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Chroniques
Les maladresses d’hier expliquent les maux d’aujourd’hui
22/04/2018 | 17:05
3 min

Par Sofiene Ben Hamida

 

La commission des finances, de la planification et du développement au sein de l’ARP a rejeté vendredi le projet de loi sur la clôture du budget de l’Etat pour l’année 2013, dernière année de la troika au pouvoir. Le même jour, le ministre Mehdi Ben Gharbia relaie, au cours d’un débat télévisé, les propos de son chef de gouvernement annoncés quelques heures avant et affirme que l’Etat ne pourra pas satisfaire les revendications des enseignants faute de ressources disponibles. Quelques jours avant, une note circulaire de la présidence du gouvernement somme les ministères de respecter, lors de la préparation de leurs budgets pour l’année prochaine, des règles strictes visant à stopper totalement le recrutement dans le secteur public. Trois faits disparates mais très liés entre eux si on veut bien arrêter de traiter les problèmes du pays d’une manière superficielle qui ne voit que les manifestations des crises au lieu de chercher leurs origines.

 

C’est en se basant sur des remarques formulées par la Cour des comptes que la commission des finances de l’ARP a rejeté le projet de clôture du budget de 2013. Les dépassements dans la gestion des finances publiques, mentionnés dans le rapport de la Cour des comptes sont multiples, en rapport avec le recrutement anarchique, les promotions de complaisance, la dilapidation des moyens de l’Etat, l’utilisation excessive des voitures administratives et de fonctions à mauvais escient..

C’est cette gestion approximative, sinon criminelle qui a conduit, entre autres raisons, aux difficultés actuelles des finances publiques. La troika, Ennahdha essentiellement, sont responsables de nos maux actuels. Il a fallu cinq longues années, comme si on cherchait à prescrire les faits, et un rapport de la Cour des comptes pour briser la loi de silence respectée par l’ensemble de la classe politique au pouvoir et désigner les responsables de la banqueroute actuelle.

 

Il est en effet surprenant que tous les chefs de gouvernements qui ont succédé à la troika, Mehdi Jomaâ, Habib Essid et maintenant Youssef Chahed, aient soigneusement évité de pointer du doigt la gestion calamiteuse de la troika et se sont contentés de nous dire que la situation des finances publiques est difficile sans nous donner les raisons qui ont conduit à ce sinistre. Concernant  Mehdi jomâa, la situation est particulièrement grave car la feuille de route issue du dialogue national lui assignait expressément de revoir les nominations et les recrutements, qui ne répondaient pas aux procédures légales, décidés au temps de la troika. Malheureusement il n’a pas avancé d’un iota sur cette question. Pourtant, en 2013, le contexte s’y prêtait. Aujourd’hui, il est évidemment trop tard pour rouvrir ce dossier.

Quant à Habib Essid et Youssef Chahed, l’un n’avait pas les moyens de froisser les islamistes, seuls alliés de son gouvernement et l’autre s’est trouvé dès le début embourbé dans cette logique d’union nationale de façade.

 

Au final, les islamistes, principaux animateurs de la troika s’en tirent à bon compte. Leur gestion sectaire et hasardeuse des affaires de l’Etat n’a jamais été critiquée par leurs successeurs. Leur alliance avec Nidaa leur a permis de tourner la page de leur administration calamiteuse tout en continuant à être associés au gouvernement. Aujourd’hui encore, ils profitent de leur participation au gouvernement en continuant de placer leurs hommes dans des postes clés de l’administration mais n’éprouvent aucune gêne à se désolidariser du gouvernement en cas de besoin, mettant en exergue le fait que la responsabilité du gouvernement incombe à Nidaa seul. Dans l’actuelle crise de l’enseignement, la voix des islamistes se fait inaudible, ce qui n’est pas le fruit du hasard...

                             

22/04/2018 | 17:05
3 min
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Commentaires (8)

Commenter

Pan
| 24-04-2018 21:59
Les maladresses d'hier expliquent les maux d'aujourd'hui ! Un médecin expliquera que parfois les séquelles expliqueront la maladie.
Monsieur, votre génération, et ma génération d'après expliquent les maux d'aujourd'hui. Les maux d'aujourd'hui c'est la plume.
J'explique, je suis dans la cuisine, j'ai envie d'écrire dans le salon, mais ma femme me l'a interdit formellement. Donc je reste dans la cuisine, je prends mon verre, je verse du vin, je prépare mon amuse gueule, et je commence à écrire.
Ecrire quoi ! '?crire le quotidien d'un quartier chaud de Tunis. Alors j'imagine la misère, le problème est que ne vis pas la misère ; j'imagine les passions le problème est que je suis impuissant ; j'imagine l'injustice alors que je ne pourrais être qu'un pourri. Mes mains tremblent, ma plume me trahi.
C'est à ce moment là qu'un titre de roman caresse ma mémoire : « Mon cher, nous sommes tous des voleurs ».

Nouri Kamoun
| 23-04-2018 20:14
Merci bien pour votre remarque.
Les augmentations dont je voulais parler sont celles qui concernent le salaire minimum dans la fonction publique et non du SMIG.

