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Sécurité contre liberté, l'ARP devra trancher !

Temps de lecture : 6 min
Sécurité contre liberté, l'ARP devra trancher !

 

Le 1er novembre 2017 à 8h14 précisément, deux policiers ont été agressés à l’arme blanche par un takfiriste devant l’entrée de l’ARP. Une opération terroriste qui a vite fait de remettre sur le tapis les entraves sur le projet de loi relatif à la répression des atteintes contre les forces armées, en suspens depuis deux ans….

 

Un takfiriste a agressé hier deux policiers. Il a blessé le premier au niveau du front et le second au niveau du cou entrainant sa mort. Très vite capturé par les forces de l’ordre, le terroriste a avoué avoir adopté la pensée takfiriste depuis trois ans et planifié, depuis quelques temps déjà, des attaques contre les forces de l’ordre. Les premiers éléments recueillis ont aussi révélé que l’individu était accompagné par une deuxième personne lors de l’attaque. Une liste de personnalités politiques qu’il prévoyait vraisemblablement d’assassiner a été saisie en sa possession.

Plus tard dans la soirée, le ministère de l’Intérieur a précisé que l’attentat a été perpétré par un dénommé Zied Ben Salem Gharbi. L’assaillant, âgé de 25 ans, a surpris les deux agents de la circulation et a poignardé le commandant Riadh Barrouta au niveau de la gorge. Il a ensuite tenté de blesser le capitaine Mohamed Aïdi au niveau du visage et a fini par le toucher au front, il a essayé de s’attaquer à un troisième sécuritaire avant d’être neutralisé par les forces de l’ordre.

 

Cette attaque meurtrière a suscité une grande indignation dans la sphère publique, politique, mais aussi et surtout auprès des sécuritaires, particulièrement ciblés. Le syndicat des agents de la direction générale des unités d’intervention, le syndicat des agents de la sûreté publique et l’union nationale des syndicats des forces de sécurité tunisiennes, ont très vite réagi en revendiquant l’examen du projet de loi protégeant les forces armées, à l’assemblée des représentants du peuple (ARP).

Estimant passive la réaction de l’assemblée, ils menacent de lever la protection sécuritaire des députés et des présidents de partis représentés au parlement, en cas de poursuite de « la politique de tergiversation » sur l’adoption de la loi en question. Les syndicats ont annoncé, par ailleurs, que des sit-ins sont prévus pour le 3 novembre sur tout le territoire tunisien, ainsi que le port du brassard rouge. Ils ont accordé un délai de 15 jours à l’ARP pour présenter le Projet de loi protégeant les forces armées devant la séance plénière. « En cas d’absence de réponse favorable du pouvoir législatif, une conférence de presse sera tenue le 20 novembre et une manifestation nationale sera organisée le 21 novembre. La levée de la protection sécuritaire sera la dernière étape de l’escalade et sera mise en application à partir du 25 novembre » ont-ils souligné, dans un communiqué.

 

Un autre drame vient ainsi soulever, pour la énième fois le dilemme sur le projet de loi protégeant les forces armées. S’il est convenu à l’unanimité que la tâche des forces armée est des plus sensibles, que le danger auquel ils font face tous les jours est réel et important, on tergiverse sur la nécessité d’adopter une loi « qui pourrait leur procurer un pouvoir menaçant les libertés en général et la liberté d’expression en particulier, voire ouvrir la porte aux répressions policières et les légitimer ».

 

Le projet 25/2015, qui vise à protéger les agents portant des armes qui appartiennent aux forces armées militaires, aux forces de sécurité intérieure et à la douane, contre les atteintes qui menacent leur sécurité et leurs vies, promet également de réprimer les attaques faites contre les édifices, les établissements et les équipements qui sont mis à leur disposition ou protection ou surveillance, ainsi que les atteintes contre les secrets de la sûreté nationale.

 

Il est évident que la sécurité des forces armées doit être renforcée dans un contexte où ils constituent un premier rempart contre le terrorisme. Néanmoins, le texte de loi contient des ambiguïtés et des articles qui vont à l’encontre de la constitution, notamment sur des points qui ont trait à la liberté d'expression et à l'accès à l'information. C’est donc par crainte de dérives et d’abus, que le projet traine encore dans les tiroirs de l’ARP.

