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Tunisie - Evénements du 9 avril 2012 : Omerta sur la vérité

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Tunisie - Evénements du 9 avril 2012 : Omerta sur la vérité
Le 9 avril 2012 a été marqué par une répression policière des plus brutales. Le « lundi noir » de l’année dernière restera dans les annales comme la journée où la police « républicaine » emprunta des méthodes, qu’on croyait révolues, de l’ancien régime. Une commission d’enquête a été chargée de rendre un rapport sur les dépassements enregistrés ce jour-là et de délimiter les responsabilités.
Un an après, ses travaux se révèlent être un fiasco retentissant. Entre un parti au pouvoir qui tente de garder secrètes certaines réalités, potentiellement embarrassantes, et des députés aux mains liées et aux prérogatives quasi-inexistantes, l’enquête est aujourd’hui au point mort. Pire encore, la commission du 9 avril part en déconfiture avec la démission de plus de la moitié de ses membres, dans une ultime tentative d’alerter l’opinion publique…


« Quand on veut enterrer un problème, on crée une commission », dit une célèbre citation française. En Tunisie, les choses semblent évoluer selon la même logique. Voilà un an, jour pour jour, que la commission du 9 avril a été mise sur pied pour établir un rapport sur les dépassements policiers qui ont eu lieu lors d’une manifestation pacifique de l’opposition à l’Avenue Habib Bourguiba et Mohamed V. Dans un contexte politique des plus tendus, le rassemblement a rapidement dégénéré en heurts entre manifestants et forces de l’ordre, donnant aux agents du ministère de l’Intérieur l’occasion d’user de moyens peu orthodoxes, appuyés par les milices « civiles » des Ligues de protection de la Révolution.

A l’époque, des réponses avaient été promises pour la mi-juin 2012. Mais jusqu’aujourd’hui, rien n’a été entrepris et l’enquête semble à jamais compromise, donnant l’impression qu’il s’agit d’une belle escroquerie. Tout porte à croire aujourd’hui que la commission du 9 avril connaîtra le même sort que les autres commissions parlementaires créées pour rendre des rapports dont notamment celles sur l’attaque de l’ambassade américaine ou sur la mort des deux détenus salafistes, succombant à une grève sauvage de la faim.

Le coup de grâce a été donné par les élus à l’ANC qui ont annoncé le vendredi 5 avril leur démission de la commission d’enquête sur les événements du 9 avril 2012 dénonçant, dans un communiqué, l’échec des travaux de ladite commission. Cette démission collective concerne les députés Nadia Chaâbane, Selma Mabrouk, Samia Abbou, Souhir Dardouri, Selim Ben Abdessalem, Noomane Fehri, Iyad Dahmani, Khemaïs Ksila, Lazhar Chemli et Aymen Zouaghi.

Nous avons contacté Noômane Fehri, vice-président de la commission, qui avait, en décembre dernier, menacé de présenter sa démission si des changements ne se faisaient pas rapidement ressentir. Et selon ses dires, cette démission collective aurait réellement « fait bouger les choses ».
« Immédiatement après avoir présenté notre démission, affirme-t-il le président de la commission Zied Laâdhari a rapidement récolté les signatures des députés afin de déposer un projet de loi susceptible de doter la commission d’enquête des moyens de travail nécessaires ».

Une demande qui avait été auparavant accueillie par la « nonchalance totale » du président de l’Assemblée nationale, Mustapha Ben Jaâfar. Un Mustapha Ben Jaâfar qui n’a pas sourcillé également lorsqu’Ennahdha a fait des pieds et des mains pour s’accaparer la présidence d’une commission, qui devait initialement revenir à Ettakatol.

En effet, selon une sorte de tour de rôles convenu entre les députés de l’ANC, autour des présidences des commissions spéciales, cette 4ème commission devait revenir à Ettakatol, et plus précisément, à Selim Ben Abdessalem. Chose qui ne semblait pas du goût d’Ennahdha qui a fait un véritable forcing afin de présider une commission dans laquelle elle serait, à la fois, juge et partie, faisant sortir là un évident conflit d’intérêts, avec la totale complaisance du président de l’ANC.

