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Regard géopolitique sur le « Hirak » en Algérie : entre réalité et manipulations -2-
03/04/2019 | 13:58
19 min
Regard géopolitique sur le « Hirak » en Algérie : entre réalité et manipulations -2-

 

Il s'agit de la deuxième partie de l'article de Mehdi Taje* portant sur les éventements en cours en Algérie. Il est question de plonger dans la complexité algérienne et remettre en perspective, via un regard géopolitique, le jeu des uns et des autres et de livrer des clefs de compréhension approfondie de la situation. (Pour consulter la première partie cliquer ici)

 

La face immergée de l’iceberg

Dans le cadre d’une restructuration des rapports de puissance à l’échelle planétaire, l’Algérie, convoitée pour ses ressources stratégiques, constitue un enjeu au Maghreb, au Sahel et sur le flanc sud méditerranéen de l’OTAN. Dans ce contexte géopolitique et géoéconomique sur fond de prise de contrôle de ressources énergétiques et d’évincement de puissances rivales conformément à la doctrine « Barnett » largement développée dans la première partie de cette étude, divers indices tendent à témoigner d’une implication, derrière le Hirak, de puissances aspirant à déstabiliser l’Algérie et à en briser les structures étatiques suivant une logique de fragmentation des Etats. Il ne s’agit absolument pas de nier la légitimité du sursaut admirable du peuple algérien, de sa capacité de discernement et de son aversion envers toute forme d’ingérence étrangère mais le caractère trop lisse de l’ensemble de ces millions d’Algériens défilant de manière pacifique sans le moindre débordement doit intriguer tout chercheur objectif. Il s’agit de mettre en perspective divers éléments que nous allons énumérer et les structures encadrant les mouvements populaires conjuguées aux appels anonymes via les réseaux sociaux, non les mouvements en eux-mêmes manifestant dignement pour l’avènement d’un Etat démocratique en Algérie et la mise à l’écart d’un système jugé prédateur. Dans l’ombre, sans en saisir pleinement la mesure tant les manœuvres sont subtiles et masquées, un peuple peut être manipulé par des acteurs internes et externes surfant sur une vague de protestation légitime pour la détourner de ses objectifs initiaux et provoquer une déstabilisation du pays ou un « regime change ».

 

Les indices ou signaux faibles visant une déstabilisation de l’Algérie

Ces indices sont multiples et la liste développée ci-dessous n’est nullement exhaustive :

Au nom de la lutte contre le terrorisme, la militarisation croissante de l’espace sahélien flanc sud de l’Algérie. Le positionnement des bases de puissances occidentales, notamment des Etats-Unis, du dispositif Barkhane français avec une base à Tessalit à proximité de la frontière algérienne, de l’Allemagne et de l’Italie au Niger s’ajoutant aux bases françaises et américaines, témoignent d’un véritable maillage de la ceinture de sécurité du sud de l’Algérie et de sa sphère d’influence traditionnelle. Le retour de l’influence israélienne au Tchad et au Mali n’est également pas innocent. Les révélations de The Intercept en date du 3 décembre 2018 conformément au Freedom of Information Act révèle d’une part la présence militaire américaine croissante en Afrique suivant la logique du Nénuphar avec 34 bases militaires dont 14 sites importants et 20 souples et « l’encerclement de l’Algérie via trois pays : La Libye (3 sites légers), la Tunisie et le Niger (Niger Air Base à Agadez) ». Dans un entretien accordé le 4 décembre 2018 à l'AFP, le général Roger Cloutier, le commandant des forces de l'armée de terre américaine en Afrique (USARAF) a confirmé les conclusions de l'enquête de The Intercept : « non, nous ne nous désengageons pas. Nous sommes plus engagés que jamais, et nous cherchons de nouvelles occasions de nous impliquer encore davantage ». Une déstabilisation de l’Algérie pourrait constituer cette occasion ;

 

 

