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Bourse : 2019, l’année des cabrioles
05/01/2020 | 15:59
7 min
Bourse : 2019, l’année des cabrioles

 

L’année boursière a été aussi chaotique que la situation économique et financière du pays. Elle se clôture ainsi avec une baisse de plus de 2% du Tunindex sur l’ensemble de l’année. Les chiffres de la majorité des secteurs sont dans le rouge, reflétant la crise que traverse le pays. Bilan.

 

«L’activité boursière a été marquée en 2019 par une conjoncture nationale très difficile pour l’investisseur désorienté par le manque de visibilité et le climat d’attentisme, favorisés par les échéances électorales, ainsi que par le mouvement haussier des taux et par conséquent un arbitrage des investisseurs en faveur des placements monétaires», explique le rapport du bilan boursier pour l’ensemble de l’année et publié le 31 décembre 2019.

 

Le bilan annuel des indices sectoriels, publiés par la Bourse, est dans le rouge. Sur les 13 indices (secteurs et sous-secteurs), uniquement quatre indices ont réalisé une performance positive en 2019.

Quatre des cinq secteurs sont en baisse et seulement l’indice "Matériaux de Base" a réalisé un gain de 1,39%. L’indice "Industries" a réalisé la plus forte régression avec une baisse de 14,83%, suivi de l’indice "Services aux consommateurs" avec un repli de 14,69%, de l’indice "Sociétés financières" avec une légère baisse de 0,37% et de l’indice "Biens de Consommation" avec une diminution de -0,19%.

 

 

Pour les sous-secteurs, trois sont dans le vert : l'indice "Assurances" s'est octroyé la meilleure performance avec une progression de 7,88%. L’indice "Produits ménagers et de soin personnel" a évolué de 5,19%. L’indice "Banques" avec une légère hausse 0,23% échappe de justesse au rouge.

Tous les autres sous-secteurs sont dans le rouge, plus ou moins affectés par la conjoncture du pays. Ainsi et selon les chiffres boursiers, l’indice qui a subi la plus forte baisse est celui du "Bâtiment et Matériaux de construction" avec -23,87%, suivi par les "Services financiers" (-15,16%), la "Distribution" (-14,34%), "Automobile et Equipementiers" (-10,29%), "Agro-alimentaires et Boissons" (-1,21%) et "Biens de consommation" (-0,19%).

 

 

Comme déjà indiqué par Business News dans plusieurs papiers notamment celui du bilan économique de l’année, le mécontentement des professionnels est de plus en plus persistant. Les industriels fabricants d'autocars sont laissés à leur sort avec une commande non-réceptionnée par l’Etat faute de ressources d’une centaine de bus et d’une valeur de 35 millions de dinars de dinars (MD) qui a engendré des frais financiers supplémentaires de 3,5 MD.

La situation du secteur du Bâtiment et travaux publics (BTP) n’est pas meilleure. On parle de dettes évaluées à près de 600 millions de dinars auprès de plus de 1000 entreprises. Des entrepreneurs menacés de prison car ils ne peuvent pas rembourser les crédits contractés auprès des banques. Des sociétés qui ont mis la clé sous la porte et licencié plus de quatre mille employés.

Business News a été la première à mettre en lumière les déboires d’Afrique Travaux et ses créances auprès de l’Etat de près de 49 millions de dinars pour des projets et chantiers finis. La société n’était qu’un exemple parmi d’autres : des professionnels à qui l’Etat doit beaucoup d’argent, et qui se trouvent dans un cercle vicieux, ne pouvant plus payer la CNSS et l’impôt.

Les chiffres boursiers confirment le malaise et les difficultés que vivent ces secteurs et bien d’autres.

 

 

La sentence n’a pas tardé et tout ceci a eu des répercussions directes sur les cours. Ainsi, la capitalisation boursière du marché a baissé de 2,69% pour s’établir à 23,72 milliards de dinars contre 24,38 milliards de dinars à la fin de l’année 2018.

Cette baisse est imputée à une baisse généralisée des cours sur la place de Tunis, mais aussi à la radiation de la société Elbene Industrie et ce suite à une demande qui émane de ladite société.

La part du lion revient aux sociétés financières qui dominent encore la capitalisation du marché avec une part de 50,7%. Elles sont suivies par les biens de consommation et l’industrie qui s’accaparent respectivement 35,6% et 7,1%.

 

L’année a été marquée par de belles performances. Les dix plus fortes capitalisations boursières de la cote ayant représenté une part de 62,9% de la capitalisation globale du marché pour une valeur de 14,92 milliards de dinars.

 

 

Comme l’ensemble des indicateurs, le volume global des échanges a enregistré un repli de 12,2% pour atteindre 3.367 millions de dinars (MD) contre 3.837 MD en 2018. Les volumes échangés sur la cote de la Bourse ont accaparé 47,2% du volume global des échanges, 7% sur le hors-cote et 46,8% pour les enregistrements et les déclarations.

