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Ça ne sent pas bon pour Al Massar !
19/07/2018 | 19:59
4 min
Ça ne sent pas bon pour Al Massar !

 

Au vue des derniers rebondissements, la situation à Al Massar ne semble pas s’arranger. Traversant une crise interne depuis quelque temps, le petit parti de gauche s’effrite. Deux camps s’entredéchirent. Une fois n’est pas coutume, on lave son linge sale en public, et ça sent pas bon…

 

Est-ce la malédiction des partis ayant pactisé avec Ennahdha qui s’est abattue sur Al Massar, comme nous le disait, dépité, un de ses leaders fin mai ? Ou peut-être qu’en s’approchant trop du pouvoir, le parti s’est-il, malencontreusement, brûlé les ailes ? La guerre des égos toucherait-elle ce parti longtemps réputé pour ses positions modérées, se différenciant ainsi sur la scène politique ?

En tout état de cause, rien ne va plus chez Al Massar, il rejoint le rang des partis divisés en clans se menant une guerre fratricide. Une guerre à coup de communiqués et de sorties médiatiques hargneuses.

 

Un nouvel épisode est lancé mardi lorsque, tard dans la soirée, le bureau politique annonce la décision de se retirer du gouvernement Chahed. Al Massar fait partie du gouvernement d’union nationale depuis 2016, via le portefeuille de l’Agriculture, à sa tête Samir Taieb le secrétaire général du parti.

Dans son communiqué, le bureau politique déclare approuver la décision du conseil central, réuni le 8 juillet courant, et qui a statué sur un retrait du gouvernement. Le gel des fonctions de Samir Taieb du secrétariat général est aussi notifié. On insiste sur le fait que c’est à sa demande que la décision a été prise. Ainsi, le bureau politique approuve le vote du conseil central « à une majorité confortable » pour le retrait du gouvernement. L’organe relève enfin qu’il n’est plus concerné par l’avenir du gouvernement, ses politiques, orientation, ni par ses conflits « qui ne servent pas l’intérêt national ».

 

Un retrait qui se préparait depuis fin mai, en marge de la crise autour de l’Accord de Carthage et plus précisément la question du maintien ou de l’éviction de Youssef Chahed. Déjà, le bureau politique, mené par Jounaidi Abdeljaoued avait appelé au gel d’activité de Samir Taieb, l’accusant de semer la zizanie et de vouloir nuire aux relations entre le parti et l’UGTT. Les agissements de Samir Taieb et ses participations « imposées » aux réunions de l’Accord de Carthage étaient perçus comme étant un préjudice porté à Al Massar, vu que le ministre porte la double casquette pour défendre le chef du gouvernement. Un positionnement qui ne plait pas à tout le monde au sein du parti, d’autant plus que la puissante centrale syndicale, aux relations séculaires avec Al Massar, cherchait à faire tomber Chahed.  

Les deux clans d’Al Massar (parce qu’il faut désormais parler de clans comme pour Nidaa) se faisaient la guerre à propos de l’éviction ou du soutien de Youssef Chahed. Il faut dire que dès le début du blocage entre les signataires de l’Accord de Carthage, Al Massar n’était pas très clair quant à la question. Une partie de ses membres partaient du principe que le parti a choisi de prendre ses distances des tractations politiques au profit des priorités du document de Carthage, notamment le volet social, se rapprochant de ce fait avec l’UGTT. Il était donc malvenu pour eux que Samir Taieb affiche son soutien à Chahed.

 

Le conseil central d’Al Massar, réuni le 8 juillet, a ainsi pris sa décision, le parti se retire du gouvernement, exit Samir Taieb. Sauf que voilà, guerre des clans oblige, ce n’était pas de l’avis de tout le monde. Plus d’une cinquantaine de membres du parti ont publié le 19 juillet un communiqué dénonçant celui du bureau politique.

Ce qu’ils contestent : la décision de se retirer du gouvernement. Les dissidents, qui comptent dans leurs rangs l’ancienne députée Salma Bakkar ou encore Hichem Skik, estime que ce retrait affaiblira Al Massar et l’empêchera de participer « activement aux défis auxquels fait face le pays ». Les signataires affichent ouvertement leur soutien au gouvernement, assurant que « les forces qui soutiennent la corruption se ligueront pour l’achever et la stabilité du pays sera menacée ».

