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Chroniques
Seuls les Kaïssistes peuvent être au-dessus des lois
Par Nizar Bahloul
01/04/2024 | 15:59
6 min
Seuls les Kaïssistes peuvent être au-dessus des lois

 

Il s’appelle Mahmoud Benmabrouk, il est secrétaire général du parti du Massar 25-Juillet (allié du pouvoir) et a été l’invité de Moez Ben Gharbia mardi dernier sur Diwan FM. Durant son interview, il a déclaré, sans sourciller, avoir faire l’objet de trois plaintes en vertu du décret 54 et que les trois plaintes ont été retirées suite à des instructions données au plus haut sommet de l’État.

Elle s’appelle Hayet Guettat Guermazi, elle était ministre des Affaires culturelles et elle est citée dans la célèbre affaire de complot contre l’État dans laquelle figurent 25 noms de personnes célèbres et moins célèbres dont certains sont passés par la case prison. La semaine dernière, Mme Guettat Guermazi a fait l’objet d’une plainte pour complot contre l’État déposée par du personnel de son ancien ministère, mais cela n’a pas inquiété pour autant la dame.

Il s’appelle Ezzedine Chelbi, il est gouverneur de Ben Arous et il a humilié, vendredi dernier, le personnel d’une recette des Finances de son gouvernorat, le tout filmé par une caméra et posté sur les réseaux sociaux. Techniquement et légalement, M. Chelbi n’a pas à effectuer une visite à cette recette des finances, n’a aucun lien hiérarchique avec son personnel et n’a pas à leur adresser la parole. Moralement, son poste ne lui accorde aucun droit à humilier autrui, encore moins devant une caméra. Mais bien qu’il ait attaqué et humilié des représentants de l’État dans l’exercice de leurs fonctions, bien qu’il ait filmé et diffusé publiquement ces humiliations les exposant ainsi devant le peuple (le monde) et leurs familles et bien que son acte tombe sous plusieurs articles de loi (dont le décret 54), Ezzedine Chelbi n’a pas été inquiété pour autant. Il continue à pavaner comme un paon devant les caméras. 

Ceux-là, ils ne méritent pas qu’on cite leurs noms. Ils sont moins que rien. De toute façon, on ne peut pas les citer tous, tant ils sont nombreux. Ils pullulent sur les réseaux sociaux et certains médias, ils sont connus pour être des aficionados du régime de Kaïs Saïed et ils attaquent 24/7 nommément les opposants (ainsi que leurs avocats et leurs familles), les journalistes, les hauts fonctionnaires, les magistrats, la police, etc. Ils sont toujours là pour défendre les positions du régime et dénoncer tous ceux qui lui sont opposés ou ceux qui ne vont pas dans son sens. Ils n’hésitent pas à injurier, insulter et salir l’honneur de leurs victimes. Ces dernières ont beau avoir déposé des dizaines de plaintes, elles ont beau médiatiser ce qui leur est arrivé, cela n’a pas inquiété pour autant ces fayots et propagandistes.

 

C’est une constante depuis la nuit des temps, il y a toujours eu deux justices en Tunisie. Une pour le commun des mortels et une autre pour le régime et ceux qui gravitent autour. C’était le cas avant la révolution et cela n’a pas changé après. Le fait est que la situation a empiré après le putsch du 25 juillet 2021. C’est un constat indéniable. Avant, « l’immunité judiciaire » ne touchait que quelques apparatchiks. Maintenant, elle protège les hommes et femmes d’appareil, mais aussi la racaille.

C’est frustrant et affligeant que de constater « le deux poids, deux mesures » dans des affaires de même nature. On ne peut pas, en aucun cas, juger deux choses analogues avec partialité, selon des règles différentes. Walid Balti a été jeté en prison dans l’affaire de complot contre l’État, mais Hayet Guettat Guermazi continue de bénéficier de sa totale liberté de mouvement bien que citée dans la même affaire. Des dizaines d’opposants politiques sont jetés en prison dans d’autres affaires de complot, en l’absence totale de faits tangibles, alors que Hayet Guettat Guermazi bénéficie de sa totale liberté de mouvement.

Le journaliste Mohamed Boughalleb est jeté en prison pour avoir soi-disant sali l’honneur d’une haute fonctionnaire, alors que des dizaines de chroniqueurs et facebookers salissent impunément l’honneur des opposants et ne sont même pas convoqués devant la justice.

Qu’il y ait un, deux, trois ou dix cas qui échappent aux mailles du filet judiciaire en bénéficiant de leur proximité de l’appareil de l’État, passe encore, mais force est de constater que ces exceptions sont devenues une règle. Il suffit d’être un apparatchik ou un aficionado de ce régime pour devenir un homme (ou une femme) au-dessus des lois.

 

La faute aux magistrats ? Techniquement, cela leur incombe de poursuivre ces hors-la-loi supposés pour qu’ils répondent de leurs actes devant la justice. Sauf que les magistrats se sont retrouvés, malgré eux, entre le marteau et l’enclume. S’ils poursuivent un apparatchik ou un aficionado du régime ou s’ils ne poursuivent pas un opposant, ils sont tout de suite mutés, suspendus ou radiés par leur hiérarchie et lynchés sur les réseaux sociaux. 