 

 

Conséquence de tout ce remue-ménage, durant 2019, l’indice Tunindex a évolué en dent de scie, clôturant avec une régression de 2,06% à 7.122,09 points, et ce après des hausses consécutives de 15,76% et 14,45% durant 2018 et 2017.

La balance des variations des cours durant l’année 2019, a été légèrement plus marquée par les baisses qui ont touché 44 valeurs, que par les hausses de 37 valeurs.

 

Dans le détails, après une forte baisse durant le premier trimestre de l’année 2019 (-6,66% au 19 mars 2019), l’indice Tunindex a pu inverser sa tendance pour atteindre son plus haut niveau annuel soit 7.278,89 points (16 juillet) et effacé la totalité de ses pertes (une hausse de 7,24% du 19 mars au 16 juillet), porté essentiellement par les publications des résultats des sociétés cotées au titre de l’exercice 2018 (+7,1% par rapport à l’année 2017) et les distributions des dividendes.

Durant le deuxième semestre, le Tunindex a subi principalement, les effets des tensions politiques à l’occasion de deux élections législative et présidentielle.

 

Pour sa part, le Tunindex20, qui regroupe les 20 plus grandes valeurs et les plus liquides sur le marché, a suivi une tendance similaire au Tunindex. Il a clôturé l’année 2019 avec 3.128,47 points, soit un repli de 3,70%.

Cette prestation est due à la régression des cours de la moitié des valeurs qui le composent notamment Carthage Cement (-42,23%), ICF (-27,43%), Magasin Général (-25,87%), Attijari Bank (-14,90%) et One Tech Holding (-13,23%).

 

 

Les valeurs les plus performantes durant l’année 2019 sont Cellcom qui a clôturé l’année avec un rendement de 147,3%, suivi de MPBS avec 91,5%, Siphat avec 76,5%, Siame avec 68,5% et STPAP avec 56,2%.

 

 

En revanche, les baisses les plus importantes ont touché les titres Servicom, Mip, UADH, Modern Leasing et Adwya qui se sont repliés respectivement de 66,8%, 63,3%, 49,7%, 45,5% et 43,8%.

 

2019 a été une année cauchemardesque pour l’ensemble de l’économie. La bourse est le reflet de cette situation. D’ailleurs, aucune introduction n’a été opérée au cours de cette année. Les investisseurs ont besoin d’une stabilité politique et d’une visibilité, deux facteurs que l’Etat tunisien n’arrive pas à garantir pour le moment outre la pression fiscale excessive exercée. Depuis 2010, elle est passée de 20,1% à 23,1 en 2018 puis 24,9 en 2019 et atteindra 25,1% en 2020. Ce qui est encombrant, ne permettant pas aux sociétés d’investir et de se développer, et ceci se répercute sur les résultats des sociétés et sur leurs cours.

 

Imen NOUIRA

05/01/2020 | 15:59
7 min
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Commentaires
Moi
Un saut de 14,3% en 3 mois
a posté le 06-01-2020 à 12:37
oui, nous allons vers une société de service, et c'est bien:
1) "L'indice "Industries" a réalisé la plus forte régression avec une baisse de 14,83%"
2) par contre "l'indice "Assurances" s'est octroyé la meilleure performance avec une progression de 7,88%."

Par contre, ce qui n'est pas claire, pourquoi la chute de 6.6% au début de mois de Mars 2019 et une monté de 7.7% au mois de Juin, ce qui fait un saut de 14,3% en 3 mois.

Il me manque le volume des transactions afin de tirer des conclusions utiles, Le problème de la bourse de Tunis est évident, les capitaux appartiennent à quelques personnes et à quelques banques privées (à quelques familles). Mêmes les assurances appartiennent en grande partie à des banques privées. De ce fait, il y a une contradiction quand je lis que les assurances ont fait des performances extraordinaires et que le système bancaire stagne!

Puis certaines entreprises à la bourse de Tunis sont encore des entreprises de famille, et fonctionnent encore en tant qu'entreprise de famille malgré qu'elles sont cotées à la bourse de Tunis. Et ainsi, Ces familles sont indifférentes à la valeur boursière de leur entreprise. Elles ne veulent ni vendre et ni acheter et que le Tunindex chute ou monte est secondaire. Ce qui compte le plus pour eux est le bilan de fin d'année...

D'après l'historique de Tunindex des dernières années, les plus mauvaises performances sont autour du mois de Mars et les meilleurs sont autour de mois de décembre (en moyenne). Faut-il acheter au mois de Mars et revendre ses actions au mois de décembre? Puis pourquoi le mois de Mars pour la chute Tunindex?

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Il faut avoir du temps afin de faire une étude statistique/empirique des données boursières de la bourse de Tunis. ça serait un très bon sujet d'une dissertation de fin d'étude à l'HEC de Carthage...