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La lettre à l'origine de la chute du président du Conseil islamique supérieur
05/07/2015 | 19:42
4 min
La lettre à l'origine de la chute du président du Conseil islamique supérieur

La scène médiatique tunisienne a connu une fin de semaine agitée suite à la publication par la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA), le 3 juillet 2015, de la copie d’une lettre s’adressant à la radio tunisienne. Cette lettre a été envoyée par le président du Conseil islamique supérieur dans laquelle il fait part de ses réserves sur une émission présentée par l’écrivain et philosophe Youssef Seddik.

 

 

Le contenu de cette correspondance portait un jugement pour le moins acerbe sur l’émission de l’écrivain et philosophe Youssef Seddik, l’accusant de porter atteinte au sacré en déformant sciemment le sens du Coran et de la Sunna « dans un style qui rappelle les écrits de Salman Rushdie et de Mohamed Arkoun ». Youssef Seddik serait un apostat selon cette missive.

 

L’auteur de cette correspondance s’est même permis de suggérer qu’à l’avenir, des membres de son conseil puissent participer dans l’élaboration des programmes culturels et religieux diffusés par la radio. A l’évidence, la HAICA n’a pas tardé à condamner fermement cette tentative d’ingérence dans le travail de la chaîne en visant son indépendance éditoriale, et ne manquant pas de rappeler qu’il était de son ressort, et à elle seule, de juger du contenu des émissions.

 

La HAICA n’a pas omis de mentionner que c’est à l’instance qu’il fallait de facto adresser n’importe quelle remarque ou réserve quant au contenu des programmes. L’instance insiste sur ce point, en rappelant que le service public médiatique se garde le devoir et la liberté de choisir et traiter ses programmes en toute indépendance et qu’aucune partie ne peut l’influencer ou lui dicter des consignes même en usant de moyens purement suggestifs. Le style menaçant de la lettre n’a également pas échappé à la Haute autorité indépendante, qui a signalé le dangereux parallèle comparant Youssef Seddik à des figures comme Salman Rushdie et Mohamed Arkoun, le premier faisant l’objet d’une fatwa et l’autre étant, entre autre, accusé de déconstruire le Coran.

 

Ainsi, la HAICA conclut en alertant la présidence du gouvernement quant à la gravité de telles attitudes, qui de plus est, proviennent d’une institution placée sous sa tutelle. Elle pointe ainsi du doigt la nette menace à l’encontre de Youssef Seddik, mettant ses jours en péril surtout connaissant la conjoncture sécuritaire critique, actuellement.

 

Le 4 juillet, la présidence du gouvernement annonce le limogeage du président du Conseil islamique supérieur, Abdallah Wassif. Les raisons évoquées sont simples: le Conseil supérieur islamique est sous tutelle de la présidence du gouvernement et il était tenu de la mettre au courant de la lettre et de son contenu surtout connaissant les graves accusations qu’elle contient et qui risquent d’avoir des conséquences fâcheuses. Abdallah Wassif avait envoyé cette lettre le 26 juin et n’a averti le chef du gouvernement que le 2 juillet, soit une semaine après les faits.

Cette lettre est également subjective et n’engage que son propre jugement : en effet, les membres du conseil ne se sont pas réunis pour enquêter et débattre de ce sujet sensible avant de porter des jugements et des conclusions. Il a aussi outrepassé les prérogatives du Conseil islamique, qui a un rôle consultatif, d’étudier les questions et affaires qui lui seront proposées par le gouvernement et de soumettre des propositions et conseils pour préserver l’identité nationale. Le conseil a aussi pour mission de fixer le programme enseigné à l’université Zitouna ainsi que le programme d’éducation religieuse dans les lycées. Il veille aussi à la préservation des éditions du Coran et à la publication du journal « Al Hadaya ».

 

Ce conseil, chargé de la religion de l’Etat et de la protection de l’identité nationale, selon le programme d’Ennadha, faisait partie des projets de l’administration Jebali. Son rôle a été défini, toujours, selon le programme du parti islamiste, comme une instance de consultation chargée de se pencher sur les affaires qui lui seraient proposées par le gouvernement. Ses travaux étant ainsi une sorte de veille sur le bon respect de l’aspect religieux, de l’article premier de la Constitution : “La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain : sa religion est l’islam, sa langue l’arabe et son régime la République.”

 

 Il faut mentionner que ce n’est pas la première fois que le sus-cité conseil est au cœur de la polémique. Discuté depuis le mois de septembre 2012 à l’Assemblée nationale constituante, les députés des partis CPR et Ettakatol, pourtant à l’époque alliés d’Ennahdha au sein de la Troïka, mais aussi les élus du peuple hors coalition au pouvoir, ont exprimé des réserves quant à la formation de ce conseil. On voyait dans sa création une menace constitutionnelle pouvant concurrencer, voire porter atteinte au caractère civil de l’Etat.