Le retour téléguidé d’éléments terroristes de Daesh du théâtre syrien vers la Libye et surtout le flanc sud sahélien traduit une volonté de ciblage et de déstabilisation de l’Algérie en instrumentalisant l’islamisme radical et le terrorisme. M. Hassan Kacimi, Directeur d’étude au ministère algérien de l’intérieur en charge du dossier des migrations soulignait le 2 janvier 2019 : « le danger est là. Sournois, mais bien réel. Il est aux frontières sud de l’Algérie. Un danger, fomenté dans les officines de pays étrangers, qui tentent, sans relâche, d’ébrécher le mur sécuritaire pour déstabiliser l’Algérie : il s’agit là d’un énorme complot (…) On cherche à faciliter l’arrivée en masse de terroristes de la région d’Alep en Syrie (membres de l’Armée Syrienne Libre) vers l’Algérie via la Libye, le Niger et le Mali. Ces derniers détiennent de faux passeports soudanais. En traversant divers pays identifiées, ils empruntent les routes migratoires tout en étant encadrés par des groupes armés : Turquie –Soudan (faux passeports) – Mauritanie ou Egypte – Mali et Niger pour remonter en se mêlant aux migrants vers l’Algérie ». De multiples arrestations ont eu lieu depuis l’été 2018. Cette manœuvre consistant à infiltrer des éléments terroristes syriens aguerris au combat asymétrique visait probablement à tester les capacités de défense du régime et de l’armée algérienne et à pré-positionner des éléments devant semer le chaos depuis l’intérieur du pays le moment venu. En réponse, l’armée algérienne menait le 7 janvier 2019 l’exercice militaire Borkhane 2019 lors duquel le Général Gaid Salah déclarait : « la stabilité de l’Algérie dérange certains » ;

Multiples découvertes récentes dans le sud algérien le long des routes migratoires d’armes antichars et antiaériennes et disparition en Libye de plus de 45 millions[1] de cartouches selon la presse algérienne ;

Les méthodes d’ingérence démocratique et de désobéissance civile conceptualisées initialement par Gene Sharp dans ses divers manuels semblent à l’œuvre en Algérie. En 2003, la « révolution des roses » poussait Edouard CHEVARDNADZE à la démission. Quatre ans plus tôt, les étudiants du mouvement OTPOR réussissaient à faire chuter Slobodan MILOSEVIC en mobilisant l’ensemble de la société dans des actions non-violentes. Après la Géorgie et la Serbie, le basculement de l’Ukraine en 2004 par les urnes marque le moment le plus significatif de la reconquête occidentale de l’ancien monde soviétique. Cette stratégie s’est étendue par la suite au monde arabe. Des mouvements tels qu’OTPOR et CANVAS ont largement contribué à former de nombreux activistes mobilisant et encadrant les foules et la rue arabe. Une même méthode révolutionnaire, inspirée des travaux de Gene SHARP, théoricien de l’action non violente, est à la base de ces soulèvements populaires contre des gouvernements jugés oligarchiques et non démocratiques. Dans son ouvrage de référence, « La Guerre civilisée », ce spécialiste américain explique comment « dans toute société politique, le niveau de liberté ou de tyrannie dépend largement de la détermination des sujets à être libres et de leur capacité à s’organiser pour vivre librement ». Dès lors, pour s’affranchir d’un pouvoir autoritaire et permettre l’émergence d’une ouverture démocratique, la société civile doit s’organiser à l’avance pour s’imposer en adoptant une stratégie de l’intelligence et de « l’action civile » reposant sur des techniques non-violentes de désobéissance civile (technique d’action politique, voire militaire) et de « marketing politique », conjuguées à un soutien massif à la fois logistique, médiatique et d’observation des élections. L’ensemble est dopé par une exploitation optimale des réseaux sociaux et de l’ensemble des outils offerts par la révolution numérique et digitale en plein développement. En dépit du caractère légitime de la révolte de la population algérienne, il semble que des structures d’encadrement et de mobilisation suivant les modèles éprouvés par le passé et toujours améliorés (feed back) soient à l’œuvre en Algérie. 