C’est leur job et ils doivent assumer, diriez-vous. C’est plus facile à dire qu’à faire, car il est bon de rappeler que les magistrats n’ont pas vraiment de recours quand ils subissent des injustices. S’ils saisissent la justice (c’est-à-dire leurs pairs) et que cette dernière leur donne raison et ordonne leur réaffectation, le ministère de la Justice refuse d’appliquer la décision. S’ils choisissent de quitter le corps des magistrats et de rejoindre le barreau, l’Ordre des avocats refuse de les intégrer. Ce dernier, sous la mandature de Hatem Mziou, ne prend même pas la peine de refuser officiellement la réintégration, car il sait que le refus peut faire l’objet d’un pourvoi en appel et que si cet appel aboutit favorablement, cela l’oblige à intégrer les ex magistrats dans le barreau. En refusant de répondre, le cynique bâtonnier les prive de toute solution légale opposable devant les tribunaux.

En attendant, tous les magistrats qui ont eu le malheur de prendre des décisions défavorables au régime de Kaïs Saïed se trouvent aujourd’hui au chômage, sans ressources minimales pour subvenir à leurs besoins. 

 

Grâce à cette infernale machine judiciaire partiale, mise en place par sa ministre Leïla Jaffel, le régime de Kaïs Saïed est en train de faire ce qu’il veut du peuple. Incarcérations abusives, procès fallacieux, intimidations diverses d’avocats, d’opposants, de syndicats et de journalistes, mise au pas de toute l’administration, de l’armée, de l’appareil judiciaire et des médias publics. Le régime ne profite plus seul de cette machine infernale, il en fait également profiter ses aficionados. Conscients de jouir d’une totale impunité, ils s’en targuent en toute indécence dans les médias et les réseaux sociaux, lançant ainsi un pied-de-nez à tout le peuple.

Assurément, et sans doute aucun, cela ne va pas durer éternellement. L’Histoire est un éternel recommencement. Les apparatchiks et les aficionados du régime ont beau se croire et être au-dessus des lois et du peuple, ils sont plus bêtes que ce dernier, car ils n’ont pas retenu les leçons de l’Histoire. Les apparatchiks et les aficionados de Ben Ali sont passés par la case prison, y compris ses ministres de la Justice Béchir Tekkari et Lazhar Bououni. Ce dernier est mort de dépit à l’âge de 69 ans. Les apparatchiks et les aficionados islamistes sont également passés par la case prison, y compris leur très sulfureux ministre de la Justice Noureddine Bhiri, actuellement incarcéré.

C’est vrai que la justice à deux vitesses a toujours été une constante dans l’Histoire de la Tunisie, mais cela est vrai aussi que cette justice a toujours su se venger des politiques qui l’ont piétinée en usant de leur pouvoir. Un pouvoir qui a toujours été, de tous temps et partout dans le monde, éphémère.

 

* Les Kaïssistes sont les partisans de Kaïs Saïed

Par Nizar Bahloul
01/04/2024 | 15:59
6 min
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Commentaires
Gg
Allons, un peu d'objectivité !
a posté le 02-04-2024 à 12:16
"Ezzedine Chelbi, il est gouverneur de Ben Arous et il a humilié, vendredi dernier, le personnel d'une recette des Finances de son gouvernorat, le tout filmé par une caméra et posté sur les réseaux sociaux."

