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Aziz Bouhejba : 2023 est une année exceptionnelle en termes de sécheresse
29/03/2023 | 11:21
3 min
Aziz Bouhejba : 2023 est une année exceptionnelle en termes de sécheresse

 

Aziz Bouhejba, membre du conseil national du Syndicat des agriculteurs de Tunisie (Synagri) et ingénieur agricole, est revenu sur l’état de sécheresse qui menace d’effondrement le système agricole si des mesures urgentes ne sont pas prises.

 

Invitée de Kaouther Ben Dlala dans Yaoum Saïd sur la Radio nationale, M. Bouhejba a indiqué, en réponse à l’animatrice qui s’est demandé si 2022 est l’année de la soif et l’année de la sécheresse comme l’ont affirmé certains : « Il n’y a pas d’exagération dans ces propos. Bien au contraire on a caché la vérité et minimisé les faits ! C’est la quatrième année de sécheresse pour la Tunisie, selon les moyennes de pluviométrie enregistrées. Il y a eu de grands dommages et la réforme va demander du temps ».

Et d’expliquer : « La situation politique du pays dans cette dernière décennie, avec le changement récurrent des responsables et des ministres à la tête du ministère de l’Agriculture, n’a pas permis la mise en place d’une stratégie, outre les moyens limités dont dispose l’État.

Les politiques hydrauliques demandent des moyens et du temps, au moins quatre à cinq ans ».

 

Le membre du Synagri pense que le communiqué de la veille du syndicat a été publié tardivement. : « C’est une année exceptionnelle en termes de sécheresse. Le pays n’a connu une telle sécheresse que deux ou trois fois depuis son histoire moderne. Or, on n’a pas trouvé une réaction au niveau de nos attentes ».

En réponse à une interrogation sur la baisse attendue de la moisson, M. Bouhejba a précisé qu’avant, on importait 60 à 70% de nos besoins en céréale, cette année, il faudra, selon lui, importer plus de 80% de nos besoins, ce qui représentera un fardeau pour le budget de l’État et pour les agriculteurs.

 

 

S’agissant des mesures urgentes à prendre, le membre du conseil national du Synagri a estimé que tout d’abord, les autorités doivent reconnaître l’état de catastrophe naturelle, en admettant que le pays est touché par la sécheresse et que 2023 sera le début de mesures exceptionnelles. L'État devra, dans ce sens, débloquer rapidement les indemnisations du Fonds des catastrophes naturelles, aux agriculteurs adhérents, pour les années 2022 et 2023.

Deuxièmement, les autorités de tutelle devront se rendre aux endroits où les cultures n’ont pas été sinistrées, à Bizerte, Béja et Jendouba, pour mettre de côté les semences de l’année prochaines. Et de rappeler qu’il y avait une stratégie pour atteindre l’autosuffisance en blé dur cette année mais à cause de la sécheresse, cet objectif ne sera pas atteint.

Troisièmement, il faudra programmer dans le budget de l’État l’importation de fourrage et il faudra aussi soutenir l’agriculteur pour le financement de la saison de l’année prochaine, notamment en encourageant les banques de la place à investir.

 

Aziz Bouhejba a fait remarquer que les zones d’irrigation publique gaspillent beaucoup d’eau : plus de 30% sont gaspillés. Et qu’il faudra trouver une solution à cela.

Pour lui, les oliviers et les arbres fruitiers sont une richesse qu’on doit préserver de la sécheresse.

Le responsable syndical a souligné que la situation de sécheresse va perdurer. Donc, il faut s’adapter avec les changements climatiques et avec la rareté de l’eau, chose qui n’a pas été faite. Et de noter que les stratégies agricoles ont été mises depuis les années 70 et 80, et la conjoncture était autre. Ainsi, il faut les réviser.

 

Sur un autre volet, M. Bouhejba a estimé que « la stratégie de fixation de prix suivie par le ministère du Commerce est erronée ». Pour lui, le ministère devrait intervenir pour fixer les intrants du secteur, « il n'était pas normal que l’agriculteur avance certaines dépenses exorbitantes, et que le département fixe des prix en dessous des coûts ».

« Le ministère devrait se concerter plus avec les agriculteurs qui connaîssent mieux que personne les coûts de production », a-t-il ajouté.

 

I.N

29/03/2023 | 11:21
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