En effet, dans un article de grande qualité rédigé par le Général français Delawarde, ancien chef « situation renseignement-guerre électronique » à l’Etat-major interarmées, intitulé « Algérie : révolte spontanée ou déstabilisation préméditée et organisée ? »[2], ce haut spécialiste du renseignement souligne : « la crise algérienne s’inscrit dans un contexte géopolitique qui dépasse largement ses frontières (…) Les indices ne manquent pas dans la crise algérienne qui font furieusement penser à une opération de « Regime Change » (changement de régime), dont les occidentaux sont particulièrement friands (révolutions colorées, Ukraine, Libye, Printemps arabes, Syrie, Venezuela, Brésil, etc.), qu’ils réussissent parfois (Maïdan, Libye, Brésil) et dont ils gardent jalousement « les secrets de fabrication » (…) Il y a, encore, la lecture des journaux du quarteron d’États dirigeant « la coalition occidentale ». L’ampleur, la teneur et le ton des réactions médiatiques sur ce qui devient, peu à peu, la « crise algérienne » et qui pourrait être baptisé dans quelques jours: « le printemps algérien », sont particulièrement révélateurs. La lecture du New York Time et du Washington Post aux USA, du journal Le Monde et des reportages de BFMTV en France, des journaux israéliens, Haaretz et Jérusalem post, est édifiante et facile à décrypter pour un bon spécialiste du renseignement. Enfin, il y a la méthode, les techniques et les moyens utilisées pour organiser un chaos de plus ou moins grande ampleur, préalable indispensable à l’avènement d’un nouveau régime. Ils constituent également de précieux indices (…) Facebook et Twitter, outils sous contrôle occidental, sont utilisés au maximum pour manipuler et chauffer les foules et pour organiser très rapidement de grands rassemblements protestataires. Là encore, il s’agit de méthodes expérimentées avec succès par Cambridge Analytica dans un passé récent, notamment en Amérique du Sud. Ceux qui contrôlent ces opérations « numériques » ne résident pas toujours dans le pays objet de l’ingérence. L’opération peut être contrôlée à partir du territoire d’un pays occidental (généralement les USA). Il suffit de disposer d’un groupe d’individus de bon niveau maîtrisant parfaitement la langue du pays objet de l’ingérence. Ces individus existent évidemment en grand nombre dans la diaspora algérienne mais aussi dans la diaspora séfarade. De telles actions contrôlées à partir de l’étranger ont déjà été observées dans les cas tunisien, libyen et égyptien (…) Il s’agit d’organiser d’abord le lâchage du régime en place et dans un deuxième temps le soutien du candidat à promouvoir : encore une méthode éprouvée de « Cambridge Analytica ». Elle nécessite beaucoup d’argent, mais l’État qui imprime le papier «dollar» n’en manque pas. L’argent et les promesses de positions avantageuses dans le nouveau régime viennent généralement à bout des plus coriaces (…) En conclusion, vous l’aurez compris, je ne crois pas à la spontanéité de tous les événements qui agitent aujourd’hui la rue algérienne. Aucun des deux grands camps qui s’opposent aujourd’hui dans le monde ne peut être indifférent à ce qui se passe en Algérie. L’ingérence étrangère y est donc plus que probable. Le contraire serait surprenant (…) Ceux qui s’ingèrent sont ceux qui y ont un intérêt et qui en ont les moyens. Ils s’appuient très habilement sur la triple opportunité qui leur est offerte : l’usure du pouvoir en place et de son chef, l’indéniable crise économique et sociale imputée à la gouvernance Bouteflika et l’échéance électorale prévue par la Constitution. Ils s’appuient également sur les moyens techniques (réseaux sociaux) et les moyens financiers et humains dont ils disposent »[3].


