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Chroniques
Celles que le président a oubliées
Par Synda Tajine
04/10/2022 | 15:59
4 min
Celles que le président a oubliées

Au milieu de tout ce brouhaha, certaines voix demeurent inaudibles. Elles font, pourtant, tout pour se faire entendre.

Hier, devant le théâtre municipal de Tunis, les travailleuses agricoles sont sorties manifester. Une manifestation tenue sous le slogan « Reconnaissez-nous » et ayant pour but de faire entendre leurs voix concernant leurs droits économiques, sociaux et humains. Un minimum.

 

A travers ce genre de manifestation, les ouvrières du secteur agricole veulent se libérer de la tutelle qui est exercée sur elles et font parvenir leur voix de manière directe, sans intermédiaire. Elles n’étaient pas nombreuses, mais elles étaient venues de tout le territoire pour se rassembler à Tunis et se faire entendre.

Telles les Iraniennes qui avaient, ces dernières semaines, manifesté dans tout l’Iran, brandi et brulé leurs foulards en signe de colère, les travailleuses tunisiennes ont utilisé leurs foulards pour qu’on les remarque. Emblème des travailleuses agricoles, le foulard si caractéristique des travailleuses agricoles a été brandi par certaines manifestantes hier. Foulards en main pour certaines, les larmes aux yeux pour d’autres, toutes avaient perdu une part d’elles-mêmes ces dernières années. Un être cher ou tout simplement une partie de leurs droits et un peu de leur dignité.

 

Que demandent-elles ? De la reconnaissance avant tout. Qu’on se souvienne d’elles, de ce qu’elles traversent et vivent au quotidien. « Imaginez que les ouvrières agricoles décidaient de faire grève ! », avait brandi l’une d’elles. Mais elles demandent surtout une protection durant l’exercice de leur travail, un salaire décent ou au moins équivalent celui des hommes (qui exécutent pourtant les mêmes taches) et un transport sécurisé. Elles souhaiteraient ne pas mourir dans leur chemin vers le travail, ne pas être obligées de trimballer leurs enfants en bas âge avec elles dans les champs et être soignées si jamais elles sont, durant leur travail, blessées par une branche ou mordues par un serpent. Le minimum requis ? Une couverture sociale leur permettant de bénéficier de congés, d’assurance maladie, de repos maternité, de retraite…

Elles voudraient aussi qu’on n’oublie pas la précarité de leur travail, due à son caractère saisonnier, à l’absence d’un accès aux soins de premiers secours et à des endroits aménagés pour se restaurer ou pour faire leurs besoins physiologiques les plus élémentaires. Ce travail pour lequel elles n’ont pas droit à une rémunération respectueuse du taux journalier légal et où elles subissent de multiples violences physiques, verbales et économiques.

 

Si elles n’avaient pas exprimé leurs voix, l’opinion publique aurait presque oublié les conditions inhumaines dans lesquelles travaillent ces femmes depuis des années. Mais en parler fera-t-il réellement avancer les choses ?

 

On en oublierait presque le calvaire de ces travailleuses. En août dernier, une travailleuse a perdu la vie dans un accident de la route survenu à Sidi Bouzid. En 2019, douze travailleurs agricoles – travailleuses en majorité - ont été tués dans un accident de la route survenu à Sabellat Ouled Asker à Sidi Bouzid, alors qu'ils étaient en route pour leur travail. Vingt autres ont été blessés. Plein d’autres sont blessées chaque jour, sur la route ou durant l’exercice de leur travail.

Depuis 2015, cinquante travailleuses sont décédées sur le chemin du travail et plus de 700 ont été blessées. Pourtant, une circulaire portant création d’une catégorie de « transport de travailleurs agricoles » a été votée par le parlement en 2019. Depuis, rien n’a vraiment changé. 19 accidents impliquant des travailleuses agricoles ont été recensés depuis cette date.

 

Rien n’a changé d’ailleurs depuis la visite en 2020 du chef de l’Etat. Kaïs Saïed, qui avait cette année-là décidé de célébrer la journée de la femme dans la région d’El-Mraydia à Jendouba. Entouré de travailleuses agricoles, il avait tenu un discours en faveur de l’égalité et promis de faire bouger les choses. « Vous êtes moins payées que les hommes alors que vous travaillez souvent plus. L’égalité doit être garantie. Ne vous inquiétez pas, des lois seront promulguées bientôt pour préserver vos droits », a-t-il dit. Depuis…vous vous en doutez bien, leur situation est restée la même.

