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Chroniques
L’hiver sera très chaud, y compris pour l’UGTT !
Par Marouen Achouri
20/10/2021 | 15:59
5 min
L’hiver sera très chaud, y compris pour l’UGTT !

 

 

La majorité des partis et des organisations nationales ont applaudi le coup de force opéré par Kaïs Saïed le 25 juillet. Beaucoup d’entre eux ont fait un pas en arrière lors de la publication du décret 117 par le président de la République. Le parfum hégémonique qui s’en dégage, le non-recours, la suspension de la constitution ont fait réfléchir des partis et des intervenants dont la longueur de vue politique ne dépassait pas le stade de la lutte contre Ennahdha. Exception faite, évidemment, du mouvement Echaâb qui soutient le président quoi qu’il dise et quoi qu’il fasse. Gratuitement en plus puisque le chef de l’exécutif ne daigne même pas prendre contact avec, ni les associer à quoi que ce soit, ni de près ni de loin.

Une autre organisation, et non des moindres, s’est retrouvée piégée par la manœuvre présidentielle, l’UGTT. Si prompte, auparavant, à défendre la liberté et les droits, la centrale syndicale a été d’une mollesse remarquable lors du coup de force de Kaïs Saïed. C’est dire que même pour une organisation aussi prestigieuse, les droits et les libertés sont négociables et le cheminement démocratique est toléré tant qu’il va dans un sens que l’UGTT maitrise. Mais le président de la République a le mérite d’être clair, il va mettre de côté tous les corps intermédiaires. Le peuple c’est lui, et il sait ce que le peuple veut. Donc, l’UGTT, qui croyait durant la dernière décennie jouir d’un rang particulier et d’une puissance incontestable, se retrouve mise dans le même sac que les autres, totalement écartée de la marche du pays et de la décision politique. La dernière rencontre entre le chef de l’Etat et le secrétaire général de la centrale date du 26 juillet, jour pendant lequel le président a rencontré les dirigeants de plusieurs organisations pour les rassurer sur ses intentions. Depuis, plus rien. On évoque par ci par là des appels téléphoniques entre les deux hommes. Le secrétaire général adjoint Mohamed Ali Boughdiri s’est risqué à parler de rencontre imminente, avant de se voir démenti par son homologue Samir Cheffi qui a déclaré que ces « affirmations ne sont pas précises ».

 

Autant dire que l’UGTT gigote sans savoir où donner de la tête. Depuis l’initiative de dialogue national proposée au président de la République il y a de cela près d’un an, la centrale ne sait pas sur quel pied danser avec Kaïs Saïed. Ce dernier a donné l’impression qu’il associait l’UGTT à toutes ses décisions avant de mettre totalement de côté Noureddine Taboubi et son organisation. La conduite de cette étape politique par le secrétaire général laisse à désirer. Même le bureau exécutif de l’UGTT est divisé et on n’hésite pas à utiliser les rumeurs et les fake news pour régler les comptes.

 

Pour reprendre un semblant d’initiative, la centrale syndicale organise, depuis quelques semaines, des rencontres avec des experts de tous bords afin de présenter des feuilles de travail destinées orienter les fameuses réformes politiques qu’une obscure commission nommée par le président devra mettre en place. Une tentative pour l’UGTT d’exister dans ce marasme et de prendre un peu d’initiative devant l’omni-président Kaïs Saïed. Mais la centrale n’a absolument aucune garantie, et rien ne permet de dire que ces travaux ne rejoindront pas le tiroir dans lequel se trouve leur initiative de dialogue national.

Dans son rôle symbolique de défenseurs des droits et des libertés, la centrale syndicale a clairement failli. Certains vont même jusqu’à dire que l’UGTT fait preuve d’opportunisme et surfe sur la vague avec l’unique objectif de préserver certains avantages. Imaginons une minute la réaction de l’UGTT si Béji Caïd Essebsi, ou Moncef Marzouki avaient activé l’article 80 et fait main basse sur le pouvoir en utilisant un décret.