Dans tous les parlements du monde, les présidences des commissions d’enquête sur l’exécutif, sont toujours assignées à un membre de l’opposition, à défaut d’un indépendant. En Tunisie, cette règle ne fait pas loi et la commission qui devait enquêter sur les dépassements du ministère de l’Intérieur se retrouve présidée par un membre même de son parti.

Pour la députée, Selma Mabrouk, également membre démissionnaire, « cette commission n’a servi que d’alibi à une majorité et à un gouvernement qui ne croient pas aux règles démocratiques de contrôle de l’exécutif par le législatif ». La députée pointe du doigt une réelle volonté politique de faire échouer les travaux de cette commission et rappelle que ses membres ont fait en juillet 2012, soit un mois après sa création, une proposition de loi qui donnerait à la commission des prérogatives d'enquête. Ainsi Ennahdha a rejeté le projet de loi censé donner une valeur légale à la commission d’enquête « dans une réelle volonté d’immobilisme », accuse Selma Mabrouk.

Cette omerta sur la vérité se retrouve amplifiée alors que le ministère de l’Intérieur de l’époque, en l’occurrence, Ali Laârayedh, a refusé de donner le moindre crédit aux travaux de ladite commission. « Qui êtes-vous pour que je vous rende des comptes ? Il n’ya aucune loi qui m’oblige à le faire », a-t-il lancé lors de sa séance d’audition à l’hémicycle.

Ainsi, en l’absence d’un cadre juridique qui garantit les prérogatives des membres de la commission, rien n’obligeait le ministère de l’Intérieur à accepter que ses agents soient auditionnés ou même à transmettre l’organigramme du ministère à la commission afin de l’éclairer sur les dirigeants et les exécutants des opérations sur le terrain. Zied Laâdhari, président de la commission et membre d’Ennahdha, reconnaît également ce manque de prérogatives mais affirme que d’un autre côté le blocage que rencontrent les travaux de la commission serait, notamment, dû à au manque de temps des députés mais aussi au manque de coopération des citoyens, restés passifs, quid des associations et membres de la société civile.
Mais d’autres voix affirment que le blocage vient du président de al Commission, Zied Laâdhari qui en sa qualité de membre dirigeant d’Ennahdha, n’a rien fait pour aider à l’avancement des travaux de ladite Commission, puisque dès le départ, sa désignation à la tête de cette commission est contraire aux pratiques et aux traditions dans la mesure où il est- juge et partie.

Dans l’immédiat, cette commission privée d’un cadre légal garantissant ses prérogatives, ne donnera pas de résultats sur ce qui s’est réellement passé le 9 avril dernier. Alors que différents témoignages existent sur la vérité de cette sombre journée, ainsi que des vidéos et des photos circulant sur la toile, le secret cultivé par le ministère de l’Intérieur, aura scellé son sort.
Noômane Fehri, vice-président démissionnaire de la commission, garde espoir. « Cette commission n’aura servi qu’à absorber une partie de la colère populaire et n’a fait que contre servir ses objectifs », nous confie-t-il, « Nous espérons cependant que les choses évolueront avec la venue d’un nouveau ministre de l’Intérieur que nous invitons à rendre public le rapport interne de cette affaire et à mettre à disposition des membres de la commission un juge d’instruction à la retraite afin de les aider dans leurs travaux ».


Synda TAJINE

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Commentaires

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canalou
| 10-04-2013 21:30
il a suffisament fait ses preuves . J ai juste voulu repondre a votre accusation mensongere comme d habitude .

observator
| 10-04-2013 10:59
bourguiba a été arreté avec mongi slim et les autres MAIS aprés les evenements du 09/04/1938.
Mais il n'a jamais participé au mouvement du 09/04 car il a prétexté une malade et a fait venir un photographe pour le prouver. il parait que sur la photo il paraissait en bonne santé.
Hier soir au journal, le role de bourguiba n'a pas été evoqué pourquoi ?
parce que tout simplement il ny a pas pris part. Si non on aurait eu droit à larethorique à la mode en ce moment sur la bravoure du combattant supreme.
Par contre ce qui est déguelasse, c'est qu'ils n'ont pas cité une fois belhawane par exemple. Seul l'historien invité a évoqué son nom une fois. Parce que cela aurait été contre-productif pour l'image que ces medias veulent donner de bourguiba.
la prochaine fois ne t'avance pas sans quelques preuves.