Les dissidents relèvent aussi que le vote du conseil central s’est déroulé dans des conditions douteuses et que la majorité « confortable » annoncée par le bureau politique n’a même pas atteint 50% du nombre des votants (79 sur 160). Ils fustigent de ce fait une décision « improvisée », tout en affirmant que la demande de Samir Taieb était de geler provisoirement ses responsabilités dans le parti, jusqu’à la fin de sa mission en tant que ministre ou la tenue d’un congrès, et ce afin d’éviter les dissensions.

 

Des propos démentis par Jounaidi Abdeljaoued qui a écumé les plateaux assurant qu’ « un vote transparent a tranché la divergence de positions au sein du conseil national et qu’Al Massar ne veut plus assumer les choix et la politique du gouvernement ». Le dirigeant relève par ailleurs que si Samir Taieb venait à quitter son poste de ministre, sa place serait garantie au parti.

 

Ainsi donc, la crise politique générale semble avoir eu raison du peu d’unité qui restait à Al Massar. En lâchant le gouvernement dans cette phase critique, le parti contribue à l’affaiblir (même symboliquement vu son poids). Samir Taieb qui avait été initialement nommé dans le gouvernement d’union nationale, pour son appartenance à Al Massar, ne représente plus que sa personne. Le risque pour ce petit parti de gauche, c’est de sortir de cette crise si divisé, qu’il ne sera que l’ombre de lui-même, à l’instar des formations ayant périclité après avoir côtoyé les sphères du pouvoir.  

 

Ikhlas Latif

19/07/2018 | 19:59
4 min
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Commentaires (6)

Commenter

LARIO
| 23-07-2018 11:39
QU'EST CE QUE VOUS ATTENDEZ D'UN PARTI DIRIGE PAR SAMIR TAIEB? L' agriculture est parmi la priorité des priorités pour les tunisiens, notre Chére TUNISIE pullule de compétences dans ce domaine , choisir ce samir à la téte de cet important ministére, c'est de la foutaise et c'est la banqueroute de notre agriculture tot ou tard

Fethia Saidi
| 21-07-2018 23:12
Résultat du vote: Rectifier vos infos SVP
Le vote fut sans appel : Sur 160 membres du CC, selon la liste actualisée, 7 n'ont pas pu être contactés. Sur les 153 membres restants, 69 n'ont pas répondu. Sur les 84 bulletins reçus, 2 bulletins ont été considérés nuls, 3 sont «blancs ». Le vote pour la motion '? (pour le maintien) a recueilli 0 voix, le vote de la motion B (pour la sortie) 79 voix. Je rappelle que les résultats des votes dans n'importe quelle élection le sont par rapport aux votants et non par rapport aux inscrits ni par rapport à la population. Donc l'argument de dire que 79 par rapport à 160 n'est pas significatif est tout à fait fallacieux ! Sachant, que les signataires protestataires ont signé un appel pour le boycott et puis une pétition pour mettre en cause une opération de vote démocratique. Toutes les infos sont à disposition de tout le monde'?' Alors chers journalistes, assurez-vous de vos infos pour plus de crédibilité.
Merci
Fethia Saidi
Membre du SN d'Al Massar

Hichem
| 21-07-2018 22:36
En plus de la cinéaste et députée de lANC Selma Baccar, la"décision" du BP est contestée, dans une 1e liste, une cinquantaine de dirigeants, de cadres nationaux ou région aux( une vingtaine de membres du CC, 5 membres du BP, 3 membres du SN...), des figures du parti, comme Selma. Mabrouk et Ali Bechrifa, députés ANC, les Doyens Habib Kazdaghli et Baccar Ghrib...

Ahmed
| 20-07-2018 07:35
PDP
Ettakatol
Ettajdid

Puis Afak et Nidaa, a mon avis.

Ils sont bêtes.

Ali Baba au Rhum
| 19-07-2018 21:49
Ce parti a tout perdu, jusqu'à sa faucille ; ses nouveaux emblèmes sont désormais le marteau et l'enclume entre lesquels il se trouve pris.Pathétique !

Ameur k
| 19-07-2018 21:15
C est domage pour El Massar: le parti sympathique progressiste....
Il a ete frappe par la malediction de la gauche : elle ne sait que critiquer mais jamis construire....
Cette fracture risque de le faire disparaitre a jamais