D’autres agendas, autre que celui politique, s’imposent également à l’UGTT. L’agenda social est le principal. L’acrobatie linguistique utilisée par le syndicat, qui consiste à dire : nous ne demandons pas d’augmentations de salaire mais nous voulons une régulation du pouvoir d’achat des travailleurs, ne fera pas long feu. Aucune mesure sociale n’a émané du coup de force du 25 juillet et le président de la République est bien trop occupé à chasser les fantômes qu’il s’est fabriqué dans une hypothétique « guerre contre la corruption ». Entre temps, le pouvoir d’achat des Tunisiens a dégringolé, les prix des denrées alimentaires ne cessent d’augmenter, le tout sur fond de banqueroute proche. D’un autre côté, les négociations traditionnelles avec le patronat n’ont carrément pas eu lieu. Les entreprises sont à bout de souffle et les travailleurs n’arrivent plus à joindre les deux bouts. L’UGTT est complément impuissante vis-à-vis de cette situation. L’organisation a mis des lignes rouges un peu partout devant des gouvernements de coalitions à la rechercher de compromis et de petites ententes. Ces lignes rouges résisteront-elles face au gouvernement du président ? L’UGTT pourrait-elle être crédible en s’opposant aux mesures du président après avoir soutenu tout le processus politique ?

 

La seule certitude est la détérioration exponentielle du pouvoir d’achat des Tunisiens et de leur niveau de vie. Les prix dans les marchés sont inabordables, les augmentations sont brutales et la dernière rentrée scolaire a été parmi les plus dures que la société ait connu. Rien de cela n’a changé depuis le 25 juillet. Pire encore, l’absence de perspectives dans le pays complique encore plus les choses. La colère du « peuple qui veut » ne saurait pas tarder à exploser parce qu’il se rendra compte qu’on lui a menti. Il se rendra compte qu’il n’a été que le simple témoin d’une énième passe d’armes pour le pouvoir. Une passe d’armes qu’il paiera de sa poche à force de récession, d’augmentations et de taxes. L’UGTT portera, qu’elle le veuille ou pas, une part de responsabilité dans la situation que vivra le pays.

 

 

 

Par Marouen Achouri
20/10/2021 | 15:59
5 min
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Commentaires
Hassine
Plutôt "glaciale"
a posté le 23-10-2021 à 16:19
Avec un baril pétrole qui déplacera 100$ et l aveuglément de nos dirigeants cette hiver sera glaciale, personnellement en tant que apolitique je ne vois aucune lueur d espoire ou initiative objective , je ne vois que des compétences muets tete s baissé qui subissent et n osent réagir , je leurs dis "entre nous vous y croyez ? j en doute '
nazou de la chameliere
Lugtt à elle aussi
a posté le 22-10-2021 à 19:31
Dans ses rangs probablement des fanatiques kaiisistes.
Par contre, si le facho snobe les médias.
Pourquoi les médias ne le boycotte pas ?
Après tout, il faut s'organiser pour l'empêcher de se servir des médias, pour engourdis les cerveaux !!!
Lol
Trop de copinage avec les syndicats
a posté le 21-10-2021 à 10:51
Justement parlons de l'UGTT soviétique et de son rôle que tout le monde croit normal.
Parlons de la spirale augmentation-inflation qui est la conséquence d'un gouvernement trop proche de la centrale syndicale.
Et pour finir, parlons des réformes nécessaires mais qu'aucun syndicat n'acceptera
Arrêtons de croire que ce qui est "Normal" en Tunisie est vraiment normal ou même viable
bechir
souffler le chaux et froid à 14h
a posté le 21-10-2021 à 10:24
Sans le superlatif absolu "très" et la certitude exprimée par l'auteur, l'article aurait été relativement acceptable.

En effet, la seule certitude, personne en Tunisie, quoi qu'il soit ingénieux, informé et objectif, ne peut prédire avec certitude l'hiver prochain.

Malgré ça, plusieurs journalistes, intellectuels, progressistes rétro, ainsi que des partis qui ont semé le vent et d'autres qui soufflent le chaud et le froid se réunissent autour des thèmes de retour à la dictature et de prévisions de jours sombres.

D'autres s'impatientent après le 25 juillet de voir des jours brillants sous nos cieux, ils se préoccupent du pouvoir d'achat du citoyen et lui reprochent son impatience vis à vis l'expérience merveilleuse d'apprentissage de la démocratie.