Vous connaissez mieux que moi ces officines administratives où les rares présents ne font que regarder l'heure tourner en buvant le café, au mépris total du public.
Repassez demain... la semaine prochaine... et pourquoi pas là, tout de suite?
Ce M. Chelbi a mille fois raison, et vous le savez.
Léon
Y a-t-il encore une Justice chez nous?
a posté le 02-04-2024 à 06:53
"Qu'on me donne six lignes écrites de la main du plus honnête homme, j'y trouverai de quoi le faire pendre" disait Richelieu. C'est ainsi que se résume la Justice Tunisienne au jour d'aujourd'hui. Avec le décret 54, on écarte la Justice d'un revers de main. Un homme politique français disait "La République c'est moi"; le décret 54 est une manière de donner le plein pouvoir à celui qui veut gouverner sans contestation. De facto, avec le décret 54, il vous dit "La Justice c'est moi".
Si au décret 54, vous ajoutez le chef d'accusation de "haute trahison", vous avez, non seulement les pleins pouvoirs, mais aussi, tel un pharaon, le droit de disposer de la vie de vos contradicteurs. Sachez que le crime de 'haute trahison" a été banni des démocraties occidentales. Sachez aussi que Dieu fera aux nouveaux pharaons ce qu'il fit du pharaon lui-même.
D'ailleurs la seule haute trahison que je connaisse en Tunisie est celle des blogueurs payés par l'Open Society de Soros qui a fait sombrer la Tunisie. Notre pays est passé d'un état respecté et craint, à une petite dictature, pauvre et insignifiante, ressemblant fortement à ces moutons de Panurge affamés qui lui font office de peuple.
Depuis la haute trahison de 2011, la seule autre haute trahison que je connaisse est la remise pour expertise, du téléphone portable à un pays européen d'une femme politique qui dénonçait précisément la colonisation américano-européenne. Il fallait bien aider nos nouveaux colons 2.0 afin qu'ils puissent mesurer à quel point cette Dame est au courant de leur plans. Puis, sans aucune vergogne, celui de son bras droit à ces mêmes experts étrangers. Les décideurs et leurs pions justiciers, manquant manifestement de pudeur, c'est cette Dame, (Moussi pour la désigner) que l'on accuse de "haute trahison". Il faut dire que ce n'est pas dénué de logique car, pour les traitres, le Patriote est un traitre.
Mais revenons à la prétendue "justice", celle dictée par nos nouveaux colons, qui ont pris conscience que beaucoup de tunisiens ont "compris", et ont été obligés de passer à la vitesse supérieure en arrêtant ce simulacre de démocratie.
Aujourd'hui, sous cette "démocratie" gisent depuis des mois et des années, des gens en prison, en attendant un chef d'inculpation "concret". Il est coutumier de dire "je fais confiance à la justice de mon pays". Il va de soi que ne lui fait aucunement confiance. Et ce sont ses justiciers, au service du pouvoir, qui ont fait en sorte que les avis les plus divers se trouvent tous sous les verrous, qui sont la cause de cette perte de confiance en la justice de notre pays.
Y a-t-il un seul pays au monde où l'on garde les gens en prison, des années durant, le temps d'instruire les dossiers. Même dans les dictatures de "moyenne envergure", on laisse les gens en Liberté le temps d'instruire les dossiers. Il va de soi, que nos justiciers se basent sur la loi pour utiliser le coup des "14 mois" qu'ils répètent à merci, mais c'est une manière de tourner le dos à l'esprit de cette loi qui a été faite seulement pour les cas où le prévenu présenterait un danger pour la vie des citoyens. Bref, elle a été concue seulement pour les potentiels terroristes et non pas pour maintenir en taule des personnes ne présentant aucun danger. Cette pseudo-loi n'a été appliquée qu'aux états unis, suite au 11 septembre, et fait de la Tunisie un Guantanamo aussi bien physique de moral. C'est ainsi que des ministres et des commis d'états gisent actuellement en taule. Sans parler des détention politiques.
Jamais la Justice Tunisienne n'est tombée aussi bas. Il aura fallu que le Pays soit "libéré" en 2011 pour que l'on en arrive là. Cela vous montre précisément QUI vous a "libéré", affamé et détruit. L'oeuvre est celle des pires des sionistes à laquelle s'est joint un peuple d'imbéciles, mu par les pulsions régionalistes, par de la jalousie, du hosd et du hoqd. Et là, je m'adresse encore aux traitres de 2011, comme je n'ai cessé de le faire depuis le 14 janvier maudit.
Mais n'ayez crainte! Un état de non-droit est un état qui vit dans un équilibre hyper-instable. Et vous savez ce qu'est une molécule en état instable. C'est une molécule explosive. Ce jour-là, les donneurs d'ordres se cacheront, et ce sera les magistrats qui ont usé de ce décret, auteurs de ces "crimes-légaux" (pour sauver leur pain d'après eux), qui feront office de fusible. Mais il n'y aura pas qu'eux. Il y aura aussi tous ces hommes politiques et publics qui avaient porté plainte sous couvert de ce décret afin d'écarter toute contestation et toute critique.
Souvenez-vous de cette parole, car depuis 2011, toutes les prophéties de Léon ont été réalisées.

Léon, Min Joundi Tounis Al awfiya,
Résistant et Disciple Spirituel de Mon Col Hmida Ferchichi (Allah Yar7mou), Libérateur de Bizerte;

VERSET 112 de la SOURATE des ABEILLES.
Chelbi
Un autre cas d'injustice
a posté le 01-04-2024 à 16:38
Il faut évoquer aussi le plus évident des injustices dans ce pays: un président qui piétine une constitution sur laquelle il a prête serment, et continue malgré tout dans son poste. Dans quels pays ca arrive? Surtout pas dans les pays ou la loi s'applique sur tous.
Fares
Pire encore
a posté le à 18:35
Plusieurs ministres de ce gouvernement ont prêté serment en Octobre 2021 sur une constitution déchue. Ce régime est mauvaise farce.
Chelbi
Merci de le rappeler
a posté le à 20:08
Et leur chef n'a même pas prête serment sur sa constitution jusqu'à maintenant. Bref, un bon « ga3baji » comme on dit dans notre dialecte.
DHEJ
Magnifique!
a posté le 01-04-2024 à 16:21
La justice n'est pas très juste, tantôt c'est un appareil, tantôt c'est une machine.


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