Il est vrai que dans certains articles, le flou qui entoure certains termes utilisés peut présager d’un retour à la politique de la répression « fourre-tout ». Par exemple, et pour n’en citer qu’un, on pourrait regarder de plus près l’article 5 du projet de loi protégeant les forces armées pour nous rendre compte de la menace. Cet article dispose  d’une peine de dix ans d’emprisonnement et une amende de cinquante mille dinars pour « quiconque ayant la qualité pour utiliser, détenir, circuler ou conserver un secret de sûreté nationale, […] quiconque qui a sciemment, selon les cas, pris ou détruit ou livré ou modifié de quelque manière ou moyen que ce soit ou a permis intentionnellement ou par négligence l’accès à ce secret ou sa destruction ou détournement ou enlèvement ou reproduction de quelque manière ou moyen que ce soit ». Cet article précise, en outre, qu’« est considéré comme secret de sûreté nationale, toutes les informations, données et documents relatifs à la sûreté nationale », une définition qui laisse pour le moins perplexe. Qui pourrait en effet garantir que l’on ne définisse pas tout et n’importe quoi de secret d’Etat quand il y a moyen de le faire pour exercer une pression sur les citoyens. Aussi, cela pourrait entraver le travail journalistique en entravant l’accès à l’information et sa détention. Nous avons il y a de cela quelques mois consacré un papier au sujet, et relevé de nombreuses « défaillances » dans texte de loi afin d’expliquer les réticences exprimées à son encontre.

 

Les syndicalistes, qui ont tout à fait raison de défendre les sécuritaires et de craindre pour leurs vies, ne l’entendent pas de cette oreille et poussent l’ARP à trancher sur la question. Un fait inédit s’est d’ailleurs produit aujourd’hui. Une vidéo a circulé sur les réseaux sociaux comportant une partie de l’interrogatoire du terroriste qui a poignardé deux policiers au Bardo. Vraisemblablement enregistrée un policier, on y voit le terroriste en question, accroupi, répondre aux questions des policiers. Le chef du gouvernement a ordonné l’ouverture d’une enquête pour dévoiler l’origine de la fuite.

L’attentat terroriste d’hier est donc venu relancer un débat dans l’impasse. La question de la sécurité contre les libertés est complexe et ne concerne pas seulement la Tunisie. Une loi qui protège les forces armées peut servir à démunir les citoyens de certains de leurs droits les plus fondamentaux. Le régime policier répressif que les Tunisiens ont connu des années durant a laissé des blessures encore vives et pour qu’un consensus puisse enfin être trouvé, il faut se pencher sur la question et réfléchir à un texte qui mette tout le monde d’accord. La tâche est ardue, certes, mais il ne faut pas oublier pour autant que les forces armées sont les premières victimes d’un fléau nourri par le laxisme. La Tunisie patauge, mais pour une fois, sur une question à laquelle même les plus grandes et les plus anciennes démocraties ont eu à traiter et font encore face aujourd’hui…

 

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Commentaires (11)

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EL OUAFI
| 04-11-2017 22:02
Un aimable commentateur,était objectif à mon sens de voir les choses et de les avoir développé,suivant un contexte bien précis, et que je me permet de le citer,(Mr G g ).
Une grande majorité de nos concitoyens opte pour la sécurité à ce qu'il me semble la fondation les bases de la démocratie,la liberté du citoyen est fondamentale et primordiale, sans empiéter sur des acquis précieux qui sont sécurité , liberté du citoyen.
Ces adjectifs dont une jeune nation aspire sont complémentaires et ne peuvent en aucun cas être indissociables.
Une réticence certaine subsiste chez certains,et dont on peut leurs donner raison, un pays qui n'a connu que la tyrannie par les précédents dirigeants, leurs doutes en ces sécuritaires, un peu zélés, et dont ils sont restés attacher à leurs méthodes musclées envers leurs proies,et dont ne peut que justifier leurs craintes.
Beaucoup de pays qui se sont défaits des jougs de leurs oppresseurs, ont opté pour cette dernière, en attendant l'évolution des mentalités et les meurs, et certainement les renouvellements des générations, plus réceptives, un changement, ou plutôt évolution des mentalités, pour renverser l'échelle des priorités de ces qualificatifs.
L'histoire, et le parcourt de nos prédécesseurs en matière d'État démocratique, doté d'une constitution, irréprochable, sur tout en ce qui concerne la liberté individuelle, de toutes les composantes de sa société.
Nous Tunisiens nos problèmes sont multiples, tout d'abord, ce problème sociétal, qui est ce chômage déstabilisant, que notre jeune et chétive démocratie subit et se fait secouer par ces coups de butoirs imprévisibles et incessants de ces obscurantistes,et dont les moyens en équipements manquent à l'appel ! Une conjoncture très difficile, des loups affamés (corruption),des partis politiques, inconscients des dangers qui nous guettent, et surtout nos ennemis qui veulent que ce précédent(en démocratie pour un pays arabe) échoue tout bêtement, ou par la crainte de la tache d'huile, à savoir ?
Des priorités sont exigibles, sécurité, et liberté individuelle sont immuables respectivement c'est ce que je pense qu'il faille procéder. (Manai)

Letranger
| 03-11-2017 19:42
Il n'y a pas que l'article 3, toute la "Loi n° 82-70 du 6 août 1982, portant statut général des forces de sécurité intérieure" a déjà abordé et réglé le sujet depuis 1982.