Le 25 juillet 2021, le Président Kais Saied a sifflé la fin du jeu, de l'insouciance des politiciens vis à vis de tout sauf de leurs intérêts partisans.

Aujourd'hui c'est un autre jour, tout le monde peut gigoter son intellectuel pour trouver des failles dans la gestion de l'Etat depuis le 25 juillet. Mais, il serait utile de comprendre que le peuple n'est pas dupe et n'aura pas peur malgré tout le travail de destruction.

Soyons constructifs.
Angel
Merci Mr Achouri.....
a posté le 20-10-2021 à 20:45
1/ "Dans son rôle symbolique de défenseurs des droits et des libertés...." Mais ce n'est pas le rôle de l'UGTT!!!
C'est normal que L'UGTT soit écartée des instances politiques, c'est une instance syndicale, la politique n'est pas son champ d'action!
Si l'UGTT s'en était tenue à son rôle syndical qu'elle a quitté depuis des années elle ne se laisserait pas mener par le bout du nez ni décrédibiliser par certains de ses propres syndicalistes comme celui de l'enseignement!
Vous faites là le procès de l'UGTT en essayant de vous en servir pour contrer KS et en l'utilisant comme bélier contre le président
Diviser pour mieux règner ou pour nuire à tout prix! Ah Belle mentalité Mr Achouri!
2/Ces derniers temps vous ne cessez de crier à la banqueroute de la Tunisie! eh bien non tout le monde n'est pas de votre avis même si la situation est difficile!
Que n'avez vous pas crié à la banqueroute de la Tunisie quand les voleurs sévissaient! Non mieux vous avez crié et obtenu et tenu ferme au boycott d'Abir Moussi dénonçant les magouilles et les lois iniques qui menaient la Tunisie à la banqueroute!!!
Bravo Mr Achouri
3/"Les entreprises sont à bout de souffle et les travailleurs n'arrivent plus à joindre les deux bouts." mais vous osez publier dans votre journal la demande inique de ghanouchi de rétablir les salaires gelés des députés. Cette fois ce n'est pas bouchlaka, dont les inepsies débordent sur BN chaque fois qu'il ouvre la bouche, qui s'y est collé. Peut être a t'il pour une fois refusé d'obéir à son beau-père?
4/ tout ce que vous dites c'est que KS est un menteur et que le feu d'une nouvelle révolution couve! Mais la Tunisie, dégagée du Covid et des nahdhaouis n'a pas été aussi heureuse depuis 10 ans et vous voulez lui ôter même ce petit bonheur aussi court serait-il en soufflant sur les braises éteintes d'une vie de misère qui a duré 10 ans
Bravo Mr Achouri et MERCI pour votre soutien au peuple tunisien!
zozo Zohra
Angel
a posté le à 22:12
Bravo, très bien dit
Le peuple n'a plus le droit au petit bonheur, apparemment ça les dérangent.
Forza
L'hiver sera chaud pour Saied aussi
a posté le 20-10-2021 à 17:49
C'est la spécialité du mouvement Echaab de faire le lèche-bottes des dictatures. Il applaudit même les bombardements d'Assad de populations civiles, le décret 117 est un bonbon pour le peuple pour lui, l'essentiel il a un qaid oumami à applaudir.
L'UGTT n'était pas forte sous Ben Ali. Elle a gagné en influence après la révolution et l'organisation est parmi les profiteurs de la révolution. Elle ne défend les droits et les libertés que quand elle ne voit pas de dangers pour sa direction. Les gouvernements étaient démocrates, elle n'avait pas peur. Maintenant elle sent l'état policier uni derrière Saied et prend une position de soumission. Même pendant la révolution ce sont les syndicalistes dans les régions qui ont supporté la révolution et non pas la centrale. La centrale faisait encore le bendir a Ben Ali comme elle le fait maintenant a Saied.
Le pouvoir de Saied repose sur les armes des militaires et des sécuritaires car il n'a plus de légitimité constitutionnelle. La question est de savoir jusqu'à quand les militaires et sécuritaires vont lui donner du temps. Avec l'aggravation de la crise économique, des soulèvements sont préprogrammés.