 

Malencontreusement, nous assistons à un énième débat alambiqué et délicat et qui divise encore les Tunisiens, comme à chaque fois quand l’argument religieux est évoqué. Une controverse et une division irrationnelles à l’heure où l’union devrait être l’unique leitmotiv. Entre parties se rejetant mutuellement la responsabilité, le Tunisien lambda ne sait plus où donner de la tête. Mais ce qui est le plus dangereux, est le fait qu’une instance étatique puisse se permettre d’accuser quiconque d’apostasie !

 

Myriam Ben Zineb

05/07/2015 | 19:42
4 min
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Commentaires (13)

Commenter

tropico
| 08-07-2015 09:59
Quelle tête de potence.

mourou
| 06-07-2015 16:03
2 institutions pour le même but finalement , ça n a pas de sens, c est de la perte de temps dans des discussions non prioritaires et tranchées. Les priorités ce sont la sûreté de l état et le socio-économique. La religion a été éclaircie dans la constitution. Ce conseil est une tentacule pour permettre aux extrémistes de rester influent sur la scène. Mais influent quand l état faible laisse le champ libre aux manipulateurs des faibles et manipulés du cerveau.

ABSENCE D APPLICAtTION DES LOIS....
| 06-07-2015 16:01
vous faites une CONSTITUTION, et DES LOIS, qui sont censees donner les limites aux actions des citoyens, et ordonner la societe dans le RESPECT des LIBERTES, de tous....si ces lois ne trouvent PERSONNE pour les APPLIQUER....ca ne vaut PAS LA PEINE...
autant fermer boutique, et laisser le terrorisme entrer...ca commence comme ca....
puisqu on arrete un citoyen parce qu il a bu ou mange pendant le ramadan, il n y a plus de limites...on se met dans les chqaussures du bon dieu....

Karnass
| 06-07-2015 14:24
La lettre en question réflète le point de vue de très nombreux citoyens.

qui, en convergence avec la radicalisation des discours au sein des mosquées, adoptent de plus en plus des points de vues plutôt curieux :

- La Constitution tunisienne est impie : la Charia s'appliquera tôt ou tard , c'est une question de temps ( et Allah accorde sa miséricorde aux patients)

- Daech n'est pas une organisation criminelle ;elle est victime de manipulations ; les atrocités dont on parle ne sont pas commises par ses membres

-Bourguiba était un impie à la solde des sionistes ; tous nos malheurs actuels viennent de lui

-la femme est intrinsèquement l'inférieure de l'homme et doit être protégée par celui-ci , qui a priorité dans l'accès à l'emploi

- le tourisme est une activité de koffar et doit être éradiqué de Tunisie

etc etc;;

ces discours sont très communs et sont évoqués en permanence dans les soirées ramadanesques, dans tous les cafés et demeures

Il y a donc actuellement, comme tout un chacun peut le constater, une islamisation profonde de notre société , qui (re)trouve ainsi un exutoire et sens à notre indigence intellectuelle et morale.

faute d'affronter les vrais problèmes par le travail, la clairvoyance et l'intégrité.

citoyen tun
| 06-07-2015 12:16
qui risque de se politiser et de ressembler à l'église chez les chrétiens, qui, à une certaine époque de l'histoire avait abusé de son role au nom de la religion pour des considérations de pouvoirs politiques a commis des atrocitées.

JOHN WAYNE
| 06-07-2015 05:25
@JOHN WAYNE Hatem du Canada| 05-07-2015 17:21 J'ai quitté TON pays qui n'est plus le mien car il est infesté par des voleurs, par la magouille, le mensonge, le régionalisme, l'injustice, l'iniquité sociale, le clientélisme, le culte des apparences, le superficiel. Parce que toi un simple flic et tes semblables, ton travail consistait à protéger ces voleurs directement ou indirectement et contribue à maintenir la dictature. TON pays et son économie s'écroulera tôt ou tard et les voleurs ne trouveront plus d'autres choix que de déguerpir et laisser ce pays en paix enfin.

