont Châambi trouvent également leur sens.

C'est le 21 mars 2014 que le juge du 13ème bureau au tribunal de première instance de Tunis a décidé de clore l'enquête concernant le meurtre de Chokri Belaïd. Cet assassinat, perpétré le 6 février 2013, avait représenté un véritable séisme sur la scène politique et sociale tunisienne. Il avait failli plonger la Tunisie dans le chaos et a eu, au moins, la peau du gouvernement Jebali.

La famille de Chokri Belaïd, particulièrement sa femme, a longtemps mis en doute les intentions et les réelles motivations des enquêteurs dans la résolution de cette affaire. Par la suite, l'IRVA (Initiative pour la recherche de la vérité sur l'assassinat de Chokri Belaïd) a été créée pour tenter de faire la lumière sur le meurtre du célèbre opposant de gauche. Aujourd'hui, les enquêteurs ont fini leur enquête et nous révèlent leurs trouvailles. Il est aujourd'hui établi que l'organisation Ansar Chariâa a planifié et exécuté le meurtre de Chokri Belaïd. Cette organisation qui a été, trop tard, classée comme une organisation terroriste est déjà à l'origine de plusieurs mouvements dont l'objectif est de déstabiliser l'Etat. Rappelons les deux congrès d'Ansar Chariâa. L'interdiction du deuxième avait provoqué des émeutes à Hay Ettadhmen, un quartier de la capitale, et ailleurs.

Tout a commencé par l'arrestation de Mohamed Ridha Ben Najem à Hay Ettadhamen le 20 janvier 2013. Cette interpellation s'était soldée également par la mort de la femme de Ben Najem, celui-ci étant aussi responsable de l'aile militaire de l'organisation Ansar Chariâa. L'arrestation de Ben Najem était un coup porté à la tête du groupe. Par conséquent, les leaders d'Ansar Chariâa se sont réunis le soir même à Mégrine, dans la maison de Seif Allah Ben Hassine, alias Abou Iyadh. Kamel Gadhgadhi, Ahmed Rouissi et Abou Iyadh, notamment, ont étudié les manières possibles de riposter contre cette arrestation exécutée par les "taghout" (nom péjoratif donné aux forces de l'ordre par les salafistes). Au même moment, Chokri Belaïd passait à la télévision et critiquait, dans son style particulier, la venue d'un prédicateur koweitien en Tunisie.

Kamel Gadhgadhi suggère alors d'assassiner ce leader de l'opposition. L'objectif est triple : mettre dans l'embarras le parti Ennahdha, faire taire cet opposant influant et déstabiliser l'Etat tunisien afin de mieux se placer. Kamel Gadhgadhi aurait ajouté qu'il suivait depuis un certain temps l'opposant de gauche et sa proposition a été validée par les leaders d'Ansar Chariâa. Le 6 février, le plan a été exécuté et Chokri Belaïd est assassiné devant chez lui.

Par ailleurs, l'enquête a mis au jour le lien viscéral qui existe entre Ansar Chariâa et Al Qaïda. Les interrogatoires ont montré que la dénomination Ansar Chariâa ne représentait qu'une vitrine qui permet de ne pas utiliser le nom Al Qaïda. Conscients du danger et de l'impopularité de ce nom en Tunisie, ils ont décidé d'inventer un autre nom mais pour exécuter les mêmes actions. Ce lien se voit également au niveau du financement de cette organisation.

En effet, Ansar Chariâa a reçu un financement conséquent de la part d'autres groupes terroristes également affiliés à Al Qaïda. Ansar Chariâa a reçu des sommes de la part d'Al Qaïda au Yèmen ainsi que de l'affiliation d'Ansar Chariâa en Libye. Plus inquiétant encore, Abou Iyadh se serait déplacé en personne à la frontière pour accuser réception d'une forte somme d'argent des mains de Mokhtar Belmokhtar, surnommé Laâwer (le borgne). Ce dernier est l'un des terroristes les plus dangereux et les plus recherchés du désert saharien. Il est également l'un des leaders d'AQMI (Al Qaïda au Maghreb Islamique).

D'autres informations, d'une extrême importance, ont filtré à propos du rapport d'enquête sur le meurtre de Chokri Belaïd. L'un des éléments les plus dangereux est le fait que le mont Châambi était, pendant un moment, sous occupation militaire de la part de membres d'AQMI. Cette information nous rappelle le discours officiel du ministère de l'Intérieur de l'époque qui parlait de personnes qui font du sport à la montagne. Les nombreuses données qui filtrent à propos de ce meurtre montrent un certain relâchement des forces de sécurité tunisiennes. L'on apprend, en effet, que Abou Iyadh était caché au centre-ville de Tunis pendant la période où il était recherché. On rappellera également l'épisode de la mosquée El Fath qui avait été encerclée par les forces de l'ordre pour finalement laisser filer le chef d'Ansar Chariâa. Aurait-il été possible de sauver des vies en procédant à son interpellation à ce moment? Sans doute…

L'enquête apporte également une confirmation aux propos de Habib Rachdi qui avait déclaré que Kamel Gadhgadhi menait une vie tout à fait normale entre l'Ariana et Raoued alors qu'il était activement recherché par les forces de l'ordre. L'enquête sur le meurtre de Chokri Belaïd a montré le déroulement de l'assassinat, sa planification et son exécution. Elle permettra également de cerner les responsabilités de manière précise et de montrer si oui ou non la police, sous l'égide d'Ali Laârayedh, était complice ou négligente.
30/03/2014 | 1
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