A l’appui de cette thèse, divers autres faits peuvent être évoqués (liste non exhaustive) :

  • En date du jeudi 14 mars 2019, le Washington Post américain met en garde la population algérienne contre le risque de réédition du scénario égyptien en Algérie. En ce sens, il recommande, afin de surmonter ce risque, deux stratégies : « insister et persévérer quant aux véritables réformes de fond et ne pas accepter de trêve avant l’éviction des décideurs ou la chute du pouvoir » ; « ne jamais abandonner la rue avant d’avoir obtenu satisfaction quant à l’ensemble des revendications ». Le journal américain établit ainsi de nombreuses similitudes entre les manœuvres du régime algérien et les événements en Egypte en 2011 ;
  • Selon Sputniknews en date du 15 janvier 2019, « l’activité soutenue et surmédiatisée de l’ambassadeur des Etats-Unis en Algérie, notamment dans le sud du pays, « susciterait de vifs soupçons quant à ses intentions réelles (…) des sources citées par le site d’information Algérie Patriotique ont affirmé que les gesticulations de l’ambassadeur américain cachent bien des desseins inavoués (…) selon ces sources, les Etats-Unis multiplient les appels de pieds à l’adresse de jeunes algériens invités à « subir » une formation sur la démocratie, autrement dit sur les moyens de mener des actions subversives, ceci sur fond de confusion politique totale et d’incertitudes concernant la tenue de la prochaine élection présidentielle »[4] ;
  • Dans une note publiée le 11 mars 2019, l’AEI (American Entreprise Institute) proche des milieux néoconservateurs américains et de la NED (National Endowment for Democracy), soulignait que l’Algérie, pôle de stabilité dans un Maghreb tourmenté, « faisait également partie du problème » (…) la solution ne consiste pas à préserver ou à rétablir un dictateur en Algérie. Si les régimes répressifs peuvent limiter l’extrémisme un certain temps, voire des décennies, ils ont inévitablement une date d’expiration (…) les Etats-Unis doivent plutôt être prêts à offrir leur aide dans la transition démocratique en Algérie »[5] ;
  • Début janvier 2019, les autorités algériennes saisissaient du matériel sophistiqué pouvant être utilisé à des fins d’espionnage en provenance du Qatar : « Pour la deuxième fois, l'Algérie saisit du matériel sensible pouvant être utilisé à des fins d’espionnage, en provenance du Qatar. Selon le site France-Algérie, 500 objets ont été saisis, la semaine passée, par les services de douanes de l’aéroport Houari-Boumediene d’Alger, sur le vol QR 566, en provenance du Qatar. Ce matériel, qui consiste en des caméras miniatures, haute résolution, et des drones, est utilisé, généralement, par les services secrets israéliens et américains, dans des opérations d’espionnage, indique le site. D’après les aveux des prévenus, il semble que ce matériel sensible était destiné à des personnes des wilayas d’Alger, de Sétif et du Sud algérien, où se trouvent de nombreuses bases pétrolières (…) Et de s’interroger si ce matériel n’a pas été envoyé, intentionnellement, par une intelligence ennemie à un réseau d’espionnage national dormant, pour nuire à l’Algérie, dans sa sécurité, et celle des personnes, dans leur vie privée »[6] ;
  • Le Site Algérie patriotique révélait dans son édition du 13 mars 2019[7] en s’appuyant sur des développements au sein du journal Al-Binaa relayant des sources de renseignement dont la crédibilité reste à vérifier que : « dans un centre de coordination installé à Rabat, un certain nombre d’agents étatsuniens, marocains et de spécialistes d’Otpor (l’agence initialement serbe financée par Soros pour les « révolutions de couleur ») travailleraient depuis déjà un an à la planification, au financement et au ravitaillement de mouvements activistes en Algérie, et des cadres algériens auraient suivi là six mois de formation intensive. Deux douzaines d’officiers étatsuniens, marocains, serbes et français (et quelques Algériens félons), seraient déjà à pied d’œuvre dans deux états-majors de conduite opérationnelle déployés à Oujda et Errachidia (Maroc) et des dizaines d’autres formeraient déjà un millier de futurs miliciens dans trois camps d’entraînement (dont un en Mauritanie), tandis que deux bases de soutien logistique auraient été installées en Tunisie ». Ces informations ont été strictement démenties par les autorités marocaines ;