canalou
| 09-04-2013 18:26
n en deplaise a ceux qui ont la maladie du denie de l histoire . IL avait ete arrete et emprisonne a tboursouk et ensuite en france . Cherchez HABIB BOURGUIBA sur google et vous aurez l information . les mensonges de observator and co denotent d une malhonnetete intellectuelle a ignorer completement . MENTEURS D UN JOUR ,MENTEURS DE TOUJOURS . les americains ont compris cela et exigent la honnetete meme dans la vie privee . Nous sommes encore loin avec ces energumenes qui sont apparus au grand jour

Rochdi BOUAZIZ
| 09-04-2013 11:53
Après un an des incidents du 09 avril, l'enquête est à la case départ; c'est une vraie honte et «wasmat aar» pour la troïka, en particulier Ennahdha, et pour l'ensemble de la classe politique. Plusieurs enseignements sont à tirer :
- Ni la troïka ni une partie de l'opposition n'ont la volonté d'aller aux bouts des conclusions parce qu'ils savent la vérité, mais malheureusement pour eux et pour nous, ils ne peuvent ni la dévoiler ni la confronter.
- Les barons du ministère de l'intérieur ont gagné le bras de fer dans cette affaire ce qui explique que rien n'a avancé; sinon, ils auraient arrêté une majorité des fauteurs des troubles dans les 48 heures.
- Une partie de la troïka et de l'opposition n'ont pas le courage pour confronter ce genre de situations, notamment, par peur qu'on leur fasse remonter à la surface leurs dossiers «sales».
- Le journalisme d'investigation aurait pu beaucoup servir dans cette affaire mais malheureusement il est embryonnaire, sélectif et orienté.
L'avenir de la Tunisie a été bâti par des Hommes porteurs de principes et de valeurs, de vrais «martyres du terrain», et non pas par des «martyres de la télé» qui sont de vrais chasseurs de primes.

Chan'Fara
| 09-04-2013 11:17
salam,
quelques petites question peut tu y répondre svp
- est tu musulman ?
- qu'est ce que un salafiste?
- qu'est ce que le wahabisme ?
- qui à mis en place le wahabisme et d'où provient il ?
- est ce que se sont des branches térrosites ou de l'islam ( salafismes, wahabismes)

Merci d'y répondre correctement et non en me donnant des exemples bidon...

je suis quasiment certain que tu n'y connais rien, bref on verra... j'attends cher Mr

observator
| 09-04-2013 10:59
J'espère que les bourguibistes nous donnent plus d'infos.

En fait le "combattant suprême" s'est dérobé en prétextant une maladie.
Il a fait venir un photographie pour simuler sa grippe mais malheureusement il s'était avéré être un mauvais acteur et ses yeux malicieux l'avaient trahi.
Le trouillard, après cette acte héroïque, avait osé s'octroyer le titre de "combattant suprême". On voit à quel point ce personnage falsifie l'histoire.
Avec les médias de la hont, on va voir ce soir dans les journaux télé comment vont ils traiter cet évenement ?.

canalou
| 09-04-2013 09:50
mais les islamistes se croient en guerre de colonisation dans leur pays d acceuil ,la tunisie que bourguiba a voulu rassembler pour realiser le developpement . Cette intelligence n est pas donnee a tout le monde . Ceux qui veulent la guerre pour la guerre meneront le pays au desastre comme les autres arabes qui depensent les richesses pour la guerre au lieu de depenser pour la recherche scientifique .cette peste qui a contamine notre pays le payera un jour ou l autre .