 

Une fois ce discours prononcé, le chef de l’Etat est rentré chez lui avec le sentiment du devoir accompli…sans rien accomplir dans les faits. Une fois leur manifestation terminée, les travailleuses agricoles sont rentrées chez elles pour reprendre leur vie telle qu’elles l’avaient laissée, avec l’espoir que les choses changeraient enfin. Elles devront attendre le prochain drame pour que l’on s’intéresse de nouveau à elles. Peut-être qu’elles auraient eu plus de chance si elles avaient été des adversaires politiques…

Par Synda Tajine
04/10/2022 | 15:59
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Commentaires
Si M'hamed Bougara
https://youtu.be/koSvFfp1FVc
a posté le 07-10-2022 à 13:19
"Au milieu de tout ce brouhaha, certaines voix demeurent inaudibles. Elles font, pourtant, tout pour se faire entendre."

https://youtu.be/l__pg29l764 (traduction dans le commentaire de Said Slimani)

"Celles que le président a oubliées"
Lastou ansa el ahbab ma doumtou 7aya.
(Le premier et le dernier vers)

https://youtu.be/Clk0Slh_P98
(brethren of purity. En algerois on dit "nechtik" aux personnes qu'on estime, lel rdjel wa n'ssa)

Une manifestation tenue sous le slogan « Reconnaissez-nous »

https://youtu.be/uOA5UzlIwZM (excellence in the pursuit of truth. Blink and you'll miss it)

Que demandent-elles ? De la reconnaissance avant tout. Qu'on se souvienne d'elles, de ce qu'elles traversent et vivent au quotidien. « Imaginez que les ouvrières agricoles décidaient de faire grève ! », avait brandi l'une d'elles. Mais elles demandent surtout une protection durant l'exercice de leur travail, un salaire décent ou au moins équivalent celui des hommes (qui exécutent pourtant les mêmes taches) et un transport sécurisé.

Et si tu élèves la voix, Il connaît certes les secrets, même les plus cachés.
Koran. Taha. 7

https://youtu.be/l59t24vh3QI

El djazair el mahroussa.
Saviez-vous que pendant le 16ème, 17ème et 18ème siecle, les corsaires d'Alger tirait deux coup de canons au sortir et la rentré des frégates algerines. Un coup de canon pour saluer Sidi Betka, harras el Djazair (djeddi, google Sidi betka, Charles Quint et l'expédition d'Alger, et aussi sur Wikipedia cette fois-ci, les commandant algériens qui avaient défait l'expédition de Djidjelli, djeddi aussi, je descend d'une lignée pretres-savants guerriers. ) et un autre coup de canon pour saluer le Dey. Ce n'est qu'au 18ème siecle que Sidi Abderrahmane remplaça Sidi Betka comme assas Dzair.

I have just made an honorary citizen of Algeria.
https://youtu.be/T481HbjMz8s

NB: "A t'on aussi refusé le visa à ... madame Tajine". Ma kountche alik. Il fallait lire à Nizar Bahloul, voila pourquoi j'ai utilisé les points de suspension, je voulais juste le malmener un peu. ( ouda3ibouhou kalilane)
Tunisino
Oublier ne se raccorde pas avec le verbe avoir
a posté le 05-10-2022 à 12:00
L'intitulé est parfait sauf que Oublier ne se raccorde pas avec le verbe Avoir.
Chevy
Tunisino
a posté le à 14:58
On dit s accorde...mais là, c était bien accordé
Djodjo
C'est bien monsieur le prof d'ortho
a posté le à 14:00
Sinon, une opinion pour faire avancer le débat ?
Jean Neymar
Sauf si....
a posté le à 13:45
Sauf lorsque le Complément d'objet DIRECT est placé avant l'auxiliaire avoir, ce qui est le cas ici.
Tunisino
@Neymar
a posté le à 14:57
Tout à fait, merci. D'ailleurs on dit s'accorder et non se raccorder, d'où j'ai besoin de faire attention à mon Français!
Jilani
Bravo pour cet article
a posté le 04-10-2022 à 21:46
Tous les légumes et fruits qu'on mange viennent du travail de ces femmes laborieuses. Cela nous fait trop de mal de voir leurs conditions de travail. Aucun gvt n'a osé amélioré leur vie quotidienne. KS est son dernier souci de s'occuper de ces femmes. Il est seulement capable de pondre des décrets qui ne servent à rien et de nous casser les oreilles avec ses pingouins de ces histoires à la con et son populisme devenu insupportable. Encore bravo pour avoir pensé à ces femmes. Honte à nous et à cette religion qui nous tue.