  • En comparaison avec le mouvement des « gilets jaunes » en France dont le nombre est très inférieur aux millions d’Algériens défilant pacifiquement et sans le moindre dérapage dans les rues des plus grandes villes du pays dont Alger, les incidents se sont multipliés en France, notamment à Paris avec incendie de nombreuses boutiques tout le long de l’avenue des Champs-Elysées. Ce caractère trop lisse et fluide, en dépit de la sagesse du peuple algérien, laisse entrevoir l’existence de puissantes structures d’encadrement et de manipulation des foules conformément au « process » des révolutions de couleurs : « La sincérité et l’authenticité de l’élan populaire qui a déversé dans la rue algérienne des millions de personnes ne sauraient être mises en doute (…) Il n’en demeure pas moins que le mouvement a paru dès sa naissance particulièrement bien encadré et outillé de techniques qui sont trop professionnelles pour relever de l’improvisation. Il a tout de suite trouvé ses marques dans des consignes d’action pacifique et de civisme qui sont, il faut bien l’admettre, si éloignées du modus operandi de toutes les protestations qui l’ont précédé que les Algériens eux-mêmes ont du mal à s’y reconnaître et en conçoivent une fierté outrancière (…) Le plus déroutant reste cependant toutes ces touches d’enchantement dont le « Hirak » semble avoir découvert le secret et qui sont incontestablement le fait d’un parrainage médiatique d’une haute compétence qui a su produire et diffuser une iconographie digne de cette « révolution du sourire »[8] ;
  • Les vives réactions de la Russie et dans une moindre mesure de la Chine appelant au respect de la souveraineté algérienne et à la non-ingérence dans les affaires intérieures de ce pays sont révélatrices d’une nervosité de ces acteurs pesant lourdement sur la géopolitique du Maghreb et ayant des enjeux hautement stratégiques en Algérie. En effet, Serguei Lavrov, ministre des affaires étrangères russe, soulignait le 20 mars 2019 lors de la conférence de presse conjointe avec Ramtane Lamamra : « il est particulièrement important que tous les autres pays respectent de façon sacrée les dispositions de l’ONU et s’abstiennent de toute ingérence dans les affaires intérieures de l’Algérie ». Il a également mis en garde contre toute tentative de déstabilisation de l’Algérie tout en rappelant que seul le peuple algérien devait décider de son avenir et de son destin ;
  • Selon des informations révélées le 29 mars 2019 par le site d’information électronique Wikistrike, l’Algérie, afin de contrer les manouvres de déstabilisation internes et externes via les réseaux sociaux et le contrôle et la manipulation des foules, aurait activé « des capacités de cyberguerre dans une situation de conflit réel ». Il précise : « l’Armée Nationale Populaire (ANP), appellation officielle de l’Armée algérienne vient d’activer ses capacités de cyberguerre dans un contexte de conflit réel aux contours forts flous après avoir constaté l’entrée en jeu de nouveaux acteurs dans la crise politique secouant l’Algérie depuis un mois. La riposte est pour l’instant timide mais ordonnée et graduée.Fait nouveau, l’état-major militaire fait face à deux fronts : le premier, interne, est constitué par les anciens réseaux de l’ex-DRS (Direction du Renseignement et de la Sécurité), l’ancien nom de la police politique qui a manipulé la rue algérienne avant que le mouvement ne lui échappe partiellement. Ces derniers ne sont pas seuls et seraient soutenus par les services spéciaux US. Le second front, plus difficile à identifier commence à prendre forme et il annonce une sorte de guerre hybride d’une nature totalement nouvelle (…) Très peu d’Algériens semblent vraiment conscients du formidable piège qui va se refermer sur leur pays »[9].