The Mirror
| 09-04-2013 09:07
' 9 avril 1938 : des tunisiens sont morts pour la Tunisie. ce sont nos martyrs.
' le 9 avril de chaque année : les tunisiens se recueillent à la mémoire de leurs martyrs,
' 9 avril 2012 : Jawher Ben Mbrarek descend dans l'avenue Habib Bourguiba, s'arrête devant le ministère de l'intérieur, s'allonge par terre et appelle les caméras de Nessma TV pour la photo. Les journalistes diront par la suite que Ben Mbarek a été sauvagement agressé par les flics et son bras gauche est fracturé. Jawher Ben Mbarek se relève avec un pansement sur le bras gauche et rentre chez lui en héro,
' Un jour après le 9 avril 2012, Jawher Ben Mbarek redescend dans la même avenue Habib Bourguiba pour se balader avec un pansement, non pas autour du bras gauche comme c'était la veille, mais sur le bras droit,
' Deux jours après le 9 avril 2012, Nessma TV fait appel aux photographes du Maghreb pour faire du photoshop sur la photo de Ben Mbarek, prise deavnt le Ministtère de l'Intérieur. Il fallait rajouter des flics en train de tabasser Jawher Ben Mbarek, et seuls les spécialistes en photoshop du Maghreb sont capables de le faire,
' Trois jours après le 9 avril 2012, Issam Chebbi du PDP appelle, photos de Jawher Ben Mbarek sous les matraques de la police à la main, à une enquête sur les événements douloureux du 9 avril 2012, au cours desquels Jawher Ben Mbarek a été sauvagement tabassé,
' Deux mois avant le 9 avril 2013, Issam Chebbi invente une nouvelle repère pour les tunisiens, en déclarant que la Tunisie « d'après le 6 février 2013 », ne sera plus la Tunisie « d'avant le 6 février 2013 », (je précise aux lecterus non avertis que Chokri Belaid a été assassiné le 6 février 2013),
' Un mois avant le 9 février 2013, Ali Laaraeydh donne ses instrutions à ses minsitres de ne plus participer au cirque des débats télévisés en leur précisant que leur place est sur le terrain, à côté du citoyen et non sur les plateaux de télévision,
' 9 avril 2013 : les Zéro Virgule oublient le 9 avril 1938 et s'accrochent au 9 avril 2012, en commémorant la fracture de Ben Mbarek,
' 9 avril 2013 : la chaine de télévision TV7 invite Hama Hamami du POCT, Néjib Chebbi du PDP, Samir Taieb du PCT et Béji Caied Essebsi du RCD, pour débattre du miracle, qui a eu lieu un an plus tôt, et qui a fait passer en 24 heures, la fracture de Jawher Ben Mbarek, de son bras gauche à son bras droit,
' Un jour après le 9 avril 2013 : les tunisiens n'ont rien compris du débat de TV7 sur la fracture de Ben Mbarek. Ils descendent dans la rue et demandent à Khalil Zaouia, Ministre et médecin spécialiste en orthopédie des explications. Ne trouvant pas d'explications scientifiques plausibles, Zaoui décide alors, après mures réflexions, de s'inscrire en première année médecine à la faculté de médecine de Tunis, pour reprendre ses études médicales et comprendre la fracture de Jawher Ben Mbarek.

HL75TN
| 09-04-2013 07:09
Pourquoi s'en offusquer ou simplement s'en étonner alors que nous savons que les salafistes qui gouvernent notre pays ont été à bonne et même à très bonne école ? Ces gens-là ne nous viennent ni de Mars ni de la Lune mais du désert arabique, là où est né le wahhabisme qu'ils veulent nous imposer comme mode de vie et mode de pensée.

Dans ce désert-là, le despote, qu'il s'appelle roi, émir ou cheikh, est maître dans son fief et n'a de comptes à rendre à personne, surtout lorsqu'il exerce ce qu'il croit être un droit souverain de réprimer son peuple.

Là-bas, il n'y a ni constitution, ni élections, ni parlement, ni rien qui puisse faire ombrage au souverain ou limiter ses pouvoirs. Il est maître et propriétaire de la terre qui constitue son fief et de tout ce qui se trouve dessus et dessous, hommes compris et, comme on ne rend pas compte à ses propriétés, on ne constitue pas de commission d'enquête pour les dommages qui peuvent leur survenir du fait de leur propriétaire.

Nos salafistes au pouvoir ont assimilé les leçons de leurs mentors wahhabites et les appliquent strictement à la lettre chez nous et c'est le mot de la fin.

Tunisien
| 08-04-2013 20:34
Ces malotrus , escadrons de la haine et des crimes dénommés LPR n'ont jamais été jugé , 9 avril 2012 , le marthyr Lotfi Nagdh , le meeting de NIDAA TOUNIS saccagé par les LPR ...

Ces brigands sont au-dessus de la loi et bénéficient de l'impunité de montplaisir .

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