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Hichem Mechichi fera-t-il le bon choix ?

Temps de lecture : 4 min
Hichem Mechichi fera-t-il le bon choix ?

 

Hichem Mechichi est le nouveau nom dont on ne cesse de parler sur la scène politique nationale après qu’il ait été désigné par le président de la République pour former le prochain gouvernement. Aujourd’hui, pour quelle sorte de gouvernement va opter le candidat du chef de l’Etat ? Un gouvernement politique ou un gouvernement de compétences nationales apolitiques ? Chacune des options a certes ses avantages, mais aussi ses inconvénients.

 

 

L’affaire de conflits d’intérêts pesant sur Elyes Fakhfakh a fini par mettre fin à sa mission à la tête du gouvernement. Malgré sa résistance et sa politique de fuite en avant, il ne pouvait plus tenir à la tête de la Kasbah. C’était inévitable et les pressions étaient tellement grandes qu’il a fini par déposer sa démission.

 

C’est à ce moment que le président de la République, Kaïs Saïed a pris le relais. Conformément aux dispositions de la Constitution, il a désigné un nouveau candidat pour succéder à Elyes Fahfakh après avoir mené ses habituelles consultations écrites avec les partis représentés au Parlement. Durant la période des consultations, tout le monde parlait, tout le monde spéculait. Plusieurs noms ont circulé, mais comme à chaque fois, Kaïs Saïed a réussi à créer la surprise. Et c’est en proposant l’actuel ministre de l’Intérieur, Hichem Mechichi à la Primature que le chef de l’Etat a bouleversé toute la scène politique poussant, ainsi, tous les partis à revoir leurs calculs et leur positionnement.

Coup de maître diront certains. C’en est un dans la mesure où Kaïs Saïed a réussi à prendre à contre-pieds tous les partis politiques. Il a désigné un haut commis de l’Etat, énarque qui a une connaissance des rouages de l’Etat, mais sans appartenance partisane affichée.

Le 25 juillet, le choix de Kaïs Saïed a fait un tabac sur la scène nationale. La désignation de Mechichi a été applaudie par la majorité des observateurs de la scène nationale, sauf par les sympathisants islamistes qui ont rapidement réagi sur la toile en publiant des rumeurs et des propos dénigrant le nouveau candidat de Saïed, allant jusqu’à le qualifier d’alcoolique et d’athée.

 

Cependant, les jeux sont faits et le choix de Kaïs Saïed est irrévocable. Hichem Mechichi dispose dès lors de trente jours pour composer son équipe. Il vient d’annoncer qu’il tiendra deux rendez-vous hebdomadaires pour tenir au courant l’opinion publique de l’avancement de sa démarche.

 

Ainsi, Hichem Mechichi a la possibilité de composer un gouvernement politique, comme ses prédécesseurs. Cette option nécessite des consultations avec les différentes composantes de la scène politique et permettra au chef du gouvernement de disposer d'un soutien parlementaire nécessaire au vote de confiance et à la poursuite de sa mission à la tête du gouvernement. Toutefois, la tâche s’avère fastidieuse si on se réfère au patchwork parlementaire existant et aux différends existants entre les multiples partis. Mechichi aura à trouver un compromis quasi impossible avec les partis afin de satisfaire leurs demandes et exigences. Il risque, également, à de se confronter à des conflits au sein même de son équipe, comme fût le cas pour Elyes Fakhfakh.

 

Une autre alternative se présente pour Mechichi, celle d’un gouvernement apolitique de compétences. Un gouvernement restreint qu’il formera avec des profils pouvant répondre aux exigences de la période qui s’annonce difficile, notamment, après la crise économique et sociale liée à la pandémie Covid-19. Cette démarche en harmonie avec le choix initial du président de la République de nommer un chef de gouvernement indépendant n’ayant été proposé par aucun bloc parlementaire, risque d’être rejetée par les partis politiques. Théoriquement, il est possible que ce gouvernement n’obtienne pas la confiance des députés au Parlement. Toujours est-il, le rejet de la formation de Hichem Mechichi aboutira à la dissolution de l’assemblée des représentants du peuple. Une issue qui ne sera certainement pas au goût de plusieurs partis politiques, d’autant plus que les derniers sondages d’opinion indiquent que s’il y a des législatives maintenant, le PDL de Abir Moussi l’emportera haut la main, devançant même le parti islamiste. D’autre part, le président de la République aura à légiférer en l’absence du Parlement et d’une Cour Constitutionnelle. Kaïs Saïed prendra le contrôle de la législation en Tunisie au risque de faire passer sa vision du régime politique et électoral dans le pays.