 

Conclusion

L’Algérie est à la croisée des chemins, sur un volcan en ébullition et, en dépit de l’annonce de la future démission du président Bouteflika et de la constitution du nouveau gouvernement, les deux principaux acteurs, à savoir le peuple algérien et le système, ne semblent pas prêts à céder. La scène algérienne est caractérisée par une forte singularité relevant de la sociologie politique algérienne héritée de la guerre de libération nationale. Pour les autorités tunisiennes, une veille stratégique rigoureuse et quotidienne s’impose afin de plonger dans la complexité et l’opacité algériennes et anticiper les futures évolutions via la mise en place d’un tableau de bord de veille et d’anticipation de situations que nous pourrions qualifier de « seuil d’alerte sécuritaire » pour la Tunisie. Tunis doit se préparer à tous les scénarios afin de ne pas subir une éventuelle déstabilisation de l’Algérie qui placerait le pays, compte tenu de la situation en Libye, dans une situation à la libanaise hypothéquant la consolidation de son processus de transition démocratique. Des mesures de réassurance à l’égard des autorités algériennes participeraient à protéger la Tunisie de tout effet retord toujours possible.

 

*Mehdi Taje, Géopoliticien et prospectiviste, Directeur de Global Prospect Intelligence

 
 
 
 

[1] Ce chiffre reste à vérifier.

[3] Pour de plus amples détails sur les étapes du processus de déstabilisation et de manipulation des foules, lire l’article complet au lien suivant : https://www.breizh-info.com/2019/03/22/114808/algerie-revolte-spontanee-ou-destabilisation-premeditee-et-organisee-lagora

[4] « Un média algérien se demande que complote l’ambassadeur des Etats-Unis à Alger ? », Kamal Louadj, Sputniknews, 15 janvier 2019, consultable au lien suivant : https://fr.sputniknews.com/international/201901151039644286-algerie-complot-ambassadeur-usa/

[5] « Un Think Tank américain craint une déstabilisation de l’Algérie, appelle les USA à être prêts à offrir leur aide dans la transition démocratique », Yacine Babouche, TSA Algérie, 18 mars 2019, consultable au lien suivant : https://www.tsa-algerie.com/un-think-tank-americain-craint-une-destabilisation-de-lalgerie-appelle-les-usa-a-etre-prets-a-offrir-leur-aide-dans-la-transition-democratique/

[6] « LA DÉSTABILISATION DU MAGHREB SE POURSUIT : LE QATAR INTRODUIT DU MATÉRIEL D'ESPIONNAGE EN ALGÉRIE », Geopolitica.ru, janvier 2019, consultable au lien suivant : https://www.geopolitica.ru/fr/news/la-destabilisation-du-maghreb-se-poursuit-le-qatar-introduit-du-materiel-despionnage-en-algerie

[8] « Volonté populaire et incarnation sociale: Quelques questionnements sur le « Hirak » algérien », Khaled Satour, AlgeriaWatch, 23 mars 2019, consultable au lien suivant : https://algeria-watch.org/?p=71629

[9] « Algérie : activation des capacités de cyberguerre dans une situation de conflit réel », Wikistrike, 29 mars 2019, consultable au lien suivant : http://www.wikistrike.com/2019/03/algerie-activation-des-capacites-de-cyberguerre-dans-une-situation-de-conflit-reel.html


 

 

03/04/2019 | 13:58
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Commentaires (1)

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jaric
| 04-04-2019 11:09
Vous n'avez pas tort de vous poser des questions sur l'intervention étrangère mais 1 - vous n'accusez que les USA oubliant les interventions possibles et non sans motivations de la Chine, de l'Arabie saoudite, etc. 2 - vous accusez sans preuve en utilisant le soupçon en référence à des faits réels. 3 - Je suis bien placé pour parler des méthodes de Gene Sharp dont j'ai publié les livres en français et je constate qu'à chaque révolution nonviolente on parle de manipulation étrangère alors que les analyses historiques ultérieures montrent que Sharp, Canvas et autres associations occidentales se limitent à apprendre des méthodes dans un esprit de promotion des droits humains mais que les motivations et initiations viennent toujours de l'intérieur. Pour réussir une révolution nonviolente, Sharp conseille dans ses livres de ne pas compter sur l'aide étrangère mais uniquement sur la détermination du peuple. Conclusion : Ne concluons pas trop vite en surestimant les pressions étrangères, même si elles existent. Souvent d'ailleurs sous formes d'activisme d'ONGs. Bien cordialement