Il n'y a rien à y ajouter ou retirer...
Seulement, en tergiversant sur une nouvelle loi, on oublie d'appliquer celle existante et on gagne du temps profitable aux extrémistes et à leurs "exploits".

Par exemple, d'une simple décision qui prendrait le temps d'une signature, votre Président pourrait pondre un décret ré-instaurant la peine de mort pour quiconque a commis une attaque contre les forces de l'ordre.

Mais cette loi date de Bourguiba, alors censément elle ne peut pas être bonne.

anti-islamiste
| 03-11-2017 18:18
Comment voulez-vous que l'ARP prenne une décision, lorsque celle-ci est infestée d'islamo... !
Lorsque le Président de la République logeur lui-même du gourou de nos maux laisse glisser le pays vers l'islamisme sans dire mot !
L'ARP ne représente en rien le peuple, il y a longtemps que cela se saurait.

Bab ezzira
| 03-11-2017 17:17
Sécurité contre liberté :Le paradoxe
Il faut savoir qu'on est en GUERRE CONTRE LE TERRORISME.
Partant de ce grave fait la réponse à cette question est évidente et ne nécessite aucune interprétation ni philosophie.
Les créateurs et maîtres de la démocratie ont choisi leurs camps par l'adoption du PATRIOT ACT.
Par contre leurs élèves Tunisiens en démocraties fraîchement sorti de freedom house n'ont pas encore chois leurs camps et aiment encore faire le con.

Gg
| 03-11-2017 09:27
Le débat existe dans toutes les sociétés confrontées au terrorisme, et il semble que les opinions publiques acceptent volontiers de sacrifier une part de liberté au profit de la sécurité, considérant que celle ci est la première des libertés.
Mais si je débite ces banalités, c'est pour souligner que ce choix sociétal repose sur la confiance que le peuple place en ses polices et justice.
Cela fonctionne en France, parce que personne ne doute que les polices et la justice sont unanimement du coté du Droit Républicain.
En Tunisie, pays ou la justice souvent libère des terroristes avérés, et où la police arrête avec le même zèle (mais moins de risques!) des amoureux dans leur voiture et des terroristes, le choix de sacrifier une part de liberté risque de passer moins facilement. On se méfie, quand on sait qu'une bonne part des acteurs politiques et de justice souhaite précisément faire tomber la démocratie!
De toutes façons, quoi que décide l'ARP, l'adhésion de la majorité du peuple est indispensable pour que cela fonctionne.

Nephentes
| 03-11-2017 05:16
On cherche, sous le coup de l'émotion et aussi avec d'arrières pensées dictatoriales, à surfer sur l'événement.

Il y a suffisamment de lois existantes pour protéger les forces de l'ordre et leur famille.

Il y a des défaillances dans l'octroi de moyens de protection ( gilets pare-balle, teaser, caméras de surveillance, détecteurs,etc..) et dans les régimes de protection sociale et d'indemnisation, qui sont actuellement dérisoires.

Certaines dispositions du projet de Loi qui va être soumis à l'ARP sont incontestablement liberticide, qui fait du membre de forces sécuritaire un citoyen doté de privilèges incompatibles avec notre Constitution.

Attention, encore une fois dérive vers l'arbitraire et le retour à la dictature policière.

veritas
| 02-11-2017 23:05
http://www.tunisie-secret.com/Les-biens-de-Ben-Ali-proposes-a-des-Saoudiens_a1739.html

veritas
| 02-11-2017 22:58
http://www.tunisie-secret.com/La-Tunisie-est-colonisee_a1741.html

Kamel
| 02-11-2017 22:15
Ils ont étés les sécuritaires le 14 janvier 2011???? Je préfère la liberté alors

DHEJ
| 02-11-2017 20:52
Artcle 3 de la loi N°82-70


Le pire c'est le comique BCE ... cité dans ladite loi comme le commandant en chef des forces armées intérieures....

Il ignore comme son prédécesseur le fameux Tartour, ses prérogatives!

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