Monsieur,
Votre commentaire ne m'a pas impressionné.
Je connais bien le Canada ou j'ai rendu visite plusieurs fois à notre Ambassadeur, son excellence Slim, du temps ou Pierre Elliot Trudeau y était Premier Ministre.
Depuis le départ de ce grand homme politique qui a fait d'ailleurs ses études à Paris comme moi-même, le Canada s'est transformé en une république de bananes satellitaire des Etats Unis comme Porto Rico ou le Mexique.
La grande faiblesse du Canada se situe en ses gouvernements qui sont ouvertement pro-sionistes dans un pays froid, immense, et vide.
Si mes souvenirs sont bons, Trudeau était le seul homme politique Canadien qui a eu le courage de se ranger du côté des Palestiniens et de critiquer ouvertement Israël.
Le Canada est un pays vide dont la grande malédiction sera un jour l'islamisme.
Je sais ce que vous ne savez pas, comme la filière Montréalaise d'Islamistes Tunisiens qui dans les années 1980 se rendaient en Afghanistan pour faire le Jihad avec la bénédiction du gouvernement Canadien et de leur Gendarmerie Royale. J'ai eu l'occasion de feuilleter pas mal de dossiers à notre consulat à Ottawa qui fichaient de nombreux Tunisiens connus pour être des islamistes notoires et polygames dans la Province du Québec.
La « Belle Province » deviendra bientôt la Province des hijab, des qamis, et des attentats à la bombe si l'on tient compte du pourcentage élevé de cellules Djihadistes qui s'y reproduisent comme des morpions sur un poil du pubis blanchi par l'âge.
Restez au Canada Monsieur et bon débarras.
La Tunisie a été bâtie par des hommes et non par des mauviettes qui cherchent la protection dans un pays aussi vide que glacial.
La Tunisie sera détruite et sa destruction servira de leçon à un peuple qui croyait dominer le monde par ses diplômes et son sous-développement.
La Tunisie redeviendra la terre laïque de Bourguiba aux femmes brunes, pulpeuses, affectueuses, et aux corps aussi brulants que celui de Claudia Cardinale.
Nous reprendrons le pouvoir Monsieur même si nous devons passer par un bain de sang et imposerons aux Tunisiens qui ont déserté et trahi la Nation, un programme de dénationalisation impitoyable.
Et en passant, vous qui avez surement applaudi la révolution, demandez a Amel Karboul de vous envoyer un pot d'harissa.
Cela apaisera en vous cette nostalgie du pays qui doit vous ronger au sein d'un peuple considéré avec les Australiens, comme le plus raciste au monde.

F.M. Alias JOHN WAYNE
Ancien Elève au Collège Sadiki.
Diplômé d'Histoire et de Sciences Politiques de l'Université Paris-Sorbonne.
Ancien Fonctionnaire aux Ministères des Affaires Etrangères et de l'Intérieur Tunisiens des gouvernements d'Habib Bourguiba et de Zine El Abidine Ben Ali.
Diplomate de carrière et spécialiste de la sécurité et du renseignement.

Citoyen_H
| 06-07-2015 02:51

d'activer nos usines de traitement des déchets et Dieu seul sait la quantité de clientèle potentielle qui doit logiquement passer par ses multiples broyeuses bienfaitrices.

Abdelmajid.
| 06-07-2015 02:17
La Religion et la Politique sont deux notions absolument incompatibles . Pourquoi ? Eh bien parceque la Religion a des fondements constants , invariables , immuables et eternels , alors que la Politiques depend des circontances du moment , elle est donc par definition changeante et adaptable comme une figure a geometrie variable . D'ailleurs ce binome n'a jamais trouve' une reussite . Il n'y a qu'a voir que durant 14 siecles , dans les pays musulmans ,ou Politique et Religion ont ete mele'es , il n'y a eu , toujours , que despotisme ou dictature et jamais de Democratie . Voyez en Europe , ce n'est qu'apres la Separation , Religion et Politique qu'il y a eu RENAISSANCE ET DEVELOPPEMENT dans tous les domaines , industriel , scientifique , economique , culturel , litteraire , philosophique , social etc , bref dans tous les domaines du SAVOIR et de l' EMANCIPATION . Prenons ces exemples historiques reels pour comprendre qu'il est NECESSAIRE ET VITAL POUR UN ETAT DE SEPARER RELIGION ET POLITIQUE .

St Just!
| 05-07-2015 22:14
Tant que nos pays concentrent leurs énergies autour de ce genre de conseil; tant que nos actes et nos imaginations sont réduits au licite et à l'illicite; tant que ces oisifs dictent nos actes nous ne pouvons décoller... nous resterons que des simples consommateurs voire à mendier notre pain. Le monde arabe, déjà au plus bas, continuera à creuser son propre trou par ses propres enfants....

salah redeyef
| 05-07-2015 21:43
Aljazeera n'est pas un exemple car cette chaine est la porte parole officielle des terroristes ! Il suffit d'aller lire les commentaires appelant au jihad et au terrorisme sur le site arabe d'aljazeera