 

En tout état de cause, le nouveau candidat de Kaïs Saïed aura du pain sur la planche. Hichem Mechichi devra relever un défi important face à un paysage politique fragmenté. Tant sa désignation a redonné l’espoir à de nombreux observateurs de la scène nationale, sa mission ne sera pas de tout repos, et quelque soit son choix, il mettra les différentes composantes de la scène politique devant leur responsabilité… à lui de faire le bon choix

 

Sarra HLAOUI

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Commentaires (7)

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Ridha Bouargoub
| 02-08-2020 00:51
L'avantage de M. Mechichi c'est qu'il n'est pas connu donc il n'a pas encore menti.
l'inconvénient c'est qu'il n'est pas un homme de terrain.
Le terrain que j'ai eu le privilège de le parcourir en long et en large durant une trentaine d'année dans une dizaine de gouvernorat et sous différentes responsabilités est désormais accidenté. Tres accidenté. Un terrain qui nécessite une nouvelle politique et une nouvelle orientation.
Ni nos théoriciens classiques pré révolutionnaires ni ceux post-révolutionnaires ne seraient capables de l'aménager.
Son terrassement nécessite des bulldozers. Mais ce genre d'engins je ne le vois pas malheureusement dans ce régime hybride.

SEB
| 29-07-2020 19:19
A mon avis, les révolutionnaires n'ont pas gouverné une seule journée depuis 2014. Les Nahthaoui et autres - venant de Londre et la France - n'ont été que partiellement impliqués avec un ou deux ministres au pouvoir.
Ce sont les RCDistes de toutes les couleurs, qui se sont accaparées du pouvoir jusqu'à fin 2019, et ont continué à diriger le pays dans l'esprit de Ben Ali / Trabelsia (Nidha, Tahia Tounis, BCE ..). Et n'oubliez pas que ces "politiciens" RCDistes sont, comme toujours, de petites marionnettes, entre les mains de quelques familles dirigeantes de l'économie et le lobby français qui tirent les ficelles en arrière-plan.

Nous pouvons discuter et changer si souvent les politiciens, mais ce sont les vieux en 'arrière-plan, même avec un système politique ouvert démocratique et diversifié, qui maitrisent le jeu du pouvoir.

Alors, la purge complète et profonde dans le système économique, juridique et administratif est la mission sacrée de la Révolution tunsienne.

Les dirigeants du RCD utilisent la campagne «islamistes» pour continuer à nous distraire (détourner l'attention) des vrais dirigeants du pays qui gouvernent réellement et continuent d'exploiter le pays.
Et cette campagne contre Ennahdha - leur fond de commerce- , fonctionne toujours à merveille, en harmonie avec les médias.

Nous saurons enfin leurs vrais visages et leurs capacités de gouverner la Revolution, lorsque Ennhdha est à court de "pouvoir"!

Les RCDistes n'ont jamais rien réalisé, mais uniquement grâce à l'aide et aux dons d'?tats et d'organisations étrangers, ce qui a permis à la dictature de subsister !

Qui vivra verra!

WAS
| 29-07-2020 16:31
Appelez curieusement un parlementaire ou un consul suisse et demandez lui pourquoi la Suisse n'a pas besoin de plus de 7 ministres!

Jackdanielsbb
| 29-07-2020 12:41
Avec deux portefeuille pour abir et si Nabil (pourvu qu'il fasse pas sa p***) en remplacement des nahdaouis et un bon ministre de l'intérieur et l'affaire est dans le sec. Mchichi bosse toujours en tant que MI pas le temps des négociations.

adel
| 29-07-2020 10:53
Il y a un bon choix?
On a été assez stupide pour le rater, ce bon choix, depuis des décennies?
On n'a pas encore compris que le bon choix n'est ni partisan ni politique mais que la Tunisie est une large communauté qui doit apprendre l'intégrité, l'honnêteté et la valeur du travail et abandonner l'hypocrise, la paresse, l'amour du gain facile et l'égoïsme individuel démesuré qui l'entraine vers sa perte?

Zut et Flûte
| 29-07-2020 09:06
Nahdha menace de ne pas voter le gouvernement Mechichi;
Mais c'est ce qu'il faut car il passera quand même avec cette même majorité qui aura fait destituer RG du haut de son perchoir!
Comprenez une fois pour toutes que la place de Nahdha est dans l'opposition.

DHEJ
| 28-07-2020 22:50
Monsieur paperasse !

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