Pitbull
| 23-04-2018 18:17
Je suis tout a fait d'accord avec votre commentaire sauf pour cette fameuse augmentation de 20% du SMIG ..
En effet l'augmentation du SMIG a été tjr de l'ordre de 20D sans parler du fait qu'il n'a pas été augmenté au moins à 2 reprises dont l'an 2017...
Bien a vous....

nouri Kamoun
| 23-04-2018 17:10
Certes, les affaires du pays ont été très mal gérées pendant la période de la Troïka, mais cette gestion a été aussi catastrophique sinon pire après les élections de 2014 En effet, permettez- moi de vous dire que les maux dont souffre le pays découlent essentiellement de l'incompétence et de l'irresponsabilité de la plupart des hommes politiques qui nous ont gouvernés depuis 2011 et aussi de l'ignorance et le manque de maturité de beaucoup de journalistes et de pseudo-commentateurs qui ont souvent fait croire à leurs auditeurs et à leurs spectateurs que le départ de Ben Ali allait engendrer immédiatement la prospérité pour tous. En effet :
_ Je n'ai pas vu au cours de ces 7 années beaucoup de gens dénoncer le fait que les différentes parties ( gouvernement et syndicats ) aient décidé des augmentations salariales successives avec des taux de 20 % pour le SMIG par an parfois , alors que le pays avait une croissance annuelle négative ou bien ne dépassant pas 2 % alors que dans les pays riches les augmentations salariales tournent autour de 3 à 4 % voir moins.
- Je n'ai pas vu au cours de ces 7 années beaucoup de gens dénoncer le fait que certaines corporations professionnelles ont réussi à plus que doubler leurs salaires alors que d'autres n'ont pas vu leurs salaires augmenter plus que 35 %. ceci a crée un grand sentiment d'injustice chez certains puisque ces augmentations salariales anarchiques leur ont fait perdre beaucoup de pouvoir d'achat.
- Je n'ai pas vu au cours de ces 7 années beaucoup de gens dénoncer les gens qui bloquent les routes et qui ferment les usines. Au contraire on rappelle toujours que leurs revendications sont légitimes sans rappeler que personne ne viendra investir dans un pays ou n'importe quel abruti peut décider avec un coup de tête d'arrêter la production dans son entreprise.
- Je n'ai pas vu au cours de ces 7 années beaucoup de gens dénoncer le fait qu'un ministre n'est plus obéi par ses subordonnés directs (proviseurs, '?'.), donc destruction de l'état même.
- Je n'ai pas vu au cours de ces années beaucoup de gens dénoncer le fait que le syndicat de l'enseignement secondaire fixe le calendrier des examens, annule une semaine bloquée, décide s'il l y aura ou non des vacances la semaine prochaine, ait pratiquement le dernier mot dans la nomination des proviseurs et dans les mutations, co-organise la réflexion à la réforme dans l'éducation :

- Je n'ai pas vu au cours de ces 7 années beaucoup de gens dénoncer la corruption légalisée quand on recrute des milliers de Professeurs et des milliers d'instituteurs sans passer par aucun concours qui permet de prendre les plus méritants..
- Je n'ai pas vu au cours de ces 7 années beaucoup de gens expliquer aux Tunisiens que nous devons tous faire des efforts et ne pas emprunter pour manger des bananes.
- Je n'ai vu personne dénoncer l'ARP dont seulement 7 députés ont voté un article de la loi des Finances 2017 qui mettait en place une procédure pour mieux estimer les revenus de certaines professions libérales dont les avocats.


Donc en conclusion "" les maladresses "" que vous mentionnez sont loin d'être la raison fondamentale du désastre que nous vivons.
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HOUDA
| 22-04-2018 21:18
no comment tu n a plus rien a dire

riadh
| 22-04-2018 20:56
on ne cherche jamais les responsables de la crise. C'est aux classes pauvres et moyennes de payer la facture.
Bonne analyse de la situation mais il manque le vrai responsable de l'impunité d'ennahdha: Béji caid essebsi

TATA
| 22-04-2018 18:50
Je suis enfin soulagé, Il y a encore un journaliste parmi tous nos journalistes qui voit clair et qui met tout en relation!

sur le lien suivant
http://www.businessnews.com.tn/les-budgets-de-letat-sous-la-troika-rejetes,520,79502,3

on peut lire: "le contrôle parlementaire des biens publics s'affaiblit en cas d'adoption du projet de loi de la clôture du budget de l'etat, une longue période après son exécution."

On s'affole ainsi pour une augmentation salariale de 70 Millions d'euros, par contre nous gardons le silence absolu quand il s'agit de 19000Millions d'euros qui ont été probablement dilapidés durant le règne de notre ex-troïka!

Je n'accuse personne, mais s'il n'y avait pas eu corruption, pourquoi on nous refuse aujourd'hui de contrôler si les comptes étaient bons au temps de notre ex-troïka?

Certes, les exigences de notre UGTT sont légitimes! Par contre Mr. Noureddine Taboubi n'a pas le savoir faire syndicaliste! En effet, C'est complètement inintelligent et absurde d'utiliser nos petits enfants afin d'imposer la légitimité des augmentations salariales! Mr. Noureddine Taboubi a ainsi perdu la confiance des parents pour qui il se sacrifie!

Un bon musulman devrait dénoncer la corruption même à l'intérieur de sa propre famille. Et ceux qui sont vraiment propres devraient accepter que l'on vérifie si les comptes sont bons! Il y a un historique des dépenses, des recettes et des transactions monétaires!

j'ai eu souvent faim durant mon enfance, et je sais ce que c'est d'avoir faim! Je sais ce que c'est de se lever le matin et d'aller le ventre vide à l'école! Oui, les augmentations salariales sont légitimes!

DHEJ
| 22-04-2018 17:24
Une gestion sinon CRIMINELLE!


Alors où est le ministère public et le fameux Pouvoir Judiciaire pour actionner l'article premier du CPP et les articles du code pénal?

Alors demain comment sera-t-il?


Ceux qui en savent des choses et n'ont pas dénoncé au procureur de la république sont-ils "associés aux criminels" aricle 31 du code pénal?


Pour finir si aucun recrutement c'est plus juste de déclarer cette année BLANCHE!